‹ Recherches sur l'emploi des sels neutres dans les analysis végétales, et application de ce procédé à l'opiumChapitre 9 sur 12 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dans notre rapport sur la première partie de ce mémoire nous vous avons entretenus, d’après Fauteur , de Faction des solutions salines sur les matières végétales en général. Nousallonsici suivre M. Robinet dans l’application de ses nouveaux procédés à l’analyse de l’opium, et dans 1 exposé des faits nouveaux qu’il a consignés dans la deuxième partie de son mémoire.

M. Robinet annonce que , dans l’exposé de ces expériences , « il ne suivra pas l’ordre dans lequel elles ont été faites, parce que cet ordre n’est pas toujours méthodique; qu’il préfère celui qui rendra les résultats plus clairs, les amènera d’une manière plus naturelle, et facilitera la vérification des faits. » Toutefois, M. Robinet ayant à vous entretenir d’une méthode nouvelle , a exposé des faits qui Font quelquefois entraîné d’abord dans des routes écartées. Ayant à vous faire voir comment il est revenu à la vérité , pourquoi il a abandonné telle manière de voir pour adopter celle que des expériences nouvelles et plus exactes lui ont fait adopter, M. Robinet, disons-nous, a été obligé d’entrer dans une foule de détails et de discussions qui peut-être empêchent, du moins à une simple lecture, de saisir l’ensemble de son mode d’analyse, et de concevoir de suite les faits nouveaux que présente ce travail vraiment remarquable. Nous allons donc, en mettant autant de concision qu’il nous sera possible, vous indiquer la marche qu’a suivie M. Robinet dans son analyse de l’opium, par l’application de l’emploi des solutions salines, et vous

exposer les faits nouveaux dont la chimie s’est enrichie par ce travail.

Analyse de 1 opium.

M. Robinet traite Popium à deux reprises par une solution de sel marin à i5 degrés de densité, dans la proportion de six parties de solution contre une d’opium, et à la température ordinaire de l’atmosphère.

Ces liqueurs filtrées sont alors mises à évaporer. Au moment où le sel marin commence à se déposer, on voit surnager nue matière brune huileuse j c’est la combinaison delà morphine contenue dans l’opium avec l’acide qui la sature. On pourrait dès lors l’enlever , mais il est préférable d’évaporer le liquide pour obtenir toutes les matière's qu’il tenait en dissolution et qui se présentent sous la forme de masse saline.

Dans cet état, on le traite par de l’alcool à 38 degrés froid. Après une digestion de quelques heures, facilitée par l’agitation, on décante, et l’on remplace l’alcool chargé de principes solubles, par de nouvelles quantités d’alcool -, opération qu’on renouvelle trois à quatre fois.

Ce traitement par l’alcool a pour but de faire le départ du sel marin, contenu dans la masse saline, d’avec les principes de l’opium qui se trouvaient d’abord en solution avec lui.

On évapore alors au bain-marie la teinture alcoolique, jusqu’à ce qu’elle soit en consistance syrupeuse. On l’abandonne à elle-même , et ordinairement au bout de deux jours elle est prise en masse cristalline formée de mamelons et d’aiguilles. On fait égoutter les cristaux, et on les lave avec un peu d alcool *, alors on peut les redissoudre dans une petite quantité d’eau bouillante -, ils cristallisent de nouveau : c’est le sel de morphine tel qu’il est contenu dans l’opium, et sur lequel nous reviendrons avec M. Robinet. On réunitîes eaux-mères de ces cristaux avec l’eau-mère alcoolique de la première cris-

tallisation; on les laisse évaporer à l’air libre. A mesure quitta solution se concentre, le sel d’opium est éliminé par ce qui reste de muriate de soude , et qui suffit pour saturer Teau; il vient surnager à 1a surface du liquide; on 1 enlève et on le fait cristalliser en le redissolvant dans de l’eau pure. En même temps, ou plutôt sur la fin de l’évaporation , et peu avant que le sel marin se dépose , il se fait au fond du vase une cristallisation saline sous forme d’une croûte grenue. Ce nouveau sel examiné et analysé avec soin par M. Robinet s’est trouvé être du mèconate acide de soude. Ün le purifieenle redissolvant dans ï’eaubouillante, et le faisant cristalliser.

Ce mèconate acide de soude , bien moins soluble dans l’eau pure que le sel à base de morphine qui se trouvait avec lui, se sépare cependant le dernier de ta solution de sel marin parce que, bien que moins soluble il a cependant plus d’affinité pour l’eau que le sel à base de morphine. Une chose remarquable, et que nous pouvons dire sans interrompre l’exposé de 1a marche de l’analyse, c’est que l’acide méconique, dans l’opium, est uni à 1a soude, tandis que l’acide qui sature 1a morphine, et sur lequel nous reviendrons, est de toute autre nature.

Après avoir ainsi procédé à 1a séparation des principes de l’opium dissous dans l’eau salée, M. Robinet revient au marc d’opium, c’est-à-dire à 1a partie de l’opium non dissoute parta solution saline. Il traite successivement ce marc d’opium par l’eau, par l’alcool froid, par l’alcool bouillant et par l’éther. Par l’eau, il en retire encore une certaine quantité de sel de morphine et de mèconate de soude ; par l’alcool froid, une substance résineuse , sèche, très fusible. Cette matière, quoique obtenue à froid , une fois desséchée , ne se redissout plus dans l’alcool froid: elle est insoluble dans l’éther. Par l’alcool bouillant, M. Robinet obtient une substance qui reste molle après l’évaporation de tout l’alcool et le refroidissement. Cette matière est celle

que Ruchholz et d’autres chimistes ont improprement désignée sous le nom de caoutchouc : elle a l’odeur de l’opium. M. Robinet pense quelle doit avoir de Faction sur l’économie animale et qu’elle mérite de fixer l’attention des physiologistes. Par Féther enfin, M. Robinet obtient la narcotine mêlée d’abord avec une substance huileuse : on peut séparer ces deux matières par de nouvelles dissolutions dans Féther, la narcotine cristallisant par le refroidissement.

Avant de passer à l’examen particulier des divers produits de l’analyse de l’opium, M. Robinet s occupe de quelques modifications dont est susceptible le procédé qui vient d’être décrit.

Nous 11e suivrons pas ici M. Robinet, parce que cette partie de son mémoire doit être méditée par ceux-là seulement qui veulent répéter ces expériences, et qui s’occupent spécialement d’analyse végétale. Nous les renvoyons à la lecture du mémoire original.

M. Robinet passe ensuite à l’exposé de l’examen des produits qu’il a obtenus. Savoir : le sel de morphine, le méconate de soude, la résine sèche, la résine molle, l’huile, et la narcotine. Nous ne suivrons pas M. Robinet dans l’examen de ces substances, et nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit pour seulement les caractériser. Nous engagerons toutefois M. Robinet à s’en occuper d’une manière toute spéciale. Ces substances n’ont pas été suffisamment examinées, et M. Robinet lui-même les a un peu négligées pour s’occuper plus spécialement des sels de l’opium qui étaient le but principal de ses recherches.

Du Mè concile de soude.

Ce sel obtenu par le procédé que nous avons indiqué , présente les caractères suivans : il est blanc, grenu, d’une dureté sablonneuse. M. Robinet n’a pu déterminer sa forme

géométrique. Il est moins soluble dans 1 eau que le sel de morphine qui Faccompague dans l’opium : Falcool déphïegme le dissout à peine, et peut servir à le débarrasser des sels de morphine. L’alcool un peu affaibli le dissout bien» Sa solution aqueuse est acide et rougit le tournesol.

Il produit avec les sels de fer suroxidés une couleur rouge des plus intenses : la solution concentrée ne précipite , ni par le muriate de platine, ni par l’acide oxalique ; la potasse et l’ammoniaque n’y font pas de précipités. Il ne rougit pas par l’acide nitrique. Calciné , il laisse du sous-carbonate de soude» D’où M. Robinet conclut qu’il est véritablement formé d’acide méconique et de soude \ d’un autre côté M. Robinet ayant trouvé , ainsi que nous allons îe dire, que le sel de morphine dont il a été séparé ne contient pas d’acide méconique, il est amené à en conclure, contre l’opinion de Sertuerner, que l’acide méconique qui existe bien dans l’opium n’y est pas combiné avec la morphine, mais bien avec la soude.

Quant à nous, l’opinion de M. Robinet nous paraît trèsprobable, mais non pas rigoureusement démontrée. Il pourrait se faire qu indépendamment des sels de morphine démontrés par M. Robinet, et dans lesquels la morphine est saturée par un acide différent du méconique, il existât du méconate de morphine, mais que, par suite de 1 analyse, ce méconate eût été décomposé par le muriate de soude, d où serait résulté du méconate de soude. Malgré cette manière de voir que nous exposons pour montrer que nous n’éludons pas les objections qu’on pourrait faire à M. Robinet , il ne nous parait pas probable qu une base aussi forte et un acide aussi énergique que 1 acide hydroclilorique puissent se séparer pour donner lieu a de nouveaux sels. B ailleurs pourquoi Vautre sel de morphine rfaurait-il pas été décomposé. Bu reste, il suffira a M. Kobinet de mettre en note à son mémoire si, lorsqu’il a substitué le nitrate de potasse elle sulfate de magnésie au muriate

de soude pour obtenir ie sel de morphine, il a aussi obtenu du méconate de soude, ce que nous n’avons pas trouvé ex» primé d’une manière positive dans son mémoire

Du Sel de morphine contenu dans T opium et obtenu par

le procédé indiqué .

M, Robinet consacre une grande partie de son Mémoire à l’étude de ce sel et à la détermination de l’acide qu’il contient. Une propriété singulière de ce sel est de devenir d’un bleu intense par le contact des sels de fer sur-oxidés. Cette propriété fit soupçonner à M. Robinet qu’il contenait, soit de l’acide gallique, soit de l’acide hydrocyanique. De là une longue série d’expériences queM. Robinet relate dans son mémoire. Nous ne les rapporterons point *, nous nous contenterons de conclure avec lui que l’acide combiné à la morphine n’est point de l’acide gallique , car il ne précipite pas en rouge par les sels de titane, ce que font les gallates et même le gallate artificiel de morphine -, que ce n’est pas de l’acide hydrocyanique, parce que cet acide, d’après les recherches de notre collègue M. Robiquet, et les propres expériences de fauteur de ce mémoire, ne peut se combiner aux alcalis végétaux ; que d’ailleurs cette couleur bleue disparaît par le contact des acides faibles , l’alcool , l’éther acétique non acide, etc., agensqui ne détruisent pas la couleur du précipité de bleu de Prusse formé par les hydrocyanates dans les sels de fer.

Mais une chose décisive , c’est la suite d’expériences entreprises par M. Robinet sur la morphine pure, et qui prouvent que cette base jouit par elle-même et par le fait de sa propre nature, de la propriété de devenir bleue par les sels de fer peroxidé : nouveau et excellent moyen de reconnaître la morphine, et de la distinguer de quelques autres alcalis végétaux qui, comme elle, rougissent par l’acide nitrique. Mais quel est l’acide qui sature lamorphinedansl’opium? nous di-

rions que c’est un acide nouveau, s’il ne nous semblait pas, ainsi qu’à M. Robinet, être I acide différent du méconique, que M. Robiquet a signalé dans l’opium ; acide dont jusqu’ici les propriétés sont inconnues, mais sur lequel M. Robinet, qui l’a obtenu pur et cristallisé , se propose de consacrer la troisième partie de ce mémoire. Pour le séparer de la morphine, M. Robinet dissout le sel dans l’eau, y ajoute du sous-acétate de plomb. Il se fait un précipité blanc formé de plomb et du nouvel acide. Ce précipité lavé est décomposé par l’hydrogène sulfuré : l’acide recherché reste en solution; on filtre, on évapore, et on l’obtient cristallisé par refroidissement. Du reste, M. Robinet déclare que c’est le procédé employé par M. Robiquet pour l’acide qu’il a signalé , et que s’il a obtenu son acide plus pur et dans un état qui lui a permis de mieux examiner ses propriétés , c’est qu’il possédait à l’état de pureté plus grande sa combinaison avec la morphine.

Cet acide non-seulement cristallise, mais encore forme

des sels cristallisables avec la potasse et la soude. Il sera, comme nous l’avons dit, l’objet d’un mémoire particulier.

L’auteur, dans son Mémoire, n’a pas dénommé cet acide. Nous lui proposerons de l’appeler acide codéique , de codé , tête de pavot. La combinaison naturelle dans l’opium serait alors le codéate de morphine.

Le codéate de morphine est plus soluble à chaud qu’à froid. Il cristallise en aiguilles soyeuses qui partent d’un centre commun et forment des mamelons hérissés de pointes : il est soluble dans l’alcool , insoluble dans l’éther. Il rougit par l’acide nitrique concentré, se dissout sans effervescence dans les acides sulfurique et hydrochlorique affaiblis. Parmi les sels métalliques, le muriate de platine et le sous- acétate de plomb seuls le précipitent, etc. etc.

De quelques propriétés de la morphine.

M. Robinet ne pouvait faire un si long travail sur

l'opium sans signaler dans la morphine quelques propriétés ou nouvelles ou peu connues. Nous ne reviendrons pas sur la propriété de bleuir par les sels de fer, mais nous insisterons sur la précipitation de tous les sels de morphine par le muriate de platine : nous engagerons toutefois M. Robinet à nous faire connaître la nature de ce précipité. Un point très-important pour l’histoire de la morphine, c’est la solubilité de la morphine dans les alcalis minéraux. On savait bien qu’un excès d’ammoniaque ou de potasse redissolvait la morphine. M. Robinet a montré que la solution de la morphine dans les alcalis était plus grande qu’on ne l’avait pensé, que cette solubilité s’étendait à la soude, la baryte ? la strontiane et la chaux ; que quelques-unes de ces combinaisons cristallisent ; qu’une solution de potasse , assez concentrée et très-chargée de morphine, exposée à l’air, se convertit en sous-carbonate de potasse, et cpie la morphine s’en sépare en aiguilles soyeuses cristallines qui ne retiennent aucune trace d’acide carbonique, etc.

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