CHAPITRE V
Analogies avec les nébuleuses spirales
2S3. — Si l'analyse spectrale a permis, dans ces derniers temps, d'étudier la composition chimique des corps célestes, il n'est pas téméraire aujourd'hui de chercher à se rendre compte ' de leur constitution physique par l'observation des phénomènes électriques et par les rapprochements auxquels ces phénomènes peuvent donner lieu.
Herschell et Ampère avaient déjà pensé que l'incandescence du soleil pouvait être attribuée à des courants électriques. Plusieurs astronomes et physiciens modernes, parmi lesquels nous citerons MM. Young , Morton , Respighi, Spœrer, Marco (de Turin), ont émis des idées analogues.
Les phénomènes que nous avons observés avec des courants électriques de haute tension, tels que les mouvements gyratoires, les effets lumineux, les formes sphériques ou annulaires prises par la matière soumise à l'action du courant, nous ont porté aussi à penser que l'électricité à l'état dynamique pouvait jouer un rôle important, non seulement dans les phénomènes météorologiques, mais encore dans ceux de la physique céleste.
L'expérience que nous avons décrite plus haut (158), flans laquelle un nuage d'oxyde métallique arraché à une électrode par le flux électrique prend, au sein d'un liquide, un mouvement gyratoire en spirale, sous l'influence d'un aimant, nous a paru de nature à expliquer, en particulier, la forme si remarquable des nébuleuses sinrales.
Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur les figures qui représentent cette expérience (fig. 65 et 66, p. 171) pour y reconnaître la forme de ces nébuleuses, décrites par lord Rosse, dont les unes ont la courbure de leurs branches dirigées en sens inverse du mouvement des aiguilles d'une montre, comme les spires de la figure 65, telles que la nébuleuse de la Yierge (ou de la Chevelure de Bérénice), etc. ; dont les autres ont leurs spires dirigées dans le sens même du mouvement des aiguilles d'une montre, comme celles de la figure 66, telles que la nébuleuse des Chiens de chasse, etc. (^).
254. — En présence d'une analogie aussi frappante, n'est-on pas autorisé à penser que le noyau de ces nébuleuses peut être constitué par un véritable foyer d'électricité ; que leur forme en spirale doit être probablement déterminée par la présence de corps célestes fortement magnétiques placés dans le voisinage, et que le sens de la courbure des spires doit dépendre de la nature du pôle magnétique tourné vers la nébuleuse (^)?
(1) V. Le Ciel, par Amédée Guillemin. 5" édit., p. 833 et suiv.
(2) On peut objecter à ces rapprochements que l'on n'aperçoit. point, dans l'espace, de conducteur amenant un courant électrique extérieur
Il serait donc intéressant de chercher, parmi les étoiles déjà connues autour de ces nébuleuses, quelles sont celles qui, par leur position, peuvent exercer cette influence magnétique, ou d'explorer la voûte céleste sur l'axe autour duquel semblent tourner les spirales, en deçà ou en delà du plan suivant lequel elles se développent, pour découvrir les corps célestes capables de déterminer leur forme ou leurs mouvements gyratoires (^).
Dans le cas où un astre serait reconnu comme satisfaisant à ces conditions,, on pourrait examiner encore^ sur la ligne passant par le centre de la nébuleuse et l'astre luimême, s'il n'y aurait point, en regard de l'autre' pôle magnétique de cet astre, une seconde nébuleuse spirale, dont
au centre des nébuleuses. En réponse à cette objection, nous rappellerons que, dans d'autres expériences faites avec une source d'électricité beaucoup plus intense, nous avons observé de petits anneaux lumineux, composés de particules incandescentes, tout à fait détachés de l'électrode ; ces anneaux dont le milieu est agité par un tourbillon liquide, se meuvent dans l'intervalle compris entre l'électrode et un anneau lumineux plus grand, formé à l'entour par le choc de l'onde électrique contre les parois du voltamètre (lo7). Ce sont là de véritables foyers électriques, séparés du jet principal qui leur a donné naissance, et analogues, bien qu'infiniment petits, à des noyaux d'astres isolés ou à des agglomérations stellaires, telles que celles qu constituent les nébuleuses annulaires.
(1) Des actions électro-dynamiques de ce genre peuvent être invoquées aussi pour expliquer la désagrégation même des corps célestes, comme l'a supposé M. D. Vaughan (de Cincinnati) (juillet 1878). Cette désagrégation peut être, d'ailleurs, facilitée ou commencée par le refroidissement des astres porté à sa dernière limite, ainsi que l'a admis M. Stanislas Meunier, pour expliquer l'origine des météorites. {Le Ciel géologique, p. 193, 1871;)
les courbes, tournées en sens inverse des courants magnétiques de ce pôle, apparaîtraient néanmoins à l'observateur dirigées dans le même sens que celles de la première, et l'ensemble de ces trois corps constituerait ainsi un système stellaire symétrique. La matière cosmique est répandue avec une si grande profusion dans Tespace, que cette hypothèse n'a rien d'inadmissible (^).
Dételles recherches exigeant l'emploi des plus puissants télescopes, nous ne pouvons que les signaler aux astronomes, avec toute la réserve que commandent des inductions basées sur de simples analogies ; mais, si l'observation venait à les justifier, ce serait assurément une preuve décisive en faveur de la constitution électrique des corps célestes (2).
(1) La nébuleuse des Chiens de chasse offre elle-même, un peu en dehors du système principal de ses spires, une autre nébulosité qui a été reconnue par Chacornac, comme présentant également une forme spirale.
(2) Comptes rendus, t. LXXXI, p. 749. 26 octobre i875.