CHAPITRE XX
ÉPURATION DES EAUX RÉSIDUAIRES DES USINES A GAZ ET DES RAFFINERIES DHUILE MINÉRALE
Les usines à gaz et les indusl ries qui emploient des moteurs à gaz pauvre, ou gaz à Veau, déversent généralement leurs eaux résiduaires dans les eaux d'égout des villes. Or ces eaux répandent des odeurs si désagréables que certaines municipalités ont cru devoir prendre des arrêtés interdisant leur rejet dans les canalisations.
Les substances qui leur communiquent cette odeur caractéristique sontprincipalementrammoniaque,riiydrogène sulfuré et Tacide cyanhydrique. Les proportions en sont très variables. Elles oscillent, d'après nos analyses, entre les chiffres ci-après:
Ammoniaque 0'^^028 à 0«%530 par litre.
Acide sulfhydrique 0'^^0'20 à 0«',600 par litre.
Acide cyanhydrique 0^',051 à 0*',102 par litre.
On peut aisément, par quelques dosages rapides, détermi ner la teneur d'une eau résiduaire d'usine en chacun de ces trois corps.
Le dosage de l'ammoniaque se fait soit par distillation, soit par nesslérisalion, après précipitation de l'hydrogène sulfuré par l'acétate de plomb ou de zinc et élimination de l'excès de réactif par la solution de soude et de carbonate de soude.
Pour évaluer les sulfures et les cyanures, on fait d'abord, sur 100 centimètres cubes d'eau filtrée, un dosage volumetrique total avec une solution titrée d'iode correspondant à 1 milligramme d'acide sulfhydrique par centimètre cube. Soit .1 le nombre de centimètres cubes.
On traite 200 centimètres cubes d'eau par Tacétate de zinc qui précipite Thydrogène sulfuré mais non Tacide cyanhydrique, au moins dans les limites des quantités contenues dans ces eaux (jusqu'à 1 gramme par litre). On filtre et on dose sur 100 centimètres cubes avec la même solution titrée d'iode et on note le nombre de centimètres cubes versés B.
10 (A — B)=les sulfures en milligrammes (en H*S) par litre.
10 Bx 1,529 = les cyanures en milligrammes (en CyH) par litre.
Il y a un grand intérêt pour les industriels à désodoriser ces eaux, surtout afin de supprimer le plus grave inconvénient que présente l'emploi des moteurs à gaz pauvre, lesquels peuvent rendre de si grands services à la petite industrie.
Ces moteurs sont extrêmement répandus dans les villes manufacturières. Nous avons donc jugé utile de rechercher un moyen pratique de traiter leurs eaux de lavage des gaz, de manière à les rendre inoffensives pour l'odorat.
Les substances chimiques employées ordinairement pour la clarification des eaux d'égout, chaux, sulfate ferreux, sulfate ferrique, sulfate d'alumine, sont susceptibles de les améliorer parce qu'elles suppriment l'ammoniaque et l'hydrogène sulfuré, mais l'odeur très tenace et pénétrante de l'acide cyanhydrique persiste.
Le chlorure de chaux^ au contraire, en solution récente, donne de bons résultats. On doit l'employer à dose variable suivant le degré d'impureté de l'eau de lavage; mais on peut fixer cette dose, en moyenne, à 1 kilogramme par mètre cube.
L'action du chlorure de chaux est complexe : le chlore décompose l'ammoniaque en produisant un dégagement à! azote \ il oxyde l'hydrogène sulfuré en donnant de Veau et un dépôt de soufre^ et il transforme les cyanures en azote et acide carbonique. Tous les composés ainsi obtenus sont inoffensifs et inodores.
Contrairement à ce qui arrive par l'emploi de la plupart des réactifs chimiques pour Tépuration des eaux, l'excès de chlorure de chaux ne saurait être nuisible ; il sera même favorabl 3 à la désodorisation partielle des eaux d'égout.
E. Donath a récemment étudié (') la purification des eaux de lavage des raffineries d'huile minérale. Il recommande de réunir les eaux alcalines et les eaux acides dans des cuves en bois doublé de plomb. On y fait arriver aussi celles qui proviennent de la condensation de la vapeur employée à Tentraînement des huiles servant auchaufl*age. Le mélange contient toujours un excès d'acide sulfurique. Les hydrocarbures en émulsion ou en suspension s'y séparent, et lorsque les particules huileuses se sont rassemblées àla surface, on transvase à l'aide d'un siphon le liquide sous-jacent, puis on neutralise celui-ci, soit avec un lait de chaux, soit par passage sur un lit de calcaire poreux. Dans le premier cas, le précipité formé par addition de lait de chaux entraîne mécaniquement les particules huileuses non décantées et se combine aux acides gras pour former des savons. Il se produit alors une sédimentation calcaire plus ou moins abondante, et l'eau, après avoir déposé, garde une assez forte odeur due à la mise en liberté des bases pyridiques contenues à l'état de sel dans le liquide acide.
Avec la seconde méthode, qui paraît préférable, on remplit simplement trois fosses de calcaire poreux et crayeux, et on fait circuler lentement les liquides dans chacune de ces trois fosses. La neutralisation totale ne s'efl'ectue pas et les eaux restent légèrement acides, mais il n'y a pas de précipitation et si le débit du cours d'eau dans lequel on doit les rejeter est assez grand, cette faible acidité n'a pas d'inconvénients.
Si les eaux ainsi traitées conservent un peu de mauvaise odeur, il est facile de faire disparaître celle-ci par l'addition d'une petite quantité de chlorure de chaux, comme nous l'avons dit ci-dessus.
(') Oeslcrreichisrhe Chemiker ZeiLunfj^ X, 5, 1907.