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On lui fit son logement dans une chétive maison du lieu. Le 23 janvier 1516, entre une et deux heures du matin, il expira, après avoir reçu les sacrements des mains de son confesseur, fray Tomäs de Matienzo; il était âgé de soixante-quatre ans ef en avait régné quarante-deux. La reine Germaine, sa femme, avertie du danger qu'il courait, était venue en toute hâte de Lerida, où elle tenait les cortès de Catalogne; elle arriva à temps pour lui fermer les yeux (1). |
Ferdinand avait fait un premier testament à Burgos, le ‘2 mai 1512 : « Considérant que la reine sa fille, selon ce qu'il avait été à même de connaître d'elle, était très-loin de pouvoir régir des royaumes, et qu'elle n’était pas non plus en la disposition requise pour cela, — ce dont, disait-il, il ressentait une des douleurs les plus grandes qu’on püt éprouver en ce monde (2) — » il ordonnait à Jeanne, par l'amour et l’obéissance qu’elle lui devait, et, à son défaut, à ceux qu’il nommait?ses exécuteurs testamentaires, d'envoyer, dès qu’il ne serait plus, des ambassadeurs au prince Charles, afin qu’il vint gouverner, au nom de sa mère, les royaumes d'Aragon et de
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(1) Carvasaz, Anales breves del reinado de los reyes catolicos, dans la Coleccion de documentos inédilos para la historia de España, t. XVIII, pp. 554 et suiv. — ÇoriTa, Hisloria del rey don Hernando el Cathôlico , t. TI, pp. 400 et 402. — Garipay, Compendio historial de las chrônicas d'España, liv. XX, t. IT, p. 1525. — Sannovaz, Historia de Carlos Y, t. I, p. 36.
Pets Considerando , segun lo que de la reyna su hija avia podido conocer en su vida, estava muy apartada de entender en governacion ni regimiento de reynos, ni tenia para ello la dispusicion que convenia, lo qual sabia Nuestro Señor quanto él sentia, y ya que de su impedimento sentia la pena como padre, que era de las mas graves que en este mundo se podian offrecer, etc... » (Gurira, t. IH, fol. 402 vo.)
Castille, avec l’assistance de conseils dont il déterminait la composition. En attendant son arrivée, le gouvernement en Castille serait exercé par le prince Ferdinand (1).
Dans un second testament, daté du 26 avril 1515, à Aranda de Duero, il avait maintenu à l’archiduc Charles, à cause de l’état mental de la reine sa fille, le gouvernement général des royaumes d'Aragon et de Castille; mais, cette fois, ce n’était plus linfant Ferdinand qui devait suppléer son frère aîné comme gouverneur de ces derniers royaumes, jusqu’à ce que celui-ci pût passer dans la Péninsule, c'était le cardinal don Francisco Ximenes de Cisneros, archevêque de Tolède et primat des Espagnes (2).
Lorsqu'il vit que sa fin approchait, il appela ceux des membres de son conseil dans lesquels il avait le plus de confiance, pour les consulter sur un nouveau testament qu’il se proposait de faire et qu’il fit en effet le 22 janvier. Après yavoir annulé ses testaments antérieurs, il instituait la reine, sa fille , le prince Charles, son petit-fils , et leurs descendants ses héritiers du royaume de Navarre, lequel, l’année précédente, avait été annexé à la couronne de Castille (5); il déclarait la reine Jeanne son héritière universelle des royaumes dépendants de la couronne d’Aragon; par les mêmes motifs qui étaient exprimés en l'acte de 1512, c'est-à-dire pour l'inaptitude à gouverner de Jeanne (4), il commettait le gouvernement général de ces
(1) Çurira, 1. I, fol. 405.
(2) Ibid.
(3) Aux cortès de Burgos, tenues au mois de juin 1515. (Saxnova, t. I, p. 55)
(4 Le testament de 1516 reproduit, mot pour mot, les expressions contenues dans celui de 1512 et que nous avons citées p. 711, note 2.
royaumes à l’archidue Charles, qui l’exercerait au nom de sa mère, et, en attendant la venue de Charles en Espagne, ou que ce prince en eût décidé autrement, il chargeait don Alonso d'Aragon, archevêque de Saragosse et de Valence, son fils naturel, de régir lesdits royaumes. Quant à la Castille, dont il n’avait eu que l'administration, il voulait que Charles la gouvernât pour sa mère, comme il l'avait gouvernée lui-même, et que, jusqu’à ce qu’il vint en Espagne ou qu'il eût pris d’autres mesures, le gouvernement en fût exercé, en son nom, par le cardinal Ximenes. Il enjoignait à ses exécuteurs testamentaires d'écrire et de députer à l’archidue et à l’empereur Maximilien, afin de hâter le passage de son petit-fils en Espagne. Il donnait à Charles, en vertu de son pouvoir royal et de son autorité absolue, la dispense d'âge dont il pouvait avoir besoin. Il lui recommandait de ne faire aucun changement dans la composition des conseils de gouvernement et de justice, de ne pas conférer de fonctions publiques à des étrangers. Nous laissons de côté beaucoup d’autres dispositions du testament qui sont étrangères à notre sujet (1).
Quelques semaines avant sa mort, Ferdinand avait vu arriver vers lui Adrien d’Utrecht, doyen de Louvain, envoyé en ambassade à son aïeul par l’archiduc Charles. On savait à Bruxelles que le roi d'Aragon n’avait plus longtemps à vivre : les ministres de l’archiduc avaient jugé que, dans une telle conjoncture, il lui importait d’avoir en Espagne quelqu'un de confiance et d'autorité qui veillèt à ses intérêts et püt, en son nom, prendre les rênes du gouvernement le jour où Île roi viendrait à manquer; ils avaient jeté
(1) Archives de Simancas, Estado, Palronato real, Teslamentos, leg. 2.
les yeux, pour cette importante mission, sur l’ancien précepteur de leur maître. Adrien était revêtu des plus amples pouvoirs, qu’il devait ténir secrets tant que le roi serait en vie, se bornant à négocier avec ce monarque et son conseil au sujet de certains points qui touchaient au gouvernement de la Castille. Cette ambassade ne plut point à Ferdinand ; des lettres du cardinal d’York lui en avaient fait connaître le véritable objet : il reçut néanmoins avec disunction l’envoyé de son petit-fils au monastère de la Serena, près de Plasencia, où 1l était allé passer les fêtes de Noël, et conclut même avec lui un accord qui déterminait les droits et les avantages respectifs dont jouiraient en Castille le roi, l’archiduc et le prince Ferdinand. Adrien partit ensuite pour Guadalupe. A la nouvelle que l’état du roi avait empiré, il accourut à Madrigalejo; mais Ferdinand lui fit signifier de retourner à Guadalupe, et de l’y attendre (1). | |
Aussitôt que le roi eut rendu le dernier soupir, les grands et les ministres qui l’entouraient en donnèrent avis au doyen de Louvain, linvitant à venir incontinent à Madrigalejo, afin que le testament du monarque défunt s’ouvrit et se publiât en sa présence (2). Cette formalité remplie, tous se mirent en route pour Guadalupe, où le cardinal Ximenes avait été requis de se rendre de son côté. Là il y eut entre Adrien et le cardinal quelque débat : le premier prétendant gouverner seul en vertu des pouvoirs qu'il exhiba de l’archidue Charles; le cardinal soutenant
(1) Petri Martyris Epist. DLXI et DLXV. — GariBay, Compendio, historial ,liv. XX, t. 11, p. 1523. — Gurira, LIT, fol. 400, 401. — SaxpovaL, t. [, p. 54. — ARGENSOLA, Anales de Aragon, pp. 5,6, 8.
(2) GariBay, Liv. XX, 1, If, p. 1525. — Saxpovaz, p. 44.
que, d'après le testament du roi catholique, c'était à lui qu'appartenait le gouvernement tant que le prince n'en aurait pas disposé d'autre manière; il alléguait encore qu'Adrien, étant étranger, ne pouvait pas remplir la charge de gouverneur, aux termes äu testament de la reine Isabelle et selon les lois du royaume. Ces prétentions opposées n’eurent pas de conséquences fâcheuses, parce que les deux compétiteurs convinrent d’en référer au prince et, en attendant sa décision, de gouverner et de signer les dépêches ensemble. En réalité, ce fut Ximenes qui exerça l'autorité de la régence (1) : 1l avait sur le doyen de Louvain tous les avantages ; il était homme d’État ; il avait un caractère entreprenant et énergique; 1l connaissait le pays, ses lois, ses mœurs. Les régents résolurent d'établir leur résidence et celle du conseil à Madrid. Ils parurent pour cette ville le 1° février avec l’infant Ferdinand. Ce jeune prince, ou plutôt ceux qui étaient attachés à sa personne, ignorant que le testament de Burgos eût été révoqué , avaient, dans le premier moment, mandé les ministres à Guadalupe par des lettres portant en tête ET Infante, selon la forme dont usaient les rois de Castille (2).
Les grands ne virent pas sans déplaisir qu'un moine d’une naissance médiocre et un étranger dont l'extraction n’était pas moins obseure se trouvassent placés à la tête du gouvernement; ils envoyèrent le duc de l’Infantado, le connétable de Castille et le comte de Benavente demander au cardinal quels étaient ses pouvoirs pour régir l'Espagne.
(1) .….El cardenal lo hazia todo ….. No curava mucho del dean en lo que 4 él le parecia que no yva bien guiado, aunque le escrivian de Flaändes..... (SANDOVAL , pp. 72,75)
(2) SaxpovaL , pp. 45, 46. — ARGENSOLA , pp. 51, 32.
Ximenes répondit que c’élait ceux qui lui avaient été conférés par le roi catholique. Les trois députés ayant répliqué que le roi catholique n’était pas en droit de désigner un gouverneur, n'étant que gouverneur lui-même depuis la mort de la reine Isabelle, il les conduisit à une fenêtre de la maison où il habitait, et dans la cour de laquelle était disposée de l'artillerie ; il en fit faire une décharge devant eux, disant : « Avec ces pouvoirs que le roi m’a donnés, Je » gouverne et je gouvernerai la Castille jusqu’à ce que le > prince, notre seigneur, vienne la gouverner en per- » sonne (1). » Et 1l la gouverna en effet tant qu'il vécut, Charles s'étant empressé de confirmer le choix que le roi son aïcul avait fait de lui (2).
Dans le royaume d'Aragon, les dispositions testamentaires de Ferdinand furent admises avec plus de difficulté : les peuples de cette partie de la monarchie espagnole avaient une constitution qui différait essentiellement de celle de la Castille. Dès que la députation du royaume (5), siégeant à Saragosse, eut eu connaissance de l’acte de dernière volonté du roi, elle s’adressa au justicia mayor (4),
(1) SANDOVAL , p. 46.
(2) Lettre du 14 février 1516, dans Sandoval, p. 48.
(3) La députation du royaume d'Aragon était composée de deux membres de chacun des quatre bras ou états qui formaient les cortès, savoir : le bras ecclésiastique, Le bras des nobles, Le bras des caballeros et hidalgos ou de la noblesse de seconde classe, le bras des universités, c’est-àdire des cités, des communidades et des villes. (Pinaz, Historia de las alleraciones de Aragon en el reinado de Felipe IT, t. T1, p. 41.)
(4) Le justicia mayor était nommé par le roi et inamovible; il devait être choisi parmi les caballeros ou hidalgos. I présidait une cour ou consistoire composé de cinq juges, docteurs en droit, ses lieutenants. Son autorité était considérable ; elle s’étendait sur tous les autres juges royaux ; sa mission était principalement de veiller à ce qu'il ne fût point porté
CAVE) don Juan de Lanuza, afin qu’il voulüt recevoir le serment de l’archevêque don Alonso en qualité de gouverneur des pays dépendants de la couronne d'Aragon; ce fils naturel de Ferdinand était fort aimé des Aragonais. Lanuza, ayant pris l’avis des conseillers de l’audience royale, des avocats ordinaires de la cour qu’il présidait et de plusieurs jurisconsultes, répondit que la nomination de l’archevêque comme gouverneur général était contraire aux fueros de la nation, car c'était une maxime incontestable qu’il ne pouvait yavoir plus d’un gouverneur général, lequel devait être le successeur du roi régnant, et, par conséquent, il appartenait au prince Charles seul d’être revêtu de cette dignité (1). Après bien des contestations, les amis de l’archevêque s’avisèrent d’un expédient qui semblait concilier la volonté du roi défunt avec les lois aragonaises : ils demandèrent que don Alonso gouvernât, non avec le titre de gouverpeur, mais en qualité de curateur de la reine Jeanne, comme l’avait été le roi catholique; la députation introduisit une instance à cette fin devant Gabriel de Santa Cruz, l’un des cinq lieutenants du justicia mayor (2). Le procès s’instruisit dans la forme ordinaire. Comme il fallait établir que la reine était incapable de gouverner , la députation, ainsi que le voulait la loi, fit entendre trois témoins (3). Ceux-ci déclarèrent qu’ils connaissaient la reine; que, quand elle fut reçue en Aragon pour princesse, elle
atteinte aux fueros de la nation. Les Aragonais regardaient l'institution du juslicia mayor comme le symbole de leur nationalité et le boulevard des libertés publiques. (/bid., pp. 45-51.)