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CHAPITRE VI

Analogies avec les taches solaires. — Sur la constitution physique

du Soleil.

25S. — Les perforations électriques produites par un courant de haute tension (160), figures 68 à 70, nous ont paru présenter des analogies remarquables avec la structure des taches solaires, telles qu'elles ont été observées par MM. Nasmyth, Dawes, Lockyer, Chacornac, le P. Secchi, Tacchini, Langley, etc., et qui ont été assimilées à des brins ou à des fagots de chaume, à des filaments recourbés, tordus ou entrelacés, etc.

La matière enjeu dans nos expériences est, il est vrai, très différente. C'est une matière organique simplement humide, alors que, dans le Soleil, il s'agit, sans doute, d'une masse minérale fluide et incandescente. Mais Taclion de l'électricité peut s'exercer et se révéler, dans les deux cas, de la même manière : dans le premier, par une division en filaments innombrables de la matière desséchée et par des jets de vapeur d'eau ; dans le second cas, par lies ruisseaux de matière lumineuse extrêmement divisée

et par des projections de vapeurs de substances minérales.

Ces apparences bizarres des taches solaires, si difficiles à expliquer par des actions mécaniques ordinaires, se comprendraient donc facilement par l'intervention de l'électricité, dont l'une des propriétés les plus caractéristiques est de cliver, de façonner en pointes ou de diviser en filaments toute matière opposée à son passage, pour se frayer les voies multiples qui semblent nécessaires à son rapide écoulement.

256. — Nous avons été conduit ainsi à penser que les taches solaires sont des cavités produites par des éruptions essentiellement électriques; que, par suite, la masse interne du Soleil doit être fortement chargée d'électricité ; et que, d'après le sens des excavations dont les talus filamenteux sont rentrés vers l'intérieur de l'astre, l'électricité qui s'en échappe doit être positive (160).

257. — Mais ce ne sont pas là les seules analogies que nous puissions invoquer pour admettre la présence de l'électricité dans le Soleil. Les phénomènes que nous avons observés sur des globules métalliques incandescents, formés sous l'influence d'un puissant courant électrique, peuvent jeter aussi quelque jour sur la constitution physique du Soleil, considéré simplement comme un globe de matière incandescente (M.

(l) Le Verrier écrivait, en 1860, aprèî avoir observé, en Espagne, me éclipse totale de Soleil :

(( J'arrive à la constitution physique du Soleil. Une refonte ou même

Nous avons vu, en effet, que ces globules fondus (fig. 13 et 14, p. S8) présentaient de brillantes éruptions, par suite de l'agitation de leur masse interne sous l'action à la fois calorifique et chimique de l'électricité; — que les jets de gaz et de particules incandescentes provenant de ces éruptions se faisaient jour nécessairement par des cavités ou des perforations produites dans la matière même du globule; — que ces perforations, laissant voir l'intérieur relativement plus froid et moins lumineux du globule, for-

un abandon complet de la théorie qu'on avait admise jusqu'ici me paraissent nécessaires. Il' y a lieu de beaucoup simplifier,

« On nous assurait que le Soleil était composé d'un globe central et obscur; qu'au-dessus de ce globe se trouvait une immense atmosphère de nuages sombres; plus haut encore, on plaçait la photosphère, enveloppe gazeuse, lumineuse par elle-même, source de l'éclat et de la chaleur du Soleil. Lorsque les nuages de la photosphère se déchireni, disait-on, on peut apercevoir le noyau obscur du Soleil; de là les taches, qui se présentent fréquemment. A cette constitution si complexe, on eût dû ajouter une troisième enveloppe formée de l'ensemble des nuages roses.

" Or, je crains que la plupart de ces enveloppes ne soient de pures fictions, que le Soleil ne soit simplement un corps lumineux en raison de sa haute température, et recouvert par une couche continue de la matière rose dont on connaît aujourd'hui l'existence. L'astre, ainsi formé d'un corps central, liquide ou solide, recouvert d'une atmosphère, rentre dans la loi commune de la constitution des corps célestes.

«... Quelle que soit la constitution du noyau du Soleil, solide ou liquide, la surface et l'intérieur de l'astre doivent être au moins aussi tourmentés que la surface et l'intérieur de la Terre, et il n'y doit manquer ni de trombes, ni de phénomènes électriques, ni de volcans capables de produire les mouvements observés. » {Bulletin de l'Association scientifique de Fiance, p. 97. 1869.)

maient des taches obscures sur sa surface brillante et ondulée : — que par suite de l'amincissement plus ou moins grand de l'enveloppe fondue, autour des cratères d'éruption, des portions de la surface paraissaient plus ou moins brillantes dans le voisinage des taches ; — que ces globules^ examinés après leur refroidissement, offraient une surface indée et mamelonnée ; — enfin qu'ils étaient creux^ et que leur enveloppe était d'autant plus mince que le métal renfermait plus de gaz en combinaison.

258. — Nous avons donc cru pouvoir conclure de ces expériences, par voie d'analogie :

1° Que le Soleil peut être considéré comme un globe creux électrisé, plein de gaz et de vapeurs, recouvert d'une enveloppe de matière fondue et incandescente (*);

2° Que les rides ou lucides de sa surface proviennent des ondulations de cette enveloppe liquéfiée ;

3° Que les taches sont simplement des perforations de l'enveloppe fluide, produites par les masses de gaz et de vapeurs électrisées, venant de l'intérieur de l'astre, et donnant aux rebords des cavités, ainsi qu'il a été dit plus haut, les formes qui caractérisent le passage de l'électricité positive ;

4° Que les facules semblent être une phase brillante dans l'évolution des masses gazeuses, lorsqu'elles se rapprochent de la surface avant leur éruption ;

5° Que \q'& protubérances sont formées par les gaz eux-

(1) Cette conclusion s'accorde avec la faible densité connue du Soleil.

mêmes, sortant de l'intérieur de l'astre à une température plus élevée et, par suite, plus lumineux que ceux qui forment l'atmosphère de sa surface.

259. — On peut objecter à ces conclusions que les g-lobules métalliques dont il s'agit sont produits entre les deux pôles d'un appareil et traversés par un courant électrique, tandis que le Soleil est isolé dans l'espace ; mais, en se reportant à nos expériences antérieures, telles que celle de la gerhe (143), on conçoit la production de sphéroïdes électrisés, entièrement détachés de la source d'où ils émanent et emportant avec eux une certaine quantité d'électricité de tension. De plus, si, dans l'expérience sur le globule métallique, on laisse fondre le fil auquel le globule adhère, le courant s'interrompt; le globule reste suspendu à l'un des pôles, et pendant le court instant qu'il se maintient incandescent, des taches se produisent encore, et des bulles se dégagent à sa surface (fig. 14, p. 58).

Si ce phénomène dure un temps appréciable, avec une aussi petite masse de matière, on comprend quelle durée il peut avoir quand il s'agit du globe immense du Soleil. Le mouvement vibratoire électrique communiqué doit persister, à l'instar du mouvement mécanique, avec les effets physiques et chimiques qui lui sont propres.

Ainsi nous pensons que le Soleil est électrisé, mais qu'il ne crée point l'électricité qu'il possède, non plus que la chaleur et la lumière qui en sont la transformation : c'est une provision qu'il aurait reçue de l'anneau nébuleux dont il n'est qu'une particule brillante, destinée à s'éteindre un jour; cet anneau nébuleux dériverait d'une autre onde

électrisée, et ainsi de suite, jusqu'à la cause première, créatrice de toute force et de tout mouvement. Considérée à ce point de vue , l'incandescence du globe solaire , prolongée pendant une longue série de siècles, ne serait elle-même qu'une étincelle de courte durée dans l'infini du temps et de l'espace (^).

(1) Comptes rendus, t. LXXXII, p. 816. 10 avril 1876.

2ol

CINQUIÈME PAUTIE

MACHINE RHEOSTATIQUE

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