‹ Recherches sur l'emploi des sels neutres dans les analysis végétales, et application de ce procédé à l'opiumChapitre 11 sur 12 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Sur V action des mèdicamens.

L’immense variété que présentent les sujets sous le rap port de leurs forces et de leur tempérament, et la variété non moins grande qu’offrent les altérations pathologique? dont ils sont atteints, obligent sans cesse îemédecin à introduire dans ses prescriptions la même diversité. De là sont résultées les nombreuses préparations qu’on a fait subir aux substances médicamenteuses pour les administrer sous mille formes différentes, déguiser quelques-unes de leurs propriétés, exalter les autres, et faciliter leur accès dans les organes. Mais ici se présente une question de la plus haute importance : Quels sont les changemens apportés dans les propriétés des tnèdicamens par les préparations quon leur fait subir ou par les combinaisons nouvelles dam lesquelles on les fait entrer P

Je me propose de m’arrêter un moment sur cette question , pour appliquer ensuite à la morphine les principes auxquels je serai conduit. Je déclare ici que je n’ai fait aucunes recherches pour m’assurer si ce sujet a été traité d’une manière spéciale, ou si les auteurs Font considéré sous le même point de vue que moi. Je me suis abandonné à mes idées et à mes souvenirs , persuadé que l’absence de prétentions me mettra à Fabri de la critique.

Je crois devoir commencer par exposer l’ordre dans lequel j’examinerai la question-, sa discussion deviendra sans doute plus claire.

i° Réside-t-il des propriétés spéciales dans tous les corps considérés sous le rapport de leur action thérapeutique?

2° Les propriétés spéciales des corps se conservent-elles aans les clifférens états dans lesquels ces corps peuvent être administrés ?

3° Jusqu à quel point les propriétés spéciales des corps se conservent-elles en eux pendant leur changement d’état, et dans quel état convient-il de donner ceux-ci pour quils jouissent au plus haut degré de leur propriété ?

ire QUESTION.

Réside-t-il des propriétés spèciales dans tous les corps considérés sous le rapport de leur action thérapeutique .

Lorsqu’un corps est mis en contact avec un organe ou un fluide animal, son action peut avoir lieu suivant divers modes. Elle peut être mécanique * Alors Faction du corps dépend de sa forme , de son poids ou du volume de ses parties ; on conçoit alors qu’il est des corps différens par leur nature, qui, n’ayant pour nos sens au moins que des propriétés physiques, se trouvent dans des circonstances tellement semblables , que les effets qu’ils produisent soient semblables aussi.

L’action du corps peut être purement chimique. Dans ce cas , les effets produits sur la nature vivante seront les mêmes que ceux produits sur la nature morte. Nous pourons représenter , dans les vases de nos laboratoires , les phénomènes qui se développeraient dans nos organes. Il ne s’agira que de s’assurer avec quels solides , avec quels fluides les corps se trouveront en contact ; quels principes ils rencontreront sur leur passage. Nous saurons que les acides faibles dissoudront le mucus qui tapisse les membranes ; que concentres ces mêmes acides détruiront les tissus, soit en raison de leur avidité pour Feau , pour l’hydrogène ou l’oxigène, soit en raison de la chaleur qu’ils développeront en s’unissant à Feau des humeurs. Nous saurons que les . astringens tanneront en quelque sorte les tissus gélatineux; qu un grand nombre de sels coaguleront le sang et les humeurs albumineuses ; que les alcalis influeront plus ou

moins sur la nature des secrétions , en saturant les acides contenus dans le canal digestif , etc.

Enfin les corps pourront exercer une action d’un troisième genre. Elle aura pour résultat T altération des propriétés vitales de nos organes . Afin de bien établir la différence qui existe entre cette action et Faction chimique , je crois devoir entrer dans quelques développemens.

Si nous considérons l’ensemble des connaissances acquises jusqu’à ce jour sur les propriétés des principes élémentaires , à la réunion desquels tous les corps de îa nature doivent leur formation, nous voyons que dans les substances inorganiques ces élémens sont soumis à un système de lois invariables. Rien ne peut déranger l’ordre prescrit par ces lois: tel corps doit s’unir à tel autre ; il doit le choisir parmi tous, et le saisir dans des proportions fixes j les limites des actions mutuelles sont prévues ; enfin , en un mot , l’ affinité , mobile de toutes les combinaisons et décompositions de la nature inorganique, ne perd pas un instant son empire , et les résultats de son action , aussi réglés que le cours des astres, peuvent être annoncés comme lui.

Si de cet imposant spectacle nous jetons les yeux sur la nature organique , nous sommes frappés par des phénomènes contraires. Ici l’affinité n’existe plus, les élémens ont cessé d’obéir à ses lois : un ordre nouveau succède aux combinaisons simples de la nature minérale. L’oxigène ne semble plus rechercher l’hydrogène ; le carbone s’unit à Fazote , et ces quatre élémens, combinés en mille proportions différentes, donnent naissance à mille corps nouveaux. Qui pourra jamais concevoir que des variations presque imperceptibles dans les proportions des élémens , donnent lieu à de si grandes différences dans les propriétés ? Qui pourra jamais expliquer pourquoi des corps dont les combinaisons mortes sont si stables, forment des combinaisons %ivantes si fragiles? Et quel homme pourra nous dire

( Sa )

quelle influence a cessé d’exister, iorsqu’après la mort, les principes élémentaires rendus tout à coup aux lois de l’affinité , se hâtent en quelque sorte de leur obéir pour rentrer dans la nature inorganique.

Pour appliquer ces idées au sujet qui m’occupe, je ferai remarquer que si certaines substances agissent sur nos organes en suivant les lois de l’affinité, d’autres semblent avoir une action directe sur cette autre influence qui lui a succédé lorsque les élémens sont rentrés dans l’ordre des corps organisés. Cette action me semble très-distincte, et si l’on voulait m’objecter que Faction chimique est toujours le prélude de l’autre , je ferais remarquer que la première ne saurait avoir lieu qu’au point de réunion , tandis que la seconde, semblable à la foudre, s’étend sur nos organes dans un espace de temps qui ne laisse pas concevoir la possibilité du contact.

Si nous revenons maintenant à la question principale, pourrons-nous ne pas admettre que tous les corps dont Faction n’est pas seulement mécanique ont sur nos organes une action spéciale. Que l’action de ces corps soit purement chimique ou quelle s’étende aux propriétés vitales, il est évident qu’il ne se trouvera pas deux corps dans lesquels elle sera identique. Quant à Faction chimique, si l’on voulait admettre, contre la vraisemblance, que plusieurs sels d’un même alcali, par exemple, produiraient d’abord, en contact avec nos organes, des phénomènes semblables *, ces sels ne seraient-ils pas décomposés aussitôt , et croit-on que les nouvelles substances que formeraient leurs élémens, auraient toutes une même action? non, sans doute : n’en sera-t-il pas de même si les corps introduits altèrent les propriétés vitales. Notre intelligence suffit à peine pour nous former l’idée de deux choses parfaitement semblables; comment pourrions-nous concevoir que deux corps différens ont une action pareille, quels que soient les caractères qui les distinguent, surtout lors-

que cette action est tellement délicate qu’on ne saurait se faire une idée de toutes les circonstances qui peuvent la fai re varier.

Je crois pouvoir conclure de ce qui précède que tous les corps que l’art introduit dans nos organes pour déterminer une médication^ possèdent une propriété spéciale; et que si nous n’avons pas toujours pu nous former une idée exacte de cette propriété, cela tient à l’imperfection de nos connaissances ou de nos sens, puisque son existence est rigoureusement prouvée par le raisonnement.

2me question.

Les propriétés spèciales des corps se conservent-elles dans les diffèrens états dans lesquels ces corps peuvent être administrés ?

Pour résoudre cette question, je rappellerai d’abord que les corps peuvent agir suivant deux modes diffèrens ; premièrement avec leurs propriétés chimiques en suivant les lois de l’affinité; secondement , en altérant les proprié» tés vitales de la nature organisée. Or, il résulte bien évidemment de cette considération que les propriétés spéciales des corps qui auront pour origine des propriétés chimiques, cesseront d’exister lorsque ces propriétés seront détruites ou neutralisées. Un acide qui aurait à l’état de pureté désorganisé et pour ainsi dire brûlé les tissus animaux, n’aura plus cette propriété dès qu’on l’aura suffisamment affaibli , ou qu’un alcali aura satisfait cette avidité de combinaison dont il était armé, et qui le rendait si redoutable. Une saturation semblable pourra quelquefoisavoir lieu au sein même des organes ; c’est ainsi qu’une substance alcaline, par exemple, introduite dans l'estomac, pourra être tout à coup arrêtée dans ses ravages par les sucs acides que sécrète ce viscère.

En sera-t-il de même pour les corps qui ont une action

plus inlime. Je ne le crois pas. Ceux de ces corps qui agissent sur îa vitalité conserveront toujours cette propriété à un degré plus ou moins marqué , quel que soit Fétat dans lequel on les administrera.

L’influence des autres corps auxquels ils seront combinés pourra être telle, qu’il y aura une différence considérable entre leur action la pins énergique et leur action la moins forte -, mais je crois qu’on ne doit attribuer quà l’imperfectiou de nos moyens de recherches Fabsence prétendue d’action qu’on pourrait m’objecter.

En effet, pour que ces corps introduits dans les organes n’y manifestent leur présence par aucun phénomène , il faudrait admettre qu’ils y séjourneront sous l'empire dune affinité capable de les soustraire à Faction des organes. Or, pour remplir cette condition, il faudrait qu’il n’y eût pas contact, que la division fût impossible et l’insolubilité absolue. Aucune de ces suppositions n’est admissible. Il faut en conclure que les corps seuls qui seront inertes par euxmêmes n’auront aucune action, et que tous les autres eu auront une proportionnée à leur degré de division, de liberté, de solubilité, en un mot, a ab s o l'habilité.

On concevra sans peine que certains corps pourront réunir les deux modes d’action, ou les avoir successivement.

Si nous prenons quelques exemples, nous verrons que ces assertions seront justifiées par les faits.

Dans les substances dont les affinités sont faibles, l’altération sera moins sensible ; ainsi nous verrons la morphine conserver ses propriétés dans toutes ses combinaisons.

Parmi les corps dont les combinaisons sont les plus stables, nous verrons la potasse, par exemple, manifester une action diurétique dans ses carbonate, acétate, tar~ traie, nitrate, et peut-être même dans tous ses autres sels; nous verrons le mercure avec sa propriété spécifique, depuis Fétat inétallique où il est le plus insoluble, jusqu’au sublimé corrosif que dissolvent Feau, Faîcooî , et l’éther

même. Lantimoine n’aura-t-il pas toujours une action sur les voies digestives, quel que soit son état, etc.

Je crois que la deuxième question se trouvera résolue en ces termes par les considérations précédentes : les corps qui agiront en vertu de l’affinité chimique pourront perdre en entier leur propriété spéciale ; ceux qui agiront su Jes propriétés vitales la conserveront toujours, mais à des degrés difFérens.

3m8 QUESTION.

Jusqu à quel point les propriétés spéciales des corps se conservent-elles en eux pendant leur changement d’état , et dans quel état convient-il de les donner pour qu’ils jouissent au plus haut degré de cette propriété ?

Si nous cherchons à nous rendre compte des causes qui peuvent influer sur les propriétés d’un corps, nous voyons quelles dépendent en définitif de celles qui rendent ce corps plus ou moins susceptible d’être absorbé.

En conséquence, sa division , sa solubilité, la nature des substances auxquelles il est combiné; V affinité qui les unira 9 V action désorganisatnce que lui ou ses combinés pourront avoir sur les parties de nos organes } seront autant de causes qui feront varier ses propriétés.

La division. Il est superflu dinsister sur cette cause d’action. Il est évident qu elle aura toujours une influence, puisque le contact est la première condition, et qu’il sera toujours en raison de la division.

La solubilité. Cette propriété seule pourra apporter de grandes variations dans l’action du corps introduit ; car s’il est peu soluble et qu’il soit introduit dans les organes à l’état solide, sa dissolution se fera lentement et son action se trouvera répartie dans un espace de temps considérable ; s’il est introduit dissous , il se trouvera encore dans le même cas , puisque ses propriétés se trouverons

d'autant plus affaiblies qu’il aura fallu employer une plus grande quantité de liquide pour le dissoudre.

La nature des dissolvans sera aussi d’une grande impor tance. Les uns n’ayant pour ainsi dire d’autres fonctions que celle de diviser le corps , pourront augmenter de beaucoup son activité les autres en s’unissant avec lui par des liens plus forts seront capables d’altérer ses propriétés.

Lorsqu’enfinl’on devra, pour rendre le corps soluble, le faire entrer dans de nouvelles combinaisons , il faudra considérer le degré de solubilité qu il acquerra , le changement que ses propriétés pourront éprouver, l’action du nouveau corps auquel il sera uni , soit que la combinaison subsiste dans les organes, soit que des causes nouvelles la détruisent.

Le corps aura donc, abstraction faite des causes accessoires , une action proportionnée à sa solubilité, et n’y a* t~ii pas une multitude de degrés entre son état d’insolubilité presqu’absolue et son état de solubilité parfait?

Enfin le corps se trouvera dans les conditions les plus favorables s’il est capable d’agir sans le secours d’aucun dissolvant. Les corps liquides par eux-mêmes et les gaz en offrent des exemples.

Influence des corps auxquels le médicament est

combiné.

Je viens de faire remarquer quelle sera cette influence lorsque la combinaison aura pour résultat principal de rendre le corps plus soluble ; mais cette considération n’est pas la seule. En effet, le nouveau corps sera lui-même doué de certaines propriétés ; alors il pourra arriver, ou que les deux propriétés agiront séparément, ou que l’une d’elles sera effacée et en quelque sorte détruite, ou enfin qu’d résultera de leur combinaison une propriété nouvelle dans laquelle on aura peine à démêler celles que l’on avait précédemment reconnues dans les corps.

En revenant ici sur ce que nous avons dit plus haut, nous verrons que les propriétés purement chimiques pourront disparaître en totalité ou se modifier en plusieurs manières. C’est ainsi que la saturation d’un acide puissant par un alcali pourra en faire un corps inactif. Pour les substances qui semblent agir sur nos propriétés vitales, leur action pourra être modifiée , soit par les causes que j’ai décrites en parlant déjà solubilité, soit par la présence d’autres substances actives. Tantôt les deux corps actifs produiront séparément leur effet ; d’autres fois semblables à deux forces qui , agissant en sens différent , déterminent un mouvement moven . elles donneront lieu à des

phénomènes dans lesquels l’observateur éclairé reconnaîtra l’action de chacun *, l’administration de l’opium mêlé à l’ipécacuaua en est un exemple ; enfin, il pourra arriver que l’action de fun contrariant l’action de l’autre fera disparaître cette action par une violente activité-, mais je ne crois pas qu alors l’absence de l’un des symptômes doive faire admettre l’absence de l’action ; pour être masquée elle n’existera pas moins.

Influence de V affinité qui unit les corps .

Nous avons posé en principe que le corps agira d’autant mieux qu’il sera administré seul. Par conséquent, si nous l’administrons dans un état de combinaison capable d’être détruit dans les organes, son action sera d’autant plus forte que la décomposition sera plus facile. Le sulfate de barite n’aura pas d’action sensible, et le carbonate de la même base en aura une très-marquée. Dans le premier cas, l’acide sulfurique , plus puissant que ceux de l'estomac , maintiendra la barite dans un état d’insolubilité presque complet ; dans le second cas, l’acide carbonique cédera sa place avec facilité, et la barite deviendra soluble.

Maintenant supposons que cette même barite soit administrée à deux sujets semblables : au premier, à l’état de pu-

reté ; au second, à l’état de sel , mais de telle sorte que la quantité de barite soit la même dans les deux cas et que la solubilité du se! soit égale à celle de la barite. Eh bien î je crois n’avancer rien que de très-probable en disant que Faction de la barite ne sera pas la même dans les deux sujets, parce quune partie des propriétés de cette substance se trouvant employée par le fait même de son union avec un autre corps , son activité ne se portera pas en entier sur les organes»

Modification de faction propre par V action première

et immédiate du corps.

j’ai fait remarquer plus haut que la potasse paraissait suivie dans ses diverses combinaisons par une propriété diurétique. Mais si j'introduis tout à coup dans Festomac, par exemple , une certaine quantité de potasse caustique solide ou dissoute dans une petite proportion d’eau , son action immédiate sera la décomposition de la substance organique , et j’attendrai en vain les autres symptômes; il serait superflu d’entrer à cet égard dans de plus longs développemens.

Si donc un corps capable de troubler les propriétés vitales se trouvait combiné avec un corps susceptible de détruire les organes , Faction du premier ne se ferait point apercevoir. Les symptômes produits auraient pour origine une altération d’un tout autre genre.

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