‹ Recherches sur l'expectoration dans les différentes maladies de poitrine;Chapitre 1 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

I. Il paraît démontré que ce n’est pas dans les traités généraux de médecine qu’on peut apprendre à connaître et à traiter les maladies- Quelque habilement tracés que l’on suppose les cadres nosologiques, ils ne sont utilés qu’en nous présentant dans le meilleur ordre possible, l’ensemble systématique de nos connaissances. C’est un immense tableau qui se compose d’une suite de groupes plus ou moins artistement disposés , mais dans lequel les détails ont dû nécessairement être négligés. Ce sont cependant ces détails qu’il importe au praticien de bien approfondir; de là, l’utilité des monographies. La phthisie pulmonaire, par exemple, ne peut être bien connue que par celui

qui aura médité les ouvrages qui traitent ex professa de cette déplorable affection. Dans la description même d’une maladie on particulier, il est un certain nombre de symptômes qui méritent une attention toute spéciale , et qui peuvent devenir le sujet d’un grand nombre de considérations assez importantes pour qu’une sorte de monographie de chacun d’eux puisse devenir à son tour un travail fort utile : telle nous a semblé l’expectoration. Considérée sous le rapport du diagnostic et du prognostic des maladies , son histoire occupe une place Importante dans les ouvrages de pathologie anciens et modernes; mais les idées nombreuses émises sur ce sujet par divers auteurs sont éparses dans leurs livres , et elles ne présentent pas tout l’intérêt dont elles deviendraient susceptibles, si elles étaient réunies dans un seul cadre.

Suivant depuis assez long-temps les conférences cliniques que fait à la Charité M. le docteur Lerminier, aidé des conseils de ce savant praticien, nous avons eu occasion de vérifier la plupart des observations faites par les auteurs sur l’expectoration. Nous avons recueilli sur ce sujet une quantité considérable de faits , dont quelques-uns sont peut-être assez peu connus. Loin de nous toutefois la vaine prétention d’avoir tout vu ou tout constaté. Quelque juste que soit la phrase souvent citée de l’auteur d’Émile , en fait observations de tout genre, il ne jaul pas lire, il faut voir, nous croyons néanmoins que tout jeune médecin qui aspire à un savoir solide doit chercher à suppléer à l’expérience qu’îl n’a point encore par l’expérience de ses prédécesseurs ; il ne doit pas même négliger l’étude de leurs opinions , soit pour éviter les erreurs dans lesquelles ils sont tombés, soit pour connaître la marche qu’ils ont suivie dans la découverte des vérités qu’ils nous ont transmises.

Si, fidèle à ces principes, nous parvenons à exposer avec clarté , ordre et méthode , les principales idées des auteurs sur l’expectoration ; si , en y joignant nos propres observations , nous parvenons à

vérifier les faits qu’ils ont annoncés, à approfondir les conjectures qu’ils ont émises , à perfectionner quelques points de doctrine qu’ils n’ont fait qu’ébaucher, nous aurons atteint le but que nous nous étions proposé. Si l’on nous reproche d’avoir traité un sujet qui ne présente rien de bien nouveau , nous répondrons avec Stoll que ce ne sont point les faits extraordinaires et rares qui doivent principalement fixer l’attention du médecin praticien , mais que les plus communs sont au contraire ceux qui réelament surtout son étude.

II. La matière de l’expectoration est fournie par plusieurs sources. Le plus ordinairement elle tire son origine de la muqueuse bronchique ; mais cette membrane , soumise comme toutes les surfaces exhalantes à mille causes d’irritations diverses , peut sécréter des liquides qui varient à l’infini sous le rapport de leurs caractères physiques et de leur composition chimique. Ainsi, selon la stimulation particulière qui lui est imprimée, elle sécrète un mucus visqueux , transparent et sanguinolent dans la pneumonie j limpide et incolore dans le catarrhe aigu ; opaque et puriforme dans le catarrhe chronique ; se concrétant en fausse membrane dans le croup , etc.

A ces produits divers de la muqueuse des voies aériennes sont mêlés constamment en quantité variable, la salive, le liquide fourni par les amygdales et par les autres cryptes de l’intérieur de la bouche ; enfin le mucus sécrété dans le pharynx.

Quelquefois l’expectoration est formée par du sang pur qui peut provenir de sources variées.

Dans d’autres circonstances , elle est composée en tout ou en partie par divers tissus accidentels, comme tubercules, calculs, mélanosse, kystes hydatiques , etc. , développés dans le parenchyme pulmonaire qu’ils ont plus ou moins profondément altéré.

Enfin, dans quelques cas, des collections purulentes formées primitivement dans la cavité des plèvres , dans le médiustiu , et plus rarement dans le foie ou autour de ce viscère , ont été retrouvées dans les matières expectorées.

Peut-on, dans l’état actuel de la science, établir quel est l’état du poumon d’après les caractères fournis par l’expectoration ? On y parvient assez souvent. Dans le eas de pneumonie , par exemple , nous pouvons, d’après la seule inspection des crachats, non-seulement annoncer la nature de la maladie , mais encore suivre d’une manière assez précise ses divers degrés. Dans d’autres circonstances, comme dans le cas de phthisie pulmonaire , le problème devient beaucoup plus compliqué , et quelquefois même impossible à résoudre.

La nature des crachats n’est pas seulement importante à considérer comme propre à éclairer le diagnostic des maladies du poumon; leur inspection donne encore au médecin des renseignemens utiles, et plus bu moins certains, sur la marche de la maladie, sur sa durée, sur sa terminaison prochaine ou éloignée, heureuse ou funeste.

Dans quelques cas les crachats ont été regardés comme critiques, et l’on a vu diverses affections se juger par une expectoration salutaire. D’autres fois elle s’est établie tout à coup avec une telle abondance , qu’elle a produit la mort en quelques heures par la suffocation des malades.

Tels sont les principaux points de vue sous lesquels nous avons envisagé notre sujet. Nous nous proposons de traiter tour à tour de l’expectoration dans le catarrhe , la pneumonie , la pleurésie , la phthisie. Nous passerons ensuite en revue les maladies rares dans lesquelles une expectoration insolite a été observée ; enfin l’hémo-

ptysie , spécialement considérée sous le rapport de l’anatomie pathologique , fixera notre attention.

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