‹ Recherches sur l'emploi des sels neutres dans les analysis végétales, et application de ce procédé à l'opiumChapitre 12 sur 12 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

11 résulte des considérations précédentes :

i° Tous les corps considérés sous le rapport de leur action thérapeutique ont une propriété spéciale ;

2° Les propriétés spéciales des corps dont Faction se porte sui tes propriétés vitales des organes, sont susceptibles de modifications dépendantes de plusieurs causes que j’ai énumérées ci-dessus, mais ne sont jamais détruites, quel que soit l étal des corps;

3° Pour conserver à un corps toute son énergie , il faut tantôt le donner seul , tantôt le mettre dans de certaines conditions qui ont pour but de rendre son absorbtion plus prompte ou plus facile.

Si nous appliquons ces principes à la morphine , nous verrons d’abord que cette matière doit être rangée parmi celles dont l’action se porte sur les propriétés vitales des organes. Il sera prouvé que son activité se conservera dans tous les états qu’elle sera susceptible de prendre; que celte activité sera proportionnée au degré d’absorbabilité de la morphine; que cette absorbabiîité aura pour causes de modification la plus ou moins grande division de la morphine, la solubilité de ses combinaisons , faction des substances auxquelles elle sera unie , l’affinité qui l’unira à d’autres corps.

La morphine, étant par elle-même insoluble dans Feau, jouira donc de toute son énergie si elle est administrée dissoute par un corps qui exercera sur elle la plus petite action possible. La dissolution alcoolique sera dans ce cas, et l’expérience le prouve. M. Orfila a reconnu, dans ses sa* vantes recherches , que la morphine dissoute dans l’alcool avait une action sensiblement plus prononcée que les sels de la même base.

La morphine, à l’état de sel, jouira d’une activité proportionnée à la solubilité de ces sels ; cependant cette activité sera également modifiée par l’affinité des acides pour la morphine ; car s’il arrivait que l’affinité d’un de ces corps fût très-forte, il apporterait nécessairement un grand changement dans les propriétés de la morphine. Les expériences de M. Orfila semblent aussi l’avoir conduit parles faits à la même conclusion; le sulfate et le muriate de morphine ont paru d’une activité moindre que l’acétate , et ce dernier l’a cédé à la simple dissolution de la morphine dans faîcooî.

Comment pourrait-on, d’après ces données, avancer

que deux seis de morphine auront exactement les mêmes propriétés? Cette assertion serait contraire aux principes auxquels le raisonnement nous conduit , appuyé sur des faits évidens.

Enfin , pour arriver jusqu’à l’application immédiate de ces considérations y je dirai que l’action du codéate de morphine ne doit pas être entièrement semblable à celle de l’acétate de la même base , et que les propriétés de ce codéate étant , pour ainsi dire, depuis long-temps appréciées par celles de lopium, puisqu’il y existe tout formé , et que c’est à lui qu’on doit attribuer la propriété sédative de cette substance , on abrégera de beaucoup le temps nécessaire à l’étude du médicament, en portant l’attention sur celui qu’on administrait depuis un temps immémorial, et dont les propriétés étaient seulement modifiées par la présence d’autres matières actives.

Dirai-je aussi que nous gagnerons toujours en nous rapprochant de la nature, et que le codéate de morphine est son ouvrage, tandis que l’acétate est un produit de l’art? Dirai-je que l’acétate de morphine, ne pouvant être obtenu communément à l’état de cristaux, doit varier beaucoup, parce que la dessiccation qu’on lui fait subir est évidemment très- variable? Dirai-je que les procédés au moyen desquels on obtient ce sel , doivent le donner constamment mêlé à une certaine quantité de narcotine ; que si cette dernière matière a des propriétés, elle doit altérer celles de l’acétate -, que dans l’autre cas elle laisse dans l’incertitude sur la dose de matière active qu’on administre, puisque suivant la proportion dans laquelle elle sera mêlée avec la morphine , on donnera, au lieu d’un grain, un demigrain , deux tiers de grain ou trois quarts de grain. Je livre ces idées aux hommes de l’art , ils sauront les apprécier si elles ont de la justesse, et en faire justice si je me suis égaré.

Je crois devoir rappeler ici en peu de mots les avantages

( Si }

qu’on peut trouver dans l’emploi des nouveaux sels d’opium » Il me semble qu’un des plus gra nds inconvéniens attachés à l’administration de Fopium est l’incertitude de son action. C’est ainsi que donné à la même dose à des individus sensiblement égaux, ce médicament produira chez les uns les phénomènes qu’on recherche dans un narcotique, et chez les autres des symptômes d’excitation aussi fàcheuxyju’inattendus. Ce double effet doit être attribué, je pense, àla composition de lopium, dans lequel plusieurs principes dont les propriétés sont différentes doivent agir suivant la disposition du sujet-, de telle sorte que chez l’un le principe calmant aura seul de Faction, et chez l’autre la matière excitante agira pour ainsi dire avec une telle violence que les phénomènes qu elle déterminera effaceront tous les autres.

Il résulte de cette considération que le praticien fait une véritable expérience lorsqu’il donne pour la première fois l’opium b un malade.

Mais si Fopium est remplacé par le sel de morphine , tous les inconvéniens qui accompagnent l’administration du remède incertain disparaîtront devant l imité d ac« tionet depropriétédu médicament simple. En commençant par une faibledose, le praticien n’aura aucun accident à redouter. Dans le premier cas, l’emploi de Fopium, la faiblesse des doses ne garantit pas des accidens - dans le second elle laisse toute sécurité. Dans le premier cas il faut étudier Faction du médicament sur le malade et la quantité qu’il en pourra supporter; dans le second il ne s’agit que de fixer la dose.

Du reste il faudrait bien se garder de croire que le sel de morphine étant le principe calmant de I opium , il doit conserver sa propriété sédative en quelque proportion qu’on le donne, ou que cette propriété doit se développer en raison directe de la quantité du médicament, de telle sorte, qu’une forte dose sera plus calmante qu’une faible. Ne

voit-on pas l’émétique exciter le vomissement lorsqu’il est introduit dans l’estomac en petite quantité, et perdre tout à coup cette violente action s’il est administré en quantité capable d’effrayer l’imagination du médecin lui - même !

C’est donc à sa propre sagacité que le praticien demandera des règles pour fixer la dose du remède.

Formules pour V emploi du Codéute de Morphine.

Plusieurs praticiens distingués m’ayant fait remarquer que le nom de morphine avait acquis une célébrité telle, qu’il leur devenait très-difficile d’ordonner cette matière sans effrayer le malade et sans amener des explications aussi pénibles que déplacées , j’ai cru convenable de proposer une autre dénomination. Celle de Narcèine que le savant professeur Chaussier avait composée lors de la découverte du premier alcali organique , m’ayant paru la plus propre à rendre l’idée qui s’attache à ce corps relativement à sa propriété, c’est elle que je préféré. Cependant on sera sûr d’être compris, quand on écrira Sel sédatif de Robinet.

LIQUEUR DE CODÉATE DE NARCÈINE.

Liqueur de narcèine.

Liqueur sédative.

R. Codéate de narcèine . 4& grains»

Eau distillée . . . . 20 gros.

Faites dissoudre à une douce chaleur et filtrez.

Seize gouttes de cette liqueur contiennent un grain de codéate de narcèine.

SIROP DE NARCÈINE.

Sirop sédatif.

R. Codéate de narcèine . 8 grains.

Sirop de sucre simple . 16 onces.

Faites dissoudre le codéate dans une petite quantité d eau distillée, et mêlez exactement avec le sirop.

Une once de ce sirop contient un demi-grain dm codéale de narcéine, par conséquent le gros en contient uo seizième de grain.

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