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CLASSE DES LETTRES
Séance du 10 janvier 1870.
M. An. BorGxeT, directeur de la classe et président de l’Académie pour 1869.
M. An. QuETELET, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. Ch. Steur, J. Grandgagnage, F. Roulez, L.-P. Gachard, P. De Decker, F.-A. Snellaert, £.-7. Haus, M.-N.-J. Leclereq, le baron Kervyn de Lettenhove, R. Chalon, Ad. Mathieu, J.-J. Thonissen, Th. Juste, E. Defacqz, le général Guillaume , Félix Nève, Alph. Wauters, H. Conscience, membres; Nolet de Brauwere Van Steeland et Auguste Scheler, associés; M. Laforêt, correspondant.
M. L. Alvin, membre de la classe des beaux-arts, et M. Ed. Mailly, correspondant de la classe des sciences, assistent à la séance.
CORRESPONDANCE
mm
M. le Ministre de l’intérieur adresse : 1° une expédition de l'arrêté royal du 4 décembre 1869 qui nomme MM. F.-A. Snellaert, À. Van Hasselt, Nolet de Brauwere, D. Delcroix, P. Génard, J. Heremans et P. Willems, mem -
(+ bres da jury chargé de décerner le prix quinquennal de littérature flamande pour la 4° période; 2° une expédition de l’arrêté royal de la même date nommant MM. P. Bourson, Fuerison et Stecher, membres du jury chargé de juger le concours triennal de littérature dramatique française pour la 4° période.
— Le même haut fonctionnaire adresse, pour la bibliothèque de la Compagnie, différents ouvrages imprimés qui seront annoncés au Bulletin, et parmi lesquels se trouve, entre autres, un exemplaire du travail de M. Th. Juste : Le lieutenant général Goblet d’Alviella, ministre d'État, d’après des documents inédits; { vol. in-8°.
La 2° livraison de la traduction flamande de l’Histoire de Léopold I”, par M. Th. Juste, est également offerte à la classe de la part de l’éditeur.
M. le Ministre de la justice adresse deux exemplaires du tome I‘° de la 2° série du Recueil des ordonnances de la principauté de Liége, publié par la Commission royale des anciennes lois et ordonnances de la Belgique.
M. le Ministre de la maison de l’empereur des Français adresse les tomes V et VI des OEuvres de Bartholomeo Borghesi, offerts à l’Académie par ordre de S. M. Napoléon HET. Hi
La direction générale de la statistique, à Madrid, transmet un exemplaire de la Statistique du bélail en 1865.
Les ouvrages suivants sont présentés par divers membres de la Compagnie :
1° Par M. le baron Kervyn de Lettenhove, le tome IX des Œuvres de Froissart, publiées dans la collection des travaux des grands écrivains du pays; 1 vol. in-8°;
9 Par M. Ad. Mathieu, le tome IX de ses œuvres en
( 55 ) vers, portant pour titre : Rognures; 1 vol. in-12; et la 4° édition de son poëme : Théroigne de Méricourt; 1 vol. in-12;
3° Par M. Laforêt, la 34° année de l'Annuaire de l’Universilé de Louvain, 1870; 1 vol. in-12;
4 Par M. R. Chalon, le XIV° article de ses Curiosités numismatiques, in-8°, et une Notice sur le temple de Jupiter Capitolin, offerte au nom de M. le baron de Koehne, associé de la classe.
Des remerciments sont votés pour ces différents dons.
— La Société silésienne d'histoire et d’antiquités de Breslau, la Société historique de Gratz et la Société de littérature néerlandaise de Leyde, offrent leurs dernières publications; ces Sociétés remercient en même temps la
Compagnie pour le dernier envoi de publications académiques.
— Une notice de M. C. Van Dessel, sur une collection de monnaies romaines trouvées à Elewyt, est déposée aux archives d’après le désir de l’auteur.
ÉLECTIONS
La classe procède à l'élection du directeur pour 1871 : M. J.-J. Haus est désigné pour remplir ce mandat.
M. Borgnet, directeur sortant, remercie ses confrères pour le bienveillant concours qui lui à été prêté pendant l’exercice de ses fonctions. En cédant le fauteuil à M. Defacqz,
(56 ) il exprime à celui-ci le désir de le voir doter la classe de son grand travail sur le Droit belgique, interrompu jusqu'à présent. M. Defacqz présente ensuite à M. Borgnet les remerciments de ses confrères pour la manière dont il a dirigé leurs travaux, et il prie M. Haus de vouloir bien prendre place au bureau. i
La classe s’est occupée ensuite de différentes questions relatives à ses travaux et au règlement intérieur.
CLASSE DES BEAUX-ARTS
Séance du 6 janvier 1870.
M. N. DE KEyser, directeur.
M. An. QuETELET, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. L. Alvin, F.-J. Fétis, G. Geefs, A. Van Hasselt, Joseph Geefs, F. De Braekeleer, C.-A. Fraikin, Ed. Fétis, Edmond De Busscher, J. Portaels, Alphonse Balat, A. Payen, le chevalier Léon de Burbure, Joseph Franck, Gustave De Man, Ad. Siret, J. Leclercq, membres ; F. Stappaerts, correspondant.
M. Ed. Maïlly, correspondant de la classe des sciences, assiste à la séance.
CORRESPONDANCE
La classe apprend la mort de l’un de ses associés de la section de sculpture, M. Pierre Tenerani, décédé à Rome le 14 décembre 1869.
— M. le Ministre de l’intérieur transmet une expédition de son arrêté du 31 décembre dernier, qui confère à M. J.-G. Marchant, lauréat du grand concours de sculpture de 1869, la pension de voyage de 5,500 francs.
Le mème haut fonctionnaire avait demandé des instructions de voyage pour M. J.-B. Van den Eeden, lauréat du grand concours de composition musicale de 1869. La réponse de M. F.-J. Fétis, au nom de la section permanente du jury de ces concours, a été transmise à M. le Ministre.
— Le même Ministre offre les tomes IT et If du recueil intitulé : Scriptorum de musica medii œvi, par M. De Coussemaker. — Remerciments.
— M. le secrétaire perpétuel présente l'Annuaire de l’Académie pour 1870, renfermant les notices biographiques de M. Baguet, par M. Roulez; de M. Moke, par M. De Laveleye et de M. Buschmann, par M. Ad. Siret.
Il offre ensuite un exemplaire de l'Annuaire de l’Observatoire royal de Bruxelles pour la même année. — Remerciments.
ÉLECTIONS
La classe avait à pourvoir au remplacement de trois de ses associés, MM. Calamatta, Rossini et Quaranta, décédés en 1869 et en 1867.
Les suffrages des membres présents désignent successivement :
Pour la place vacante dans la section de gravure : M. Kezer, à Dusseldorf.
Pour la place vacante dans la section de musique : M. Fenerico Ricer, à Paris.
Pour la place vacante dans la section des sciences et des lettres : M. MaRiETTE, au Caire.
— On procède ensuite à l'élection du directeur pour 1871 : M. Louis Gallait est élu à l’unanimité des suffrages.
M. De Keyser, directeur sortant, en cédant le fauteuil à M. Fraikin, directeur pour l’année courante, remercie la classe du bienveillant concours qui lui à été accordé pendant l'exercice de ses fonctions. M. Fraikin remercie à son tour ses confrères de l'honneur qu'ils lui ont fait en l'appelant à remplir le mandat de directeur, et adresse à M. De Keyser les remerciments de la classe pour la manière dont il a dirigé ses travaux.
COMMUNICATIONS ET LECTURES
L'Égypte entrevue à travers l'inauguration du canal de Suez, par M. Alvin, membre de l’Académie.
Lorsque, dans la séance du 4 novembre dernier, la classe des beaux-arts apprit que deux de ses membres, — notre confrère Portaels et moi, — allaient se rendre en Égypte, invités par Son Altesse le khédive à assister à l’inauguration du canal de Suez, notre honoré secrétaire perpétuel m’engagea à recueillir des observations susceptibles d’être communiquées à l’Académie. Mon silence a pu être interprété comme un acquiescement, comme un engagement auquel J'aurais mauvaise grâce de chercher aujourd'hui à me soustraire. Toutefois, pour que cette quasi-promesse ne paraisse point trop imprudente et ne soil pas même taxée de présomption, il est nécessaire que J'explique en quelle manière je l’ai entendue.
L'égyptologie est une science dont les arcanes ne sont révélés qu'à de rares adeptes. Le vieux sphinx n’a pas encore cessé de poser ses redoutables énigmes, et, s’il ne dévore plus les imprudents qui ont en vain essayé de les résoudre, il exige le sacrifice de la vie entière des curieux investigateurs de ses secrets. Je puis, comme le premier venu, avoir pris connaissance des résultats des travaux des savants égyptologues, mais cela ne m’autorise pas à me targuer de leurs découvertes; à venir, compilant les écrits de Champollion, de Letronne, de Lenormant, de Lepsius , de Nestor l’Hote et de Mariette-Bey, vous débiter compendieusement, comme nouveautés, ce que nos enfants peuvent apprendre dans le Tour du monde ou dans le Magasin pitloresque, à savoir : qu’on à beaucoup exagéré les dimensions du phare d'Alexandrie, une des sept merveilles; que la colonne de Pompée n’a rien à faire avec la mémoire du grand rival de César; que cettecolonne, placée dans la cour du Sérapéum, a servi de piédestal à l'effigie du cheval d’un empereur; que les aiguilles de Cléopâtre étaient placées devant un temple érigé à César par la maîtresse d'Antoine; que la bibliothèque si regrettée avait été déjà incendiée et détruite deux fois avant Parrivée d’Omar (1); que l’on a beaucoup trop rajeuni les pyra-
(1) Tout le monde connaît le récit qui a fait d’'Omar le symbole du fanatisme et de la barbarie. Après avoir subi, pendant des siècles, l'injure de cette renommée proverbiale, Omar a été déclaré presque innocent de l'incendie des livres d'Alexandrie; on lui a du moins découvert des complices qui l’ont devancé, et ont fait beaucoup plus de ‘mal que lui. Ges complices sont illustres et ne sont point des ennemis farouches de la civilisation ; ils s'appellent César et le Christianisme.
(J.-J. AuPÈRe, Voyage en Egypte et en Nubie, page 71.)
(#9 mides, pour n’oser contredire la chronologie biblique, et qu'il faudrait ajouter vingt siècles aux quarante qui, du haut de ces vénérables monuments, contemplaient les soldats de la république française. Si je me permettais ce genre d’études, je m’exposerais à faire sourire plus d’un de nos confrères de la classe des lettres.
L'Académie ne peut s'attendre davantage à ce que Je lui présente une appréciation du magnifique travail auquel M. Ferdinand de Lesseps à attaché son nom; que j'analyse, comme le pourrait faire un ingénieur, le plan de cette vaste entreprise, les moyens d'exécution mis en pratique, les engins formidables créés pour cette gigantesque opération. Tout cela a été très-bien exposé dans le beau livre de M. Olivier Ritt; et nos confrères de la classe des sciences, cette fois, pourraient trouver que j’empiète sur leurs attributions.
Quel sera done l’objet de cette communication? Un reflet de nos impressions personnelles; je dis nos, parce qu'il est juste que j’associe à ce travail le compagnon qui a partagé mes impressions, qui souvent les a provoquées en attirant mes yeux sur des beautés qui auraient pu m'échapper. Je park à des artistes; c’est donc du côté plastique et pittoresque des choses que je vous entretiendrai. Si pâle que paraisse mon expression, si impuissante qu’elle soit à donner la vie aux images qui ont passé devant moi comme un rêve, je compte sur votre imaginalion , elle complétera mes ébauches.
Nous voici transportés en présence de l'Égypte de Chéops et des Pharaons, que recouvre l'Égypte grécoromaine des Ptolémées, cachée à son tour sous l'Égypte arabe des Califes, cédant elle-même la place à cette Égypte européenne, si je puis dire, qui achève en ce moment d’envahir le Delta.
Vous comprenez l'émotion qui nous a saisis à la vue de celle vieille terre où les alluvions du Nil se mélent aux amas de décombres que soixante siècles y ont amoncelés.
Dans cette atmosphère limpide, sous ce ciel pur, enveloppe éternellement jeune des objets les plus vieux du monde, les oppositions les plus tranchées vous étonnent. lei, la vie exubérante, là, le silence de la mort. lei, la nature se revêt des plus brillantes couleurs et, tout à côté, vous la trouvez dépouillée de sa parure; semblable à une veuve désolée, elle se couvre la tête de cendre. Un suaire de sable la voile au loin; rayé par le souffle du simoun , il miroite sous le soleil comme un océan pétrifié.
Auprès des villes mortes, la ville vivante où s'agite une réunion indescriptible de types aussi anciens que le sol même, se coudoyant sans se confondre, conservant leurs caractères, leurs costumes, leurs allures originales et formant le plus étonnant contraste avec les toilettes prétentieuses, étriquées, souvent grotesques, et les physionomies vulgaires de la colonie européenne.
Une température chaude, même en hiver, et Jamais humide, du moins dans la région du Caire, permet aux habitations de se passer de toit et même assez souvent de croisées, et dispense les habitants du souei de rechercher le confort.
Les rues regorgent d’une population toujours en mouvement et vivant en plein air. Le Copte, le fellah, l'Abyssinien, le Nègre, l’Arabe, le Ture, le Juif, le Grec, le Syrien, l’Arménien s’y croisent dans tous les sens. Celui-ci chemine à pied, celui-là monte un magnifique coursier, le plus grand nombre se contentent de l’âne, monture plus modeste et, partant, plus commune. Les voitures qui, 1l y a vingt ans, étaient à peine connues au Caire, y sont au-
(45 ) jourd’hui aussi nombreuses que dans les capitales d'Europe.
De longues files de chameaux chargés de moellons ou de poutres, menaçant la sécurité du passant, augmentent l'encombrement au milieu duquel tout ce monde court, crie, gesticule, se pousse, se heurte. C’est une confusion inexprimable, et pourtant, tout cela finit par trouver passage, sans accident, tant cette foule est accoutumée aux bagarres, tant aussi cette population, soumise et pacifique, a été dressée dès longtemps à plier devant la force. Les chiens seuls semblent jouir du privilége de ne se déranger pour personne. Ils sont les maîtres de la voirie qu’ils ont mission de purger des immondices; ils s’y installent comme chez eux. Le cheval, l’âne, le dromadaire lui-même, tout aussi bien que le fellah à pied, s’il rencontre un chien couché et faisant la sieste sur la voie publique, se détournera plutôt que de troubler le dormeur.
Au fond de ce désordre apparent, 1l y a une sorte d’harmonie; les bruits les plus aigus se fondent dans le brouhaha général; les mouvements les plus désordonnés et les plus brusques finissent par s’accorder. La variété des costumes est infinie, les couleurs tranchées se heurtent, rien n’y fait, la grande lumière qui les noie harmonise ces tons divers. À chaque instant le peintre regrette de n’avoir pas sa palette et de ne pouvoir fixer sur la toile les tons insaisissables de ces trop fugitives visions.
Un pareil ensemble nous captive, absorbe toute notre attention et ne nous laisse point la liberté de diriger nos observations. Cette suite de tableaux s’impose à nos sens plus encore qu’à notre intelligence. Ne soyez donc point surpris, mes chers confrères, du décousu de ces pages. J'ai beau chercher à ordonner mes souvenirs, ils m’arrivent
mêlés comme si j'étais encore dans les rues du Caire, — je parle du vrai Caire africain, — trottant sur mon âne et n'ayant pas assez de mes deux yeux pour saisir les mille accidents de cette ville de décombres, dont les maisons s’'émieltent, tellement qu’on les croirait menacées de destruction s’il survenait une averse. Elles abritent pourtant une population immense, active, gaie même, et qui ne paraît pas malheureuse. La partie inférieure des rues est recouverte par l’étalage des marchands qui en dissimule le délabrement. Il faut lever les veux pour s’apercevoir que ces étranges habitations n’ont point de faîte, — ni toit, ni corniche. — On ne sait si elles sont en voie de construction ou de démolition. Mais, de temps en temps, la vue est agréablement surprise; elle s’arrête sur de ravissants #oucharabiés : c’est une sorte de balcon fermé, enveloppant une ou plusieurs fenêtres, où se tiennent les femmes. Elles y sont comme dans une cage, entourée d’un treillage élégant, qui leur permet de voir dans la rue sans être ellesmêmes aperçues par des yeux indiserets.
Ces rues, lorsque par hasard elles ont une certaine Le geur, ont besoin de s’abriter contre les ardeurs du soleil ; de larges bandes d’étoffes, des branches de palmier et quelquefois même un plancher, suspendu au-dessus de vos têtes, font l'office de velurium. La masure la plus décrépite accompagne les plus délicieuses fantaisies de l'architecture moresque : des portes ornées d’ arabesques de pierre, des fontaines ouvertes aux ablutions du peuple, les mosquées avec leurs coupoles flanquées de minarets élancés et fouillés comme un ivoire chinois, rappellent, par la grâce de leurs proportions et par l'élégance de leurs profils, que toute celte ruine, encore habitée, a un jour brillé d’un vif éclat, lorsque la richesse des bazars, la splendeur des édifices
du Caire fournissaient à l’auteur des Mille el une nuits ses merveilleuses descriptions. Mais, sur cette terre qui a vu passer tant de civilisations diverses, on paraît avoir pris l’habitude de ne rien réparer; on édifie, on achève même, si l’on peut, mais on ne sait plus ce que c’est que d’entretenir. Quand la maison n’est plus habitable, on en construit une autre; quand le quartier n’est plus qu’un tas de ruines, on transporte les habitations un peu plus loin, le sable a bientôt repris ses droits et ramené le désert sur l’emplacement abandonné : c’est ainsi qu'autour du Caire gisent plusieurs villes mortes ou mourantes, Héliopolis, Memphis, le vieux Caire, sans compter les nécropoles qui sont elles-mêmes de grandes villes silencieuses, avec leurs mosquées, leurs marabouts et leurs minarets qui ne sont plus hantés que par les éperviers dont le eri plaintif remplace la voix du muezzin.
Quelle mine d’études pour larchitecte, pour le scuipteur, pour le peintre! À tout moment, mon compagnon, notre confrère , tire son crayon, il saisit au passage une attitude, un pli de draperie, une scène vivante. Des exclamations de surprise s’échappent de nos poitrines. Est-ce que Rembrandt aurait visité le Caire? Ne sommes-nous pas bien naïfs de croire qu’il a trouvé dans le moulin paternel ses oppositions de lumière et d'ombre, ses effets de clair-obseur ? Se peut-il que la force seule de l'imagination lui ait fait deviner, rendre avec tant de justesse et d’éclat, une lumière qu’on ne trouve qu’en Orient?
Et, tout en cheminant sur nos humbles montures, à travers la foule qui encombre le Mousky, ou sous l’ombre des sycomores qui bordent l'avenue de Choubrah, nous ne cessons d'admirer. L’Arabe bédouin passe couvert de son burnous blane , sa tête grave et belle rappelle un patriarche
des temps bibliques; une femme fellah soutient un jeune enfant nu sur son épaule et en tient un autre par la main; drapée dans sa guenille qui accuse des formes superbes, elle vous à une majesté de reine. Vous croiriez voir marcher un bronze antique échappé du musée de Bourbon. Un saïs nous frôle en passant. Il court avec aisance, sa tunique blanche découvre ses jambes nues, les larges manches de sa veste lui font deux ailes de cygne : il précède une voiture, une baguette à la main, et lui fraye un passage au millieu de la cohue en criant d’une voix aiguë : Reglett, Reglett Warda. Les proporuons de ce corps agile sont des plus pures, c’est le vrai type du coureur; le sculpteur, pour produire un chef-d'œuvre, n'aurait qu'à le mouler. Voici un autre bijou de bronze auquel le conservateur du musée de Naples accorderait une place d'honneur dans ses galeries : c’est le pelit marchand d’eau fraiche; une amphore de terre cuite est suspendue à son côlé , 1l verse à boire dans une petite sébile de métal.
L’âne occupe une grande place dans les habitudes et dans l’économie domestique de l'Orient. C’est la monture ia plus ordinaire, c’est aussi le plus commode des véhicules. Ces animaux sont forts et doux, patients et infatigables; fermes sur leurs pieds, ils marchent avec une égale assurance au bord des fondrières et dans les sables quasi liquides. Leur nombre est incalculable dans les rues du Caire : hommes et femmes en usent. Les femmes de conditions aisées s’y montrent enveloppées de la tête aux pieds de larges mantilles de soie noire; le vêtement de coton blanc où bleu est réservé aux classes inférieures. Toutes les musulmanes se cachent le bas du visage et ne laissent voir que leurs grands yeux, séparés par une sorte d’étui de métal à travers lequel passe un ruban qui
( 29 soutient le masque, une longue bande d’étoffe, notre ou blanche, qui leur pend jusqu’aux pieds. Les femmes inüiscènes qui se montrent dans la rue le visage découvert appartiennent au culte chrétien, copte ou fellah; on reconnaît sur leurs traits le type qu'ont copié les anciens sculpteurs égyptiens.
A tout moment arrivent sous nos yeux des groupes qui figurent des scènes de la vie patriareale de l'Ancien et du Nouveau Testament : Abraham et Sara sont venus sur ce sol, ils y ont précédé la sainte famille. N'est-ce pas celle-ci qui passe? Une femme en manteau bleu, assise sur un âne, presse entre ses bras un jeune enfant. Un vieillard fa précède tenant la bride et s'appuyant sur son bâton de voyage.
Mais toute cette population ne nous apparaît que de ia manière la plus fugitive, nous n’en voyons que l'extérieur; quant aux mœurs, aux usages, il faudrait, pour les éiudier, pénétrer dans le sein des familles; c’est ce qui n’est guère possible au touriste européen. Tout le côté féminin des classes riches lui échappe nécessairement. Nous voyons bien, à certaines heures de la journée, passer comme une apparition, l’élégant coupé qui emporte au grand trot de deux magniques chevaux, quelques femmes du harem, très-légèrement voilées. Un eunuque noir est sur le siége auprès du cocher, un saïs court devant les chevaux faisant ranger la foule. C’est tout ce qu’on peut voir de la vie intime des indigènes opulents. Si nous sommes admis en présence de quelque haut dignitaire, du khédive luimême, rien dans l’ameublement, dans l'étiquette, dans les costumes ne nous montre l'Orient, c’est toujours le luxe européen, un peu outré, fort mêlé, d’un goût douteux. Il
( 48 ) n'y a de vraiment oriental que les riches chibouques et les ravissantes pelites lasses avec leurs merveilleux supports dans lesquelles on nous offre un café délicieux.
Dans ces rues tortueuses et obscures, derrière ces murailles grises et délabrées, il doit se cacher encore quelque retraite, habitée par des familles tenant aux anciens usages, ayant le culte des mœurs antiques. Là doivent se conserver les merveilles d’une architecture qui.se prête à toutes les délicatesses, à toutes les fantaisies, à toutes les élégances du décor, à tous les raffinements du luxe : les tapis précieux, les fontaines aux bassins de marbre et d’albâtre, les soies de Perse et des Indes, les pavements de mosaïque, les lambris revêtus de faïences émaillées ou de bois précieux, les meubles aux incrustations d'ivoire et de nacre, les mille ustensiles d'argent, d’or, de filigrane, que l’Arabe du désert conserve lui-même si précieusement sous sa tente et que les chefs bédouins nous exhibaïent au campement hospitalier d’Ismaïlia. J'ai la ferme croyance que si l’on cherchait bien, on trouverait encore, au Caire, plus d’une maison entretenue comme au temps de Saladin. Nous avons même eu la bonne fortune d’en visiter une à laquelle 1l ne manquait que l'entretien et qui, si elle était restaurée avec intelligence, exciterait l’admiration des moins enthousiastes.
C'est derrière l’hôtel Abat; de la place de l’Esbékieh, centre du quartier européen qui ne diffère guère de nos villes modernes, on s'engage sous une voüte sombre et malpropre; on suit une ruelle étroite et tortueuse, aboutissant à plusieurs autres dont l'aspect n’est pas plus riant ; une petite porte s'ouvre : vous êtes dans la cour d’une habi- {ation moresque, dont l’ensemble et les détails frappent
encore par leurs élégantes proportions malgré leur état de
délabrement. Un peintre français en a fait sa demeure depuis plusieurs années; ne pouvant en entreprendre luimême la restauration, il s’est contenté de la rendre habitable, tout en respectant ces précieux restes et s’attachant à leur conserver leur caractère primitif. Tant qu’elle sera entre les mains de cet homme de goût, la précieuse relique sera préservée de la destruction; mais que quelque Jour la pioche civilisatrice, qui travaille déjà très-activement au Caire, menace ce quartier qui a besoin d’être assaini, que deviendra cette demeure ?
On nous à assuré pourtant que c’est dans cette maison que logea le général Bonaparte. Oh! si je pouvais hasarder un conseil aux conseillers de Son Altesse, je leur dirais : « Poussez votre maître à déblayer ce quartier, mais engagez-le à conserver cette maison; qu’un artiste habile, bien pénétré du caractère de l’art arabe, recoive la mission de la restaurer, et qu’elle devienne le pendant du musée de Boulaq ; qu’elle soit, pour l’art du temps des Califes, ce que le musée de Mariette-Bey est pour l’art du temps des Pharaons. » Déjà le khédive est entré dans la voie des restaurations, par ses ordres, les abords de la magnifique mosquée du sultan Hassan ont été déblayés, et — Son Aitesse elle-même nous en a donné l'assurance, dans l’audience qu’elle a daigné accorder à ses invités belges, — sous peu, ce splendide monument reparaîtra aux yeux des amis de l’art, dans toute sa fraicheur première.
L'Egypte, qui ne veut pas demeurer en arrière de la civilisation européenne, nous imitera aussi dans notre respect pour les monuments anciens. Parmi les exemples que nous lui donnons, elle n’en pourrait choisir de plus salu-
9me SÉRIE, TOME XXIX. 4
( 50 ) taire et qui l'élève plus haut dans l'estime des peuples; car le soin qu’une nation apporte à la conservation et à l'entretien de ses édifices peut donner la mesure de sa valeur morale et indiquer le degré de civilisation auquel elle est parvenue.
En effet, quelle triste impression ne rapporte-t-on pas d'une visite à cette nécropole qu’on appelle Les tombeaux des Califes! surtout si, en y allant, on est entré dans Île somptueux temple de la citadelle, dans cette mosquée dont on ne pourra pas dire : Materiam superabat opus. Oh! quelles merveilles nous verrions si l'argent dépensé pour l'érection de la mosquée de Méhémet-Ali avait été employé à restaurer ses aînées! Malgré leur état actuel, piusieurs des anciennes mosquées offrent un intérêt sérieux. Je, c’est un refuge ouvert aux pauvres, là, €’est un hospice, plus loin, une école. C’est dans un de ces édifices que se trouve la plus ancienne université du monde, jadis la lumière de l'Orient, dont les cours continuent encore aujourd'hui. L’antique mosquée de Gama-el-Azhar, bâtie en même temps que le Caire, vers l’année 969 de notre ère, était l’Alma Mater de ces contrées; son nom signilie Mosquée des fleurs, parce que lon y voyait fleurir toutes les sciences. C'était à la fois, et c’est encore, une maison de prière et un sanctuaire d’études. Ici, comme partout, nous avons traversé les galeries, les cours, les portiques au pas de course et nous n’en avons pu saisir que le côté pittoresque. Sur des natles qui recouvrent le pavement de marbre, les écoliers sont assis en cercle autour du maitre, à la façon orientale, traçant, au moyen du calamus antique, des caractères arabes sur des feuilles de zine ou de fer-blanc, comme les enfants de nos écoles le font avec la touche sur lardoise. Le roseau ne rayant point le métal
comme le feraient nos plumes de fer, ce qui a été écrit peut être facilement effacé (1).
Si l'architecte, si le sculpteur, si le peintre rencontrent, à chaque pas, sur le sol égyptien, des modèles précieux et des objets d'étude, le musicien n’y trouverait peut-être point une aussi abondante moisson. Ce n’est pas que, grâce à la munificence de Son Altesse, il ne puisse entendre au Caire une excellente troupe d'opéra italien; que, grâce à des spéculateurs cosmopolites, il ne puisse savourer en même temps, dans les cafés concerts et à l'Eldorado, une cliope de bière de Vienne et une valse de Strauss, voire même une contredanse empruntée aux œuvres d'Offenbach. Mais la musique indigène ne nous à point paru à la hauteur des autres branches de l’art arabe. Pourtant, lorsque nous assistions aux exercices pieux des derviches tourneurs, nous avons cru reconnaître, dans les préludes de la psalmodie qui accompagne cette sorte de danse, plusieurs mesures que Félicien David n'a pas dédaigné de placer dans son Désert. | Revenir d'Égypte sans vous parler des pyramides, vous ne nous le pardonneriez point. Quelque soin que nous prenions de ne pas empiéter sur les attributions des archéo- logues, du moins devons-nous raconter nos impressions.
A la limite du désert, une chaîne de monticules protége contre l’envahissement des sables la riche plaine que fertilise chaque année le limon du fleuve nourricier ; elle dé-
(1) Le Caire possède de nombreuses institutions pour l’enseignement ; on s’efforce de les tenir au niveau des progrès de la science moderne. Il a été publié, sur la situation de cette branche d'administration, un livre que j'ai vainement demandé aux libraires. Il n’entrait point dans nos projets d'étudier celte matière, le temps nous aurait fait défaut.
coupe, sur un ciel toujours pur, les profils arrondis de ses mamelons fauves. N’était le ton plus chaud , vous les prendriez pour nos dunes de la mer du Nord. C’est là que se dressent, dominant toutes ces hauteurs, les trois colosses, prodigieux entassements de pierre, dont l’un est demeuré le plus haut comme il est le plus vieux des monuments élevés par la main de l’homme. Sur cette frontière, que le Nil et le désert se disputent, entre la plaine verdoyante et l’aridité du Sahara, il y a le cadavre d’une grande cité, la nécropole de Memphis. Cette colline recouvrait un sérapéum que Mariette-Bey vient d’exhumer. Qui pourrait dire les palais et les temples que cache encore cet amas de décombres ?
La destination des pyramides a donné lieu à une foule de conjectures contradictoires. N’étaient-elles que les tombeaux des souverains, ou, comme le suppose M. Fialin de Persigny, avaient-elles aussi pour mission d'arrêter l’envahissement des sables? Cette théorie n’est peut-être pas aussi loin de la vérité qu’on l’a prétendu. Ici, la demeure des morts semble une barrière pour défendre celle des vivants; les collines, dont je parlais tout à l'heure, recouvrent tout un hypogée. Les pyramides elles-mêmes, ces gigantesques témoins de l'orgueil des despotes, ne sontelles pas, en effet, un défi jeté à l’ennemi éternel du sol égyptien, au sable du désert qui envahit toute construction, temple ou palais? Il n’a respecté que le colossal, les pyramides et les obélisques; — un obélisque est tout ce qui reste d'Héliopolis. On comprend que ces rois, dont la puissance étaitsans bornes et qui avaient à leur disposition, en nombre illimité, cette machine qu’on appelle l’homme, se soient fait construire des tombes gigantesques, afin qu'elles survécussent à tout, même aux demeures des
(55 ) dieux. Si telle fut leur pensée, les bâtisseurs de ces monuments ont atteint leur but. Ils ont assuré la durée de leur œuvre, œuvre grossière, mais formidable, où l’art me semble avoir une bien petite part.
Mais ce n’est pas sur ce point de l'Égypte qu'il faut chercher les chefs-d’œuvre de lart égyptien. Il faut remonter le fleuve, voir Karnac, Luxor, Thèbes. Je n’ai pas eu la bonne fortune d’aller jusque-là ; le temps m'a manqué. Avec quels regrets n’ai-je pas renoncé à contempler le merveilleux colosse qui, selon l’expression du poète,
ie à. Semblait, en amant préféré,
Épouser la lumière à son réveil sacré;
Celui qui, le matin, tout palpitant d’oracles, Changeait l’âme d’un marbre en source de miracles.
La statue de Memnon ne rend plus de sons mélodieux ; la pyramide n’a pas su conserver le dépôt qui lui a été confié. Celle-ci pourtant défie toujours le désert dont les vagues impuissantes viennent mourir à sa base et n’en ont pu submerger encore que quelques assises.
L’impression que produit la vue des pyramides n’est pas aussi profonde, aussi instantanée qu'on le pourrait croire. On n’est vraiment étonné qu'après réflexion, lorsqu’on a” supputé la hauteur et calculé le cube de cet amas de pierres. Après avoir fait à pied, montre en main, le tour de la plus grande, pendant que mes compagnons plus jeunes se hissaient jusqu’au faîte, je me suis dit : la base équivaut à la superficie du pare de Bruxelles; je n’en voulais point croire le témoignage de mes jambes. Un géomètre a fait, avec la précision de la science, le calcul dont voici le résultat : des pierres qui composent la grande pyramide de Giseh, on bâtirait un mur de six pieds de haut, d’un pied
(54) d'épaisseur, ayant une longueur de mille lieues et pouvant faire le tour de la France. C’est qu’il y a là 75 millions de pieds cubes de matériaux !
La vue du sphinx colossal qui semble le gardien des pyramides, satisfait plus l'artiste; c’est aussi une œuvre gigantesque, mais on voit que l’art a passé par là.
Vous me pardonnerez, mes chers confrères, de ne point vous faire le récit des incidents de notre voyage et des fêtes qui en étaient l’occasion. Cela exigerait un livre. Il n’y à qu'un mot pour qualifier ces fêtes : elles ont été dignes d’un roi.
Quant à l’hospitalité dont nous avons été l'objet, elle a été grande comme les pyramides; elle ne sera pas plus imitée que ne l'ont été les gigantesques monuments de l’antique Égypte. Jamais on n’avait vu une semblable réunion d'hôtes traités avec une pareille munificence. Têtes couronnées, princes de la science et des arts, représentants autorisés de la presse, de l’industrie et du commerce, tous ont été accueillis avec distinction, égards, prévenances, altentions de toutes sortes. Ils ont été tous reçus somptueusement même au milieu du désert transformé, comme par la baguette d’un enchanteur. Pour ma part, je mets au nombre des plus délicates attentions dont nous avons élé l’objet le respect de notre indépendance : on nous a permis d'aller où bon nous semblait, mettant à notre disposition tous les moyens de transport et ne nous obligeant à aucun devoir d’étiquette.
Et pourtant des murmures, qui ont pris naissance au bord du Nil, ont eu de l'écho jusqu'ici. Ils auraient pu faire douter de notre reconnaissance.
Quelques petits désagréments inséparables d’un aussi long voyage, certains mécomptes que toute la sollieitude
(55 ) du khédive, que tous les soins intelligents des délégués de Son Altesse ne pouvaient prévoir et empêcher, ont été grossis sous l’impression d’un moment de contrariété. Ceux qui se sont faits les interprètes de ce mécontentement se seraient abstenus d’en entretenir le public s'ils avaient eu le temps de la réflexion.
Pas plus que les autres, je n’ai été à l'abri de certaines petites misères inhérentes aux climats chauds, mais jy trouvais une compensation suffisante dans la douceur du climat lui-même. Je n’ai pas été indifférent à quelques contre-lemps dont on s’est plaint avec amertune; mais il s'est trouvé presque toujours, pour moi du moins, que ces contre-temps eux-mêmes étaient la source de jouissances que nous n’aurions point goûtées sans cela. Par exemple, l’ordre de reprendre la mer dès l’arrivée à Alexandrie, a contrarié tous les passagers de la Guyenne, et pourtant, sans ce supplément de navigation, qui d’ailleurs s’est effectué par une mer calme et une nuit vraiment orientale, nous n’aurions point vu le magnifique spectacle que présentait la rade de Port-Saïd, le 16 novembre, au lever du soleil, quand les escadres de toutes les nations saluaient le passage de l’Aigle entrant dans le port; c'était splendide.
Quant aux ennuis d’une traversée de sept jours, pendant lesquels la mer ne s’est pas constamment montrée clémente, n’ont-ils pas été largement compensés par le charme des honorables et sympathiques relations que nous avons rencontrées à bord de la Guyenne? Je serais un ingrat si J'omettais de placer ici un souvenir à l’adresse des hommes éminents, des compagnons aimables avec lesquels J'ai eu la bonne fortune d'accomplir ce pèlerinage. J’en rends grâce, avant tout, à Son Altesse le khédive, dont la
(96 ) munificence a permis que ma tête déjà blanchie reçût le baiser rajeunissant du soleil d'Orient.
Je ne donnerai pas à cette communication une étendue que son importance ne justifierait point. Ce modeste croquis n’aura pas été absolument inutile s’il peut inspirer à quelques-uns de nos artistes le désir de visiter ces mêmes lieux.
Si la Grèce, si l'Italie, si les musées qui se sont enrichis des dépouilles de ces pays privilégiés étalent pour notre instruction les productions les plus parfaites de l’art antique, l'Égypte possède encore des modèles aussi purs que ceux que les Phidias et les Apelles ont interprétés. Même après avoir étudié ces immortelles traductions de la forme humaine, l'artiste aura beaucoup à apprendre sur ces types originaux, vivant et agissant en pleine lumière : car ce n'est pas sans raison que l’illustre Ampère l’a dit :
« Dans le pays du soleil, le beau n’est Le absent, la grace se mêle à tout. »
OUVRAGES PRÉSENTÉS
Quelelet (A.). — Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles, 1870, 37"° année. Bruxelles, 1869; in-12.
Commission pour la publication d’une collection des œuvres des grands écrivains du pays. — OEuvres de Froissart, publiées par M. le baron Kervyn de Lettenhove. Chroniques, tome IX. Bruxelles, 1869, in-8°.
Chalon (R.). — Curiosités numismatiques. Médailles et monnaies rares et inédites. 14° article. Bruxelles, 1870; in-8°.
Mathieu (Ad.). — Rognures (œuvres en vers, tome IX). Bruxelles, 1870; in-12.
Mathieu (Ad.). — Révolution française. Théroigne de Méricourt. 4" édition. Bruxelles ; in-12.
Juste (Théodore). — Les fondateurs de la monarchie belge. Le lieutenant-général comte Goblet d’Alviella, ministre d'État, d'après des documents inédits. 1790-1869. Bruxelles, 1870; in-8°.
Juste (Th.). — Leven van Leopold LI, eerste koning der Belgen, naar het franch. Aflev. 5. Gand, 1869 ; in-8°.
De Koehne (le baron B.). — Le temple de Jupiter Capitolin, d’après les médailles. Bruxelles, 1870 ; in-8°.
Annuaire de l’Université catholique de Louvain. — 1870, 94e année. Louvain; in-12. |
Plateau (Félix). — Réflexions et expériences sur le vol des coléoptères. Genève, 1869 ; in-8°.
Jourdain (Aug.). — Dictionnaire encyclopédique de géographie historique du royaume de Belgique. Bruxelles, 1868-1869; 2 vol. in-8°.
Van Bastelaer (D.-A.). — La question du travail des femmes et des enfants dans la houillère en présence de la statistique officielle. Bruxelles, 1869 ; in-8°.
Van de Casteele (Désiré). — Justification du magistrat de Gand, concernant les troubles religieux arrivés en cette ville du 50 juin 1566 au 7 mai 1567. Bruges, 1869; in-8&.
D'Otreppe de Bouvette(Alb.). — Essai de tablettes liégeoises, 99% et 100%: livr. Liége, 1869 ; 2 cah. in-12.
Société royale de numismatique à Bruxelles. — Revue de la numismatique belge, 5° série, tome IT, 4° livr. Bruxelles, 1870 ; in-8°. |
Société d’'Émulation de Bruges. — Annales, 5° série, tome iV, n° 4. Bruges , 1869; in-8°.
Willems-Fonds, te Gent. — Jaarboek voor 1870. Gand, 1869; in-12. — Vuylsteke (Julius). — Korte statisticke be-
(58) schrijving van Belgie, 1° en 2% aflev. Gand, 1865-1869 ; 2 vol. in-12. |
Revue de l'instruction publique en Belgique, 17" année, dv livr. Gand, 1870; in-8°.
Annales d’oculistique, 52% année, tome LXII, 5% et, 6"° livr. Bruxelles, 1869; cah. in-8°.
Sociélé géologique de France, à Paris. — Bulletin, 2° série, tome XX VI, feuilles 25-54. Paris, 1868-1869 ; in-8.
Inslitut historique de France, à Paris. — L’Investigateur, 26"* année, 418 et 419 livr. Paris, 1869; in-8°.
Revue britannique, 45% année, n°° 6 à 49, juillet à décembre. Paris, 1869; 6 cah. in-8.
Flammarion (Camille). — Études et lectures sur l’astronomie, tome IL. Paris, 1869 ; in-12.
Leymerie (A.). — Catalogue des travaux géologiques et minéralogiques publiés jusqu’en 1870. Paris-Toulouse, 1869; in-8°.
Revue et maguzin de zoologie pure et appliquée et de sériciculture comparée, par M. J.-E. Guérin-Menéville, 1869, n° 12. Paris ; cah. in-8°. |
Comptes rendus des séances de la commission permanente de l’association géodésique internationale pour la mesure des degrés en Europe tenues à Florence en 1869. Neuchâtel, 1869; in-4°.
Deulsche geologische Gesellschaft zu Berlin. — Zeitschrift, XXI. Band, 1.-5. Hefte. Berlin, 1869; 5 cah. in-8°.
Zoologische Gesellschaft zu Frankfurt AM. — Der z0ologische Garten, X. Jahrg., n° 7-12. Frankfurt A/M, 1869 ; 6 cah. in-8°.
Societatis stenographicae Tirolensis, Inspruck. — Compendium stenographiae latinae secundum systema Gabelsbergeri, auctore D'° J. Plaseller, autographo prof. P. Huberto Ried!. Inspruck, 1868; in-12.
Sexe (S.-A.). — Le glacier de Boium, en juillet 1868. Christiania, 1869 ; in-4°.
Flateyjarbok. — En samling af norske Konge-Sagacr, 5. Binds, 2. Hefte. Christiania, 1868 ; in-8.
Thomas Saga Erkibyskups. — Fortaelling om Thomas Bceket erkebiskop af Canterbury. Efter gamle Haandskrifter udgiven af C.-R. Unger. Christiania, 1869; in-8°.
Botten-Hansen (Paul). — La Norwége littéraire. Christiania, 1868; in-8°.
Caspari (C.-P.). — Quellen zur Geschichte des taufsymbols und der glaubensregel, IL. Christiania, 1869; in-8°.
Nyt magazin for naturvidenskaberne, XVI. Binds, 1.-4. Hefte. Christiana, 1869 ; 5 cab. in-8°.
Foreningen til norske fortidsmindesmerkers bevaring, 1 Christiania. — Aarsberetning for 1868. Christiania, 1869; in-8°.
Bereining om Bodsfoengslets Virksomhed à uaret, 1868. Christiania, 1869 ; in-8°.
Videnskabs-Selskabet à Christiania. — Forhandlinger, aar. 1868. Christiana, 1869; in-8°.
Kongelige Norske Videnskabers-Selkabs à Throndhjem. — Skrifter i det 19. Aarhundrede, V. Binds, 2. Hefte. Throndhjem, 1868; in-5°.
Hertzberg (Ebbe). — En fremstilling af det norske aristokratis historie indtil kong Sverres tid. Christiania, 1868; in-8°.
Om R. Keysers’s Esterladte Skrifter. Christiania, 1868;
Synnestivedt (A.-S.-D.). — En anatomisk beskrivelse af de paa over-og under extremiteterne forekommende Bursae Mucosae. Christiania, 1869 ; in-%°,
Diplomatarium Norvegicum , .samlede og udgivne af C.-R. Unger og H.-J. Huitfeld, VIL. samling, 2. Halvdel. Christiania, 1869 ; in-8°.
Skandinaviske naturforskeres à Christiania. — Forhandlinger, tiende Mode, aar 1868. Christiania, 1869 ; in-8°.
Finska Vetenskaps-Societeten till Helsingfors. — Ofversiet, XI, 1868-1869. — Bidrag till Kännedom af Finlands natur och Folk, 45, 14 häftetets. — Gedachtnissrede auf Alexander von Nordmann, von D' Otto E.-A. Hjelt. Helsingfors, 1869; 4 cah. in-8°. |
Reale istituto lomburdo di scienze e lettere a Milano. — Rendiconti , serie II, vol. IE, fase. 41-16. Milan, 1869; 6 cah. in-8°. — Classe di scienze matematiche e naturali, Memorie, vol. XE, fase. 2. Milan, 1869; in-4°. — Classe di lettere e scienze morali e politiche : Memorie, vol. XI, fase. 2. Milan, 1869; in-4°, — Att della fondazione scientifica Cagnola, vol. V, parte 4. Milan, 1869; in-8°.
Società reale di Napoli. — Rendiconto delle tornate e dei Javori dell Accademia di scienze morali e politiche, anno VIP, quaderni di settembre ed ottobre 1869. Naples, 1869; in-8°.
Real academia de nobles artes de San Fernando, a Madrid. — Resûmen de las actas y tareas, 1864-1868. Madrid, 1865- 1868; 4 cah. in-8°. — Memorias, tomi I-IL. Madrid, 1867-1868; 2 vol. in-8°. — Discursos practicables, por Jusepe Martinez. Madrid, 4866; in-8°. — Discurso en elogio del E.-S. duque de Rivas, por Joré, amador de Los Rios. Madrid, 1866; in-8°. — Pablo de Céspedes. Madrid, 1868 ; in-4°.
Universidade de Coimbra.— Annuario, 1869-1870. Coimbre, 1869; in-12.
Geological Society of London. — Quarterly Journal, vol. XXV, part 4. Londres, 1869; in-8°. — List, november 1“, 1869. Londres, 4869; in-8°. |
Royal geographical Society of London. — Proceedings, vol. XIE, n° 5. Londres, 1869 ; in-8°.
Chemical Society of London. — Journal, vol. VIF, ser. 2, july-september 1869. Londres, 1869; 5 cah. 1n-8°.
BULLETIN
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE
1870. — No 2.
CLASSE DES SCIENCES
Séance du 5 février 1870.
M. G. DEWALQUE, directeur, président de l’Académie. M. An. QUETELET, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. J. d'Omalius d’'Halloy, C. Wesmael, J.-S. Stas, L. De Koninck, P.-J. Van Beneden, Edm. de Selys Longchamps, H. Nyst, Gluge, Melsens, J. Liagre, F. Duprez, Poelman, E. Quetelet, H. Maus, M. Gloesener, A. Spring, Candèze , Eugène Coemans, Ch. Montigny, Steichen, Brialmont, E. Dupont, membres; Th. Schwann, Th. Lacordaire, E. Catalan, Ph. Gilbert, associés; C. Malaise, Aug. Bellynck, Ed. Maïlly, Al. Briart, correspondants. |
2e SÉRIE, TOME XXIX. 5
CORRESPONDANCE
M. le Ministre de l’intérieur transmet une ordonnance de payement de 23,750 francs, à titre de première moitié de la dotation académique pour 1870. Ce mandat a été encaissé par M. Stas, trésorier.
— Le même haut fonctionnaire envoie divers ouvrages qui seront annoncés au Bulletin. — Remerciments.
— M. Alph. de Candoile exprime le désir, en accusant réception de son diplôme d’associé, d’être gratifié des Bulletins et de l'Annuaire. — Accordé. |
— La légation d'Espagne, à Bruxelles, au nom de PObservatoire de San-Fernando à Cadix, la Société des sciences à Harlem, et la Société Senckenbergeoise des naturalistes de Francfort s/M, offrent divers ouvrages et remercient pour les derniers envois de publications académiques.
— L'institut des provinces de France annonce l’ouverture à Moulins, le 1°" août 1870, de la XXX VIF° session des congrès scientifiques de France.
— La Société batave de philosophie expérimentale de Rotterdam envoie son programme de concours pour 1869.
— Un billet cacheté, adressé par M. G. Van der Mensbrugghe, répétiteur à l’Université de Gand, est accepté et réservé pour les archives , après avoir été contre-signé par M. le directeur.
(65) — M.F. Terby, de Louvain, transmet de nouveaux renseignements sur l’aurore boréale du 3 janvier dernier.
— M. P. Michel, chef du nouveau phare à Ostende, envoie le résumé des observations météorologiques faites à Ostende pendant l'année 1869; M. Cavalier, de la même ville, adresse des observations semblables pour le mois de Janvier 1870.
— M. Ed. Lanszweert, pharmacien à Ostende, commu nique ses observations zoologiques faites pendant l’année
— Les ouvrages manuscrits suivants seront l’objet d’un examen :
1° Mémoire sur les poissons qui habitent régulièrement ou visitent accidentellement les côtes de la Belgique et sur leurs parasites et commensaux, par M. P.-J. Van Beneden. (Commissaires : MM. Lacordaire, de Selys Longchamps et Poelman.) .
2° Notes sur les tremblements de terre en 1868, avec suppléments pour les années antérieures, de 1845 à 1867 (XX VI relevé annuel), par M. A. Perrey. (Commissaires : MM. Ad. Quetelet et Duprez.)
3° Études sur le frottement, — Première partie : Note relative au frottement de glissement sur les surfaces hélicoides réglées, par M. J.-M. de Tilly. (Commissaires : MM. Steichen et Folie.)
4 Sur la pierre météorique tombée à Saint-Denis-Westrem, près de Gand, le 7 juin 1855, par M. Stanislas Meunier. (Commissaire : M. Duprez.)
9° Note sur le Byrsax (Boleltophagus) gibbifer Wesmael,
de Java, par M. A. Preudhomme de Borre. (Commisaires : MM. Lacordaire et Wesmael.)
6° Fondements d’une géométrie supérieure cartésienne (suite), par M. F. Folie. (Commissaires : MM. Gilbert et Catalan) |
7° Notice sur la Bryonicine, par MM. Lucien De Koninck ct Paul Marquart. (Commissaires : MM. Stas et Melsens.)
La classe se constitue en comité secret et approuve la rédaction des cinq questions du programme de concours de 1871 (1), revues par les auteurs et imprimées dans le Bulletin du mois de janvier. Elle élève à 800 franes la valeur de la médaille d’or attribuée comme prix à la question suivante de ce concours :
TROISIÈME QUESTION
Fixer, par de nouvelles recherches, la place que doivent occuper, dans la série naturelle des familles végétales , les genres LYCOPODIUM, SELAGINELLA, PsILOTUM, TMESIPTERIS et PHYLLOGLOSSUM. |
(1) Une erreur s’est glissée dans la rédaction de la deuxième question de ce programme , inséré page 14 du Bulletin du mois de janvier ; au lieu de courants électriques, lisez : courants d'induction électrique.
RAPPORTS
RECHERCHES SUR L'EMBRYOGÉNIE DES CRUSTACÉS. — ÎIT. Développement de l’œuf et de l'embryon des Sacculines (SAGGULINA CARGINI, Thomps.), par M. Ed. Van Beneden.
Eapnost de M, Schivarn.
« Dans un mémoire, présenté il y a quelques mois à l’Institut de France, M. Éd. Van Beneden a démontré que le corps que M. J. Gerbe a pris pour l’œuf des Sacculines, est en réalité un œuf double, c’est-à-dire deux œufs dont l’un se développe d’abord , se sépare ensuite de l’autre qui, à son tour, donne origine à un nouvel embryon.
Dans le nouveau travail soumis à notre compagnie, M. Éd. Van Beneden expose ie développement de l'œuf et de l’embryon de ces mêmes parasites qui vivent sur la queue de certains Crustacés.
L'œuf a une forme ellipsoide. El ne présente, au début, qu’une seule membrane, la membrane vitelline. Le vitellus est formé de goutteleites réfringentes réunies par une substance visqueuse que présente le protoplasma de la cellule-œuf. El est impossible de distinguer la vésicule germinative.
Après la ponte, les œufs forment par leur réunion des colonnettes ramiliées qui sont l’homologue des ovisacs des Copépodes et des Lernéens. .
Peu de temps après la ponte, le développement embryonnaire commence et se fait avec une rapidité très-
inégale, de sorte que dans un même tube ovifère on observe des embryons sur le point d’éclore à côté d’autres œufs : montrant les premières phases du fractionnement.
Le fractionnement est total : l’œuf se divise en deux, puis en quatre globes. À ce moment s’opère la séparation entre les éléments nutritifs et protoplasmatiques. Le protoplasma de chaque globe se retire d’un côté autour d’un noyau, en refoulant les éléments nutritifs vers l’autre. Une séparation s'établit ensuite entre ces deux parties : nous avons quatre cellules à noyaux et une masse opaque et réfringente beaucoup plus considérable. Les quatre cellules embryonnaires se multiplient par division et s'étendent en même temps, de manière à former une membrane qui entoure la masse réfringente. Cette membrane, composée d’une seule couche de cellules , est le blastoderme.
Le blastoderme s’épaissit considérablement du côté du ventre futur et des faces latérales de l’embryon. A ce moment apparaît tout autour de l’extrémité céphalique de embryon un sillon circulaire qui divise l'embryon en une partie antérieure très-petite et plus bombée, et une partie postérieure qui comprend les cinq sixièmes de l'œuf. Cette partie antérieure correspond à la partie antérieure de la future carapace dont le bord antérieur se prolonge latéralement en forme de cornes. Il n’y a pas encore la moindre trace d’appendices. C’est un peu plus tard que la première mue a lieu : les cellules blastodermiques sécrètent à leur surface libre une membrane anhiste. La membrane vitelline tombe alors.
La première forme embryonnaire des Arthropodes est . done dépourvue d’appendices articulés et le corps se constitue de deux segments.
Après la déchirure de la membrane vitelline, le volume
(6m) de l’œuf augmente considérablement. Les trois paires d’appendices caractéristiques de la forme Nauplienne apparaissent simultanément un peu plus tard.
Peu de temps après, on reconnait l’œil comme une peuite tache pigmentaire unique placée dans la ligne médiane.
La bouche se montre sous forme d’un sillon transversal au niveau de l’interstice entre la deuxième et la troisième paire d’appendices. Derrière la bouche, la lame cellulaire ventrale présente de grandes cellules à noyaux que M. Gerbe considère comme l’origine des appareils sexuels : M. Van Beneden n’a pu trouver des preuves à l'appui de cette opinion.
La forme Nauplienne des Sacculines après leur naissance, et les phases ultérieures de leur développement sont connues par les travaux de plusieurs auteurs.
Le travail de M. Éd. Van Beneden est accompagné d’une planche bien dessinée. Comme il renferme plusieurs points nouveaux pour l’histoire du développement de ces parasites , J'ai honneur d’en proposer l'impression, avec la planche, dans les Bulletins de l'Académie. »
Conformément aux conclusions favorables de ce rapport, auquel ont souscrit MM. Gluge et Poelman, la classe vote l’impression du travail de M. Éd. Van Beneden dans les Bulletins.
Sur la méthode de Brisson pour l'intégration des équations
linéaires, par M. Paul Mansion.
Rapport de M. Calalan.
L'objet du mémoire présenté à l’Académie est claire-
ment indiqué par les lignes suivantes, tirées du préambule de l’auteur : « Cauchy a fait connaître, dans les anciens
Exercices de mathématiques, deux méthodes remarquables d'intégration des équations à coefficients constants, dues au géomètre français Brisson. La première,
dont on peut retrouver le germe dans Laplace, a pour
caractère essentiel de ramener lintégration de cette classe d'équations à celles d’un système d'équations linéaires, du premier ordre, que l’on peut aborder directement, comme si elles étaient indépendantes... » ….. Das cette Note, nous appliquons la première méthode de Brisson aux équations linéaires les plus simples, dans les cas qui n’ont pas été examinés par Cauchy... Nous donnons, en outre, quelques applications de la même méthode aux équations linéaires à coefficients variables. »
Considérons, pour fixer les idées, une équation du
deuxième ordre, à coefficients constants :
——+ A + By=X . . . . . (1) x |
En comparant le premier membre au polynôme
a + Aa + B,
HS
He supposé décomposé en (a — a) (a — &3),
on est conduit à écrire l'équation (1) sous la forme symbolique : | (D — «) D—u)y—=X; . . . . (2)
et l’on voit alors que cette même équation (1) peut être remplacée par les deux équations du premier ordre :
Telle est, en peu de mots, l'indication de la première des deux méthodes dues à Brisson.
Une première rédaction, retirée par l’auteur, commençait ainsi : « Dans ce travail, nous montrons, par une » méthode nouvelle, les analogies qui existent entre les » équations algébriques et certaines équations linéaires. » Cette méthode conduit, d’une manière très-simple, à » l'intégration de ces équations. »
Il résulte, de ces paroles de M. Mansion, qu’il réinventait, il y a quelques mois, la méthode des facteurs symboliques. De même , ainsi qu'il nous l’apprend dans son nouveau travail, le célèbre géomètre Boole à réinventé la seconde méthode de Brisson (*). Pour se consoler de.cette petite mésaventure, bien honorable pour lui, M. Mansion a généralisé la première méthode : il considère, successivement, les équations linéaires à coefficients variables, les
() Des recherches bibliographiques auxquelles M. Mansion s’est livré, il conclut que les travaux de Brisson, analysés par Cauchy, n’ont pas été publiés. Si cette asserlion était prouvée, elle expliquerait l'oubli profond dans lequel sont tombées ces ingénieuses et fécondes méthodes.
(7 ) équations aux dérivées partielles, puis les équations aux différences. Pour les équations linéaires à coefficients variables, le jeune professeur explique, sur un exemple particulier (celui des équations de quatrième ordre), comment la connaissance de l'intégrale générale permet de transformer le premier membre de l'équation en
Ce procédé, appliqué à l'intégrale
Y—= GYi F CoYe)
donne :
puis
di da dt.
— (l + 1) + lue, — VE
Au lieu de conclure, de l'intégrale générale, la décomposition en facteurs symboliques , ne pourrait-on, comme dans le cas où les coefficients sont constants, effectuer directement cette décomposition, pour la faire servir à la recherche de l'intégrale ? C’est là une question intéressante, que je soumets à M. Mansion, et à laquelle, j'en suis persuadé, il est très-capable de répondre.
Non content d’avoir traité les différents problèmes dont nous avons essayé de donner une idée, M. Mansion applique la méthode des facteurs symboliques à la recherche des intégrales communes à plusieurs équations. Il retrouve ainsi, avec la plus grande facilité, les théorèmes de D'Alembert et de Lagrange.
(4 En résumé, le mémoire de M. Mansion me parait trèsdigne de l’attention des géomètres, et, en conséquence, j'ai l'honneur de proposer à l’Académie d’en ordonner la publication. »
Conformément aux conclusions de ce rapport, auquel ont souscrit MM. Steichen et Gilbert, la classe vote l'impression du travail de M. Mansion.
Matériaux pour la faune belge : Crustacés isopodes terrestres, par M. Félix Plateau.
HBapport de M. Van Beneden,
« Le travail que M. Plateau a communiqué à la dernière séance à pour objet les Isopodes terrestres qui vivent en Belgique. M. Plateau avoue ne pas faire du neuf en z00logie et fait connaître l'existence dans le pays de trois espèces d’Armadillidium , d’une espèce d’Oniscus, de quatre Porcellio, d’un Ligidium et d’une Philoscia. Nous sommes persuadé que l’auteur a mis dans ses recherches toute l’attention qu'exige ce sujet, et comme il n’est pas sans uulité de connaître notre faune carcinologique, nous n’hésitons pas à demander l’impression de la notice de M. Plateau. :
Nous voudrions que l’Académie s’assurât si M. Plateau tient à ce que le nom des genres qui n’ont point de représentants fût conservé dans cette énumération ? Nous ne croyons pas que la notice perdrait à cette suppression. »
Happort de M. de Selys Longchamps.
« M. Félix Plateau continue ses investigations sur nos
crustacés. Dans le groupe qu’il traite aujourd’hui, il ma
pas eu occasion de rencontrer des espèces inédites : aussi s'est-il borné à présenter un catalogue raisonné qui comble une des lacunes de notre faune indigène.
Ceux qui désirent l'avancement d’un travail général sur les animaux articulés du pays sauront gré à M. Plateau de continuer ses intéressantes recherches.
J'opine donc pour que le travail de M. Plateau soit imprimé dans les publications de l’Académie, ainsi que le demande M. Van Beneden.
Je pense, comme mon honorable confrère, que le mémoire ne ferait que gagner si l’auteur supprimait la mention des genres qui n’existent pas en Belgique.
Enfin je désirerais que M. Félix Plateau signalât dans le préambule, comme il l’a fait à propos des espèces indiquées pour la Belgique par M. Bellynck, la liste raisonnée des Isopodes de la province de Liége, publiée en 1832 par feu M. Alexandre Carlier dans le Dictionnaire géographique de la province de Liège de M. Philippe Vander Maelen. Cette liste n’est pas longue, il est vrai, mais il est juste d’en faire mention. » |
Conformément aux conclusions favorables des rapports de MM. Van Beneden et de Selys Longchamps, auxquels a souscrit M. Candèze, troisième commissaire, la elasse vote l'impression du travail de M. Félix Plateau.
Ltd Te
Note sur la nature du soleil, par M. G. Bernaerts.
Rapport de M. Ad. Quetelet.
« M. Bernaerts, qui a déjà pris plusieurs fois part à nos recherches sur l’atmosphère et les météores qui la traversent, à fait parvenir à l’Académie, dans sa dernière séance , une notice Sur la nature du soleil. Vous avez bien voulu la renvoyer à mon avis : je ne puis que vous engaser à la joindre aux travaux qui occupent aujourd’hui les physiciens et les astronomes des différents pays sur ce senre intéressant de phénomènes. Le cours actuel des recherches montre effectivement que, pour les planètes qui nous entourent et qui sont à même, par leur distance et leur grandeur, d’attirer notre attention, l’état de la science exige qu’on ait des notions plus exactes sur les milieux qui les entourent.
J'ai cru moi-même devoir, il y a quelques années, entrer dans des considérations semblables pour latmosphère de notre globe ; mais le phénomène était si marqué que je ne pensai pas devoir me refuser au désir d'exprimer mon opinion à cet égard. Toutefois je m’adressai d’abord, pour plus de sûreté, à des hommes distingués, prêt à abandonner mon hypothèse, s'ils y voyaient des difficultés. Il me semblait impossible, désormais, de supposer à notre propre atmosphère quinze à vingt lieues d'épaisseur seulement, avec une égale composition dans toule son altitude. Je soumis mes doutes à quelques savants, MM. Herschel, De la Rive, Haidmger, Newton, etc., qui voulurent bien appuyer mon hypothèse. Je crois devoir faire remarquer que j'avais surtout égard à la différence de composition en deux couches hétérogènes de l’atmosphère terrestre et à
la distance de leur surface de séparation. Du reste , je n’ai Jamais fait une question personnelle de mes travaux; je prierai seulement les savants qui s'occupent de ces recherches de joindre de nouveaux faits à ceux déjà signalés.
Les physiciens modernes se sont occupés aussi de l’étude de l'atmosphère solaire. Parmi eux, deux astronomes ont émis leur opinion particulière, MM. Faye et Secchi. C'est cette opinion que considère M. Bernaerts, et il cite les motifs pour appuyer celle qu’il croit devoir avancer. Sa notice est présentée avec ordre, et je pense qu’on la lira avec plaisir : c'est déjà un mérite. Il faut attendre patiemment ensuite si tous les phénomènes observés peuvent s’expliquer sans peine et leur donner une certaine probabilité. Je demanderai donc à l’Académie de ne pas refuser, dans ses Bulletins , une place à des idées qui semblent de nature à fixer l'attention. »
Conformément à ces conclusions, la note de M. Bernaerts paraîtra dans le Bulletin.
Description d’une nouvelle espèce africaine du genre Varan, par M. A. De Borre.
Bapport de M. Lacordæäaire.
« Le saurien du genre Varan dont M. De Borre a communiqué la description à l’Académie fait partie de cette catégorie d'espèces à queue carénée en dessus, à mœurs plus ou moins aquatiques, sur lesquelles M. J.-E. Gray a fondé son genre Hydrosaurus que la plupart des erpétologistes paraissent peu disposés à admettre. On n’en connaît jusqu'ici que einq espèces, disséminées aux Indes orientales, à la Nouvelle-Guinée et en Australie. C’est
(75) des espèces australiennes et, en particulier, du V. varius, que se rapproche le plus celle décrite par M. De Borre sous le nom de mustelinus. Mais elle est originaire de la côte de Guinée, et cet habitat si différent, réuni à des différences très-sensibles dans la livrée, ne permet pas de douter qu’elle soit réellement nouvelle.
J'ai l'honneur de proposer à l’Académie l'impression du travail de M. De Borre, en en retranchant toutefois la planche qui l’acecempagne et qui n’est pas nécessaire pour l’intelligence du texte. »
Conformément aux conclusions de ce rapport, auquel M. Van Beneden a souscrit, la classe vote l'impression de cette notice dans les Bulletins, sans la planche qui laccompagne.
— MM. E. Catalan et Ph. Gilbert pensent, à l’égard du travail de M. Mehay concernant le calcul infinitésimal et présenté au commencement de la séance, qu'il y a lieu d'adresser des remerciments à l’auteur et de déposer son travail aux archives.
COMMUNICATIONS ET LECTURES
Notice sur un nouveau genre de poissons fossiles de la craie supérieure, par M. L. De Koninck, membre de l’Académie.
Il y a quelques années, mon excellent et regrettable ami Waterkeyn, dont la santé n’a pu résister aux fatigues de sa charge, ni à son ardeur pour l'étude des sciences
(100) physiques et naturelles, découvrit dans la craie blanche de Meudon, près Paris, un débris de poisson, de forme remarquable, qu’il eut l’obligeance de me confier pour en faire l'examen et en publier la description.
Si Je m’acquitte un peu tardivement du devoir qui m'incombait, cela tient à diverses circonstances qu’il est inutile d'exposer ici, mais parmi lesquelles l’état de ma santé et l’affablissement de ma vue ont joué le plus grand rôle.
Ce reste de poisson possède une forme si particulière et si différente de tout ce que l’on connaît, qu’il est assez difficile de se prononcer d’une manière absolue sur la nature de la fonction à laquelle il a dû servir.
Au premier aspect, on incline à le considérer comme dent; mais en le comparant aux dents des Placoïdes, qui sont celles avec lesquelles il a le plus de rapports, il est permis d’hésiter; en effet, tandis que la base de notre fossile est comprimée latéralement et très-longue, celle des dents des poissons que je viens de citer est généralement courte, large et souvent même bilobée; et l’on se demande ce qui s'oppose à ce que le fossile en question ne soit qu’une sorte de piquant ou de boucle analogue à celles dont la peau de certaines raies est garnie.
Néanmoins la symétrie bilatérale que possèdent généralement les piquants dermiques fait iei défaut. D’un autre côté encore, la surface de la partie émaillée est ornée de légers plis ondulés semblables à ceux que l’on observe à la base du cône émaillé de certaines espèces de Lamna et d’autres poissons analogues; enfin l'extrémité du cône et l’un de ses côtés ont été sensiblement usés par frottement pendant la vie de l’animal, circonstance qui ne s’observe pas sur les productions épidermiques.
Je suis donc porté à croire que le fossile de Meudon est
( 70 une véritable dent appartenant à un genre et à une espèce encore inconnus.
Sir Philip de Malpas Gray Egerton (1), l’un des plus savants ichthyologues de notre époque , que j'ai consulté à cet égard, m'a donné l'assurance de n'avoir encore rien observé de semblable.
Selon lui, il y a de l’analogie entre le genre Sphenonchus créé par M. Agassiz et celui auquel appartient notre fossile. C’est donc à côté de ce dernier genre et dans la famille des HyBoDoNTESs que je propose de classer le nouveau genre que je désigne sous le nom de :
ANKISTRODUS (2).
Caractères. Dents allongées, comprimées latéralement ; base simple, poreuse, beaucoup plus longue et plus épaisse que la partie supérieure où émaillée; celle-ei formée d'un cône unique fortement recourbé en arrière en forme de hamecon ou de crochet.
Observations. Tandis que la base des dents des Hybodontes actuellement connus est très-large, mais assez courte et généralement taillée en biseau, celle des Ankistrodus est, au contraire, remarquable par sa longueur et par son égale épaisseur sur presque toute son étendue: c’est surtout par ce caractère que ces derniers se distinguent nettement des Sphenonchus, avec lesquels , comme
(1) Je saisis avec le plus grand plaisir l’occasion qui m'est offerte de remercier mon illustre confrère de la Société géologique de Londres, de l’obligeance et de l’empressement avec lesquels il à bien voulu me fournir les précieux renseignements qui m'ont permis de compléter l'étude du fossile qui fait l’objet de ma notice.
(2) De ‘Ayzisrpoy, Hameçon.
2e SÉRIE, TOME XXIX. 6
(78 ) Je l'ai déjà fait observer, ils ont les plus grands rapports. La seule espèce de ce genre qui me soit connue appartient à la craie blanche ou système sénonien d’Orbigny.