DEUXIÈME PARTIE
, Ego tnim expérimenta qüœro et colligo axiomaia , ne que
aliam habeo methodum sciendi libcram medieinam , nempè ah omni secia possidere potest , qui rejectis omnibus 9 * quœ absque démonstration dicta sunt , id omne col/igit et
solum 3 quod veteres et recentiores solide et absque dubio verum reliquerunt.
Boërh. prœl. acad. §. 5, t, 1. p . n. et §. 19. p. 54»
M. îe Professeur Baumes (1) a judicieusement remarqué qu’il est un dérangement chronique de la santé , dont ceux qui se sont occupés de l’histoire des maladies n’ont pas fait une mention bien expresse . Il résulte de mes recherches sur ce dérangement , i.° que c’est une affection hémorragique vasculaire et universelle , qu’elle est sthénique ou asthénique (2) , qu’elle n’a d’analogies justes qu’avec elle-même (3) , neque cuiquam concédant deceptos eos esse peticularum similitndine , dùm in scorbuticas maculas incidissent (4) ; 2.0 qu’elle est ou essentielle ou symptomatique ; 3.° qu’elle est presque toujours sporadique, jamais épidémique (5) ni. contagieuse,
(1) Je saisis avec empressement cette occasion de témoigner mon respect , mon attachement et ma reconnaissance , à notre célèbre Professeur Baumes , des bontés et des égards qu’il a eus pour moi.
(2) Personne ne l’avait mieux vu que Goëckelius , qui la nomme : ebullitio sanguinis scorbutîci cum maculis in toto corpore copiosè erum pentibus , accedente hœmorragia variarum parlium . C’est ici que l’on peut justement distinguer, avec Brown, l’asthénie directe et indirecte.
(3) C’est peut-être exagéré; car elle a des points de contact avec le mal de la rose dont Thierry nous a donné une description. Voy. Journ. de méd. , mai i*]j55 , etc.
(4) Burserias de Kanilfeld , cap.Xy §* CCCX. p. 9.
(5) Voici un passage qui milite contre mon opinion, fondée cependant jusqu’à présent : cc exanthemata , petechiis similia , totam propemodürn aulam Cœsaream et utrumque Gjnœceumque nuper 1764 , in sylvula , ad Pulchrum-f ontem dicta , cum sub dio inter abscissas arbores comœdia exhiberetur } sub crespusculum nocturnum corripuerunt ; ita ut ad Gjnœ -
quelquefois intercurrente et concomitante , récidive , préservative ou critique (Tune maladie plus dangereuse ; 4*° quelle attaque le plus souvent la première et la seconde enfance, les femmes ensuite, sur-tout après le retour et avant la puberté ; les hommes âgés ou soumis à des causes puissamment productrices; je n’oserais décider si toutes les variétés d'hommes y sont sujets (i).
i. 2 et 3. La nature, la forme et le mode d’existence de cette maladie sont démontrés par les observations rapportées, où l’on voit
également que sa manière d’être la plus ordinaire est sporadique.
Pûvière , Diémerbroeck , Strack , Mertens, Samoelowitz, Graff , Kluyskens, van-Loekren , etc., l’ont observée comme transcurrente; je l’ai moi-même observée sous cette forme dans une épidémie de scorbut qui régna , il y a trois ans , à la Maison de détention , où j’ai encore eu l’occasion de la voir plusieurs fois : c’est dans ces espèces d’épidémie qu’on a dû souvent observer l’Hémacélinose.
J’ai eu, dans cette ville , l’occasion de l’observer sous la forme critique, chez Mad.e Cha...,d, qui depuis plusieurs années était outrageusement atteinte de nymphomanie. Quant à son existence sympathique ou symptomatique , j’en suis aussi sûr que de son existence essentielle ; les vers ou la saburre des premières et secondes voies la produisent presque toujours; dans le dernier cas , je suis forcé d’admettre une tendance native ou acquise , en outre des causes procathartiques , bien moins notables que celle-ci. Je l’ai • observée , même après la mort , sur un nommé Dolbe , qui suc-
ceum derepentè vocatus tantam exanthematum copiant nobilissimarum Domiceîlarum corpuscula dejœdantiurn obstupuerim ; nullus aderat calor , non conqaerebantur de quâdam cordis oppressione, Suspicabar primo sujjitum aliqualem arsenicalem venenatum , etc. Homines qui tamen ab imbecillitate veneni omnes persanati fuerunt , nec fuerunt petechiœ ut sibi , quœdam sinistrœ persuadebant. ( Paul de Sorbait. )
é1) V°y* TVill* Byrd} an account of a ncgro body that is depelled ut several parts of his body wiih white spots, ( Philos . trans. XIX , p> 781 ^ an 1697. )
comba à un anévrysme passif et actif des quatre cavités du cœur, dont je fis l'autopsie en présence de plusieurs personnes de lart: je rapporte aussi une observation extrêmement précieuse qui prouve son mode d’existence comme préservative.
4.0 Quant aux individus qui en sont le plus fréquemment atteints , j’ai obtenu des résultats opposés à l’opinion d’un des Professeurs les plus célèbres de notre École ; aussi ai-je cru devoir établir un tableau comparatif des âges et des sexes (1), dont voici la balance.
{ au-dessus de 20 à 60. 38
74 femmes
Sur 1 36 malades.
62 hommes
au-dessous de 20 ans. 36 au-dessus de 20 à 60. 2 1 au-dessous de 20 ans. 41
Total. i36.
Quant au principal canon à déduire de l’observation , je crois pouvoir m’en référer au traitement convenable dans cette maladie, qui prouve aussi que l’on doit la distinguer en sthénique et en ue directe ou indirecte ; division qui facilite la détermination des trois périodes : ainsi , dans tous les cas sthéniques , la maladie parvenant au 3.e degré , par exemple, devient asthénique indirecte; tandis que l’essentielle se reconnaîtra aux prodromes et aux symptômes qui caractérisent ordinairement le 2.* ou le 3.e de l’Hémacélinose sthénique essentielle , et les hémorragies au lieu d’arriver par surcroît de vie se feront par absence , dans le troisième cas par adynamie complète : c’est à ce point que l’Hémacélinose sthénique essentielle n’accomplit jamais que le i.er, à moins que des causes débilitantes quelconques n’y joignent un élément de faiblesse.
§. I. Pathogénie . La doctrine des causes est la base de la thérapeutique , c’est également la plus obscure ; je crois pouvoir dire que, dans l’Hémacélinose , comme dans bien d’autres affections , la première , la plus forte et la mieux fondée est la prédisposition ,
asthéniq
(1) Plusieurs auteurs ont soutenu cette idée. Adair la pousse si loin, qu’il dit que les hommes seuls en sont ( plerunujue) presque toujours attaqués, pag. 20.
tandis que les causes procatartiques , dont nous allons nous occuper, sont très-incertaines. Nous rapporterons néanmoins celles que nous avons pu recueillir ; la maladie se prononce aujourd’hui , elle ne s’est point formée hier ni avant-hier , mais il y a des années *, peut-être même, dans ce cas, date-t-elle de la naissance individuelle: i comment en effet , supposer une cause assez puissante pour la produire chez un individu dont chaque pas de la vie aura été une tendance vers la maladie ? Le régime, par exemple, long- temps soutenu, a préparé les fluides et les solides à se prêter aux vues médicatrices de la nature, qu’une cause très-légère va déterminer aujourd’hui plutôt que demain, etc.: ainsi, l’on pourrait peut-être réduire à deux causes celles qui produisent notre affection , la première serait la dépravation du sang, que je nommerais hœmocace (i) , et la seconde, des solides, que Brown a déjà nommée. Pour me conformer à Frisage, je diviserai les causes dont je vais parler en trois paragraphes.
i.° Caus . mécan . La présence des vers dans les intestins en est une assez fréquente (2) , un état saburral des premières et des secondes voies, certains poisons (Roëber, p. 10), sur-tout Foxide
(O De a i\xv. sang et /ax.oç mauvais.
(2 yVid. Rahn advers. med. pract* , p. 4^4* Schlichthorst, p. 23. Selle,’ pyrétol. , p» 238, 256. Forestus , lib. VII , obs. 38. Van dem Bosch, hist.* const. verm. ed. Ackermann , Nuremb. 1779 , p. 124. Damiianio , Àug. Hauptmann , epist. prœl» tractalus de vivâ mortis imagine mox edendo sacrata , Hostock- i65o, in- 8.° Ch. Fr. Paullini , disq. an mors naturalis plerumq. sit substant. vermines a , Lips . 1703. in - S.° Car. à Linné, exanth. viva diss. TJps . 1762 , m-8.°, et sur-tout P. à Castro , qui dit , nihil in hoc morbo frequentiiis verminatione ,* facillimè enim generaliter lumbrici à malignâ putredine , etc. sect. IX, §• XII, p. 222, et Byron. J’ai cité plusieurs autorités , afin de combattre plus sûrement l’opinion de Gottl. J. Glaser , exanthemata non à vermibus oriri . Ienœ . 1772. Les tempéramens faibles ou lymphatiques , chez lesquels la génération des vers est facile , sont une complication ou cause naturelle chez les eufans, ainsi que l’observe Jkéra. ( 3*e le§. p. 160. )
d’arsenic (Latour), la ciguë (Wepfer) (i), une vie déhontée , (v. Lordat , Traité des hémorr.) ; je ne sais si je dois rapporter à cet article l'influence du tonnerre, dont je connais plusieurs observations; des efforts musculaires ou mécaniques ( Latour , van Swieîen , Littré , etc.) ; l’abus de la passion improprement nommée onanisme.
a.0 CauSr physioL Transpiration supprimée , passions vives contrariées , et lorsque la maladie est déterminée par cette cause , elle peut être spontanément portée au plus haut degré de pétéchies confluentes : c’est alors qu’elle pourrait vraiment mériter le nom d’apoplexie cutanée ( v. Rousille-Ghamseru ) ; de fortes sensations sthéniques ou asthéniques, telles que la colère ou la tristesse: c’est dans ce cas qu’un Gouvernement despotique, indignant un citoyen philosophe et tranquille, peut l'occasioner * ainsi que le prouve une observation de M* le professeur Baumes. Le tempérament lymphatique me paraît y être le plus sujet, puis le bilieux et en dernier point le tempérament sanguin très-décidé ; le tempérament sensible admis par Stahl, Huxham , Barthez, Lordat , etc.; un écart dans le régime, dans l’habitude; l’eau froide bue pendant la sueur (Hoffmann, Boennecken , etc. ) ; les veilles prolongées, un air insalubre, une variété brusque dans l’atmosphère , la température humide et froide (Cullen), les climats chauds ( Helvétius , Lind , Sporlius , Latour , etc. ) ; un travail soutenu après une longue oisiveté et vice versâ ; une mauvaise nourriture ou abondante et succulente , animale ou végétale ; l’abus des liqueurs artificielles.
3.° Caus, pcithoL Une laxité naturelle ou acquise des solides , une ténuité des fluides dans les mêmes rapports , voilà les causes les plus sûres peut-être , et que je suis forcé d’admettre , malgré mon éloignement pour les hypothèses ; une maladie chronique , la diathèse scorbutique ou putride assez rarement, un état cachectique et sur-tout hémorragique , comme l’appelle Behrens ; c’est par celte espèce de flux qu’on pourrait expliquer pourquoi les femmes y sont
(x) De cicutâ acjuat . p. 248.
plus sujètes que les hommes ; voilà pourquoi Sorbait et M. Lordai en ont vu les femmes seules atteintes; la convalescence des maladies longues ou dangereuses ( MM. Lordat , Ménard, Gouan , etc.); l’aménorragie , j’en trouve un bel exemple dans un Dictionnaire de médecine , etc.
§. II. Symptômes, Il y a beaucoup de symptômes pathognomoniques de l’Hémacélinose , et il n’y en a pas un seul. Leur réunion peut seule en déterminer l’existence : cette idée m’a fait rejeter beaucoup d'observations que je regrette aujourd’hui; mais l’on conviendra que c’est une conception également absurde que d’admettre l’existence de cette maladie privée de l’un de ses symptômes caractéristiques.
II ne faut pas que le médecin se laisse tromper par la bénignité des symptômes : cette maladie frappe aussi promptement qu’elle paraît ; la sécurité n’est que de l’imprudence , et souvent l’état le plus voisin de la santé est voisin de la mort,
Abu d’éviter la confusion dans rémunération des symptômes, j’établirai encore une distinction dans les transitions imperceptibles de la nature.
i.re période . L’Hémacélinose est rarement annoncée par des prodromes , si ce n’est à i’état asthénique ; l’invasion est brusque sur tout à l’état sthénique ; dans ces deux cas , le pouls est naturel, l’appétit ordinaire , les sécrétions et les excrétions sont comme dans l’état sain , les facultés intellectuelles et le système égestif intacts, les taches qui couvrent le malade sont ineffaçables , plus ou moins larges selon l’étendue de l’hémorragie sous-cuticulaire , ce qui fait que la sueur de sang n’est vraiment que notre maladie portée au plus haut degré d’action (Gallandat, etc.); quant à leur couleur, elles varient encore selon la durée de l’extravasation, de son intensité, de sa quantité, etc.; pour leur forme, selon que l’épiderme se prête ou se refuse à leur expansion, etc. C'est à l’aide de celte dernière condition que l'on conçoit l existence proéminente des pétéchies: du reste, elles sont toujours sans douleur, quelquefois avec prurit , ne se terminent jamais par desquamation et assez, rarement par suppuration. Les
hémorrhagies copieuses ne sont pas encore suivies de leur résultat ordinaire, l'asthénie ; elles sont un effet de la meme cause , et non pas une conséquence de l’éruption , ainsi que l’observe Frank. Le malade vaque à ses affaires, et n’a d’autres preuves de l’existence de la .maladie que les symptômes extérieurs. Les hémorragies qui arrivent dans l'état sthénique , peuvent môme être considérées comme un moyen médicateur de la nature, qui ne devient funeste que par l’abus , et constitue alors l’asthénie accidentelle ou indirecte.
2. e période . Les hémorragies nombreuses et copieuses amènent à la longue un principe de faiblesse , les malades sont physiquement moins actifs , les pétéchies noircissent ou deviennent livides ,
suivant la tendance de la maladie vers le 3,e degré ou vers la gué-
rison. Les macules se renouvellent et s’agrandissent , sur-tout la nuit; elles occupent de préférence le cou , les bras, la poitrine et les extrémités en respectant leur portion calleuse; elles suivent les transitions graduées des couleurs des ecchymoses, lorsqu'elles rétrogradent ; la maladie paraît être stationnaire ; les hémorragies sont encore le moyen de transition au degré suivant.
3. e période. Dans celui-ci les facultés sont encore intactes , l’appétit se conserve, quelquefois l’épiderrne se déchire et laisse transsuder le sang ( Gaüandat , etc. ) , des ulcères se forment 9 les membres inférieurs s’œdématient , pâleur cachectique de la face et iiveur jaunâtre de l’habitude du corps, les hémorragies s’effectuent encore, mais le sang est extrêmement ténu , l’asphyxie musculaire est à son comble , les nuits deviennent dangereuses et la mort met fin à cet horrible tableau.
L’Hémacéünose se termine rarement aussi malheureusement; elle n’est jamais dangereuse , et c’est vraiment alors qu’on peut dire dàm vivit sperare iicet. Mais l’époque arrive où le malade meurt d’anæinie.
Quant à l’influence particulière des âges , des sexes , des aulipraxies mêmes sur la marche des symptômes , elle est extrêmement remarquable ; chez les femmes , par exemple , les hémorragies sont utérines, et chez les hommes, hémorroïdales, etc* ; enfin, elles suivent
ordinairement l’influence reconnue et notée par Hippocrate , quoique, dans tous ces cas, elles puissent s’effectuer aussi par toutes les* ouvertures naturelles. Cependant combien de personnes y ont succombé, parce que leur médecin ne la connaissait pas, ou qu’il s’obstinait à n’y voir qu’une variété du scorbut ou toute autre maladie avec putrescence des humeurs? Behrens avoue que, s’il avait connu l’observation de Werlhof , un de ses malades ne serait pas mort ; le Docteur Edlin dit que la négligence de la maladie doit être considérée comme l’unique cause de la mort d’un autre (O. III.) , etc. C’est pour cela que Carolus de Coïmbre a dit avec raison que, «tous les médecins qui verront l’affection pour ia première fois , devront condamner leur malade avec la même promptitude , s’ils ne connaissent pas la maladie. » II l’a lui-même éprouvé , car , le lendemain du pronostic qu’il avait porté , il fut très-étonné de voir le malade debout, adstanîium admiratione!
Il est en effet étonnant , ainsi que l’observe Sclichlhorst (i) , que cette maladie puisse être si longue et presque sans danger.
§. IÏL Le pronostic de l’Hémacéîinose est toujours favorable , à moins qu’une forte cachexie ne soit unie à V habitude hémorragique : les flux multipliés augmentent la faiblesse physique , qui elle-même augmente leur récidive et fournit ainsi un aliment certain à la cachexie , et vice versâ. On peut mettre également au rang des causes qui doivent former un pronostic fâcheux , l’antipraxie de l’individu, ou bien l’âge ou le sexe éloigné des conditions déterminées. En général , le danger est toujours en raison directe de la détérioration et de l'absence des fluides; plus la constitution est épuisée, plus la maladie devient grave: c’est dans cet état de faiblesse qu’arrivent le plus ordinairement les complications fébriles , etc.
Une constitution humide, telle que celle de l’hiver, qu’on ne peut pas modifier ; une constitution décidément favorable â la putridité; et que les causes productrices n’aient pu être atténuées ou annihilées, si la maladie existe depuis plusieurs semaines sans y avoir porté
(i) Spec. Fl. p. ai.
secours ; si les symptômes de saburre n’ont pu être combattus et qu’une Hiarrhée colliquative se joigne aux pertes journalières ; si le sujet est naturellement faible ou affaibli ; si le produit rinorragique n’était point rejeté par l’estomac ou le rectum , il occasionnerait des résultats funestes : Frank a vu une femme mourir d’un vomissement déterminé par une congestion sanguine sur l’estomac, sans rendre une goutte du produit. Si les hémorragies deviennent multiples; si le sang, de grumeleux , de fuligineux , passe à un état séreux ; si les macules passent de leur couleur rosée primitive à l’état noirâtre ; si elles deviennent confluentes ; si l’adynamie est à son comble. Cependant la confluence des macules forme les ecchymoses , symptôme qui n’est point alarmant lorsqu’elles ne sont point trop nombreuses. La gravité de la maladie ne se reconnaît point aux taches mais à leur cause et à leur suite ; si les remèdes les plus actifs ne changent point l’état maladif ; si les extrémités se refroidissent ; s’il survient des convulsions ; enfin, le malade approche davantage du tombeau à mesure que la partie rouge du sang est moindre et que la partie séreuse est encore plus grande. Cet accident est aussi une des causes procatartiques , et dans ce cas , le cruor est comme toujours la première partie constitutive qui s’échappe.
Ces symptômes sont des plus graves , sans néanmoins autoriser le désespoir ; mais du reste on doit considérer l’intensité de chacun des symptômes séparément. Pour en donner un exemple , je vais choisir celui qui a fait la base de mes divisions. 11 faut d’abord considérer dans les macules le temps de leur apparition ; s’il en vient de nouvelles, leur couleur progressive , leur quantité et leur marche rétrograde , semblable à celle de f ecchymose ordinaire; 2.0 si, malgré le temps de leur durée, elles ne tendent pas vers une couleur plus favorable ; 3.° s’il en parait de nouvelles sans que les premières disparaissent et qu’elles prennent la même couleur foncée. L’on a vu qu elles étaient plus ou moins dangereuses selon leur couleur; les rouges, c’est à dire, celles qui se rapprochent le plus de la couleur naturelle du sang, dans î’îlémacélinose sthénique, sont les meilleures j pour le pronostic heureux , les livides sont encore
meilleures, parce qu’elles désignent assez ordinairement la tendance à la guérison ; les noires marquent une hémastase dangereuse ; ^ aussi l’observe-t-on dans l’Hémacélinose asthénique directe ou indirecte, qui forme le 3.e degré de la sthénique ; les violettes et les verdâtres sont peut-être aussi fâcheuses que la précédente. Du reste , on ne peut guère déterminer le danger de la maladie , par leur position, quoique la face et les yeux en soient rarement atteints , si ce n’est au 3.e degré ; mais on peut prononcer que la maladie sera longue, si elles disparaissent et se reproduisent souvent. Cette alternative dénote la faiblesse de la réaction vitale ; mais lorsque la disparition totale est la fin de la maladie, le sang stagnant, n’importe la durée, est résorbé et rentre dans la circulation sans avoir contracté aucune qualité délétère , lors même , ajoute Frank , qu’il a acquis une extrême compacité , une dureté ligneuse comme chez les scorbutiques , ce qui est très-rare dans l’Hémacélinose.
§. IV. Thérapeutique . Jusqu’ici la thérapeutique de l’Hémacélinose a toujours été empirique : nul auteur n’en a tracé les bases. Quant à nous , l'idée que nous avons donnée de l’affection , nous aidera à justifier l’emploi de traitemens en apparence contradictoires et dictés le plus souvent par l’analogie. Lorsque les formules seront compliquées, nous en formerons un §. à part , et nous diviserons le traitement en général et local. Nous subdiviserons le premier en sthénique , en asthénique, et en traitement commun, etc.; nous rapporterons les médicamens déjà employés , et ceux dont la pratique pourrait retirer un avantage présumé.
Dans tous les cas, les proportions des remèdes auront pour base l'intensité de l’affection; une direction contraire nuirait ou favoriserait peut-être la marche de l’affection. Ce n’est point à moi à indiquer les doses ; le malade , sa situation et mille autres occasions unies à la perspicacité du praticien , doivent les déterminer. Le traitement d’une maladie est une énigme dont l'habitude d’assembler les indications, finit par retrouver le mot donné par la nature.
La distinction en symptomatique et en essentielle doit également fournir des variétés précieuses dans le traitement. La première ne
doit point nous occuper ; elle appartient à tous , et comme il est impossible d’en fixer ici les causes , il serait absurde d’en indiquer le traitement.
LTIémacéiinose asthénique directe et indirecte fournira peu de variétés dans la thérapeutique ; ainsi, les hémorragies pourront être actives dans Fatonique , et dans ce cas réclamer un traitement débilitant: telles étaient les hémorragies que Sydenham traita par les saignées dans la petite-vérole adynamique.
§. i. Trait . gên- sth. C’est dans ce cas que l’on doit employer les saignées, dont on a fait un crime à quelques médecins, et que M. le IV Baumes a justifiés par le raisonnement clinique; mais on peut dire qu’elles sont mieux indiquées, plus salutaires au début de la maladie. ( Frank. ) Dans beaucoup d’autres , les évacuations supérieures et inférieures ont suffi pour la dissiper. « Les saburres produisent le même effet par Firritation du système nerveux abdominal. Pour expliquer ce phénomène, il n’est pas nécessaire de recourir à la dissolution putride du sang : un émétique, un purgatif suffisent pour dissiper en quelques heures ces pétéchies gastriques, qui, dans beaucoup de cas, se manifestent sans fièvre, sans indice de maladie. » (Frank, t. Il , p. 294. ) C’est alors que Fémétique est indiqué* Je dois ici réclamer
pour notre Ecole, l’honneur de l’avoir employé dans les ménorragies, de temps immémorial, avant que Stoll l’eût entrepris en Allemagne. Le B.r Edlin a obtenu les plus heureux effets de l’emploi des émétiques au début de l’affection , et Strack a sauvé tous ses malades en commençant ainsi leur traitement. L’obs. 42 rapporte la guérison de 7 malades chez lesquels les pétéchies disparaissaient comme par enchantement après un purgatif. (Voy. les ohs. 4° ? 41 > 43 , 44* ) Cette méthode offre plus d’un avantage , et d’abord , dans le cas de pléthore , elle la diminue en portant son impression sur des organes éloignés, prémunit quelquefois la tête contre les congestions sanguines 3 s’oppose à l’extravasation du sang par cause externe et la modifie dans le cas contraire , etc. Le I).r Mouton a obtenu dans ce cas de bons effets du petit-lait alumineux ; et Fuller rapporte les effets admirables qu’il en a obtenus à son très-grand étonnement ?
tandis que les hémorragies s'effectuaient à la fois par les gencives, les narines, les oreilles, les yeux, le pénis et la peau. L’oxycrat froid que Rivière propose , peut aussi offrir quelques avantages.
L'usage des antispasmodiques peut être très-bon dans certains cas indiqués par la plupart des auteurs qui ont écrit sur les hémorragies ; par exemple , l’opium a eu des succès dans les cas où l’asthénie musculaire était due à l’hystérie ou à des élémens nerveux portés à un très-haut degré : tel était le cas de M.me Artignan.
C’est peut être dans cette espèce que conviendraient les méthodes perturbatrices morales conseillées par Fortis et Langius. On connaît, par exemple, les effets de la crainte sur la circulation, etc. M. Lordafc paraît partager cet avis ( p. 337.)
Ainsi , l’on peut dire que les stimulans sont utiles dans certains cas , tandis que d’autres réclament les antiphlogistiques. C’çst dans celte variété que les saignées sont nécessaires. J’en trouve un exemple frappant chez une jeune femme de 20 ans , qui fut atteinte de l’Hémacélinose par suite d’une suppression : une saignée fit disparaître une grande partie des pétéchies; tandis qu’un purgatif donné après, entraîna des résultats extrêmement dangereux , qu’une nouvelle saignée fit disparaître , ainsi que les hémorragies multiples qu’il avait entraînées et la diarrhée. Cette femme n’éprouva aucun effet fâcheux de ces pertes nombreuses et accoucha heureusement, 6 mois après clandestinement (1).
La poudre tempérante de Stahl offrirait , à ce qu’il me paraît , quelques avantages , d’abord à titre de rafraîchissant , et comme léger purgatif. Sous ce dernier rapport même , elle serait précieuse en ce qu’elle évacuerait les saburres de nouvelle formation et le sang des stomacaces , rinorragies , etc. , et préviendrait souvent ainsi l’élément adynamique en réparant les méfaits de l’emploi soutenu des acides , c’est-à-dire , la constipation que l’on observe la plupart du temps.
(1) Nouv. Dict. univ. et rais, de méd. chir. et de l’art vétériu. in-8.°, t. VI, p. i5a , §. Superpurgation.
tr /
Trait . gén, asth. L’indication majeure à remplir, dans ce cas, est de soutenir les forces du malade, non pas à force d’alimens niais à force de nutrition. La deuxième est d’obvier à la fréquence des hémorragies: ainsi, la base élémentaire dans Tflémacélinose asthénique directe ou indirecte est le bon vin , le kk. uni aux acides minéraux à la manière de Morton (i). On peut également retirer d’heureux effets des préparations martiales seules ou combinées? de manière à combattre la cachexie et l’habitude hémorragique. On doit également quelquefois y joindre les diurétiques, les purgatifs doux, lorsque rien ne les contr’indique.
La méthode excitante qu’on emploie dans les hémorragies adynamiques , ne saurait s’employer dans tous les cas d’asthénie directe ou indirecte : c’est la méthode tonique modifiée par les complications, ïtambaud a judicieusement observé que les antiscorbutiques, sur-tout les âcres, ne réussissaient pas dans lTïémacélinose , quoique néanmoins on espère quelques avantages des astringens et des styptiques.
Un des remèdes qui me paraîtrait devoir produire d’heureux effets comme styptique , dans les cas dont nous parlons , est la racine de Ratanhia (2), a raiz cia serra , ou de hoo ge ber eh mortel , comme la nommaient mes compatriotes qui fréquentaient autrefois le Brésil et Fernarnbouc , uni aux toniques qui ont eu de si nombreux succès dans cette maladie.
g. 3. Trait . com.m . Autant il est des symptômes cdnstans de Ffléinacélinose, autant il y a également de moyens constans de la combattre: ce sont ceux que nous rangeons dans ce §. Ainsi, dans tous les cas , les acides minéraux doivent être employés comme astringens ou comme réfrigérans. Il est cependant des cas où l’on doit les combiner avec le kk. : par exemple, lorsqu’on veut augmenter l’action morbi-
( 1) Phthis. , lib. ï y cap- IF.
(2) Memor . de la Beat. Acad. med. de Madrid , p. 3 /J 9* Mem. de Ruiz sobre este asunto . , in~i\..° 1797. Vogel, Expi. analyt. sur l’exir. de Ratanhia , Mena, lu à T Acad. roy. des scienc. de Munich. Hurtado, Annal, clin, septembre et octobre. 1816.
fuge de ces deux médicamens , ces acides paraissent être les meilleurs et dont les heureux effets sont les plus constans , peut-être même les seuls. Il faut avoir soin de mettre leur usage en rapport avec les forces toniques et vitales de l'estomac. Werlof , qui par son traitement nous paraît déjà avoir entrevu les trois périodes que nous avons établies dans cette affection , dit que dans les premiers jours il administrait les acides minéraux, et que vers le milieu il les remplaçait par les émulsifs , et vers la fin par les toniques (i). Borsieri préférait l’acide sulfurique. M. le P.r Baumes a eu à se louer des bons effets obtenus par la mixture acide minérale de Tissot, ainsi que de l’électuaire astringent de Du baume , et Behrens du baume vulnéraire de Dippel. Je pense qu’on pourrait se servir avantageusement aussi des fortes bières de la Belgique , en les rendant plus ou moins médicamenteuses selon les circonstances (2) , qui , du reste , ont déjà été plusieurs fois employées avec succès dans ce cas.
On pourrait employer avec succès les bains à la Franklin (3) , dont James Si ms malignes.
M. le D.r Demangeon , qui sans doute n'avait pas même connaissance de l’excellent mémoire de M. le Prof. Baumes, puisqu'il n’en dit pas un mot, assure qu’il ne l'a jamais rencontrée en France, mais qu’il l’a vue dans les hôpitaux de Copenhague, « ou le Doct.
Bang la traite avec succès par un médicament qu’il regarde comme « spécifique, et qui n’est autre chose que la décoction de kk. rendue « aigrelette par l’acide sulfurique- ( Note à Wolf , p. 260. )
Il est encore beaucoup d’autres remèdes que je passe sous silence, dont la matière médicale dévoilera les bienfaits.
g. 4 • Trait > topiq . Ce traitement est peu étendu , il se borne pour l’ordinaire à panser les macules qui s’ulcèrent , et dans ce cas le traitement est le même que pour les plaies simples , pourvu
(1) Comm. nor. §. XLVIIT p. 74$ , 749*
(2) Dict. des scieue. méd. , §. Bière , t. m, p-4q-
(3) OEuv. traduct. de Barbeu-Bubourg. Paris, 1 7 7 i3 , in~4»°t* II,p.3io.
(4) V. ses excellentes obs. sur les rnalad. épidcmiq.
(4) dit avoir retiré d’heureux succès dans les fièvres
qu’elles ne soient pas nombreuses. C'est ainsi que Byron rapporte le cas d’un malade chez lequel presque toutes les pétéchies s’ulcérèrent. Il faut donc déterger et panser proprement : la cicatrisation s’obtient facilement dans certains cas faciles à entrevoir. Hippocrate avait déjà indiqué le traitement à suivre dans cette occasion (i) ; mais si leur nombre était extrêmement resserré , on pourrait se servir de l’application des toiles d’araignées , comme plus faciles à se procurer et d’un effet instantané (2).
Les hémorragies demandent aussi très-souvent les secours chirurgicaux; tel est le cas dont parle Rîedlin , dans lequel la rinorr^gie dura 26 heures sans pouvoir être arrêtée que par le tamponnement conseillé par une bonne femme. Ce moyen peut être employé dans la plupart des hémorragies , quoique nous soyons persuadés qu’il n’est pas toujours suffisant. Un cas dont nous avons été témoin en décembre 1820, vient à l’appui de cette opinion : les narines tamponnées, le sang sortait par la bouche , etc. Lentin conseille dans ce cas l’acide vitrioîique à l’intérieur et une solution de colle de poisson à l’extérieur , de préférence aux tampons aîuminés ou entourés de sulfate de fer.
L’application de la glace a été proposée par quelques auteurs qui en avaient retiré d’heureux effets. Les D.rs Mouton , Ménard , etc. , sont de ce nombre.
Lorsque tous ces moyens sont insuffisans, on peut recourir à ceux proposés par Hippocrate (3) , ou à des fumigations astringentes, des topiques , ou des injections de même nature.
Il entre dans la thérapeutique de ce §. de s’opposer à l'extravasation sanguine ; il n’est aucun moven dont les effets soient certains: Rivière fit couvrir le corps et le cou même de linges trempés dans Poxycrat froid , jusqu’à ce que le malade fut frappé d’un accès
(t) Hip. lih. V . sect. VI. p. 877. t. I. Genève. 1667 , Foës.
(2) D. Bon j Diss. de usu et util. aranœarum sériel y p. 48. Cadet, journ. de la Soc. de niéd. de Paris. Vendém* an XIII , etc. , etc.
(3) Epid. VL sect. VIL §. i53.
fébrile (i). Je pense que ce moyen perturbateur peut être utile clans certains cas, si son issue doit être toujours la même.
Quelques auteurs ont proposé des bains tièdes ; ils me paraissent ne convenir que dans la variété sthénique , tandis que Ton en a vu résulter les plus funestes effets dans l’asthénique. Horstius ( Greg. ) parle d’une jeune femme enceinte de sept mois, qui, prise spontanément de 1 Hémacélinose , fut plongée imprudemment dans un bain tiède , il s’ensuivit une sueur de sang , mortelle en peu d’instans ; il était facile de le prévoir, quoiqu’on ait vu la diapédèse naturelle servir de crise à notre maladie (2).
g. 5. Pharmacologie .
Purgatif tonique*
Kk. roug.
fl-
R. kk. roug. pulv.
g xv.
Conc. bouill. pend. *|4
d’heure.
Crêm. tart.
Eau.
1 vj-
où l’on ajoute:
Electuaire de Roëber.
Extr. gomm. rés. kk.
3 ij.
R. Conser. fumar.