CHAPITRE X
Parmi toutes les eaux résiduaires, celles des abattoirs et surtout des petits abattoirs sont des plus difficiles h traiter; Tépuration en est possible, mais, pour la réaliser, il faut tenir compte d'un ensemble de circonstances locales des plus variables.
En effet, la composition de ces eaux varie d'une façon considérable avec la quantité d'eau consommée par les bouchers, suivant que cette eau est mise à leur disposition facilement, à robinet ouvert, ou difficilement, par pompage. Elle varie aussi suivant le soin apporté par les opérateurs à écarter tous les résidus solides, contenu des intestins, estomacs, débris de viande, de graisses, etc., à recueillir le sang et au lavage des tripes. On voit donc que les eaux seront plus ou moins chargées et par suite les méthodes d'épuration qui pourront être proposées devront, si on veut les généraliser, être susceptibles de s'accommoder à ces variations.
De plus, dans les petits abattoirs ruraux, l'abattage ne se fera que pendant un ou deux jours par semaine, et pendant quelques heures par jour. On aura donc, pendant un temps très court, à traiter des eaux le plus souvent tre^s polluées.
Les eaux résiduaires d'abattoirs sont des dilutions plus ou moins grandes du sang, de l'urine et des matières excrémentitielles des animaux abattus. A la campagne, ces eaux devront le plus souvent être évacuées dans des fossés, à pente très faible et ordinairement assez mal entretenus, où elles stagneront et, en se putréfiant très rapidement, répeindront des odeurs nauséabondes, ou bien s'infiltreront dans le sol en contaminant les nappes aquifères sous-jacentes.
On pourrait recommander de leà utiliser pour la fertilisation des terres, car ces eaux représentent à peu près le purin plus dilué et sont un engrais de premier ordre. Mais la difficulté de les éloigner très rapidement des abattoirs à toute époque de Tannée, à moins de les emmagasiner dans des citernes très grandes et par suite très coûteuses, fera renoncer le plus souvent à cette utilisation et on préférera employer une autre* méthode applicable à tout moment. Cependant, lorsque les circonstances permettront Tépandage de ces eaux sur les terres, il sera toujours indiqué de prévoir un bassin Je décantation à la sortie des abattoirs, de façon à éviter le colmatage trop rapide des sillons et Tenvasement des canaux de distribution.
Les procédés biologiques d'épuration des eaux d'égout seront souvent inapplicables, principalement pour deux raisons : ces procédés permettent Tépuration des eaux seulement lorsque la matière organique ne dépasse pas une certaine quantité : or lorsqu'il y a pénurie d'eau ou difficultés dans son emploi, les eaux résiduaires des petits abattoirs ruraux sont trop chargées. D'un autre côté, comme nous l'avons dit plus haut, Tabattage ne se fait que pendant un ou deux joui"s par semaine. Or, dans les procédés biologiques artificiels les eaux sont reçues dans des bassins appelés fosses septiques où elles séjournent un certain temps qu'on admet être environ 24 heures. Lorsque les eaux y séjournent plus longtemps, les fermentations actives dans ces fosses poussent si loin la désintégration des matières organiques que le liquide qui en sort, par suite d'un afflux de nouvelle eau à traiter, répand, lorsqu'il est distribué sur les lits bactériens pour y (Hre épuré, des odeurs très désagréables qui suscitent les réclamations des propriétaires voisins. De plus, il a été remarqué que les eaux ayant séjourné longtemps en fosse septique s'épurent plus difficilement que celles n'y ayant passé que le temps voulu.
Il est cependant indispensable d'épurer le mieux possible ces eaux, et les pouvoirs publics mettront toujours cette obligation de l'épuration dans les conditions de l'arrêté d'autorisation d'établissement d'abattoirs.
Pour épurer les eaux résiduaires d'abattoirs, il faut d'abord
en séparer autant que possible les matières en suspension. La sédimentation par repos, ou celle par écoulement ralenti, n*est pas applicable à ces eaux, car elles entraînent de grandes quantités de composés organiques très légers, sang coagulé principalement, qui se déposent difficilement. La précipitation chimique, au contraire, entraîne mécaniquement toutes ces matières et même dans certains cas une partie des matières en solution.
Pour obtenir la précipitation, on ne peut pas employer la chaux, car elle donne lieu à des dégagements d'ammoniaque et d'autres produits à odeurs très désagréables.
Le sulfate ferrique^ seul ou associé au sulfate d'alumine {alumino- ferrie ou ferrozone), est le précipitant de choix pour les eaux d'abattoirs. En additionnant ces eaux d'une quantité convenable de ce sel, on obtient un précipité abondant qui entraîne les matières en suspension, coagule le sang et les matières albuminoïdes, et désodorise les eaux. L'cffluent, après bonne décantation, est clair, décoloré cl à peu près inodore. La proportion de sel à ajouter pour obtenir une bonne précipitation varie, pour une eau de composition déterminée, entre certaines limites; les quantités trop faibles ne donnent lieu à aucune précipitation, et un excès de sel peut redissoudre une partie du précipité. Les proportions nécessaires seront déterminées par l'expérience. Elles seront d'autant plus grandes que la pollution est plus importante ; mais nous ne pensons pas qu'on doive employer moins de 1 kilogramme par mètre cube d'eau.
Le meilleur mode d'emploi du sulfate ferriquc est d'en faire une solution à un titre connu, qu'on fait écouler dans l'eau résiduaire en proportion déterminée avec le volume de cette dernière. Ceci peut se faire dans une grande installation où l'écoulement des eaux est ou peut être rendu relativement constant. Pour les abattoirs ruraux, Técoulement des eaux étant très intermittent, nous conseillons plutôt l'emploi du sel à l'état solide. Voici comment on pourrait comprendre le traitement des eaux.
Toutes les eaux usées, à l'exclusion des eaux de pluie, seront collectées dans un caniveau qui aboutira à une série de grilles qui retiendront les matières en suspension volumineuses,
iU ÉPURATION DES EAUX D ÉGOUT.
puis à une petite chambre dans laquelle on disposera un panier à fond perforé. Dans ce panier on placera le sulfate ferrique (qui devra être aggloméré en briquettes ou en gros morceaux ne se délitant pas trop rapidement) en quantité suffisante pour traiter les eaux pendant un temps déterminé. Les eaux, en traversant ce panier, dissoudront le sel en proportion de leur volume, et tomberont dans un autre caniveau placé en contre-bas, qui sera pourvu soit de chicanes, soit de cascades, de façon à bien mélanger les eaux. Puis celles-ci seront évacuées dans un bassin de décantation.
La décantation peut se faire par repos, et c est la plus efficace : pour cela le bassin sera suffisamment grand pour recueillir toutes les eaux écoulées pendant une journée. Le lendemain, par un dispositif approprié (siphon ou tuyau souple à flotteur), on décantera le liquide clair surnageant. On peut aussi obtenir la décantation par écoulement continu mais ralenti ; les eaux cheminant très lentement dans ce bassin y abandonneront les matières précipitées. Dans ce dernier cas il est utile de mettre, à l'extrémité du bassin, une chicane de surface formée d'une simple planche de bois goudronné plongeant de 10 à 20 centimètres dans le liquide, pour arrêter les matières flottantes. Ces bassins auront le fond disposé en pente allant de la sortie vers l'entrée, pour permettre l'accumulation des boues en un endroit d'où on les pompera chaque semaine pour les transvaser dans un autre bassin ou pour les utiliser immédiatement comme engrais en les transportant sur les terres.
Les eaux résîduaires d'abattoirs ainsi traitées donneront le plus souvent un effluent qui ne sera pas complètement épuré, car il renfermera encore quelques composés organiques et de l'ammoniaque. Cet effluent pourra être plus facilement traité en irrigation culturale, principalement dans les prairies. Lorsque la situation des abattoirs le permettra ou lorsque l'effluent devra être évacué dans un cours d'eau très propre, il est à recommander de parfaire l'épuration par le traitement sur les lits bactériens aérobies où la matière organique et l'ammoniaque seront oxydées. L'effluent sera alors rendu imputrescible. Pour cela nous pensons qu'il sera utile d'établir, à la sortie du bassin de décantation, un bassin régulateur
qui permettra la distribution sur les lits bactériens, à intervalles réguliers et convenablement espacés. Lorsque le lit bactérien est bien établi, Tentretien et la surveillance sont réduits au minimum.
Il reste à prévoir le cas où un animal atteint de maladie contagieuse sera abattu avant l'arrivée du vétérinaire inspecteur. Les eaux résiduaires devront alors être désinfectées avant d'être employées en irrigation culturale ou même avant traitement dans les lits bactériens. Cette désinfection pourra se faire facilement et à peu de frais s'il y a un bassin de décantation par repos. Il sufûra d'ajouter au mélange des eaux résiduaires déjà traitées par le sulfate ferrique, environ 1 kilogramme de chlorure de chaux par mètre cube d'eau (le chlorure de chaux étant dissous préalablement dans un baquet) et de bien brasser le mélange. La décantation faite le lendemain donnera un liquide pratiquement stérile. Il n'y a pas lieu de craindre l'effet nuisible sur les terres du chlore actif qui pourrait persister dans les eaux ainsi épurées, car il en restera certainement très peu après un séjour aussi prolongé en présence de matières organiques.
Dans ce qui précède, nous avons envisagé les abattoirs comme établissements isolés, mais il pourra se présenter des cas où Fassainissement de la localité où ils sont installés, sera possible à peu de frais. Les eaux résiduaires des abattoirs seront alors admises dans les égouts et s'y mélangeront avec toutes les eaux usées de la commune — et le tout sera épuré par les procédés biologiques (*).
(*) Voir Imbeaux et Rolants, Hygiène rurale, p. 205, Paris, Baillière, 1907 ; Calmette, Recherches sur V épura lion biologique des eaux d'égout, Paris, Masson, t. I, II et III.