CHAPITRE PREMIER
De V expectoration dans le catarrhe pulmonaire.
III. La membrane muqueuse qui tapisse les voies aériennes ne peut s’enflammer sans que le liquide qu’elle sécrète habituellement ne subisse des modifications dont les unes sont relatives à sa quantité , et les autres à ses qualités. r
Mais , pour bien apprécier les changemens qu’éprouve le mucus des bronches dans le cas de catarrhe pulmonaire , il faut avoir égard à l’espèce de sécrétion qui s’opère à leur surface , dans l’état de santé , chez les différens individus. La muqueuse pulmonaire , considérée sous ce rapport , présente autant de variétés que la membrane des fosses nasales. Beaucoup de personnes eu e flet , sans être enrhumées , expectorent à diverses époques de la journée , et principalement le matin , une quantité plus ou moins grande de matières , tantôt ténues et transparentes comme les crachats du catarrhe aigu commençant, tantôt épaisses, gluantes et opaques comme les crachats du catarrhe chronique. Il est d’autres personnes , au contraire, qui dans l’état de santé n’expectorent jamais.
Lorsqu’une phlegmasie bronchique attaque un individu qui ne crache point habituellement , la toux chez lui est d’abord sèche , et se maintient long-temps dans cet état. Ceux qui ont naturellement la poitrine grasse, selon l’expression,, vulgaire , cessent d’expectorer, si l’inflammation est vive; si elle est plus légère, l’expectoration continue à avoir lieu ; la quantité des crachats est même augmentée ; mais leurs qualités habituelles sont changées.
Suivie chez les uns et chez les autres dans les diverses piiases du catarrhe aigu, l’expectoration se présente ordinairement avec les modifications suivantes.
IV. Au début de la maladie, la toux est sèche^ excepté dans le cas que nous avons signalé. Tant que cette toux sèche persiste, on regarde le catarrhe pulmonaire comme étant encore à sa première période. Au bout d’un temps dont la longueur varie suivant les dispositions individuelles , et suivant que les malades se sont ou ne se sont pas soumis à un traitement convenable, chaque quinte de toux est suivie de l’expectoration d’une mucosité claire, transparente, et glaireuse comme du blanc d’œuf; lorsqu’on la verse d’un vase dans un autre, on la voit s’écouler en une seule masse d’une ténacité extrême. Tantôt elle file comme du verre fondu; tantôt elle s’étend en une sorte de toile transparente et filandreuse, dont l’aspect présente assez d’analogie avec celui de la muqueuse très-fine qui tapisse les sinus frontaux ou maxillaires : sa ténacité et sa viscosité nous ont paru d’autant plus grandes que l’irritation de la muqueuse est plus considérable. Lorsque le malade est tourmenté de violentes quintes de toux , accompagnées d’une vive chaleur dans l’intérieur de la poitrine, d’une oppression marquée , d’une anxiété générale très-grande , la matière expectorée acquiert une viscosité remarquable. Alors, si on incline le vase qui la contient, on voit qu’elle ne s’en détache plus aussi facilement. Elle adl'ère à ses bords par de longues stries, et elle se rapproche un peu des crachats gélatiniformes de la pneumonie aiguë.
Pendant le paroxysme fébrile , cette viscosité devient également plus forte; et comme en même temps les autres symptômes du catarrhe s’exaspèrent , un praticien peu exercé pourrait être trompé par cette viscosité assez grande des crachats, et la regarder mal à propos comme le signe d’une phlegmasie commençante du parenchyme même du poumon. Mais , s’il observe de nouveau les crachats
après la cessation du paroxysme, il trouvera qu’ils ont perdu leur viscosité , et la méprise ne sera plus possible.
D’autres fois toute espèce d’expectoration se supprime pendant toute la durée du paroxysme; ce qui indique un surcroît d’irritation dans la membrane muqueuse.
On observe quelquefois, vers la fin de la sueur qui termine le paroxysme, une expectoration copieuse de crachats épais et opaques, tels qu’ils se montrent dans la dernière période du catarrhe aigu. Mais ce n’est là qu’un état passager, et bientôt le malade expectore de nouveau une mucosité claire et limpide, comme avant l’accès de fièvre. Ainsi on voit l’expectoration se montrer dans un seul paroxysme fébrile souvent assez court , avec toutes les modifications qu’elle présente dans les diverses périodes du catarrhe pulmonaire.
Une écume plus ou moins abondante existe ordinairement à la surface des crachats. Sa quantité dépend de la facilité avec laquelle ils sont réjetés. Si le malade n’expectore qu’après une quinte prolongée, pendant laquelle l’air, plusieurs fois inspiré et expiré, s’est mélangé intimement avec les mucosités qui remplissent les canaux aériens, les crachats qu’il rend sont unis à une très-grande quantité d’air, qui forme à leur surface une sorte de mousse dont on ne les sépare que très-difficilement.
Les crachats dans cette première période sont souvent sillonnés par quelques stries de sang , provenant de petits vaisseaux qui se sont rompus au milieu d’un effort de toux. Le sang est alors mêlé au mucus; mais il n’est pas combiné avec lui, comme cela a lieu dans les crachats rouillés de la pneumonie.
Il arrive quelquefois qu’au milieu de la mucosité transparente existent en nombre plus ou moins grand, de petits grumeaux d’un blanc mat; ils ne viennent point du ponmon , et paraissent sécrétés dans le pharynx, l’arrière bouche et la bouche, par les cryptes mul-
lipliés dont est pourvue la muqueuse de ces parties. En effet, le malade rend de semblables grumeaux par la simple expuition. Le linge avec lequel il essuie l’intérieur de la bouche , le liquide avec lequel il se gargarise, en contiennent beaucoup. Ces remarques ne sont pas sans intérêt , lorsqu’on réfléchit que les grumeaux dont nous venons de parler ont été regardés comme des débris de tubercules pulmonaires , et par conséquent comme l’un des signes pathognomoniques de la phthisie.
Si l’on soumet à quelques réactifs .chimiques la matière transparente et tenace qui constitue l’expectoration dans la première période du catarrhe pulmonaire aigu, on obtient les résultats suivans.
Versée dans l’eau , elle ne s’y dissout pas; mais elle y reste d’abord suspendue sous forme de longs filamens grisâtres et transparens qui ne tardent pas à se précipiter au fond du vase, où ils forment comme une sorte de nuage. Par une agitation forte et prolongée , on n’en obtient pas la dissolution , et l’eau conserve une transparence parfaite.
L’ammoniaque la dissout.
L’acide sulfurique la dissout également en noircissant et en s’échauffant. En ajoutant de l’eau à cette dissolution , on y détermine un trouble marqué. Au bout de quelques heures, le liquide reprend sa transparence , et un dépôt grumeleux abondant existe au fond du vase.
V. Tant que les crachats présentent l’aspect que nous venons de signaler, les symptômes de l’irritalion bronchique ne s’amendent pas j la matière expectorée est encore à l’état de crudité, selon l’expression consacrée par les anciens; mais à mesure que la phlegmasie s’avance vers la résolution, les crachats changent de caractère. La mucosité qui les forme perd peu à peu sa transparence ; elle est mêlée de masses opaques, jaunes, blanches ou verdâtres , qui, rares d’abord,
SC multiplient de plus en plus , et forment enfin la totalité des crachats. Une telle expectoration est ordinairement accompagnée d’une rémission marquée dans les diflerens symptômes delà phlegmasie bronchique. Elle annonce que cette phlegmasie se résout, que la coction en est opérée, comme disaient les anciens. Rien n’est d’ailleurs plus variable que l’aspect et les qualités des crachats opaques expectorés vers la fin du catarrhe aigu. Nous aurons occasion d’y revenir ailleurs.
Bien que depuis Hippocrate jusqu’à nos jours on ait écrit que la résolution du catarrhe pulmonaire ne pouvait être regardée comme complète qu’autant que les crachats avaient acquis un degré d’épaississement et d’opacité convenable, nous avons vu quelques individus atteints d’une inflammation intense des bronches se rétablir parfaitement , quoique leurs crachats se fussent constamment maintenus à l’état de crudité. Mais ce sont de rares exceptions à une règle générale.
VI. La considération des crachats peut jeter un grand jour sur le diagnostic du catarrhe pulmonaire aigu; elle éclaire aussi le prognostic. Elle peut enfin guider utilement le médecin dans le choix des agens thérapeutiques qu’il convient de mettre en usage.
Sous le rapport du diagnostic, l’inspection des crachats indique au médecin d’une manière plus sûre qu’aucun autre symptôme , la période à laquelle est parvenue la maladie, et le degré d’irritation à laquelle est en proie la muqueuse bronchique. Dans le cas où il y a récrudescence de l’inflammation , lorsque déjà elle s’approchait de sa fin, le changement qui s’opère dans les crachats est encore un indice sûr du retour de la phlegmasie à un état plus aigu.
Sous le rapport du prognostic, le médecin s’aidera beaucoup de la considération de la matière expectorée pour prononcer sur la terminaison prochaine ou éloignée de la maladie.
Enfin, lorsqu’il s’agira de remplir les indications curatives , c’est souvent en ayant égard aux qualités des crachats, à leur état de crudité ou de coction , à leur expectoration facile ou laborieuse , rare ou fréquente, que l’on se décidera à employer de préférence tel ou tel moyen thérapeutique.
VII. Lorsque le catarrhe aigu , au lieu de se terminer par la résolution , pas e à l’état chronique , les crachats conservent l’aspect qu’ils offrent dans la dernière période de l’inflammation aiguë. Ils sont opaques, blancs, jaunes ou verdâtres. Tantôt ils adhèrent au fond du vase; tantôt ils surnagent à une mucosité transparente ou trouble, ou bien ils sont suspendus au milieu d’elle. Le plus communément ils sont inodores, et paraissent insipides au malade. C’est surtout le matin qu’ils sont rejetés en plus grande abondance. Leur expulsion , ordinairement facile , est précédée de peu d’efforts de toux.
La distinction des crachats du catarrhe chronique de ceux de la phthisie pulmonaire est souvent fort difficile. C’est en décrivant l’expectoration de cette dernière maladie, que nous nous réservons de traiter en détail tout ce qui est relatif à ce sujet.
VIII. Il est possible qu’un catarrhe pulmonaire persiste très-longtemps avec une expectoration semblable à celle qui se remarque au début du catarrhe aigu. C’est alors une inflammation aiguë, indéfiniment prolongée, ainsi que l’annoncent non-seulement les caractères des crachats, mais encore l’ensemble des autres symptômes, tels qu’un sentiment habituel de chaleur vive et de tiraillement dans l’intérieur de la poitrine, des quintes de toux violentes et pénibles, la chaleur fréquente de la peau, etc. De là, la nécessité d’un traitement adoucissant et tempérant malgré la longue durée de la maladie.
IX. Lorsque le catarrhe chronique dure déjà depuis très-long-temps, et qu’il est accompagné d’une expectoration très-abondante , la fièvre hectique et la mort peuvent en être le résultat. Cette terminaison funeste, dans un cas où le parenchyme pulmonaire n’est nullement lésé , nous paraît principalement due à l’abondance excessive de la sécrétion dont la muqueuse bronchique est devenue le siège. perle journalière que subit alors l’économie par la voie des crachats peut être assez forte pour produire le marasme et détruire la vie. Il en est ainsi de toutes les évacuations abondantes long - temps entretenues.
La quantité de matière expectorée chaque jour par les malades pendant un laps de temps souvent très-long est vraiment étonnante. Les uns sont entraînés assez rapidement au tombeau , présentant une série de symptômes analogues à ceux qu’offrent les individus dont les poumons sont tuberculeux; d’autres meurent d’épuisement avant qu’une fièvre hectique bien caractérisée se soit établie ; ce qui n’a pas lieu dans le cas de véritable phthisie; d’autres enfin supportent pendant très-long-temps cette abondante déperdition sans que leur constitution paraisse en être sensiblement ébranlée. Tel était le cas d’un homme plus que septuagénaire dont parle V^an-Swiéteriy qui expectorait régulièrement chaque jour, depuis trente ans, plusieurs onces de pus [puris alhi cocti) , et qui se portait d’ailleurs très-bien.
L’observation suivante nous semble confirmer plusieurs des réflexions précédentes.
Un homme , couché au n° 90 de la salle St.-Louis , hôpital de la Charité, âgé de quarante-huit ans , cheveux noirs , peau brune , muscles développés , est tourmenté depuis huit ans par une toux opiniâtre. Depuis qu’il a commencé à tousser, il eîstpeclore en vingt-quatre heures, une quantité de crachats qui équivaut à peu près à trois ou quatre fois celle que peut contenir le crachoir ordinaire. Ils sont formés par une mucosité transparente, à la surface de laquelle surnagent de larges plaques puriformes à bords minces et arrondis , d’une couleur
blanche verdâtre, inodores, paraissant insipides au malade, bien isolées les unes des autres. Dyspnée habituelle. En auscultant la poitrine , nous trouvions la respiration grande et libre dans toute l’étendue du côté gauche du thorax ; mais à droite et en arrière nous entendions un râle manifeste , qui nous sembla produit par le mélange de l’air avec une grande quemtité de mucosités accumulées dans les rameaux bronchiques dilatés. Le malade n’avait jamais de fièvre. Quoique maigre , il n’était pas dans cet état de marasme qu’il aurait dû offrir , si le parenchyme pulmonaire eût été le siège d’une dégénération organique. Ses forces , de la diminution progressive desquelles il se plaignait beaucoup , étaient néanmoins encore assez bien conservées pour qu’il pût se lever chaque jour. Vainement le malade a-t-il été tourmenté avant et depuis son entrée à l’hôpital par beaucoup de médicamens tant externes qu’internes, tels que sétons, nioxas multipliés, vésicatoires, eaux sulfureuses, fumigations de benjoin , etc. , ils n’ont ni diminué l’expectoration , ni changé son caractère. Vers le milieu de janvier 1821 , six mois après son entrée à la Charité , il cessa de se lever. Sa faiblesse fit dès-lors des progrès plus rapides. Demi orthopnée ; jamais de fièvre , jamais de dévoiement ni de sueur ; même expectoration. Deux jours seulement avant sa mort le pouls s’accéléra, la peau devint chaude ; le malade vomit spontanémennt une assez grande quantité de bile verdâtre , cessa d’expectorer , et succomba.
Cet individu était-il atteint d’une dégénération tuberculeuse du poumon ? Nous ne l’avions jamais pensé, et l’autopsie cadavérique justifia notre diagnostic.
Le parenchyme du poumon gauche était parfaitement sain dans la totalité de son lobe inférieur et dans la plus grande partie du supérieur. Tout-à-fait au sommet, il était dur, inégal, noir à l’extérieur ; incisé , il présenta en cet endroit trois ou quatre petites masses noires comme de l’encre , très-dures , égalant chacune le volume d’une noisette; d’autres, plus molles, ressemblaient aux morceaux de charbon qui s’épanchent dans le tissu du poumon dont
on a injecté les vaisseaux avec ce corps délayé dans l’eau. Cette portion du poumon était évidemment mélanosée. Les bronches étaient pâles et vides.
Le poumon droit adhérait fortement aux côtes. En quelques endroits , son tissu, parsemé détachés noires, était dur grisâtre , imperméable à l’air; c’était l’hépatisation grise de la pneumonie chronique avec mélange de cinq à six petits tubercules miliaires du volume d’une tête d’épingle.
Ces parties malades formaient tout au plus les trois dixiémes de la masse totale du poumon. Ailleurs il était perméable à l’air, Æt parfaitement sain ; mais , en incisant son tissu , on voyait sortir d’une foule de petites ramifications bronchiques, un liquide puriforme analogue à la matière de l’expectoration. Les gros conduits , qui me parurent plus amples qu’à l’ordinaire, le rameau qui résulte immédiatement de la bifurcation de la trachée-artère , en étaient également remplis. La muqueuse était médiocrement rouge.
Les crachats provenaient donc évidemment de cette muqueuse bronchique, irritée sympathiquement par rinfiammation chronique dont quelques parties du poumon droit était le siège. Mais , pour peu que l’on soit versé dans l’élude de l’anatomie pathologique, l’on conviendra facilement que ce n’est ni aux inélanoses qui existaient au sommet du poumon gauche , ni aux tubercules miliaires très-peu nombreux, développés au milieu des portions du poumon droit, qui étaient en pneumonie chronique, ni enfin à celte pneumonie chronique elle-même, qui était très-peu étendue, que l’on peut raisonnablement attribuer le dépérissement et la mort du malade ; car combien d’individus présentent après leur mort de semblables lésions dont l’existence n’a été révélée pendant la vie par aucun symptôme! La sécrétion extrêmement abondante de la muqueuse bronchique a donc été, dans ce cas, la principale cause de la mort. Nous avons d’ailleurs observé d’autres malades qui succombèrent après avoir éprouvé un ensemble de symptômes analogues , et dont le poumon
ne pi’éscnta dans son parenchyme aucune espèce d’altération organique. Tel est le cas suivant.
Un vieillard fut apporté à la Charité dans le courant du mois d’avril 1820 (salle Saint- [.ou is , n® 47 )• H nous dit qu’il toussait depuis huit mois environ. Sa respiration était courte et fréquente. La poitrine percutée résonnait bien partout; on entendait partout aussi le frémissement de la respiration mêlé d’un peu de râle sibilant. Sa maigreur était extrême. Le malade avait expectoré depuis la veille une grande quantité de mucosité transparente et incolore, à la surface de laquelle existaient des crachats puriformes d’un blanc verdâtre, arrondis et isolés. Le malade nous dit que depuis bien long-temps il crachait ainsi tous les jours. La peau était sans chaleur, le pouls sans fréquence, la faiblesse était extrême. Même état les trois jours suivans; la voix est éteinte, les traits de la face s’altèrent, le malade se plaint d’une constipation opiniâtre. Le quatrième jour, léger délire, les crachats sont peu abondans, plaqués, d’un gris sale. Le cinquième jour , le malade n’expectore plus , face hippocratique , râle trachéal. Mort dans la journée.
Le tissu des deux poumons, engoué de sérosité, était partout crépitant et très-sain. La muqueuse bronchique n’était rouge que par plaques dans les gros tuyaux ; dans les petits , la rougeur était plus vive et uniforme : un liquide semblable à celui des crachats les remplissait. Tous les autres viscères furent trouvés sains.
X. La sécrétion excessivement abondante de la muqueuse des voies aériennes nous semble devoir être regardée comme l’une des ^ causes de l’asthme , d’ailleurs si nombreuses. Les individus chez lesquels existe ce vice de l’exhalation bronchique, ont habituellement la respiration un peu gênée. Si , sous l’influence d’une cause quelconque, ils cessent de pouvoir expectorer aussi librement, ou bien si la sécrétion abondante qui s’opère habituellement à la surface interne des bronches subit tout à coup une augmentation considérable, la suflbeation peut devenir imminente. Mais dès que, par les
secours de l’art, ou par les seules forces de la nature, les voies aériennes se sont débarrassées du liquide qui les obstruait, la dyspnée diminue rapidement, et le malade recouvre la vie avec la liberté de la respiration.
La quantité de mucosités dont l’expulsion a fait cesser un accès d’asthme a été quelquefois prodigieuse. Bonnet rapporte dans sou Sepulchretum Thisloire d’un individu asthmatique qui six jours de suite expectora chaque jour huit livres de pus. Beddoès a cité dans son ouvrage sur les airs factices l’observation d’une femme qui fut prise tout à coup d’une violente dyspnée avec mouvemens convulsifs, etc. Ces symptômes persistaient avec une intensité effrayante, lorsque tout à coup la malade expectora à la suite d’une légère quinte de toux, une grande quantité d’un mucus transparent et écumeux. La dyspnée cessa. Au bout de six mois, pendant lesquels la malade avait continué à tousser , nouvel accès caractérisé par une suffocation imminente, une toux convulsive, la lividité de la face , le refroidissement des extrémités : persistance de cet état pendant deux heures. La malade rendait continuellement par la bouche et les narines une petite quantité de liquide écumeux et sanguinolent; alors nouveaux efforts de toux, et expulsion abondante du même liq uide, dont la quantité fut portée, en moins d’une heure, à quatre pintes. A mesure que l’expectoration devenait plus abondante , on voyait la malade respirer plus librement. Elle fut bientôt parfaitement rétablie.
XL II est quelques cas, plus rares encore que les précédens, dans lesquels on a vu une quantité extraordinairement abondante de mucus puriforme être sécrétée tout à coup par la muqueuse des bronches, et produire en quelques instans la mon par asphyxie, f^an- Swiéten en cite des exemples. Nous avons nous même recueilli une observation de ce genre que nous allons rapporter.
Un homme de quarante cinq ans environ, ayant eu l’année précédente une pleuro-pneumonie , entra à la Charité dans le courant du
mois d’août 1820 (salle Saint-Louis, n" 37). Depuis sa maladie, il avait continué à tousser ; il se plaignait de gène dans la respiration. Tout le côté droit de la poitrine, percuté, rendit un son très-mat. Le malade se couchait constamment sur ce côté. Sa respiration était courte. Il toussait fréquemment ^ et expectorait facilement une assez grande quantité de mucosités opaques, ayant l’aspect de celles qui sont rendues dans le catarrhe chronique. Le pouls était dur, mais ' sans fréquence. Le malade était maigre, et dans un état de dépérissement évident. Les digestions étaient très-bonnes. On pensa que le côté droit de la poitrine était le siège d’une pneumonie ou d’une pleurésie chroniques. Il resta une quinzaine de jours à l’hôpital dans le même état. Tout à coup , dans la nuit du i5 au 16 septembre, il se réveilla dans un état de sufTocation imminente, et il expectora en très-peu de temps une énorme quantité de crachats qu’il semblait plutôt vomir. Ils remplissaient la totalité du crachoir ordinaire , où ils se réunissaient en une masse homogène d’une couleur jaune-verdâtre, peu fétide, assez liquide pour s’écouler du vase lorsqu’on l’inclinait. Nous crûmes qu’ils provenaient d’un foyer pleurétique ouvert dans les bronches. Cependant ce liquide, étant sans cesse apporté dans la trachée et le larynx, et, les remplissant plus promptement qu’il ne pouvait être expectoré , détermina bientôt la suilocatîon du malade.
A l’ouverture du cadavre , on trouva les deux tiers inférieurs au moins du poumon droit en hépatisation grise ; son tissu était très-dur ; très-peu de liquide s’en écoulait par l’incision. Au sommet du poumon , là oû n’existait pas l’hépatisation , existaient deux ou trois petits tubercules qui commençaient à se ramollir. En incisant le poumon, nous vîmes s’écouler d’une foule de petits points un liquide analogue à celui de l’expectoration ; ils étaient formés par les orifices divisés d’une multitude de petits tuyaux bronchiques ; de sorte que ce liquide occupait et obstruait toutes les divisions des vaisseaux aérifères. Les grosses bronches , la trachée et le larynx en étaient également remplis. Sirnson, cité par V^an-Swiéten , a trouvé une disposition abso-
lument semblable dans le poumon d’un individu qui succomba aussi asphyxié, après avoir expectoré une grande quantité de pus. Mirahatur ulique pus exire y dàm cultello secaret puintonis siibstunüani : non autem exibat pus magna copia siniul , secl guttâ iinu vel olterâ iantùm y ex dissectis nempè asperæ arleriœ propaginibus. ( Comment. , tom. 4» 6o. )
Le poumon gauche était sain. Les grosses bronches, de ce côté, étaient pleines du même liquide, qui sans doute y avait reflué. Les petits rameaux bronchiques n’en contenaient pas.
Les plèvres costale et pulmonaire du côté droit, fortement adhérentes entre elles , ne présentaient aucune trace d’épanchement.
Une végétation cancéreüse , sous forme de champignon , existait à l’intérieur de l’estomac ,à deux travers de doigts à gauche du pylore. Tous les autres viscères, le cerveau en particulier, étaient sains.
La sécrétion subite d’une si grande quantité de mucus puriforme en un si court espace de temps est sans doute un phénomène bien digne de remarque. D’autres maladies nous présentent toutefois des cas analogues. Tous les chirurgiens savent avec quelle rapidité se forment quelquefois de vastes colleciions purulentes , qui ne sont pas même précédées des symptômes de l’inflammation dans la partie où elles s’établissent. Van-Swiéten a cité l’observation d’une femme qui , parvenue au vingtième jour d’une fièvre continue , ressentit tout à coup une vive douleur à l’un des bras: un abcès y existait, sans changement de couleur à la peau. C’est souvent encore avec la même rapidité que se forment et disparaissent un grand nombre d’hydropisies; que , dans le choléra-morbus , la bile est tout à coup sécrétée avec une activité inaccoutumée; que, par suite de fortes émotions morales , la transpiration insensible se change brusquement en une sueur abondante , etc.
Dans le cas où il serait urgent de favoriser l’expulsion de la mucosité , qui ne peut s’accumuler sans danger dans les voies aériennes, et que les moyens ordinaires seraienti nsufîisaus, on a proposé d’exci-
ter de violens efforts de toux par la titillation de la glotte , soit à l’aide d’un instrument qu’on y porterait, soit en y instillant quelques gouttes de liquide. Ce moyen a réussi entre les mains du docteur Ducamp ( Recherches sur les désordres de la respiration , traduit de l’anglais de Bree) ; mais une pareille tentative nous paraît fort dangereuse; car la contraction spasmodique des lèvres de la glotte peut en être le résultat. Delà de, nouveaux accidens, aussi graves que ceux auxquels on se proposait de remédier.
Comment se fait-il qu’une grande quantité de mucus ne puisse être impunément contenue dans les bronches , et qu’on ait pu , chez les animaux, y injecter avec profusion divers liquides sans produire d’accidens mortels? Dans ce cas l’inspection doit être faite à travers une ouverture pratiquée dans l’épaisseur des parois de la trachée; car, si on essayait de les introduire par le larynx, il en résulterait une toux convulsive, et le plus souvent asphyxie. A peine l’injection est -elle faite, que l’animal est haletant; son pouls s’accélère, ses yeux deviennent brillans; il tousse et s’agite beaucoup : mais bientôt d’abondantes évacuations d’urine ont lieu ; la respiration devient moins gênée, et , au bout de quelques heures, tous les accidens qui s’étaient manifestés, n’existent plus. Si alors on tue l’animal, on ne trouve plus de liquide dans ses bronches.
XIl. Les crachats abondans du catarrhe pulmonaire chronique se ^ sont montrés quelquefois d’une manière périodique. On lit dans les
Ephémérides des curieux de la nature l’observation d’une femme qui avait tous les mois un crachement de pus si abondant, qu’elle en rendait souvent jusqu’à trois livres d’une odeur fétide. Elle se portait d’ailleurs très-bien : elle n’avait de toux qu’aux approches de ce crachement périodique. L’écoulement menstruel était très-peu abondant. Baumes , dans son traité de la phthisie pulmonaire , parle aussi de quelques femmes qui, après la cessation des menstrues, crachèrent du pus à des époques réglées , sans altération notable de leur santé.
XIII. D’autres lois une expectoration abondante , formée de mucosités opaques et comme puriformes, s’est montrée à la fin d’une maladie et a paru en être la crise. On en trouve un exemple remarquable dans l’histoire première du troisième livre d’HippocRATK , de Morbis vulgaribus': oi\ voit dans cette observation, d’une manière évidente, la rémission des divers symptômes de la maladie coïncider avec l’apparition de crachats épais et globuleux, crassiora ac veluti conglohata.
Bordeu , dans ses recherches suivie pouls, parle d’un goutteux dont toutes les attaques de goutte au pied se terminaient par un enchifrènement , et par une sorte d’extinction de voix suivie d’une abondante expectoration de matières muqueuses opaques.
Nous sommes loin de prétendre nier l’existence des phénomènes critiques dans les maladies ; mais nous pensons que c’est un des points de médecine les plus délicats, et l’un de ceux qui exigent de la part de l’observateur le plus de sévérité , et surtout le plus d’impartialité dans l’esprit.
Rappellerons-nous ici que Bovdeu se flattait de connaître , par la seule considération du pouls , si une maladie se jugerait par les crachats , et à quelle époque précise cette évacuation salutaire .aurait lieu. D’après lui , si le pouls qui l’annonce , et qui est caractérisé par la mollesse, la plénitude, l’égalité des pulsations, dont chacune doit se faire en deux temps, se montre continuellement pendant plus d’un jour, l’expectoration arrivera vers le quatrième jour, à compter de celui auquel le pouls a commencé à être pectoral. 11 ne faudra au contraire attendre les crachats que vers le septième jour, si le pouls pectoral ne s’est montré que par intervalles. Qui ne sent combien est incertain un prognostic fondé sur de telles bases? Aussi nous semble-t-il inutile de nous arrêter à discuter l’opinion de Boideuj elle n’appartient plus qu’à l’histoire de la science.
XIV. Soit que la muqueuse des bronches sécrète journellement depuis de longues années une grande quantité de mucosités puri-
formes , soit que cette sécrétion se montre d’une manière périodique , soit enfin qu’elle se manifeste vers la fin d’une maladie dont elle a paru quelquefois être la crise, l’expérience a appris aux praticiens que plusieurs de ces expectorations abondantes , qui ne produisent aucun trouble dans l’économie , doivent être respectées ; c’est une sorte d’exutoire établi par la nature qu’on ne tarit pas toujours impunément. Il en est, à cet égard, de l’expectoration comme de certains ulcères qu’il est souvent dangereux de chercher à guérir. On a vu des maladies graves, des désordres de toute espèce apparaître à la suite de la suppression intempestive de l’une, comme à la suite de la cicatrisation des autres,
XV. Toutes les maladies aiguës ou chroniques du parenchyme pulmonaire et des plèvres , la plupart des lésions organiques du coeur , plusieurs affections même de l’estomac et du foie ; quelques maladies, dont le siège principal est à la peau , telles que la rougeole , la scarlatine et la variole, exercent une influence plus ou moins prononcée sur la muqueuse des bronches qu’elles irritent; de là , complication de catarrhe pulmonaire. Mais, comme nous favons déjà fait pressentir, en vertu du mode particulier d’irritation que détermine sur la muqueuse chacune de ceS maladies , lé produit de la sécrétion dont elle est le siège, présente des variétés infinies. Arrêtons-nous un instant sur quelques-unes dé ces variétés.
La toux fréquente et incommode que l’on observe quelquefois chez les individus atteints de gastrite est le plus ordinairement sèche; mais elle peut aussi être accompagnée d’une expectoration dont le caractère varie selon le dëgré et la durée dé l’irritation de la muqueuse bronchique. M. le docteur Broussais , qui a surtout appelé l’attention des praticiens sur cette espèce de toux, pense qu’en modérant les symptômes de la gastrite par un traitement convenable, on parvient à suspendre l’expectoration sans aucun détriment pour le malade , tandis que , dans lés véritables phlegraàsies pulmonaires , on doit se garder dé suspendre l’expulsion des crachats avant qu’ils n’aient ac-
quis cette consistance et cette couleur blanche ou jaune que les anciens désignaient sous le nom de coction.
La couleur jaune des crachats a été regardée par plusieurs auteurs comme l’un des signes caractéristiques de riiiflammation du foiej mais, lorsque la toiix se montre pendant le cours de cette maladie, elle est le plus ordinairement sèche , comme celle qui accompagne la gastrite.
Dans plusieurs fièvres bilieuses , les crachats présentent une teinte jaune assez prononcée.
Dans le cas d’ictère, leur couleur est très- variable. Tantôt la matière expectorée reste blanche;^ bien que tous les liquides et plusieurs solides soient fortement colorés en jaune ; dans ce cas la langue conserve aussi une teinte blanchâtre. Tantôt les crachats présentent une couleur jaune très -foncée, qu’on retrouve aussi sur la langue. Nous avons vu une seule fois les crachats aussi verts que s’ils avaient été imprégnés de la matière résineuse de la bile ; et , chose remarquable , l’enduit épais qui couvrait la face supérieure de la langue était également d’un vert foncé ; la conjonctive , la peau dans toute son étendue, l’urine , présentaient la couleur jaune qui s’observe ordinairement chez les ictériques.
Le catarrhe pulmonaire qui précède, accompagne et suit la rougeole , présente souvent vers la fin de cette maladie une espèce particulière d’expectoration qui mérite de fixer ^attention des praticiens, par sa grande analogie avec les crachats de la phthisie pulmonaire ; on va en juger par l’observation suivante :
Un homme de vingt -cinq ans, d’une très -forte constitution, fut atteint d’une rougeole franchement inflammatoire. La toux , qui avait précédé l’éruption , avait été sèche et très-pénible. L’expectoration commença à se montrer le jour même où l’éruption se manifesta ; elle était formée d’un peu de mucosité claire et limpide. Au bout de trois jours elle nous présenta les caractères suivons : des crachats épais et arrondis, lisses à leur surface, d’une couleur jaune-verdâtre, par-
faitfeinent isolés les uns des autres , surnageaient à une grande quantité de mucosité glaireuse et transparente ; au milieu de celle-ci étaient suspendus de petits grumeaux blancs, dont quelques-uns restaient isolés , tandis que plusieurs autres semblaient formés par l’assemblage d’autres grumeaux plus petits. Les trois jours suivans même expectoration. Le quatrième Jour, la mucosité diffluente avait disparu , les crachats adhéraientau fond du vase; plusieurs, composés d’un mucus grisâtre , homogène, mêlé d’air et de salive, ressemblaient aux crachats ordinaires du catarrhe chronique; mais d’autres étaient formés par de longues stries parallèles , semblables à celles qu’on observe dans la matière expectorée par les phthisiques. Les jours suivans ces derniers crachats ne se montrèrent plus ; l’expectoration redevint celle du simple catarrhe, et cessa bientôt tout-à-fait , ainsi que la toux.
Si le malade dont nous venons de tracer l’histoire avait présenté d’autres symptômes de la phthisie , on aurait vraisemblablement regardé son expectoration comme caractéristique. En traitant plus bas des crachats de la phthisie, nous aurons occasion de tirer de ce fait d’importantes con^qiiences.
L^expectoration du catarrhe pulmonaire présente encore une variété qu’il importe de signaler II arrive quelquefois que les personnes atteintes d’une fièvre adynamique expectorent en petite quantité , à une époque avancée de leur maladie, des crachats épais, visqueux , plaqués, d’un gris cendré , analogues aux crachats de certaines pneumonies déjà anciennes , ou même ressemblant assez à la matière purulente qu’expectorent souvent les phthisiques peu de temps avant leur mort. Cependant il n’existe souvent chez ces malades aucune lésion du parenchyme pulmonaire.
XVI. L’autopsie cadavérique ne montre rien de constant dans l’état de la muqueuse des bronches qui a été le siège d’une sécrétion abondante et long-temps continuée. Nous l’avons trouvée avec toutes les nuances de la couleur ronge , depuis le rutilant le plus intense
jusqu’au rouge pâle et au brun livide ou violacé, chez des malades dont l’expectoration était à peu près semblable , durait depuis aussi long-temps , et était accompagnée de la même série de symptômes généraux et locaux. Quelquefois cette rougeur , très-marquée dans les grosses bronches, va insensiblement en diminuant dans les petites; d’autres fois une disposition contraire a lieu. Dans les cas d’expectoration très-abondante et très-ancienne , sans symptôme d’irritation , et surtout dans les catnrrhes qui accompagnent les maladies du cœur, la membrane muqueuse a le plus ordinairement une teinte violacée , tantôt uniforn)e , tantôt n’existant que par plaques , dans l’intervalle desquelles la membrane est blanche. Nous avons vu souvent la rougeur n’exister que dans les bronches d’un seul lobe du poumon ; dans d’autres cas, nous avons observé une rougeur égale dans les bronches des deux poumons ; enfin nous avons rencontré quelquefois la muqueuse aérienne à peine rosée en quelques points, parfaitement blanche dans le reste de son étendue, chez des malades atteints d’un catarrhe chronique invétéré , tandis que nous l’avons trouvée souvent d’un rouge livide très-foncé chez des individus morts d’une fièvre adynamique, pendant le cours de laquelle ils avaient à peine toussé.
La dilatation des bronches est un autre genre d’altération que présentent assez fréquemment les malades qui toussent et crachent depuis long-temps. Elle peut exister à des degrés très-variés : rarement générale , elle n’aflecte ordinairement qu’un petit nombre de tuyaux bronchiques, dont le diamètre se trouve considérablement augmenté. Là où elle existe , la muqueuse est rouge ou violette , et manifestement épaissie. Dans quelques cas', on ne trouve les tuyaux bronchiques dilatés que par intervalles , de manière à présenter dans leur longueur une suite de renflemens et de rétrécissemens successifs : nous avons vu une fois cette disposition. D’après M. Laennec , qui a le premier décrit cette affection, la dilatation des bronches n’est une maladie grave qu’autant qu’elle est étendue à un grand nombre de rameaux. Une dyspnée habituelle, des quintes de toux fatigantes, une
expectoration fmriforme très -abondante , en sont le résultat ordinaire.
Si Ton applique l’oreille sur la poitrine d’un individu affecté de catarrhe pulmonaire avec expectoration copieuse, l’on entend dans plusieurs points une sorte de gargouillement semblable au râle trachéal des mourans. Il est évidemment produit par le mélange du mucus et de l’air inspiré ou expiré ; il indique d’une manière certaine quelle est la partie du poumon dont les bronches sont malades. Le cas devra être considéré comme d’autant plus grave que le râle s’entendra dans une étendue plus considérable. Il arrive quelquefois que le frémissement de la respiration , qui était très-intense dans toute l’étendue de la poitrine et plus ou moins mêlé de râle , cesse tout à coup de se faire entendre dans l’un des points où existe ce râle. La dyspnée devient alors momentanément plus considérable ; mais bientôt une toux violente survient , et , après l’expulsion d’un ou plusieurs crachats , le frémissement de la respiration se rétablit. Ce singulier phénomène , noté par M. Laennec , et que nous avons plusieurs fois constaté , paraît dépendre de l’interception momentanée de l’air dans un gros rameau bronchique obstrué par du mucus : il cesse dès que celui-ci a été déplacé.