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DE LA CALOMNIE

calomnie ne se fait accepter que par sa vraisemblance et par l'art imperceptible avec lequel elle est dispensée. On commence par les petites choses pour arriver insensiblement jusqu'aux grandes.

Une seule réticence insidieuse dont on affecte ensuite d'effacer l'impression suffit quelquefois pour jeter les premiers fondements d'une prévention qui croîtra plus tard avec une rapidité étonnante quand le moment de la développer sera venu.

Il appartient à l'habile homme de surveiller cette première influence, d'apprécier le trajet qu'elle a pu faire et de donner une seconde dose dans un moment propice.

Ce qui fait* que la calomnie est fort difficile à manier, c'est que pour aliéner la sympathie ou l'estime d'un homme à l'égard d'un autre, il faut nécessairement prêter à l'un des deux c^uelque procédé ou quelque action offensante, faire une blessure d'amour propre. Or en agissant de cette façon on s'expose à faire rejaillir sur soi une partie de l'aversion que l'on inspire pour autrui. C'est fort délicat.

A.ussi voit-on assez souvent la calomnie débuter par des louanges exagérées, légèrement invraisemblables, propres à faire naître un sentiment de défiance, c'est une manière d'avertissement détourné.

La louange exagérée d'un tiers mène à la jalousie, c'est un premier point. Si elle ne conduit pas jusque-là, elle porte ou à définir le motif de la louange ou à examiner avec plus de soin celui qui en est

l'objet, examen toujours périlleux pour celui qui le subit.

11 y a ceci de particulièrement favorable dans le jeu de la calomnie, c'est que ceux dont l'âme est blessée d'un soupçon cberchent rarement à s'en éclaicir. On est coupable avant d'être jugé. La blessure est faite avant cju'on n'ait examiné le trait.

Dans les cours, la calomnie prend ordinairement pour texte l'état et la condition de celui dont on veut ruiner le crédit. On accuse un médecin d'empoisonnement, un ministre de trahison, un grand personnage de faire des entreprises. Le caractère particulier du prince détermine de même l'espèce et la gravité des traits que l'on peut forger.

Si le prince est pieux^ on calomnie un homme auprès de lui en l'accusant d'impiété ; si le prince est débauché, on lui dépeint un homme austère; s'il est jaloux, on exalte le mérite d'un rival; rien ne fait plus d'effet.

Cequ'il y aurait déplus intolérable pour un prince qui se piquerait de duplicité serait d'avoir été taxé de maladresse, et à celui qui se piquerait de talent littéraire, de passer pour mauvais auteur.

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