‹ Recherches sur l'emploi des sels neutres dans les analysis végétales, et application de ce procédé à l'opiumChapitre 8 sur 12 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

M ESSIEURS ,

Vous nous avez chargés , M. Guibourt et moi , de vous rendre compte d’un mémoire de M. Robinet; mémoire qui n’est i ni- même que la première partie et comme le préambule d’un travail qu’il se propose de vous soumettre , et dont les résultats intéressans vous sont déjà connus par suite de communications verbales.

Après des considérations générales sur les difficultés de l’analyse végétale et leurs causes , considérations sinon toutes nouvelles , du moins toutes présentées d’une manière précise et dans le but d’arriver à l’exposition de son sujet; M. Robinet partant de ce point , que l’altérabilité des substances organiques par la plupart des agens chimiques réduit à un très-petit nombre ceux des agens qu’on peut employer dans l’analyse végétale, pour séparer les principes immédiats sans exercer sur eux d’affinité élémentaire qui changerait leur nature, M. Robinet appelle l’attention de ses lecteurs sur les modifications que la pré-

sence des sels neutres produit dans l’action dissolvante de l’eau sur les matières végétales.

Mais d’abord M. Robinet pose en principe , et prouve par l’expérience , que la plus ou moins grande dissolubilité des substances dans l’eau n’est pas toujours en raison de leur affinité pour ce liquide , ou vice versa , qu’on ne doit pas juger de l’affinité de l’eau pour une substance végétale par la facilité avec laquelle l’eau la dissout , ni même par la quantité qu’elle en peut dissoudre à une température donnée. Cette affinité, au contraire, doit s’établir d’après les règles données par MM. Vauquelin et Gay- Lussac , pour reconnaître le degré d’affinité des sels pour l’eau.

M. Vauquelin a fait voir que si dans une solution d’un sel quelconque on ajoute un autre sel , celui-ci pourra , en se dissolvant , séparer et précipiter une partie du premier. Ce cas aura lieu si le sel ajouté a plus d’affinité pour l’eau que le sel primitivement dissout. Si le second sel est très-soluble, mais a peu d’affinité pour l’eau, il se dissoudra en assez grande proportion sans exclure aucune portion de l’autre : enfin si le sel ajouté est peu soluble et n’a pour l’eau qu’une faible affinité, il ne se dissoudra dans le liquide qu’en petite quantité , ou même point du tout. D’un autre côté, M. Gay-Lussac a prouvé que le degré d’ébullition d’une solution saturée saline n^ dépendait pas de la quantité de sel dissoute, mais de i’affinité de ce sel pour Veau. La même loi existe pour les substances végétales , d’après les expériences de M. Robinet ; ainsi le sucre et la gomme , quoique fort solubles dans l’eau , ont pour elle peu d’affinité , puisque pour le sucre , par exemple, un sirop très-cuit, et marquant 35 degrés à l’aréomètre bout à une température de 84 degrés Réaumur , tandis qu’une solution de sel marin dans l’eau, marquant seulement 20 degrés, élève le thermomètre au même point. Or , la solution sucrée contient 70 pour

ioo de sucre , tandis que la solution saline ne contient que 33 de sel.

Pour la gomme , résultat encore plus sensible. Une eau gommée contenant 2/ 5 de son poids de gomme , bout à 80 degrés comme de l’eau pure; son affinité pour l’eau est donc très-faible : mais si le sucre et la gomme ont peu d’affinité pour beau, ils doivent , s’ils sont solubles dans les solutions salines, se dissoudre sans précipiter de sel ; et réciproquement une solution saline peut les dissoudre comme les dissoudrait de l’eau pure.

Supposons maintenant une substance végétale susceptible d’élever de beaucoup le point d’ébullition de beau; elle aura une grande affinité pour beau*, alors, mise en contact avec une solution saline, elle précipitera du sel , ou du moins ne se dissoudra dans la dissolution saline qu’en plus petite quantité que dans beau.

M. Robinet, partant de ces principes, a essayé l’action de la solution de sel marin , comparée à celle de beau sur différentes substances végétales. Il a vu en général que les principes colorans se dissolvaient moins bien et en moindre quantité dans beau salée que dans beau pure : ainsi , par exemple , la cochenille communique à peine une teinte rosée à la solution de sel marin j la garance ne cède qu’un peu de matière janne , etc. L’opium est la substance qui a fourniles résultats les plus singuliers etles plus intéressans; mais, comme ils feront le sujet d’un mémoire particulier, nous nous bornerons à dire que la solution de sel marin , à i5 degrés, dissout les sels contenus dans l’opium et peu de matière colorante, de telle sorte qu’en évaporant la solution à siccité , et traitant le résidu par l’alcool , on ob* tient dissous dans ce menstrue et bon en retire par évaporation des sels à base de morphine. L’examen de ces sels sera, comme nous l’avons dit, le sujet d’un autre mémoire.

Nous ferons remarquer ici avec M. Robinet que les principes colorans sont en général ceux qui se dissolvent

le moins dans l’eau salée. INe serait-ce pas parce qu’ils sont, du moins pour la plus part insolubles, dans beau par euxmômes , et que quand iis se dissolvent ce n’est que par suite d'une réaction qu’exercent sur eux les principes solubles qui ont à la fois de l'affinité pour eux et pour l’eau. Dans une solution saline, ces matières, obligées en quelque sorte de lutter contre le sel minéral dissout dans beau perdent leur faculté de réagir sur les substances colorantes auxquelles elles étaient unies.

M. Robinet a observé qu’il existait de grandes différences entre la force dissolvante des différens sels ; ainsi, par exemple , si l'on traite de l’opium par une solution de mu* riate de soude marquant 5 degrés , par une solution de sulfate de soude marquant 10 degrés, et par une solution de nitre marquant 17 degrés, on ne dissout pas sensiblement plus de matière. De même, une solution de muriale de soude à 20 degrés ne se colore pas plus avec l’opium qu’une solution de tartrate de potasse à 4-0 degrés. On découvre de suite la cause de cette anomalie apparente eu élevant à l'ébullition les deux solutions salines , l’une et l’autre marquant le môme degré au thermomètre.

Le sucre dissout dans beau salée 11e fermente point par l’addition d’un peu de ferment -, mais M. Robinet démontre que le ferment n’est nullement soluble dans beau salée ; et en appliquant cet axiome: corpora non agunt nisî sint soluta , on se rend facilement compte de ce lait, qui nous paraît donner la théorie de la conservation des substances organiques à l’aide de la salaison.

Ce premier mémoire de M. Robinet nous paraît trèsdigne des encouragemens de la Section, et nous fait vivement désirer la communication de ceux dont il est en quelque sorte le préambule. M. Robinet a dans les mains mi nouveau moyen d’analyse ; nous ne doutons pas qu’il n’en tire un sraiid parti.

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