anal
Il est clair d'après ce que nous avons vu précédemment que les rapports d'homologie cessent dans ce tableau pour chaque animal au moment oii commence le postabdomen. Mais c*est ce qui nous
1) Dans ce tableau les zonites dépourvus d'appendices sont indiqués par un — . Les chiffres arabes indiquent les numéros d'ordre des zonites dans chaque individu.
il*
importe peu ici, puisque le zonite porteur du dernier appendice des araignées correspond dans chacun des animaux pris comme terme de comparaison à un zonite placé bien en avant du postabdomen.
Mon interprétation des appendices des arachnides est donc identique à celle donnée par Mr. Huxley, quoique se basant sur des considérations bien différentes, car Mr. Huxley était déjà arrivé à la conclusion que chez les scorpions Tune des paires d'antennes est abortive et que les chelae sont les homologues des mandibules des crustacés, c'est-à-dire de ce que j'ai nommé (avec Mr. Milne Edwards) les protognathes chez Técrevisse.
Mr. Zenker, bien que l'inventeur du principe qui nous a servi de guide, a considéré non seulement le protognathe, mais encore le deutognathe des Arachnides comme une antenne, à cause de la provenance de son nerf. Je pense que s'il avait examiné les embryons de ces animaux, il serait revenu de cette idée. Je sais que sa manière d'établir le parallèle entre divers arthropodes avait l'avantage de lui faire trouver un nombre identique de zonites (savoir 15) entre la bouche et l'anus, chez les insectes, les scorpions, les oniscus et les écrevisses. Mais c'est là un avantage de peu de valeur, puisque nous savons que le nombre des zonites n'est point fixe dans l'embranchement des Arthropodes et que dans une seule et même classe, il est soumis à de nombreuses variations, conmie les araignées et les scorpions en font foi dans la classe des Arachnides, les scolopendres et les jules dans celle des Myriapodes, etc. D'ailleurs c'est un fait rendu évident par l'embrj^ogénie , que chez les Arachnides les deux paires d'appendices buccaux sont primitivement postorales et que par conséquent Mr. Zenker luimême devrait compter 17 zonites au lieu de 15 entre la bouche
et l'anus des scorpions. En outre les naturalistes paraissent n'être point d'accord sur le nombre des zonites de ces animaux, car je vois que Mr. Huxley 1) en compte deux de plus que Mr. Zenker, ce qui élèverait par conséquent ce chiffre de 17 à 19. Ces deux zonites surnuméraires seraient le zonite génital et le zonite pectinifêre dont les arceaux tergaux sont seuls bien développés, tandis que les arceaux sternaux sont minces et échappent facilement aux regards 2).
Le nom cPantennes-pinces^ attribué aux protognathes des Arachnides , a donc bien le droit de subsister, pourvu qu'on sous-entende bien qu'il s'agit d'antennes primitivement postorales. Ce n'est pas à dire pourtant que Savigny ait raison, lorsqu'il disait que les arachnides sont dépourvues de tête 3), car les lobes procéphaliques, qui forment plus tard le crâne, sont placés dès le principe en avant de la bouche et sont par conséquent essentiellement céphaliques.
Le développement des appendices des araignées nous apprend aussi que le nom de palpe, qu'on applique à la longue branche du deutognathe, est inexact. En effet cette branche est le corps même de l'organe, l'homologue des pattes ambulatoires dans la série des appendices, tandis que ce qu'on appelle généralement le corps de la mâchoire, n'est que le segment coxal (coxognathite
1) Huxley, loc cit., p. 227 à 230.
2) Du reste Mr. Zenker ne réussît à trouver 15 segments entre la bouche et Tanus chez l'écrevisse qu'en omettant dans son compte, je ne sais pour quelle raison, deux zonites incontestables, savoir 1^ le premier zonite postabdominal porteur des organes excitateurs et 2° le zonite prëanal porteur des appendices en forme de nageoire. Je ne sais quelle a pu être la source d'une erreur aussi évidente.
3) Savigny, loc. cit., p. 62.
Milne Edw.) de ce deutognathe. On n'a le droit de parler de palpe, que lorsqu'il existe un cardo, c'est-à-dire un segment basilaire, composé d'une ou plusieurs' pièces, portant un appendice dédoublé dans sa longueur. Le palpe en un mot n'existe qu'autant qu'il y a un galea. Or, il n'y a pas de galea dans le deutognathe des Araignées. Le corps de la mâchoire qu'on pourrait être tenté de prendre pour tel, n'est qu'un simple développement latéral du segment basUaire, du coxognathite, pour parler avec Mr. Milne Edwards. Audouin 1) et 8a\îgny, comme nous l'avons vu, avaient déjà reconnu ce fait, et c'est pour cela que le premier appelait les deutognathes des Arachnides des mâchoires sdatiques ou coœales. H y a en réalité une similitude de détails complète entre le deutognathe et les pattes ambulatoires chez les Araignées. C'est ce dont on se convainct facilement en comparant, comme je le fais ci-dessous, les segments du deutognathe à ceux d'une patte ambulatoire. Pour rendre l'homologie encore plus évidente, je me suis permis d'employer ici pour les Arachnides l'excellente terminologie que Mr. Milne Edwards a créée pour les Décapodes, et j'ai indiqué entre parenthèses les termes correspondants employés par le baron Walkenaer et Mr. Paul Gervais dans leur célèbre ouvrage sur les insectes aptères.
1; Vict* Audouin I Recherches anatomiques sur le thorax des animaux articulés ^ u^Uit de» insectes hexapodes en particulier. Annales des Sciences natur, 1^** Série, I, \nU, \u 97 et 4l«.
PATTE AMBULATOIRE. DEUTOONATHE (MAXTLLE).
Goxopodite (Coxal) = Coxognathite (Mâchoire),
Basipodite (Exinguinal) = Basignathite (Axillaire).
Méropoditô (Fémoral) rz: Mérognathite (Humerai).
Carpopodite (Génual) := Carpognatbite (Cubital).
Propodite (Tibîal) zzr Prognathite (Radical).
Dactylopodite I (Métatarse) = Dactylognathite I (Digital).
Dactylopodite II (Tarse) =i Dactylognathite II (Conjoncteur des mâJes seulement).
Si donc Ton juge convenable de conserver le nom de palpe à l'ensemble des segments du deutognathe des araignées à partir du basignathite, il faut bien se dire que ce palpe est morphologiquement bien distinct des organes qui portent ce nom chez les Insectes ou les Crustacés. C'est du reste ce qu'avait déjà relevé à juste titre Mr. Brullé 1). C'est aussi là ce qui faisait dire à Savigny que les Arachnides n'ont ni mandibules, ni mâchoires, mais seulement des pattes 2), et il avait raison, lorsqu'on se place au point de vue des analogies de formes chez les adultes, bien que l'organogénie lui donne tort au point de vue des homologies morphologiques spéciales, dans la comparaison avec d'autres arthropodes. Ces homologies seules ont une valeur réelle pour l'anatomie comparée.
1) V. Brullé, Transformation des appendices dans les articulés. Annales des Sciences naturelles, 1844, II, p. 318.
2) Savigny définissait les Arachnides de la manière suivante: »Des crustacés sans tête, à douze pattes, dont les deux premières paires sont converties eu mandibules et en mâchoires." (Savigny, loc. cit., p. 62).