MODIFICATIONS HISTOLOGIQUES
Geist, dans sa Clinique des maladies des vieiLards, déjà citée, a résumé de la manière suivante l’opinion des divers auteurs allemands qui se sont occupés de l’atrophie sénile : « Quant à ce qui concerne le processus de régression des os du crâne, et particulièrement l’affaissement des pariétaux, Rokitansky admet la disparition du diploé, Virchow l’atrophie de la lame externe, tandis que Meyer a trouvé les lames externe et interne complètement disparues, de sorte qu’il ne semblait rester que la substance du diploé. A l’aspect extérieur, à l’œil nu, la lame interne ne parait prendre aucune part au processus; on la trouve toujours non changée, non enfoncée, et l’on voit que c’est le tissu diploïque qui a disparu; l’affaissement est limitée à la lame externe; cette opinion est aussi celle de
(1) Ap. Schmidt’s Jahrbücher der in der auslandischen gesamtein medicin. Leipzig, 1861, t. CXII.
Ribra, qui a examiné beaucoup de crânes de cette espèce ; il trouva la substance diploïque manquant aux points enfoncés, mais au contraire augmentée aux endroits hvperostosés. » Pour nous, nous venons d’exposer notre opinion ; nous ne nous contenterons pas d’un examen à l’œil nu ; mais, poussant l’analyse plus loin, nous décrirons à l’aide du microscope la structure du tissu osseux aux points atrophiés et hypertrophiés.
Nous avons étudié plus haut le mécanisme de l’atrophié, exprimé l’opinion que nous nous sommes faite d’après l’examen d’un grand nombre de crânes ; nous n’y reviendrons pas ici.
Occupons-nous de l’examen histologique des points atrophiés et hypertrophiés.
Point atrophié. — La coupe perpendiculaire de ce point est représentée (fig. 10, pl. n) grossie environ cinq fois. La partie la plus externe de l’os n’est nullement limitée; des canaux de Havers viennent s’y ouvrir directement, et par la résorption, une partie de leur système de lamelles a disparu. Ces canaux de Havers sont d’ailleurs peu nombreux. Nous n’en comptons que 16 dans un espace de 12 mm. q. La plupart ie ces canaux sont très-petits ; plusieurs ontété le point de départ d’espaces de Havers par suite de résorption et centrale, et, en quelques points, périphérique de lamelles; deux dépôts successifs de matière osseuse ont pu avoir lieu, suivis d’une résorption tertiaire. Un canal de Havers a été tellement comblé par la nouvelle matière osseuse que, de 0,40 de large, sa lumière est réduite 0,09 ; en certains endroits même, deux et trois canaux ont disparu, et une traînée de matière osseuse noirâtre, à ostéoplastes rares et grêles, unit les systèmes spéciaux, seuls témoins de la présence
des canaux. Par contre, la résorption a été tellement active en d’autres points qu’il a pu se former des espaces de 1,18 de long sur 0,45 de haut, sans y comprendre une épaisseur d’environ 0,35 de tissu de nouvelle formation. Une série de lignes plus claires et plus foncées s’entrecroise comme dans le diploé ; leur disposition est représentée à la figure 23 de la planche n; faisons seulement observer que la figure est renversée par erreur, et que la partie supérieure du dessin correspond à la face la plus méningienne.
Dans certaines parties, les ostéoplastes ne communiquent que faiblement entre eux; dans d’autres, les canalicules communiquent tout aussi abondamment que dans
Fig. 16.
l’état normal, même que chez l’adulte, comme le montre la figure 16. Dans les lamelles intermédiaires, leur hauteur est en moyenne de 0,009 (0,004 à 0,020); ils sont donc plus petits que chez le vieillard et que chez l’adulte; la longueur est de 0,040 (de 0,02 à 0,06); dans les systèmes de canaux de Havers, la hauteur est un peu plus grande, 0,010.
La partie la plus méningienne de l’os est beaucoup mieux limitée, et l’on a en certains points deux et trois rangées d’ostéoplastes appartenant à une partie du svs-
terne de lamelles communes de la labié vitrée. Les ostéo- P astes en sont un peu plus hauts que les autres; leur dimension est en moyenne de 0,012 ; ils sont représentés dans la figure ci-dessous,
La section horizontale au point atrophié montre la coupe en long d’assez nombreux canaux de Havers(pl, n, fig. 21) ; une partie de ceux-ci est oblitérée, et la lumière du vaisseau beaucoup diminuée. En beaucoup de points, les ostéoplastes sont bien moins nombreux que chez l’adulte, quoiqu’ils puissent être aussi abondants que dans certaines parties de la lame interne de crânes de vieillards; un intervalle de 0,25 peut se voir entre deux rangées d’ostéoplastes ; les espaces de 0,10 sont fréquents, ce fait est tout à fait exceptionnel chez l’adulte et même chez le vieillard. La dimension des ostéoplastes varie considérablement; en quelques points plus petits que chez le vieillard, en d’autres, ils sont aussi larges que chez l’adulte; en certaines parties assez rares et grêles, les canalicules peuvent, en d’autres, être très-abondants et fréquemment anastomosés.
Bourrelet, interne. — Sous le numéro 8 de la planche u
est figurée la coupe du bourrelet interne. On voit que l’hvpertrophie a eu lieu exclusivement aux dépens du diploé, dont les cellules sont fréquentes. Ici encore les canaux de Havers ont été le point de départ de 1 agrandissement ou de la formation de ces espaces ; nous n avons que peu de canaux de Havers ayant été comblés en partie par de la matière osseuse de nouvelle formation. Les ostéoplastes sont plus rares et plus grêles, à canalicules moins abondants que dans le diploé de pariétaux de vieillards; la lamination y est aussi moins marquée; elle ’est, à plus forte raison, beaucoup moins que chez 1 adulte.
La table externe ne renferme que quelques rares canaux de Havers. Les ostéoplastes y sont relativement peu abondants et peuvent même manquer dans un espace assez considérable; leurs canalicules sont, en général, peu nombreux et peu anastomosés. Des dépôts de matière osseuse de nouvelle formation se voient en plusieurs endroits; il s’est fait aussi, en beaucoup de points, des amas de graisses.
La lame interne ne présente qu’à certains intervalles son système de lamelles fondamentales; ailleurs, les canaux de Havers arrivent très-près de la surface; ils sont plus nombreux qu’à l’autre table ; les ostéoplastes y sont aussi beaucoup plus abondants et les canalicules aussi fréquemment anastomosés que dans les os non atrophiés.
Bourrelet externe. — Ici encore l’hypertrophie s’est faite aux dépens du diploé (pi. n, fig. 9). L’épaisseur de la lame externe est d’environ 2 mm. Le système des lamelles fondamentales externes n’existe pas ; les canaux de Havers arrivent tout près de la surface. Ceux-ci son;
très-nombreux, (150 pour la coupe du bourrelet) et, en certains points, si voisins les uns 'des autres que les deux systèmes sont contigus et irréguliers au contact, 'sans lamelles du système intermédaire ; deux et même trois canaux de Havers ont pu venir se fusionner, de sorte qu’ils ne sont plus entourés que par un système unique de lame'les irrégulièrement festonnées. Des dépôts de matière osseuse ont eu lieu dans quelques canaux ; on voit aussi quelques espaces de Havers. La hauteur des ostéoplastes est, en moyenne, de 0,01 0 et leur longueur de 0,040.
Lediploéa 4,5 mil. d’épaisseur. Les nombreux espaces dont il se compose ne sont plus à beaucoup près aussi considérables que chez le vieillard; ils ne sont guère plus grands que chez l’adulte : seulement ils sont beaucoup plus rapprochés que chez celui-ci, et les trabécules qui les séparent beaucoup plus minces. On voit très-clairement que les canaux de Havers ont été le point de départ des lacunes. Les ostéoplastes sont plus petits que chez l’adulte.
Les espaces deviennent moins fréquents, et, au contraire, les canaux de Havers beaucoup plus abondants dans la table interne ; en certains points ils sont contigus, et peuvent 'même s’ouvrir directement à la surface de l’os. Un large vaisseau a entamé l’os, comme on le voit à la figure 9. A son contact il s’est formé une couche osseuse comprenant de 2 à 5 rangées d’ostéoplates pourvus de peu de canalicules. Il ne s’est donc pas passé ici ce que nous avons vu chez le vieillard au contact d’un vaisseau.
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