‹ Recherches sur l'art de parvenirChapitre 43 sur 119 · LIVRE · texte numérisé non relu

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à l'œuvre en couvrant pendant quelque temps encore le but qu'elles poursuivent. Bientôt le mécontentement éclate et tous les partis posent ouvertement leur candidature au pouvoir. Tant qu'il n'y en a pas un qui les réconcilie ou qui les comprime, on est dans l'anarchie.

Autant il est difficile à un parti de se maintenir par la conciliation, autant il lui est facile d'y parvenir au moyen de l'oppression. Cela se conçoit aisément. Dans les temps d'anarchie, on rentre dans le droit naturel de la guerre : or les belligérants ne se soumettent les uns aux autres que quand la force a prononcé, devant les arrêts du canon^ selon le mot récent d'un général d'année contre lequel la fortune des armes se chargea d'applicjuer la sentence.

C'est une loi des révolutions que la peur fait plus de besogne que la persuasion. La peur que l'on éprouve pendant ces temps-là n'est pas une peur ordinaire, elle se décuple de tout ce cjue l'on craint pour soi, pour sa famille, pour ses intérêts, pour son avenir et pour son argent. C'est une pour (jui s'éprouve en masse et dont les courants agissent comme l'influence de l'épidémie. Tant (|u'elle règne, un peuple laisse tout laire, il n'a mouio pas la pensée de la résistance. Ce lait a été rendu très-sensible pendant la période de la Terreur. On voyait chacjue jour des fournées de Français conduits paisiblement à la guillotine. Deux cents hommes déterminés qui seraient descendus sur la place décidés à \endre

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chèrement la vie, auraient entraîné la populace, et il n'en eût pas fallu davantage pour renverser la dictature des quelques hommes audacieux qui régnaient alors sur la France. Mais un tel effort est au-dessus de l'énergie individuelle dans de pareils temps. On ne sait mourir que comme du bétail conduit à l'abattoir.

Pendant les révolutions les caractères changent, c'est encore un point physiologique incontestable. On ne peut donc pas prévoir à l'avance quels sont les hommes qui marqueront dans les événements. Il s'improvise des caractères jusqu'alors inconnus, des énergies que l'on n'eût pas soupçonnées. Les agneaux deviennent des tigres, les tigres se changent en moutons.

Joseph Lebon peut, entre beaucoup d'autres, être proposé comme exemple de ce passage subit d'un caractère à un autre sous l'empire des influences révolutionnaires. Envoyé en qualité de commissaire dans son département, loin de se montrer sanguinaire lors de cette première mission, il mit en liberté quelques gens de bien et ordonna même l'arrestation des démagogues les plus furieux. Cette conduite l'ayant fait dénoncer comme fédéraliste et modéré par les agents secrets du terrorisme, il fut mandé au comité de Salut public et fortement réprimandé par ses collègues. Cet avertissemei on sait quelles pouvaient être les consà^tteiïcè's sur son esprit une telle impression,

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à son poste, on ne le reconnut plus. « Dès lors, dit un des historiens de cette époque, il fit parade d'apostasie, de libertinage et de cruauté, et l'on vit cet homme qui naguère s'était fiiit remarquer par sa douceur dans un modeste presi)ytère , surpasser en férocité les plus cruels agents du système. »

On trouvera peut-être dans les pages qui suivent quelques remarques utiles sur la manière de se conduire pendant les révolutions et diverses tactiques appropriées aux circonstances.

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