Pour mettre en évidence les efïets caloritiqucs
qu'on peut produire à l'aide de cet appareil, on dispose un gros fil de platine ou de fer / entre les pinces B et 0, dont l'une B communique , d'une manière lixe, avec la série de lames de plomb a b c, par une lamelle métallique placée contre l'une des parois du vase^ invisible dans la figure, et dont l'autre 0 n'est mise en communication avec la seconde série de lames de plomb a' b' c' que par l'intermédiaire d'un commutateur M. Ce commutateur n'est pas destiné à changer le sens des courants, mais à établir simplement les com-
Fiff. 10.
munications de l'appareil à courant secondaire, tantôt avec la pile primaire pour le charger, tantôt avec le système des pinces 0 et B pour le décharger (').
41 — En employant six lames de plomb de 0°'20 de longueur sur 0",22 de hauteur, et considérant que toutes les surfaces doubles sont utilisées, à l'exception de celles des lames extrêmes, on a ainsi une petite batterie secondaire de quantité d'une surface d'un demi-mètre carré environ, avec laquelle on peut, après l'action d'une pile primaire de deux couples de Bunsen pendant quelque temps, rougir des lîls de fer, d'acier ou de platine de 1 millimètre de diamètre.
42. — La disposition précédente, dont nous avons fait usage pendant plusieurs années pour obtenir, à un moment donné, des courants électriques temporaires d'une assez grande intensité, nous a paru présenter encore quelques inconvénients auxquels nous avons dû chercher à remédier. Les vases ou les cuvettes verticales en guttapercha subissaient, avec le temps, un retrait ayant pour effet de rapprocher les lames de plomb en les cintrant et d'occasionner des contacts.
L'opacité de cette substance empêchait, en outre, de voir les phénomènes qui se passent à l'intérieur des couples
(1) Cette disposition de communicateur-interriipteur, sous forme d'un simple verrou métallique, arrondi à ses extrémités, qui s'engage dans des petits tubes en laiton fendus, nous a paru très commode pour cet objet, et nous l'avons employée, depuis 1868, dans mainte autre circonstance, pour établir ou interrompre à volonté des communications électriques.
secondaires et qu'il importe de pouvoir suivre pendant qu'on les charge, comme il sera dit ci-après (60).
43. — Dernière disposition des couples secondaires à lames de plomb. — Nous sommes donc revenus à une disposition à peu près semblable à la première que nous avons décrite (37), mais en modifiant toutefois le mode de séparation des lames de plomb ('). Nous avons séparé ces lames, non plus par une toile grossière, mais
Fig. 11.
par des bandes étroites de caoutchouc présentant l'avantage de ne point s'altérer dans l'eau acidulée et de ne couvrir qu'une très minime partie de la surface des électrodes.
La figure 11 représente la manière dont nous avons procédé à l'enroulement des lames en spirales voisines l'une
(1) Comptes rendus, t. LXXIV, p. 592. 1872,
. de laiitro sans se toucher, et montre la disposition d'un couple ainsi construit (*).
Deux paires de bandes de caoutchouc d'un centimètre environ de larg'eur, sur un demi-centimètre d'épaisseur, sont nécessaires pour empêcher les lames de se toucher réciproquement. Les lamelles qui forment leur prolongement sont taillées aux extrémités opposées des lames, pour mieux éviter les causes de contact et pour égaliser la distribution du courant primaire sur les surfaces des électrodes, en éloignant l'un de l'autre les deux points par lesquels débouchent l'électricité positive et l'électricité négative dans le couple secondaire. Toutefois cette disposition n'est pas indispensable, si les lames de plomb sont enroulées bien uniformément l'une autour de l'autre. L'action chimique du courant primaire se distribue alors également sur toute la surface du couple secondaire, quand même les deux pôles de la pile y déboucheraient très près l'un de l'autre.
On enroule donc les lames de plomb, ainsi séparées par deux ou trois paires de bandes de caoutchouc, autour d'un cylindre en bois ou en métal, comme le montre la figure 1 1 .
(1) Nous entrerons ici dans des détails qui pourront peut-être paraître minutieux sur la construction et la mise en fonction de ces couples ; mais le parti que nous en avons tiré pour nos recherches ultérieures nous porte à souhaiter que les physiciens puissent au hesoin les construire facilement eux-mêmes pour les recherches qu'ils pourraient avoir en vue. Nous ne faisons d'ailleurs que répondre à un désir qui nous a été souvent exprimé de connaître tous les détails de construction de nos couples secondaires.
Ce cylindre devant être retiré, une fois le couple achevé, sa nature est indifférente.
Il convient aussi de placer deux petites bandes de caoutchouc transversales de la longueur du cylindre, devant les extrémités des bandes longitudinales, lorsqu'on commence à enrouler la première spire, afin de bien séparer les bords des deux lames de plomb, qui pourraient tendre à se toucher.
44. — L'enroulement une fois effectué, on enlève avec précaution le rouleau intérieur, et, pour donner plus de stabilité au système, on maintient les spires à leur place, d'une manière définitive, à l'aide de petits croisillons en g-utta-percha ramollis par la chaleur.
Le couple ainsi construit est introduit ensuite dans un vase cylindrique en verre et assujetti, à l'intérieur, par de petites cales en gutta-percha. Le vase est rempli d'eau acidulée au ^ par l'acide sulfurique.
43. — La figure 12 représente un couple secondaire d'assez grande dimension (') , construit comme nous venons de le dire, et indique aussi la disposition que nous avons donnée au système des communications pour charger le couple ou le décharger, et montrer les effets qu'il peut produire (-).
Le vase en verre contenant les lames de plomb immergées dans l'eau acidulée est recouvert d'un disque en
(i) Les lames de plomb ont environ 0™60 de longueur sur 0™20 de largeur, et un millimètre d'épaisseur.
(2) Les Mondes, t. XXVII, p. 426 et suiv. 1872.
caoutchouc durci qui porte les pièces métalliques destinées à fermer le circuit secondaire quand le couple est chargé.
Fig. 12.
Les extrémités des deux lames de plomb communiquent, à l'aide des pinces G et H, à la fois, avec une pile primaire formée de deux éléments de Bunsen de petite dimen-
sion et avec les lamelles de cuivre M M' (\). La lamelle M est disposée au-dessous d une autre lamelle de cuivre R, dont l'extrémité prolongée, formant ressort, peut être abaissée et pressée par le bouton B, et la lamelle M se trouve alors en communication avec la pince A. La lamelle M', d'autre part, est en communication constante avec la pince A', et entre les branches de ces deux pinces, sont placés les fils métalliques destinés à être rougis ou fondus par le courant secondaire. On peut encore faire aboutir à ces deux pinces les fils provenant de tout autre appareil dans lequel on veut faire passer le même courant.
46. — Ce système de communications, installé de ]a manière la plus simple possible pour tenir sur le couvercle d'un vase, ne rompt pas, comme celui qui a été précédemment décrit (40), le courant primaire, quand on ferme le circuit secondaire. Si donc, on veut essayer l'effet du couple secondaire seul, on le sépare de la pile primaire, en détachant les fils G et H, et on serre ensuite le bouton B. Mais si on laisse ces fils en communication avec le couple secondaire, lorsqu'on veut le décharger en serrant le bou-
(1) Les languettes terminales des lames de plomb ont été préalablement recouvertes à chaud, dans toute leur étendue, d'un vernis épais à l'essence de térébenthine ou d'un mastic formé de cire et de résine, afm d'empêcher le liquide acidulé de grimper, par capillarité, jusqu'au point de jonction avec les lamelles en cuivre. Les extrémités des lames de plomb, à ce point de jonction, doivent être parfaitement décapées et recouvertes ensuite de vernis ou noyées dans une couche de mastic coulé au-dessus d'un bouchon en liège qui recouvre le couple secondaire. Ce bouchon est percé d'un trou dans lequel passe un petit tube de verre.'
Ion, cela n"a aucun inconvénient; l'appareil n'en fonctionne pas moins ; ses efTets se trouvent même légèrement augmentés par l'action de la pile primaire qui s'ajoute à celle du couple secondaire, quand le circuit du fil F est fermé ; car les deux systèmes de courants de la pile primaire et du couple secondaire, qui sont en opposition pendant la charg-e, se trouvent associés en quantité lors de la décharge.
47. — Nous verrons plus loin (7S) que le couple secondaire, formé ou préparé d'une manière particulière, conserve assez longtemps sa charge pour donner des effets énergiques sans le secours additionnel du courant de la pile primaire, pendant la courte durée de la décharg'e. Mais la liaison continue du couple secondaire avec la pile primaire présente, du moins, l'avantag'e que, si l'on a une suite d'expériences à faire avec des décharges successives du couple secondaire, tous les intervalles pendant lesquels on ne produit pas de décharges se trouvent immédiatement utilisés par la pile primaire pour charg'er le couple secondaire.
48. — Actions chimiques produites dans les couples secondaires à lames de plomb. — Nous avons étudié précédemment (18) les actions chimiques qui se passent dans un voltamètre à fils ou à lames de plomb, lorsqu'on ferme le circuit du voltamètre sur lui-même après l'action du courant primaire, et nous avons examiné, avec quelques détails, les causes principales du courant secondaire énergique qu'il produit.
Dans les couples secondaires que nous venons de décrire,
ces actions se représentent naturellement sur une plus grande échelle et produisent des phénomènes dont l'étude nous a été utile pour donner à ces couples des qualités importantes, telles que celles de fournir des décharges de longue durée, de conserver leur charge longtemps après l'action de la piJe primaire, et ai! emmagasiner ainsi le travail chimique de la pile voltaïque.
49. — Lorsqu'un couple secondaire de grande surface tel que celui qui est représenté (fig. 12), est neuf,, c'està-dire lorsque les lames de plomb qui le composent n'onl jamais servi à transmettre de courant dans un voltamètre, et qu'on vient à le faire traverser par le courant de deux couples de Bunsen, le gaz oxygène apparaît presque immédiatement sur la lame positive; une portion oxyde, en même temps, la surface de la lame, et celle-ci ne tarde pas à être recouverte d'une couche très mince de peroxyde de plomb.
D'un autre côté, l'hydrogène, après avoir réduit la faible couche d'oxyde dont le plomb peut être couvert par l'exposition à l'air, ne tarde pas à apparaître, et si, au bout de quelques instants, on essaie le courant secondaire produit par l'appareil, on constate qu'il est déjà très énergique par la vivacité de l'étincelle produite, lorsqu'on ferme et qu'on rompt aussitôt le circuit secondaire, avec un conducteur en cuivre peu résistant. Mais le courant ainsi obtenu est de très courte durée. Il produirait bien l'incandescence d'un fil de platine très fin^ mais ne rougirait pas un fil de même métal de gros diamètre. Cela vient de ce que la couche de peroxyde de plomb produite à la surface de la lame posi-
tive est très mince, et que, se trouvant rapidement réduite, dès qu'on ferme le circuit secondaire, elle ne peut fournir une quantité suffisante d'électricité.
50. — Mais si^ après avoir fermé le circuit jusqu'à l'anéantissement du courant secondaire^ on charge une seconde fois l'appareil, les lames se trouvent alors dans un état un peu différent de celui oii elles étaient en commençant. Pendant la fermeture du circuit secondaire, l'oxygène, se portant sur la lame qui était négative lors du passage du courant, a peroxyde légèrement cette lame, en même temps que le peroxyde formé sur l'autre lame, lors du passage du courant principal, se réduisait par l'hydrogène. On a donc, après une première expérience, deux lames dont la surface présente un état moléculaire différent de celui 011 elles se trouvaient lorsqu'elles étaient neuves. Elles sont recouvertes de couches minces d'oxyde et de métal réduit, qui faciliteront l'action ultérieure du courant principal sur le couple secondaire.
ol. — Si l'on considère d'abord la lame de plomb qui était négative lors du passage du courant principal pour la première fois, cette lame est, comme on vient de le voir, recouverte d'une couche d'oxyde après le passage du courant secondaire. Il en résulte que, si l'on fait de nouveau passer le courant principal, les premières portions d'hydrogène seront consacrées à réduire cette couche d'oxyde, au lieu de la couche plus faible résultant seulement de l'exposition à l'air, comme cela avait lieu précédemment. Par suite, un retard plus grand que la première fois se produira dans l'apparition de l'hydrogène à la
~- iS —
surface de cette lame; car ce gaz ne commencera à se dégager que lorsque l'oxyde sera parfaitement réduit à l'état de plomb pulvérulent ou très divisé à la surface de cette lame,
S2. — Si l'on étudie ce qui se passe sur la lame positive pour la seconde fois, pendant Faction du courant principal, les premières portions d'oxygène qui tendent à se dégager à sa surface rencontrent, cette fois, une couche de peroxyde réduit ou de plomb métallique divisé, sur laquelle ce gaz a plus de prise, s'il est permis de parler ainsi, que sur la lame de plomb servant pour la première fois; le gaz est plus facilement absorbé, et l'on commence aussi à constater un retard dans l'apparition de l'oxygène sur cette lame, retard qui correspond au temps nécessaire pour oxyder de nouveau la couche de plomb réduit à sa surface .
Quand on ferme de nouveau le circuit secondaire, les phénomènes précédemment décrits se reproduisent, et l'on conçoit que, lorsqu'on aura renouvelé ces opérations un très grand nombre de fois, les surfaces de plomb du couple secondaire se trouveront dans un état plus favorable pour l'oxydation ou la réduction; les couches d'oxyde alternativement formées ou réduites deviendront plus épaisses, et les effets secondaires qui en résultent présenteront plus de durée et d'intensité.
C'est, en effet, ce qu'on observe : plus un couple secondaire reçoit l'action d'un courant primaire et fonctionne lui-même après cette action, plus est longue la durée du courant secondaire.
53. — Formation ou préparation électro-chimique des couples secondaires à lames de plomb. — Nous sommes parvenu ainsi à prolonger la durée des effets des couples secondaires en les chargeant successivement un grand nombre de fois et les déchargeant au fur et à mesure, de manière à développer à leur surface et à produire même, à une certaine profondeur dans l'épaisseur des lames, ces couches d'oxyde et de métal réduit dont l'état de division est favorable au développement du courant secondaire.
Nous avons obtenu aussi ce résultat d'une manière encore plus marquée, en changeant successivement plusieurs fpis le sens du courant primaire agissant sur le couple secondaire.
Chaque fois qu'on fait ce changement, on observe, s'il y a un galvanomètre dans le circuit, un renforcement notable du courant primaire, dans les premiers instants, ce qui s'explique aisément, parce que la force électromotrice du couple secondaire s'ajoute, dans ces conditions, h celle de la pile. Mais il vaut mieux, pour ne pas affaiblir trop vite la pile primaire, fermer, entre les changements de sens, le circuit du couple secondaire sur lui-même ; sans cela, le courant de la pile est consacré, dans les premiers moments, à effectuer un travail chimique qui peut être produit par la décharge même du couple secondaire.
Ainsi le couple secondaire doit être déchargé d'abord, puis rechargé en sens inverse. Dans ce cas, le courant primaire agit de nouveau directement sur des surfaces qui sont à pou près clans le même état électro-chimique ; on n'observe point alors l'accroissement du courant
mentionné précédemment, et il n'y a pas de perte inutile de force de la pile primaire, sous forme de chaleur répandue dans le circuit.
54. — Nous avons reconnu, de plus, qu'il était avantageux, au point de vue de cette préparation des couples secondaires, de laisser un intervalle de repos de plusieurs jours entre les changements de sens, afin de donner aux dépôts d'oxyde et de métal réduit le temps de prendre une texture cristalline et une forte adhérence à la surface des lames. On observe, en effet, que les lames des couples secondaires qui ont subi ces actions acquièrent, à la longue, un aspect cristallin particulier. La lame couverte de plomb peroxyde et la lame couverte de plomb réduit sont parsemées, l'une et l'autre, de points brillants et se trouvent modifiées dans leur constitution moléculaire, non seulement à leur surface, mais jusque dans l'épaisseur et les pores du métal; on constate même que la lame peroxydée, en particulier, finit par présenter une certaine fragilité.
55. — Les lames ainsi modifiées ne perdent point de leur poids par les charges et les décharges les plus multipliées. Elles ne servent, pour ainsi dire, que de point d'appui aux actions chimiques qui s'opèrent à leur surface et qui, se succédant constamment en sens inverse, ne peuvent les user. Le plomb est continuellement oxydé et réduit^ en même temps que l'eau est alternativement décomposée et reconstituée.
56. — Cet ensemble d^opérations, que nous avons désigné sous le nom de formation des couples secondaires,
et qui consiste, ainsi qu'on vient de ]e voir, à les former ou à les vieillir, pour produire des dépôts d'une certaine épaisseur, permet d'obtenir, lorsqu'on les décharge, des effets calorifiques d'assez longue durée.
Avec un couple secondaire à lames de plomb, d'un demi-mètre carré de surface, convenablement formi ou vieilli, et préalablement chargé par deux éléments de Bunsen pendant trois quarts d'heure, on peut rougir, pendant huit à dix minutes, un fil de platine d'un millimètre de diamètre, sur sept à huit centimètres de longueur, et pendant vingt à vingt-cinq minutes, un fil d'un demimillimètre environ de diamètre.
57. — Le séjour prolongé des lames de plomb dans l'eau acidulée, avant l'action du courant primaire, facilite beaucoup la formation des couples secondaires. Ce fail nous paraît pouvoir s'expliquer par la pénétration lente du liquide à l'intérieur des pores du métal, ce qui permet à l'action de l'électrolyse de s'exercer elle-même plus profondément et de produire une quantité plus grande d'oxyde ou de métal réduit.
58. — L'intensité du courant primaire a aussi une grande influence sur la formation plus ou moins parfaite des couples secondaires. Le courant de deux éléments de Bunsen est celui que l'expérience nous a fait reconnaître le plus convenable. Un courant d'une intensité trop faible ne produit que des dépôts très superficiels, et la nature même du peroxyde de plomb produit sur la lame positive est différente, quant à l'aspect physique (et .peut-
être au point de vue chimique) (^), de celle du peroxyde produit par un courant plus fort. L'oxyde qui résulte de l'action d'un courant faible suffisamment prolongé est noir; celui que fait naître un courant plus fort a la couleur d'un brun clair qui caractérise le peroxyde de plomb.
Des éléments de Daniell, même en grand nombre, ne forment pas si bien les couples secondaires que deux éléments de Grove et de Bunsen ayant une moins grande somme de force électro-motrice, mais fournissant plus de quantité d'électricité. Il faut que les oxydations et les réductions se fassent avec une certaine rapidité et que l'électrolyse soit assez énergique pour pénétrer le plus possible à l'intérieur du métal.
59. — Pour bien former les couples secondaires, il convient donc de tenir compte des remarques précédentes et de considérer surtout que l'action du temps est indispensable, comme dans un grand nombre d'actions chimiques dont la nature et l'industrie offrent des exemples.
(1) Nous avons eu l'occasion d'observer, dans les voltamètres à électrodes de cuivre, un exemple de la différence dans la nature chimique de l'oxyde produit, suivant la force électro-molrice du courant employé. Ainsi, avec un courant de deux éléments de Bunsen, on obtient au pôle positif, le bioxyde de cuivre noir, qui n'apparaît qu'un instant, au commencement de l'électrolyse (8), et se dissout ensuite dans le liquide, sans être visible, au fur et à mesure de sa formation; tandis que si on emploie quinze éléments, il se forme, à l'extrémité de l'électrode positive, un jet d'oxyde rougeâtre qui ressemble au protoxyde ouoxydule de cuivre, et se précipite au fond du voltamètre sans se dissoudrejmmédiatement dans le liquide. (Bibl. univ. de Genève, t. Vil p. 332. 1860.)
C'est une sorte de tannage électro-chimique, s'il est permis de s'exprimer ainsi, que doivent subir les électrodes des couples secondaires. Les lames de plomb doivent être pénétrées peu à peu, le plus profondément possible, par les actions oxydantes et réductrices du courant primaire , de manière à modifier complètement leur constitution moléculaire. Les intervalles de repos dont il a été question ci-dessus (54), entre les changements de sens du courant primaire, ont la plus grande influence. Ainsi, un couple secondaire dont les lames ont été soumises, plusieurs heures de suite, à l'action du courant primaire, étant abandonné à lui-même, pendant un mois, sans être déchargé, puis, repris au bout de cet intervalle de temps et rechargé en sens inverse, donnera une décharge d'une durée double de celle qu'il donnait auparavant.
Voici, en résumé, la marche qu'on peut suivre pour ces opérations :
Le couple secondaire ayant été rempli à l'avance d'eau acidulée au -^ par de l'acide sulfurique pur (^), on le fait traverser, le premier jour que l'on s'en sert, six ou huit fois, alternativement dans les deux sens, par le courant de deux éléments de Bunsen. On décharge le couple secondaire entre chaque changement de sens, et on constate sans peine, soit par l'incandescence d'un fil
(1) Il est essentiel que l'acide sulfurique ne contienne pas de traces d'acide nitrique, qui attaquerait le plomb et contribuerait à produire la rupture des languettes terminant les lames des couples secondaires.
de plalino, soit par tout autre effet, que la durée de la décharge va sans cesse en croissant.
On augmente peu à peu le temps pendant lequel le couple reste soumis, dans le même sens, à l'action du courant primaire. On porte successivement cette durée, dès le premier jour, de — d'heure à — heure et 1 heure. On le laisse finalement chargé dans un sens déterminé jusqu'au lendemain. Le lendemain^ on le recharge deux heures en sens inverse, puis dans le premier sens, et ainsi de suite. On constate encore un gain dans la durée de la décharge. Mais il arrive bientôt une limite au delà de laquelle cette durée n'augmente plus sensiblement, surtout lorsque la pile primaire, n'étant pas renouvelée, s'est affaiblie peu à peu par ces actions successives et n'a plus une intensité suffisante pour que l'élcctrolyse pénètre plus profondément à l'intérieur des lames (58).
On laisse alors le couple secondaire au repos pendant huit jours, et on le recharge en sens inverse pendant plusieurs heures, sans faire, le même jour, de nouveaux changements de sens. Puis on porte peu à peu l'intervalle de repos à quinze jours, un mois, deux mois, etc., et la durée de la décharge va sans cesse en augmentant. Elle n'a d'autre limite que l'épaisseur même des lames de plomb. La lame positive, si elle est mince, finit par être transformée presque entièrement, avec le temps, en peroxyde de plomb à texture cristalline, La lame négative se trouve peu à peu formée, jusqu'à une certaine profondeur audessous, de sa surface, de plomb réduit, grenu et cristallin.
Il n'est pas toutefois nécessaire de pousser la préparation électro-chimique des couples secondaires jusqu'à cette transformation complète de la nature physique et chimique des lames ; car les couples finissent alors par acquérir une plus grande résistance et exigent plus de temps pour être chargés.
Lorsque des couples secondaires donnent un courant d'une durée "suffisamment prolongée pour l'application qu'on veut en faire, il n'y a plus lieu de changer le sens du courant primaire chaque fois qu'on s'en sert. La provision de peroxyde de plomb accumulée sur la lame positive serait trop longue à réduire, et l'on n'obtiendrait aucun efl'et du couple avant plusieurs heures. On adopte donc un sens définitif dans lequel on charge toujours les couples secondaires, une fois qu'ils sont suffisamment formés.
60. — Absorption des gaz pendant la charge des couples secondaires. — Lorsqu'on charge des couples secondaires préparés dans les conditions précédentes, on observe que les gaz sont complètement absorbés pendant un certain temps, à tel point qu'avec un couple secondaire d'un mètre carré de surface, soumis à l'action de deux couples de Bunsen, il peut s'écouler 20 à 30 minutes avant qu'aucun gaz n'apparaisse à la surface des lames.
Tout le travail du courant primaire s'accumule dans l'appareil, sous forme d'oxydation de plomb d'une part, et, d'autre part, de réduction de plomb oxydé produit par la fermeture antérieure du courant secondaire, pour être ''endu de nouveau, sauf une perte inévitable, sous forme
de courant secondaire, par la reconsLituLion inverse de ces mêmes produits. Lorsque les gaz commencent à se dégager, on est averti que la pile n'effectue plus sensiblement de travail utile à la production du courant secondaire.
jVinsi, l'apparition du dégagement des gaz dans un couple secondaire préalablement bien formé devient un phénomène indicatif du maximum de la charge que peut prendre le couple, et il n'y a plus beaucoup d'avantage, pour accroître les effets secondaires, à prolonger l'action du courant principal.
Il faut que le couple se trouve dans ces conditions de préparation électro-chimique antérieure, pour que le dégagement de gaz puisse indiquer s'il est chargé ; car, avec un couple secondaire neuf, soumis pour la première fois à l'action d'un courant primaire, ou avec un couple déjà formé., mais qui serait resté très longtemps sans fonctionner, on voit presque aussitôt le gaz se dégager à la surface des lames, sans avoir atteint pour cela le degré de charge maximum qu'ils peuvent prendre (*).