‹ Recherches sur l'excrétion chez quelques annélides;Chapitre 17 sur 19 · CHAPITRE HE · texte numérisé non relu

CHAPITRE HE

Observations sur les Clepsines.

I. Cellules cœlomiques pariétales. — Chez les Clepsines, les cellules qui se rencontrent sur la paroi des lacunes cœlomiques agissent comme organes dépurateurs du liquide circulatoire : elles lui soutirent les substances colorées solubles qu'on y introduit (teinture de tournesol, indigo-carmin, carminate d'ammoniaque) et les accumulent dans des vacuoles de leur protoplasme, à réaction acide, Ces faits résultent d'expériences publiées par A. KowaLevsky ! ; nous en avons répété quelques-unes afin d'en préciser certains détails douteux. Le savant naturaliste russe écrit, par exemple (p. #), que les substances absorbées par les « cellules acides » se portent sur des granulations spéciales qu'elles colorent : il est bien évident pour nous que ce sont là des vacuoles apparaissant après absorption de liquide ambiant, non des granulations préexistantes ?.

Il. Organes ciliés. — Les particules solides injectées dans le système circulatoire sont capturées par les globules sanguins, ou passent directement dans les organes qui représentent les entonnoirs néphridiens modifiés.

Ce que nos coupes nous ont montré de la structure de ces organes est à peu près conforme à la description détaillée, malheureusement trop prolixe, que Bozsius donne de ces formations 5. Ce sont des tubes surmontés

1 A. Kowazevsky, Études biologiques sur les Clepsines. (ME. DE L'ACAD. DES SCIENCES DE SaAINT-PéTERsBouRG, 1897.)

2 Faisons remarquer en passant que ces cellules, homologues des cellules botroïdales de Nephelis, ne renferment pas de grains chloragogènes; il y a là un déplacement fonctionnel que nous espérons pouvoir mettre en lumière plus tard, en démontrant que la substance chloragogène s’accumule dans des cellules spéciales du tissu conjonctif qui constitue la charpente du corps.

3 H. Bozsius, Anatomie des organes ciliés des Hirudinées du genre des Glossiphonides. (ANNALES DE LA SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE DE BRUXELLES, t. XVIIL.)

de deux lèvres garnies d’un bourrelet plus ou moins contourné suivant l'âge des individus et l'espèce à laquelle ils appartiennent !; chacun de ces tubes, à paroi interne ciliée, aboutit par une extrémité proéminante dans la avité d’une loge sphérique occupée par un système de cellules plus ou moins fusionnées entre elles en plasmodie, plus ou moins dégénérées suivant les exemplaires considérés.

Les lacunes que A. Oka, à l'exemple de Leuckarr, décrit (page 131, fig. 42 43, pl. VI) dans les cellules de cette cavité ne représentent pas, comme il le prétend, les coupes optiques d'un réseau compliqué de canaux intracellulaires, mais de simples vacuoles protoplasmiques. Nous avons déjà dit que, contrairement à ce que représente OKa, l'enveloppe de la capsule constitue une séparation compléte entre la cavité interne et les ramifications du canal néphridien.

Après une injection de particules fines dans le système circulatoire, on trouve l'axe de l’entonnoir occupé par une traînée de corpuscules que le jeu des cils vibratiles fait pénétrer dans la cavité sous-jacente et dans ses ramifications (fig. 29); quelques heures après, on observe les mêmes grains dans l'intérieur des cellules capsulaires, qui fonctionnent comme phagocytes : KowaLEevsky rapporte que des bacillus subtilis, arrivés dans ces cellules par voie d'injection, y sont digérés.

Ceux des amibocytes sanguins qui ont absorbé de semblables particules solides, finissent par aboutir, après un temps plus ou moins long, dans les capsules néphridiennes, où viennent ainsi s'accumuler tous les corpuscules étrangers versés dans le réseau circulatoire.

Ces organes n’absorbent pas les substances dissoutes qu'on mélange artificiellement au liquide sanguin. KoWALEVSKY, qui à reconnu ce fait avant nous, signale cependant que, huit jours après une injection de carminate d’ammoniaque, il trouvait des particules de carmin et dans les « leucocytes » et dans les capsules néphridiennes; elles provenaient apparemment, dit-il, des cellules acides. Nous croyons plutôt, d’après nos observations, qu'il s’agit de

1 Voir, à propos de cette structure, les bonnes figures du mémoire d’Oxa, Beiträge zur Anatomie der Clepsine (fig. 39 et 40, taf, VD.

CHEZ QUELQUES ANNEÉLIDES. 65

carmin préalablement précipité par le contact d’amibocytes sanguins qui l'ont englobé et véhiculé jusqu'aux entonnoirs.

IT. Cellules néphridiennes. — Aucune des injections de substances liquides colorées que KowaLevsky, et nous, après lui, avons faites dans le système circulatoire (indigo-carmin, phénicine, carminate d’ammoniaque) n’a déterminé la coloration des cellules néphridiennes.

Et cependant on doit admettre, par analogie avec les autres Annélides, que ces cellules glandulaires fonctionnent comme glandes excrétrices ; leurs relations anatomiques intimes avec le réseau sanguin, chez diverses Hirudinées, confirment cette opinion. Chez Nephelis, on voit les fins canaux du système botroïdal, facilement reconnaissables sur les coupes grâce à leur coloration brune, former autour des circonvolutions du tube néphridien un réseau assez dense; chez Clepsine, les cellules néphridiennes ne sont séparées des cavités sanguines, où elles baignent pour ainsi dire par presque toute leur surface, que par une mince couche de tissu conjonctif (fig. 29) ; chez Aulastomum gulo, Bousius représente (fig. 17) ! des capillaires sanguins s’insinuant entre les cellules glandulaires, dont ils ne sont séparés que par une cloison très mince.

Nous ne nous sommes pas proposés d'étudier en détail la structure intime des cellules glandulaires de Clepsine, ni d’autres Hirudinées : d’autres l'ont failavant nous, et celte étude sortirait du cadre de nos recherches. Ce qui nous intéressail spécialement, c'était de reconnaitre l’aspeelt morphologique de leur sécrétion. Or, ni dans les arborisations initiales de cellules (fig. 28), ni dans les canaux collecteurs, nous n'avons trouvé d'éléments figurés représentant celte sécrétion; elle est donc formée par un liquide qui filtre du protoplasme cellulaire dans les canaux de la glande.

Ce fait nous parait être en corrélation avec l’oblitération du néphrostome chez les Hirudinées : la sécrétion n’est plus constituée, comme chez des Annélides à néphridies béantes, parmi lesquelles l'Arénicole, le Lombrie, la Néréis, par des boules dont l'entrainement nécessite l'introduction dans le

. 4 H. Bozsius, Recherches sur la structure des organes segmentaires des Hirudinées. (La CELLULE, 1889, t. V.)

canal d’un fluide balayeur ; mais par un filtrat dont la progression s'obtient plus aisément, grâce à la « vis a tergo » ?.

Nous signalerons en passant un seul détail de structure qui nous a frappés dans certaines cellules népbridiennes de Clepsine, et que nous avons représenté sur la figure 29. Les deux noyaux volumineux qui existent dans deux des territoires protoplasmiques que montre la coupe figurée ne sont pas les seuls corps nucléaires qu'on y observe : à côté d'eux, on en trouve de très petits, de taille variable, dont la substance chromatique présente des aspects plus ou moins prononcés de dégénérescence (n', fig. 29). On peut en compter jusque trente sur une seule coupe de 5 4 d'épaisseur.

Bozsius ? à déjà décrit, chez Clepsine complanata, des noyaux dont la surface est hérissée de protubérances parfois très allongées ; mais il hésite (p. 145) à considérer ces formes spéciales comme naturelles. Nos préparations témoignent que ce ne sont pas là des aspects anormaux et que les digitations que présentent certains noyaux sont des productions probablement destinées à se séparer pour fournir les corpuscules dont nous avons parlé. La signification de ce phénomène nous échappe; si nous avons signalé cette particularité, c’est qu'elle est inconnue et pourrait avoir quelque relation avec les phénomènes de la sécrétion cellulaire.

Résumé.

Les cellules qui, chez les Clepsines, tapissent les cavités cœlomiques, fonctionnent comme éléments dépurateurs du sang, en lui soutirant des produits solubles de désassimilation.

Les substances solides qu’on introduit artificiellement dans le système

1 Il est remarquable que chez Chælogaster où, comme nous l’avons rappelé, la néphridie débute au sein d’un amas cellulaire clos, le tube glandulaire reçoit tout le long de son trajet de nombreux canalicules transversaux très fins et ramifiés, prenant naissance dans les cellules qui le limitent ; c’est là, comme le fait remarquer Vespovsky (mém. cité, p. 126), une disposition analogue à celle que présente le canal néphridien des Hirudinées.

2 Bozsius, Recherches sur la structure des organes seymentaires des Hirudinées, p. 400; fig. 35, pl. HI.

sanguin sont soustraites à la circulation par les cellules phagocytaires des cavités annexes des entonnoirs néphridiens modifiés. À l’état normal, c’est dans ces organes phagocytaires que viennent se désagréger les corpuscules sanguins en voie de dégénérescence.

Le tube néphridien, sans connexion directe avec le cœlome, puise dans le contenu des lacunes qui l’environnent d’autres excreta, qu’il rejette sous forme liquide.

Les caractères généraux de l’excrétion sont analogues chez Nephelis et Clepsine ; autant qu’on peut en juger par ce que nous connaissons des dispositions morphologiques réalisées chez les autres Hirudinées, on peut étendre à la plupart de celles-ci les conclusions que nous signalons.

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