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DES APTITUDES DIVERSES AU POINT DE VUE DE LA CÉLÉBRITÉ

Le dogme philosophique et chrétien de l'immorta- Htë de l'âme qui promet à chacun, et très-démocratiquement d'ailleurs, comme l'on dit maintenant, sa part de gloire dans un monde meilleur, peut être une réalité ou seulement une hypothèse consolante, l'auteur ne discute pas; mais ce qu'il y a de certain, c'est que nul homme bien constitué pour la vie sociale ne s'en contentera.

A côté de cette immortalité psychologique, il y a une autre immortalité relative, une immortalité substantielle qu'on appelle la célébrité.

C'est de celle-là seulement que l'on entend s'occuper dans un livre qui, ainsi qu'on a pu le voir déjà, est une des déductions les plus nettes de la philosophie positive.

200 LIVIŒ IV.

Que Ton soit Turc ou Maure, juif ou païen, enfant du Christ ou de Baal, il est on ne peut plus agrëal:>Ie de penser qu'après le trépas on restera pour mémoire parmi les mortels ; que l'on ne quittera pas complètement la scène, que l'on demeurera mêlé aux agitations, aux passions de l'espèce humaine ; que l'on dira en parlant de vous : Le célèbre N*** ou l'incomparable C***; qu'il se lèvera des légions de critiques, d'historiens, de biographes, de monographes, qui rechercheront avec fureur les moindres détails de votre existence; que l'on reproduira vos traits par le pinceau ou par le burin ; que dans une vente publique un de vos autographes sera poussé jusqu'à 25 fr. ; qu'on se léguera d'âge en âge votre canne ou votre tabatière; que les publicistes vous imprimeront par extraits dans leurs ou.vrages ; que les journalistes se jetteront vos opinions à la tête ; (jue l'on figurera en articles variétés à la troisième colonne des journaux ; qu'un avocat vous mettra dans sa plaidoirie, un ministre dans son discours, un magistrat dans sa harangue. Ah ! c'est flatteur, il en faut convenir. Quand on est sur d'avoir tout cela, on meurt avec plus de tranquillité que si l'on avait reçu les cinq sacrements.

La célébrité prend sa source dans l'un de ces sentiments constitutifs de l'espèce humaine dont il est question dans les premiers chapitres ', le penchant à

\. Cliap. II, livre I,

APTITUDES DIVERSES A LA CELEimiTÉ. 201

l^admiration, à l'enthousiasme qui poussé à ses dernières extrémités prend le nom de fanatisme et de fé-^ tichisme. Les hommes ne sont pas de marbre, grâce à Dieu; dans leur besoin d'admiration, ils sont comme ces femmes dont l'appétit physique dépasse le discernement ; il leur en faut, il faut aux hommes des sujets d'admiration, n'en fût-il plus au monde.

Toute faculté, tout talent élevé à une certaine puissance destine celui qui en est revêtu au sacrement de la célébrité ; il ne s'agit que d'exceller décidément en quelque chose. Il est donc on ne peut plus essentiel de se tâter là-dessus de tous les côtés. On doit examiner avec soin si l'on aurait pas par hasard un ut de poitrine dans la voix, un certain rond de jambe, une aptitude à se désarticuler et à sauter dans les trapèzes, un tour de main pour les cartes ou pour le davier, une faculté de mime ou de ventriloque. Ce sont là, il est vrai, de petits talents; mais comme ce sont ceux qui rapportent le plus, il faut de la candeur, pour chercher à gagner durement sa vie dans des professions sans gloire lorsqu'on peut spéculer avec tant de profit sur des avantages dont la nature n'est peut-être pas aussi avare qu'on le suppose.

Il y a d'ailleurs bien d'autres séries d'aptitudes qui relèvent également de la renommée. On doit toujours se rappeler qu'une seule qualité décisive bien exploitée mène à tout. Un homme naît qui serait peut-être mort de faim dans tous les métiers qui exi-

gent du savoir ou de l'application; il se tourne, il se regarde, il croit qu'il n'est bon à rien : un jour par hasard il met la plume à la main, il écrit, il se sent la facilité qu'on éprouve à la garde-robe. Apportez vingt, trente moules à roman, il les remplira jusqu'aux bords, il ne retient rien dans sa vessie; son robinet, ci-30 000 fr. par an et les honneurs

Un autre devient auteur dramatique en copiant des pièces de théâtre; il ne connaît ni les lettres, ni la langue, ni les mœurs ; mais ce n'est point de cela qu'il s'agit, il découvre en lui-même une faculté hors ligne, la nature l'a doué du talent de faire des carcasses, des carcasses de pièces s'entend. Il a des chantiers de radoub, il articule, agence, confectionne, calfate et répare les appareils qui lui sont confiés. On met ce qu'on veut dans les compartiments, du bois ou du charbon, mais la carcasse va sur l'eau. Le talent de faire des carcasses, — deux cent mille francs par an et l'Académie en perspective.

Un troisième n'a pas fait ses humanités, il n'est pas bien sûr de savoir le latin ; il prendrait le P\rée pour un homme, sans hésiter; il ne parle pas, il n'écrit pas, il ferait peut-être une division en abaissant régulièrement tous les chilTres du dividende total ; mais c'est tout. Qu'est-ce que cet homme va trouver en lui pour arriver à la fortune, aux dignités, pour devenir un homme imporlanl? Ce qu'il a trouvé, oh ! c'est bien simple et en même temps c'est quelque chose d'énorme, il est né avec le sens et le flair

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