Recherches sur l'ergot du seigle
On sait que, parmi les Graminées, plusieurs genres, notamment le Maïs, le Seigle, l’Orge, l’Avoine, et, parmi les Cypéracées, plusieurs espèces du genre Carex, sont les hôtes de Champignons parasites qui envahissent les fleurs de ces plantes et se présentent à une certaine phase de leur développement sous la forme de corps allongés, noirâtres, de consistance très ferme, entremêlés avec les fruits intacts, et appelés ergots.
De tous les ergots, celui du Seigle a une importance spéciale en raison de sa fréquence, de ses propriétés physiologiques et de ses applications médicales : aussi a-t-il été l’objet de nombreuses recherches, tant au point de vue botanique qu’au point de vue chimique.
Les premières observations relatives à l’ergot du Seigle datent de la lin du seizième siècle (1565). Rien n’est plus varié que les opinions des anciens botanistes sur cette curieuse formation. Ainsi, du Tillet (1755) considérait l’ergot comme une galle, infestée de nombreux petits Vers, qui en consomment lentement la substance. Buffon avait cru y observer des filaments très déliés, ressemblant tout à fait, disait-il, à des Anguillules. D’autres auteurs y voyaient simplement une monstruosité organique, due à l’effet d’une rop grande humidité.
La nature végétale de l’ergot ne fut nettement établie qu’en
1815, par de Candolle, dans sa monographie du genre Sclérotium (1), créé précédemment (1790) par Tode pour tous les Champignons dont le thalle se présente ordinairement avec une consistance ferme. Ce genre, qui contenait environ une centaine d’espèces, a naturellement disparu de la science dès le moment où il fut reconnu que les sclérotes, loin de constituer un genre unique, sont les formes de repos des Champignons les plus dissemblables, ainsi qu’en témoigne la variété des appareils reproducteurs issus de leur germination.
Les opinions furent partagées au sujet des rapports entre l’ergot et les grains de Seigle. Pour certains auteurs, tels que Fries, Smith, Léveillé, Quekett, l’ergot n’est autre chose qu’un grain de Seigle altéré par un Champignon ; pour d’autres au contraire, notamment Guibourt (1849), il n’y a aucun rapport entre ces deux formations, ni par la structure, ni par la composition chimique.
Les remarquables travaux de Tulasne (2) sur l’origine, le développement et la germination de l’ergot du Seigle ont mis en lumière les affinités du Champignon que représente l’ergot et déterminé la place qu’il occupe aujourd’hui dans la famille des Pyrénomycètes (ordre des Ascomycètes), sous la désignation de Claviceps purpurea ; mais, dans ses belles recherches, ce savant botaniste n’envisage que la conformation externe du parasite, sans pénétrer dans le détail de sa structure aux différentes phases du développement total.
C’est dans le but de combler cette lacune que nous avons entrepris le présent travail, aucune recherche, à notre connaissance, n’ayant été publiée depuis sur la structure de l’ergot.
Nous allons donc suivre le développement du Claviceps purpurea depuis son origine jusqu’à la fin de la germination de l’ergot, en ajoutant aux notions déjà acquises celles qui résultent de nos observations personnelles.
Nous considérerons successivement :
1° Le développement de l’ergot du Seigle;
(1) De Candolle, Mémoires du Muséum d’histoire naturelle, 1815.
(2) Tulasne, Mémoire sur l’ergot des Graminées {Ann. des sc. nat., t. XX, 1853).
2° La structure de l’ergot en voie de maturation ;
3° La structure de l’ergot mûr ;
4° Sa germination ;
5° Enfin, nous comparerons, au point de vue des variations du contenu cellulaire, le développement total du Claviceps purpurea à celui des graines.