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I. — DÉVELOPPEMENT DE L’ERGOT

Le thalle du Claviceps purpurea apparaît d’abord â la surface externe de l’ovaire du Seigle, dès les premiers moments du développement du pistil. Les filaments cellulaires qui le composent se ramifient et forment bientôt, par leur enchevêtrement, une sorte d’étui blanchâtre, encore caché sous les glumes des épillets. Ils ne tardent pas à pénétrer dans la paroi tendre de l’ovaire, s’y étendent très activement aux dépens des sucs nutritifs qu’ils rencontrent, et finissent par se substituer complètement à l’épiderme externe, au parenchyme et aux faisceaux : le thalle est ainsi arrivé au contact de l’épiderme interne, qui lui sert en quelque sorte de support.

Ce phénomène implique, on le voit, une digestion progressive et complète de l’épiderme et du parenchyme par le parasite, qui, à cet effet, laisse exosmoser de ses cellules un liquide diastasique approprié.

Le thalle se développant toujours, la cavité ovarienne est bientôt elle-même envahie par ses filaments ; l’ovule que contient normalement l’ovaire continue parfois â grandir encore pendant quelque temps; mais le plus souvent il s’atrophie, faute de principes nutritifs que le parasite détourne à son profit. L’épiderme interne a donc subi le même sort que les autres parties de la paroi ovarienne. La figure 1 montre encore des traces désorganisées (c) de cette paroi, englobées de toute part par les filaments mycéliens ( d ) qui achèveront de les digérer; on y remarque également l’ovule atrophié (a).

A la phase du développement où nous en sommes arrivés, le Champignon se présente au regard de l’observateur sous la forme d’une masse blanchâtre (fig. 2, a), tendre, creusée de

sillons irréguliers, les uns superficiels, les autres profonds, dont la communication avec l’extérieur se trouve parfois interrompue. On désignait autrefois cet état sous le nom de sphacélie.

Sur toute la surface, les filaments du thalle se terminent par des cellules allongées radialement (fig. 1, /), qui détachent à leur sommet de petites conidies elliptiques, puis grandissent, détachent de nouvelles conidies, et ainsi de suite jusqu’au moment de la formation de l’ergot. Les conidies (g) mesurent

Fie. 1. Fig. 2.

Fig. l.--Coupo transversale de l’ovaire du Seigle, à peu près complètement digéré par le thalle du Clavicept. — a, ovule atrophié ; b, cavité de l’ovairo, non encore occupée par le parasite ; c, restes désorganisés du péricarpe ; d, thalle; f, cellules mycéliennes allongées, donnant les conidies g. (Cross., 300.) D’après Tulasne.

Fig. 2. — a (en haut), thalle mou ( sphacélie ) ; e, partie de ce thalle déjà transformée en sclérote; 6, sommet velu de l'ovaire; e, stygmato. (Cross., 10.) D'après Tulasne.

environ cinq à sept millièmes de millimètre en longueur, trois à quatre en largeur; elles sont extraordinairement nombreuses et accompagnées généralement, le matin, d’un suc mucilagineux, jaunâtre, dans lequel elles sont noyées. Ce suc, légèrement sucré, et auquel on a donné pour cette raison le nom de miel de Seigle, entraîne avec lui, non seulement d’innombrables quantités de conidies, mais des grains d’amidon, qui mettent en évidence l’action digestive des filaments mycéliens;

car ces grains n’ont pu être mis en liberté qu’à la suite de la dissolution des membranes cellulaires du tissu ovarien.

Les conidies peuvent, par l’effet de la pluie ou par l’intermédiaire des Insectes, tomber sur les glumes ou sur les autres parties de la plante hospitalière, voisines du point infecté, y germer et donner naissance à quelques conidies secondaires à l’extrémité de leurs courts filaments germinatifs; ces nouvelles conidies, transportées par le vent sur d’autres fleurs du Seigle, germent à leur tour et s’y développent, comme il a été dit précédemment, en un nouveau thalle.

Il suffit, d’ailleurs, comme l’a montré M. Roze (4), de recueillir le suc conidifère, de l’étendre d’eau et d’y plonger l’épi d’un plant de Seigle intact pour infecter ce dernier et provoquer en lui l’apparition du parasite.

Dans le Seigle, le thalle du Claviceps ne recouvre pas d’ordinaire le sommet velu de l’ovaire (fig. 2, b), ni lesstygmates (c) qui lui font suite. Exceptionnellement, il se forme nettement au-dessous de l’ovaire ; celui-ci continue alors à grandir et forme plus tard un grain de Seigle, privé il est vrai d’embryon, mais pourvu d’une certaine quantité d’albumen, et coiffant le sommet de l’ergot. Parfois encore le thalle ne se développe que dans la cavité de l’ovaire, en s’appliquant simplement contre sa paroi, et partage plus tard la cavité du fruit avec un peu d’albumen et même un embryon.

Les étamines peuvent aussi être atteintes par le parasite, qui les enveloppe de ses filaments, les pénètre, et finalement les digère comme l’ovaire; le plus souvent elles avortent dans les fleurs à ovaire intecté.

Nous avons dit tout à l’heure que le thalle, à une phase assez avancée de son développement, laisse exsuder un suc visqueux, entraînant avec lui de nombreuses conidies. Or, c’est précisément vers le début de cette exsudation que le thalle, resserrant peu à peu ses filaments à partir de son extrémité inférieure, opère sa transformation en sclérote.Onvoit, en effet, apparaître à la base du thalle (fig. 2, e), mais dans son épaisseur,

A la place occupée d’ordinaire par l’embryon, un corps com-

(1) Roze, Bulletin de la Société botanique de France , 1870.

pact, d’un noir violacé à la périphérie, blanchâtre à l’intérieur, premier indice du sclérote, c’est-à-dire de l’ergot. La métamorphose s’opère lentement de bas en haut, et bientôt l’ergot paraît hors des glumes (fig. 3), coiffé par la partie supérieure non f transformée du thalle (sphacélie), ainsi

Ii que par l’extrémité supérieure de l’ovaire,

.\\\mMlkUl et en veloppé sur tout le reste de sa sur- \ WSMMlil/ ^ ace P ar zone Périphérique et très amin-

l \Wm . c ^ e de cette m éme sphacélie, qui, à ce moment, produit les dernières conidies (fig. 12, a, b,c). Enfin, cette zone périphérique se dessèche, se fendille irrégulièrement et disparaît par l’effet de la pluie ou du vent, en même temps qu’apparaît la surface brune de l’ergot, voilée seulement çà et là par quelques débris de la sphacélie, encore couverts de conidies. A l’extrémité libre de l’ergot, le thalle primitif (sphacélie) et la partie supérieure de l’ovaire avorté subsistent sous la forme d’un petit cordon grisâtre, desséché, irrégulièrement fissuré et légèrement dilaté au sommet (fig. 11).

Le développement de l’ergot du Seigle, que nous venons de passer en revue, exige environ deux mois.

L’ergot complètement mûr (fig. 14) est un corps brun, dur, long de 1 à 3 centime 3. — Épi de mètres, à section transversale triangulaire Seigle, montrant plu- dans l’ensemble, droit ou recourbé en

peU tpro'longemen/gri- manière de COrne ’ fttténué à SeS deUX eX ' satre. (Grand, nat.) trémités, et fissuré, surtout dans le sens longitudinal. Tel qu’il se trouve dans les officines, il est privé du cordon grisâtre et caduc, non transformé en sclérote, qui le coiffe naturellement.

En se détachant des épis du Seigle, l’ergot tombe sur le sol; là il passe plusieurs mois à l’état de vie ralentie. Vers le prin-

Fig. 3.

temps de l’année suivante, il germe et achève son développement, si les conditions extérieures d’humidité et de température sont satisfaisantes : il se comporte, en un mot, comme une graine.

L’ergot du Seigle doit être conservé dans un endroit sec, et, de plus, aéré, s’il doit servir à étudier la germination. A l’humidité, il s’altère, et dégage au bout de quelque temps une odeur désagréable, due à la triméthylamine. Cette propriété peut servir à caractériser la poudre d’ergot. Ainsi, il arrive parfois que quelques ergots passent inaperçus dans une récolte de Seigle et se retrouvent par suite dans la farine; dans ce cas, pour en reconnaître la présence, on délaye un peu de farine dans l’eau : le mélange acquiert une couleur chamois; si ensuite on y ajoute de la potasse ou de la soude, il se dégage de la triméthylamine, qui se reconnaît à son odeur de poisson altéré. Ce dégagement a lieu immédiatement si l’on chauffe le mélange, à la longue si on l’abandonne à lui-même (1).

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