‹ Recherches sur l'emploi des sels neutres dans les analysis végétales, et application de ce procédé à l'opiumChapitre 1 sur 12 · DANS LES ANALYSES VEGETALES · texte numérisé non relu

DANS LES ANALYSES VEGETALES

(Lu à l’Acadëmie l’oyale de Médecine, le i3 mai i8a5. )

L’analyse chimique, dont le but est de déterminer la nature et la proportion des principes constituans des corps , présente des difficultés diverses suivant l’origine des substances auxquelles on l’applique. Tantôt ces substances, sous l’empire d’affinités puissantes , résistent aux agens qui doivent les désunir , et ne se prêtent qu’avec peine à des isoîemens absolus. D’autres fois , composées d’élémens nombreux entre lesquels l’équilibre est toujours prêt à se rompre , elles exigent des moyens tout à la fois simples et peu énergiques. Mais si les affinités qui résident dans certains corps, les corps inorganiques, sont quelquefois un obstacle qui rend leur analyse plus difficile , elles sont aussi la source de moyens variés qui permettent d’arriver au but par des voies différentes. Souvent la proportion d’un principe suffit pour déterminer celle de plusieurs autres -, d’autres fois on peut avec certitude assigner l’ordre des combinaisons après avoir isolé ou déterminé les élémens , sans qu’il soit besoin d’obtenir séparée chacune de ces combinaisons. Les admirables découvertes des lois

qui président à l’union des corps ont élevé la chimie inorganique à ce degré de perfection.

Les nombreux travaux entrepris depuis quelques années sur les substances végétales , n’ont point encore conduit à des résultats si précieux. Quelques tentatives ont été faites et sont dignes des plus grands éloges; mais elles n’ont point encore reçu d’application générale. Les lois qui règlent sans doute les combinaisons des corps organiques entre eux, ont échappé jusqu ici à la sagacité des chimistes. Rien en cette matière ne peut être prévu, et le calcul n’est ici presque d’aucun secours. La faiblesse des affinités laisse aux caractères des corps une incertitude qui rend leur séparation très-difficile ; elle fait varier sans cesse les résultats, dérange l’ordre des combinaisons, et repousse par conséquent l’emploi des moyens actifs. Il en résulte que le nombre des agens qu’on peut mettre en usage se trouve singulièrement réduit , et l’on est même en droit de douter si plusieurs de ceux qu’on emploie n’altèrent pas la nature des substances sur lesquelles on les fait agir, et s’ils les présentent telles qu’elles existaient dans îe végé lal. H ne suffit pas non plus d’avoir isolé avec exactitude chacune des substances qui constituent un produit organique ; il reste encore à déterminer l’ordre dans lequel ces substances sont unies , les sels que forment les bases et les acides, les matières qui rendent solubles celles qui ne le sont point par elles-mêmes , enfin le rôle que chacun des principes joue dans le composé soumis à l’analyse.

Peu de résultats ont été obtenus dans ce genre. Je m’estimerai heureux si celui que je fais connaître offre assez d’intérêt pour fixer l’attention de l’Académie.

De V action des dissolutions salines sur les substances * végétales.

La faculté qu’ont certains sels de se dissoudre dans l’eau,

doit être attribuée à l’affinité qu’ds ont pour cette subs-

tance; mais elle n’est pas toujours en raison de cette affinité. La cohésion des matières salines apporte des modifications importantes à leur dissolubihté. En effet , si î’ori procède de manière à estimer comparativement J affinité des différens sels solubles pour l’eau , on observe que ce ne sont pas toujours les plus solubles qui jouissent au plus haut degré de cette affinité : M. Gay-Ltissac a démontré ces vérités dans un savant mémoire sur la déliquescence des corps.

Si donc on ajoute dans une dissolution saturée d’un sel quelconque un autre sel , celui-ci pourra en se dissolvant séparer et précipiter une partie du premier. Ce cas aura lieu si le sel ajouté a plus d’affinité pour l’eau que le sel primitivement dissous. Si le second sel est très-soluble, mais a peu d’affinité pour l’eau , il se dissoudra en assez grande proportion sans exclure aucune portion de l’autre; enfin si le sel ajouté est peu soluble et n’a pour l’eau qu’une faible affinité , il ne se dissoudra dans le liquide qu’en petite quantité ou même point du tout. On doit à M. Vauquelin ces résultats intéressans.

Pour m’assurer si les substances végétales solubles étaient, dans leur contact avec les sels minéraux, soumises aux mêmes lois , j’ai fait les expériences suivantes.

Dans des dissolutions d’hjdrochlorate de soude saturées à io° de température, j’ai ajouté du sucre et de la gomme. Ces substances se sont dissoutes avec facilité et comme dans l’eau pure. Il en résultait , d’après les principes posés ci-dessus, que ces deux matières devaient, quoique trèssolubles, avoir peu d affinité pour l’eau.

Pour vérifier cette conséquence j?ai porlé au degré de l’ébullition du sirop de sucre pur marquant 35° à Paréomètre. Le thermomètre s’est élevé à 84 degrés. La dissolution saturée de muriate de soude, marquant 20“ à l'aréomètre, soumise à la même expérience, a fait aussi monter le thermomètre au 84e degré. On voit que le sel qui communiquait au liquide un poids spécifique moindre de

i5 degrés , donnait encore des preuves d’affinité égales à celles fournies par le sucre; et si l’on considère que le sirop contenait au moins 7 o pour cent de substance soluble, tandis que la solution saline n’en contenait guère que 33 , on sera frappé de la grande différence qui existe dans l’affinité que les deux corps ont pour l’eau.

Il n’est donc point étonnant que le sucre ait pu se dissoudre en grande proportion dans beau saturée de sel.

Les mêmes essais répétés sur la gomme ont donné les résultats suivans :

Une dissolution de gomme marquant 10 degrés à l’aréomètre et contenant un cinquième de son poids de cette substance, n’a point élevé le thermomètre au-dessus du 80e degré lorsqu’elle a été portée au point d’ébullition.

le conclurai de ces deux expériences que le sucre et la gomme , quoique très-solubles, ont très-peu d’affinité pour l’eau et peuvent se dissoudre avec facilité dans une eau déjà saturée par un sel.

Afin de connaître les phénomènes que présenteraient d autres substances, j'ai continué mes expériences.

Du quinquina en poudre , de la rhubarbe en poudre, de l’extrait de quinquina , de l’extrait de noix vomique , de l’opium ,

de l’extrait de réglisse , de la garance ,

et de la cochenille ont été mis comparativement en quantités égales, d’une part dans une dissolution saturée d’hydrochlorate de soude, et d’autre part dans de l'eau distillée.

Au bout de plusieurs heures , j’ai filtré toutes les liqueurs, et j’ai observé que toutes celles qui étaient saturées de sel avaient acquis beaucoup moins de couleur que celles qui avaient l’eau distillée pour base.

Pour le quinquina , la différence était peu sensible , parce que l’infusion pure était elle-même peu colorée; mais cependant on pouvait les distinguera l’œil.

La rhubarbe avait communiqué à l’eau pure une couleur jaune rougeâtre foncée; l’eau salée avait à peine acquis une légère couleur citrine ; cependant elle avait d’une manière très- prononcée l’amertume et l’odeur de la substance végétale.

L’extrait de quinquina s’était séparé dans l’eau salée en deux parties bien distinctes. L’une insoluble , résineuse, et réduite à un état pulvérulent qui lui donnait l’aspect du sable ; l’autre, soluble, avait communiqué à l’eau une viscosité qui rendait sa filtration difficile.

L’extrait de noix vomique avait présenté les mêmes phénomènes ; la liqueur salée était extraordinairement amère, èt précipitait abondamment par l’ammoniaque ; la résine était pulvérulente.

L’eau salée dans laquelle avait digéré l’opium était très peu colorée et amère ; elle précipitait de la morphine par l’ammoniaque. Le marc insoluble était réduit à l’état pulvérulent, quoique plongé dans le liquide. Le même opium avait produitavec l’eau pure des phénomènes bien différens. Le marc était resté floconneux, visqueux, et susceptible de s’agglomérer en forme de pâte. La solution filtrée était beaucoup plus colorée.

Je supposais d’abord que l’extrait de réglisse du commerce ne donnerait point des résultats analogues, parce qu’il me semblait que tous ses principes étant altérés par l’effet de la chaleur devaient donner dans les deux cas une dissolution également colorée; cependant il n’en a point été ainsi , l’eau salée a toujours conservé une couleur beaucoup plus pâle que l’eau pure.

La garance a promptement coloré en rouge jaunâtre sale l’eau distillée avec laquelle je l’ai mise en contact. L’eau salée au contraire n’a dissous qu’une petite quantité de

matière jaune, et a laissé à découvert dans la racine son principe colorant rouge.

Enfin la cochenille a présenté d une manière extraordinairement remarquable le phénomène dont il est question. Tandis que l’eau distillée a pris sur-le-champ , au moment du contact, une couleur rouge foncée, l’eau salée est restée plusieurs heures parfaitement incolore et n’a acquis qu’au bout de plusieurs jours une légère teinte rose.

Ne peut-on pas conclure de ces expériences que les lois que j’ai énoncées au commencement de ce mémoire sont applicables à toutes ou du moins à un grand nombre de substances végétales? N’est- il pas évident que la meme dissolution saline a exercé sur plusieurs substances des actions différentes et en rapport avec leurs propriétés ?

Le sucre et la gomme se sont dissous sans difficulté. Les résines peu solubles et tendant à se fondre en une seule masse, ont été quelquefois complètement exclues des solutions-, leur cohésion, qui s’oppose déjà à leur dissolution, a été favorisée par l’action de l’eau salée, et on les a vues se réduire en poudre, comme si en quelque sorte elles étaient déshydratées •

Les substances gommeuses, comme celles de l’extrait de quinquina et de la rhubarbe, presque dépourvues de cohésion et très-solubles, quoique sans affinité pourl’eau, se sont dissoutes avec facilité et se sont trouvées par là séparées, d’une manière tranchée, de la résine dont auparavant elles favorisaient la dissolution.

Enfin les sels végétaux, doués d’une certaine solubilité et probablement pourvus de quelque affinité pour l’eau, se sont dissous dans l’eau salée en abandonnant plusieurs principes qui rendaient leur extraction presque impossible par une désolante parité de propriétés.

Ces conclusions conformes au résultat des expériences laissent entrevoir l’application du procédé qui les a amenées. J’y reviendrai plus loin.

Puisqu’il était évident que différentes substances présentaient avec la même dissolution saline des phénomènes variés, il devenait probable que plusieurs sels appliquésàla même substance devaient aussi offrir des phénomènes dissemblables.

En conséquence j’ai préparé les dissolutions suivantes:

de muriate de soude à 5° de l’aréomètre de Beaurné,

de muriate de soude à io°,

de sulfate de soude à io°?

de sulfate de magnésie à i5°,

de nitrate de potasse à 17°,

de muriate de soude à 20°,

de tartrate de potasse à 3o°,

de tartrate de potasse à /\.o° ,

et j’ai mis dans chacune d’elles une quantité égale d’opium. Les résultats obtenus , et qui consistaient principalement dans la coloration du liquide , m’ont d’abord paru contradictoires. En effet, la coloration, qui semblait devoir Se proportionner à la concentration des liqueurs, 11e suivait pas cette loi. La dissolution de muriate de soude à 5° n’était pas plus colorée que celle de sulfate de soude à io°, et celle de nitrate dépotasse à iy°. Le muriate de soude à io° avait agi autant que le tartrate de potasse, dont la dissolution marquait 3o°. Enfin la solution saturée de muriate de soude a20° avait acquis presque aussi peu de couleur que celle de tartrate de potasse d’un poids spécifique de 4o°.

Je ne cherchai pas long-temps la cause de ces contradictions apparentes. En chauffant jusqu’au point de Féb-ullition mes différentes solutions, je m’aperçus que celles qui paraissaient avoir eu la même action sur la substance végétale faisaient aussi monter au même degré le thermomètre , quoiqu’elles indiquassent à l’aréomètre des degrés de densité bien différens. Ainsi les solutions de muriate de soude à 5° et de sulfate de soude à to°, élèvent

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