AVANT-PROPOS
Depuis quelques années les histologistes ont voué une attention spéciale au tissu cartilagineux. Ils l’ont étudié simultanément chez l’homme, les mammifères, et les vertébrés inférieurs (élasmobranches) , soit à l’état normal, soit lorsqu’il a subi' des irritations diverses. Les découvertes dans ce champ ont été si nombreuses qu’elles ont modifié en grande partie les connaissances qu’on avait sur le cartilage il y a cinquante ans, époque où parut la première description un peu complète des tumeurs cartilagineuses ou eneinondr ornes, La plupart des travaux subséquents se bornent à envisager ces tumeurs au point de vue clinique. Les observateurs modernes ont cherché la composition chimique de la tumeur, sa constitution histologique et les différentes modifications qu^’elle peut subir. Ils ont également émis quelques hypothèses sur sa formation. Mais aucun ne semble avoir institué sur le cartilage pathologique des recherches parallèles à celles qu’on a multipliées sur le cartilage normal.
En me signalant cette lacune, M. le prof, de Recklinghausen m’a proposé de soumettre à un examen attentif la formation même de l’enchondrome. C’est un problème dont plusieurs circonstances rendent la solution très difficile. En effet, la fréquence de l’enchondrome est bien loin d’égaler celle d’autres tumeurs, telles que le carcinome, le sarcome, etc. En outre, il est excessivement rare qu’on ait la possibilité de l’observer lors de sa naissance. Généralement indolent, il ne s’accroît d’abord qu’avec lenteur; aussi le chirurgien n’a-t-il guère d’indications pour l’extirper avant qu’il soit devenu gênant par son volume ou redoutable à cause des complications qu’il peut produire. Presque toujours il est alors par-
venu à son complet développement, et offre parfois déjà les dégénérescences dont il sera question plus loin.
J’ai pratiqué et étudié un nombre très considérable de coupes microscopiques, avec le but d’y retrouver ce que les auteurs récents ont observé dans le cartilage normal. Si j’y suis rarement parvenu, c’est qu’il faut tenir compte du fait que ces auteurs ont étudié en général le cartilage embryonnaire, tandis que je n’avais à ma disposition que du tissu adulte.
C’est l’inépuisable obligeance de M. le prof, de Recklinghausen qui m’a permis d’accumuler les matériaux dont j’avais besoin, et de les soumettre à des observations prolongées. En lui exprimant toute ma gratitude pour ses conseils judicieux, je le prie d’agréer l’hommage de mon affection aussi respectueuse que profonde.
Je suis également heureux de remercier ici ses assistants, MM. les P. Meyer, E. Stilling et L. Wieger, ainsi que MM. les D’'® E. Fischer et R. Schultze, assistants de la clinique de chirurgie de M. le prof. Lücke, dont le concours ne m’a jamais fait défaut.