‹ Recherches sur l'emploi des sels neutres dans les analysis végétales, et application de ce procédé à l'opiumChapitre 4 sur 12 · ANALYSE DE L’OPIUM · texte numérisé non relu

ANALYSE DE L’OPIUM

( Lu à l’Academie royale de Médecine , le i juillet i8a5. )

Le rôle important que joue l’opium dans la thérapeutique y et ses effets aussi variés que remarquables , ont excité l’attention d’un grand nombre de chimistes parmi lesquels on distingue des observateurs accoutumés à épuiser les sujets quiis se proposent de traiter, (i)

Il eût donc été téméraire de revenir sur un travail si souvent entrepris , si je n’avais eu à ma disposition un procédé nouveau , et qui permettait d’espérer quelque succès.

Je ne suivrai pas dans l’exposé de mes expériences l’ordre dans lequel elles ont été faites. Chacun sait que cet ordre n’est pas toujours méthodique. Je préfère celui qui rendra les résultats plus clairs, les amènera d’une manière plus naturelle et facilitera la vérification des faits.

i. Mon but principal était d’obtenir la morphine telle quelle existe dans l’opium : c’est-à-dire à l’état de combinaison soluble. Je connaissais la propriété qu’ont les solutions de sels neutres de dissoudre certaines substances à l’exclusion d’autres matières plus ou moins solubles dans l’eau pure. J’ai donc cherché quelle était la solution la plus propre à donner le résultat désiré.

Dans la première partie de ce mémoire, j’ai déjà fait voir que l’hydrochîorate de soude paraissait jouir au plus haut dégré des propriétés nécessaires. En conséquence, j’ai préparé quatre solutions de sels : la première marquant 5° à

(i) L’opium a été le sujet des travaux des chimistes suivans : Séguin , Derosne , Accarie , Josse', Crampe , Eccard, Alston , Neumann, Cartheuser, Schwarz, Dehne , Bucquet , Beaumé, Geoffroy, Dubuc , Pettenkofer, Buchholz, Proust, Sertürner, Robiquet, Buchner, John, Brandes, Vogel, Choulant, Lange, Pfendler, etc.

Faréoraètre Je Beau trié ; la seconde îa quatrième 20°.

o°, la troisième i5°

Dans des quantités égales, j’ai mis des quantités égales aussi d’un même morceau d’opium. Lorsque Faction dissolvante parut achevée, les quatre liqueurs furent filtrées et précipitées par l’ammoniaque. La morphine recueillie avec grand soin pour chacune d’elles , se trouva dans les proportions suivantes :

Pour la solution à 5° . n.

— à io° . »... .6.

— à 2 0° . PI.

La solution de sel à i5° ayant fourni le meilleur résultat, fut préférée.

2. Une certaine quantité d’opium coupée en petits morceaux fut mise en macération dans six parties de cette solution. L’opium devint blanchâtre et se divisa. On facilita encore Faction en le malaxant. Au bout de douze heures la liqueur fut filtrée et le marc soumis de nouveau à Faction de quatre parties de solution saline.

3. Les deux liqueurs réunies étaient très-peu colorées. On les soumit à l’évaporation. Dès qu’il commença à se former des cristaux , on vit en même temps une substance brune , fluide et comme résineuse nager à la surface du liquide; je crus d’abord que c’était une portion de résine dissoute malgré là concentration de la dissolution saline ; mais ayant observé que cette substance se dissolvait en totalité dans l’eau pure, je me gardai bien de la séparer et l’opération fut continuée jusqu’à ce que le liquide se trouvât converti en une masse saline de laquelle il ne s’échappait plus aucune partie fluide.

4. Dans cet état on versa sur la masse de l’alcool à 38° froid ; il se colora légèrement. Après une digestion de quelques heures , facilitée par l’agitation, on le décanta et on le remplaça successivement par trois autres quantités.

Le sel n’était pas entièrement décoloré ; mais il ne contenait plus aucune partie visible de la substance brune.

La teinture alcoolique fut évaporée à la chaleur du bain-marie , jusqu’à ce quelle parût un peu sirupeuse ; alors on l’abandonna à elle-même. Deux jours après elle était entièrement prise en une masse formée de petites aiguilles réunies en mamelons.

5. Cette masse un peu colorée fut lavée avec de l’alcool, séchée et redissoute dans l’eau chaude. Par le refroidissement elle cristallisa de nouveau. Elle était blanche. On la mit à part comme un produit de l’analyse ; je l'examinerai plus loin. C’était le sel de morphine.

6. L’eau-mère alcoolique et l’eau-mère aqueuse furent réunies et abandonnées à elles-mêmes à l’air libre. J’observai qu’à mesure que l’évaporation se faisait, il venait nager à la surface du liquide une matière plus colorée que lui , fluide et ressemblant parfaitement à une huile. Cette substance, recueillie à plusieurs reprises , se dissolvait complètement dans l’eau et fournissait une nouvelle cristallisation de matière semblable à celle obtenue précédemment. J’attribuai sa séparation spontanée à la présence d’une certaine quantité d’hydrochlorate de soude, qui, ayant été dissous par l’alcool lors du traitement de la masse saline , avait fini, par l’effet de l’évaporation, par saturer la liqueur, et déterminait la séparation des restes de matière cristalline , comme cela avait eu lieu en évaporant les premiers trait cm en s (3).

7. Lorsqu’il ne se sépara plus de cette substance, il se forma au fond de la capsule une croûte de matière blanche qui fut recueillie et mise à part comme un nouveau produit de lanalyse. C’était un méconate. On s’étonnera peutêtre que le méconate, quoique moins soluble dans l’eau que le sel de morphine, ne se soit séparé de la liqueur qu’après lui ; mais si l’on considère que le méconate est un sel à base minérale , taudis que le sel de morphine est en-

lièremeiit végétal, on sentira que le premier, quoique moins soluble, doit avoir pour l’eau plus d’affinité que le second, et résister plus long-temps à l’exclusion déterminée par le muriate de soude.

Je reviens au marc d’opium épuisé par la solution d’hydrochlorate de soude à i5° (2),

8. Je le soumis à l’action de l’eau froide. Celle-ci donna encore par des cristallisations répétées un peu de sel de morphine et de méconate.

9. Le marc fut alors traité une première fois par l’alcool déphlegmé froid. La teinture concentrée par lévaporation fut mêlée avec de i’eau, qui eu précipita une substance résineuse . Cette substance retraitée par l’alcool se sépare en deux parties; l’une insoluble et sèche, l’autre molle et insoluble. Une légère cha’eur suffit pour fondre la première, et par le refroidissement elle devint dure.

10. Le marc d’opium traité une première fois par l’alcool, fut de nouveau soumis à l’action de ce liquide, mais à chaud. La teinture évaporée fournit cette fois une substance qui resta molle après le refroidissement.

1 1. Enfin l’opium, épuisé successivement par l’eau salée, l’eau pure et l’alcool, fut aussi traité par l’éther. Ce véhicule lui enleva de la narcotine qui cristallisa par son évaporation. Elle était mêlée à une substance huileuse qui ne se dessèche point à l’air.

Avant de passer à Fexamen des divers produits de l’analyse, je parlerai de quelques modifications dont est susceptible le procédé que je viens de décrire.

12. On peut également parvenir à obtenir le sel de morphine , en procédant de la manière suivante : on fait dissoudre l’opium dans l’eau froide comme si l’on voulait préparer l’extrait gommeux. On concentre les liqueurs de manière à en avoir environ deux litres, si l’on opère sur une livre d’opium. Quand elles sont refroidies, on y projette par petites portions du muriate de soude en poudre.

( UJ )

A mesure que le sel se dissout, on voit se précipiter une substance poisseuse qui s’attache aux parois du vase. Chaque pincée de sel produit un trouble assez considérable ; mais lorsque la matière poisseuse est réunie et cesse de nager dans le liquide, il ne faut plus ajouter de sel, quoiqu’il trouble encore fortement la liqueur , car on précipiterait à peu près tout le sel de morphine. Du reste, on procède comme je l’ai dit plus haut, c’est-à-dire qu’on évapore à siccité les liqueurs salées et qu’on traite le résidu par l’alcool.

Ce procédé, qui pourra devenir très - avantageux quand il aura été suffisamment étudié pour ne rien laisser à l’arbitraire , exige, tel qu’il est, beaucoup de précautions.

13. J’avais commencé mes essais, en versant sur l'opium une dissolution saturée de sel marin, marquant 20° à l’aréomètre de Baume. Ce procédé m’avait assez bien réussi , parce que agissant sur de petites quantités la proportion du dissolvant était toujours très-forte relativement à celle de l’opium , mais lorsque je voulus répéter le procédé plus en grand, ayant réduit la proportion d’eau salée , afin de n’avoir pas une trop grande masse de substance à traiter par l’alcool, il arriva que la majeure partie du sel de morphine resta dans le marc. Malgré cet inconvénient , j’obtins encore un bon résultat de mon opération. Il paraît que l’eau saturée de sel, qui avait absolument réduit Fopium en poudre, avait mis la substance ré sineuse hors des conditions nécessaires à la dissolution dans Feau ; car , en traitant le marc d’opium par Feau simple y celle-ci dissolvit le sel de morphine presque pur et je l’obtins avec facilité. Je crois pouvoir me rendre compte de cette particularité, en considérant que la solution saturée de sel enlève à l’opinm en grande partie son acidité. Le procédé indiqué par M. Hottot pour la préparation de la morphine , vient à Fappui de cette explication.

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