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CHAPITRE IV

Les révolulions sont des déplacements d'autorité, de pouvoir, de crédit et de fortune amenées par les efforts des ambitieux (jui s'agitent dans le sein des partis. S'il n'y avait pas de fortes individualités pour exciter et soulever les passions de la foule, il est à présumer que les révolutions ne j)ourraient se faire.

On se plaît souvent à rechercher quelles sont les causes des révolutions. On les attribue tantôt à la passion des réformes , tantôt à la corruption des gouvernements, à la misère des peuples ou à l'épuisement des finances. Mais cette façon d'envisager les choses est plus sentimentale que réelle. La fermentation des esprits est lélat normal des sociétés politiques, et l'on peut dire qu'eu tout temps, même dans

les Etats qui paraissant avoir réalisé la plus grande somme de progrès, il y a un courant d'idées de réformes et d'innovation assez fort pour compromettre l'ordre établi, si ce courant n'était pas lefoulé.

Sous Louis XV, le mouvement des esprits était dans toute sa force et dirigé par des intelligences supérieures, et pourtant la révolution n'éclatait pas. Dans les dernières années du règne de Louis XIV, il n'y avait pas un écu dans les caisses royales , et la détresse générale était si grande que dans quelques provinces le peuple des campagnes mangeait de l'herbe/ cependant il n'y avait pas de révolution.

Disons-le donc, les révolutions arrivent tout simplement quand les forces qui les préparent ne sont plus contenues. On aimerait à les voir éclater sous quelque prince méchant mais énergique, qu'on saisirait de vive force et qu'on mettrait à la Géhenne-, cela ferait du moins quelque honneur à l'espèce humaine; malheureusement cela ne se voit pas. Suivant les errements ordinaires, on ne châtie que les faibles, on ne frappe que ceux qui sont à terre.

Chose assez digne de remarque, semblables à ces femmes romanesques qui résistent victorieusement aux plus grandes tentations, et qui succombent presque immédiatement après, devant les petites, les peuples après avoir laissé passer toutes les occasions honnêtes de renverser leurs gouvernement, en viennent souvent aux extrémités pour une peccadille, et

cela quand le pacte d'union paraît scellé pour toujours ou la résistance définitivement vaincue. Jacques II ne périt pas après les sanglantes assises de rÉcosse.Il neperd le tronequelongtempsaprès, quand rien ne balance plus son pouvoir absolu, quand le Parlement est vaincu, les lords rebelles exilés ou captifs, les ministres dissidents réduits au silence.

On voit pareille chose en France sous Louis XV III. La Restauration résiste à toutes les fureurs de la réaction, elle tombe sur Charles X quand elle a triomphé de ses plus grands périls; et le trône de Louis-Philippe est emporté lorsque les dissentiments de la royauté avec les partis ne tenaient plus guère qu'à des nuances.

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