‹ Recherches sur l'histoire du langage et des patois de ChampagneChapitre 21 sur 39 · LE CLERC DE TUOYES · texte numérisé non relu

LE CLERC DE TUOYES

Roman du Renard Contrefait, 1560-1370.

Fragments.

Les Champenois.

En Picardie sont U bourdéeur,

Et en Champaigne li buveur :

Et si sont li bon despancier,

El si sont bon convenancier.

Telz n’a vaillant un Angevin ,

Oui chascun jor viaut boire vin.

Et viaut suir la compaignie,

Et tant boire que laingue lie.

Et quant se vient aus cos donner,

11 se sevent bien remuer.

Proverbes,

En oiseuse le diable se boute.

(1 j Les œuvres de Ph. de Vitry. — Reims, 1850. — Ces vers nous montrent le latin survivant à sa ruine ; il est réduit à l’état de tradition. Les licences poétiques s’amusent k lui rendre un hommage, sans conséquence.

Un petit cui'ps gist bien bonne ame.

Qui ne sait taire , il ne sait dire.

Male langue en enfer maine.

Drois est que li uns li autre serve.

Li biens faits sans plus demourront.

Li avoirs terriens s'en iront.

Si vos donnez, donnez liément.

Selon la bourse le maintiens.

Qui mal fait, mal quiert.

Difficile chose est de souffrir aise.

Vie est courte chose.

Qui demande, il achiete assez.

Feus n’iert ja sans fumée.

Uil n’est pas povres, qui liez est (1).

Li Jonc moriau (2).

Car li jons moriaux miax se tint , Quant le grans floz de Sayne vint.

Miaux se maintient, plus seure feu Que grans pons de Paris ne feu ,

Qui tant fu fors archiez de pierre Faite s cissel et à esquierre.

Onques si fors ne pot ester Que contre l’aive puest contrester ;

(1 } Poètes de Champagne antérieurs au siècle de François — Reims 1851 .

^2) Roseau à fleur noire et veloutée.

Onques si bien ne pot séir Que non feist fondre et chéir.

Toutes les mesons , qui sus furent,

En l’aigue trabuchiés furent.

Arches , pont , mesons , tout chaï Pour l’aive, qui si l’envaï.

N’onques le jons meus n’an feu,

Non par le vent, qu’à Troyes feu En l’an mil deux cens dix huit,

Le soir de saint .Mathé par nuit ,

Qui gita Saint Père à terre.

Onques cilz vans ne pot aquerre Tant force, pour povoir que eust,

Que au jon rien grever peust.

Dont il avint an ices termes Que sus la rivière fu fermes ,

Enracinez, et bien teingnans

Uns chasnes grans et bien veingnans.

Li vans sans cesser, sanz séjour Hurla au chasne nuit et jour.

Et li chasnes fort se maintint ;

Roide contre le vant se tint ,

G’onques ne se vost moloier.

Ne riens contre le vant ploier,

Si comme fors contre fort fait,

Chascuns viaut mener tès forfait ,

Ne nulz umilier n’i veut ;

Tant que convient que l’un plus peut.

L’autre ne pot contre le vant ,

Pour ce que trop hurla souvant.

Et souvant grans cos andurer Anvis pourroit acier durer.

Mès tant hurta li vans à bout Que le chasne arecha tout.

Tant au hurter a antandu Qu’il le ruis tout estandu An mi l’aigue trestout aval.

Le chasne an ala contreval Con vaincuz et anéautiz :

Bien c’est de sa roideur santiz.

Ausinques con il s'an aloil ,

Et l’iau contreval le menoit ,

Parsus le jon rnoriau monta :

Et cilz con humbles se douta

Tout dedans Taivc s’abaissa ,

Et par sus lui passer leissa ,

Que nulle riens il ne li griève.

Quant fu outre, le jon reliève ,

Et fut ausinc droiz con devant ;

N’i parut arrier ne qu’avant.

Et quant li chasnes l’a veliu,

Un po c’est là aresteliu.

Dist : — Jons Moriau , à moi antanl, Gommant t’i es tu ci tenus tant?

G’estoie si grans et si fiirniz ,

Si de racines bien garniz

Que .XXX. chars ne me portassent ,

Ne dix mil cheval ne m’otassent ;

Et li vans m’a si débatu,

Qu’il m’a tout adans abatu,

Tout abatu sanz relever ,

Combien qu’il me doie grever.

Conbien que si grant cuer avoie,

Et telle force an moi Savoie Qu’il me sambloit, sé tiex .vu. vant Eussent l’un l’autre an couvant A moi grever de leur povoir ,

Que seur moi n’eussint povoir.

Or voi que tant m’a l’un batu Qu’il m’a sanz lever abatu ;

Tu, cui uns hon auroit au doi ,

Tu t’i es ci tenus trestout coi ,

Que ne s’est tant le vant prisié Que t’oit areché ne brizié.

Très chetis, de néant venus, Gommant fier tu si maintenus ? »

Dist li jons: — Bien peut avenir,

Et si a bien causse pour coi.

Diférance a entre moi et toi :

Tu fus grans, et roides, et fors ;

S’as voalu montrer tun essors ,

Et contre fort fors vossis estre.

Si t’an convient maz et jus estre.

Mès Je te diré bien pour coi Ge me suis ci tenus tout coi.

Quant voi plus fort de moi venir Vers cui ge ne me doi tenir ,

N’ai pas houle de nmi baissier .

Ne par sus moi aler laissier.

Et ne me griève rien le fais :

S’uns autres vient, ansinques fais.

Quant est outre, je me reliève ,

Que nulle rien il ne me griève Ne il n’anporte dou mien rien.

Biaux ancligniers ne coste rien.

Si une onde vient, ge me rabaisse Et tout outre passer la laisse :

Ge me reliève con devant.

Et qant ge san venir le vant ,

Tantost m’ancligne contre lui.

Quant est passez relevez sui.

Quant plus est grans plus rumelic ;

Si que il ne me tormante mie.

Ensinc de l’eau , dou vant , de Tonde , Ansinc de toute rien dou monde (1)

GUILLAUME DE MACHAÜT.

Lettre à sa dame par amour ^ 1350-1377.

Mon très doulz cuer , ma très douce amour et ma très chière Dame . — J’ai fait le rondel, où vostres noms est; et le vous eusse envoie par ce message ; mais par m’ame je ne Toy onques, et n’ai mie à coustume de baillier chose, que je face, tant que je l’aie oy. Et soiez certainne que c’est Tune des bonnes choses, que je feisse passé à vi ans à mon gré. Vous me mandés que je note Vœil (2j, et que je le vous envoie. Plaise vous savoir que j’ai esté si embesongniés de faire vostre livre et sui encor, et aussi des gens du Roy, et .de mons. je duc de Bar, qui a geu en ma maison, que je n’ai pus entendre à autre chose ; mais je vous envoierai bientosl, et par certain message, ce qui est fait de vostre livre et vostre rondel aussi. Mais je vous pri, sé chier que vous m’avez, que vous ne monstrez le livre qu’à gens, qui seront trop bien de vostre cuer: et s’il y ha aucunes choses à

(1) Roi^an du Renard Contrefait. Manuscrit do la bibliothèque nationale.

(2) Titre d’une des pièces de vers de G. de Machaiilt.

corrigier, que vous y faites enseignes ; car il vous a plus que je y mette tout nostre fait : si ne say sé y met trop ou po. Quant vous arès vostre livre, si le gardés chièrement; car je n’en ai nulle copie et je seroie courreciés, s’il estoit perdus, et sé il n’estoit ou livre, où je mes toutes mes choses. Adieu, etc.— Vostre loial ami (1).

Honneur quiers, et fuis tout mal.

Fy de richesse sans honneur.

N’cst richesse, qui honneur vaille.

Ce qui soustient moy, m’onneur et ma vie Avec amours, c’estes vous, douce Dame : Long, près toudis serez, quoique nul die.

Ce qui soustient moy, m’onneur et ma vie. Et quant je vis pour vous, douce anémié , Qu’aim miex que moi, bien doi dire par m’ame. Ce que soustient moy, m’honneur et ma vie Avec amour c’estes vous douce Dame.

Lettre des Rémois au Roi Jean.-— 1361.

Au Roy nostre sire ; supplient humblement vos très humbles, loyaux subgôs, et parfaitement obéissans, tuit li habitans de vostre ville de Reins , que comme, tant pour renforcement, seurlé, garde et défense de vostre dite ville contre tous vos annemis, en faisant gros murs et crénauls, tours, tournelles , bretesches, amparement et couronnement d’icelles et des portes, en faisant pluseurs pons leveis, doubles fossés, grand nombre de chaînes, de grans engins , et de toutes manières d’autre artillerie , engaige de gens d’armes , de arbalétriers et autres soudoiers, et en pluseurs grosses chevauchées faits par pluseurs fois par les supplians contre les ennemis, comme pour pluseurs emprunts fais pour cause de vostre joyeuse délivrance.

Œuvres de C. de Machault. — Reims, 18iU.

et aussi jiour envoier deux de leurs büur'jeois eu oslages pour vous en Engleterre , la dite ville ait souffert et soustenu si grosses mises oultre tous les proufits, qu’elle a reçues d’aucuns subsides, qui li ont esté donnés par leur très redoublé seigneur monseigneur le duc de Normandie et de son auctorité, que elle est demeurée obligée par devers pluseurs singuliers personnages, tant clers comme lais, en la somme de 40,000 rojaux d’or ou environ , de quoi jamais ne se pourroit acquilier , comme elle n’ait en commun aucuns biens, rentes ne revenus, sé par vous ne li est pourveu d’aucun subside convenable, que il vous plaise de vostre benigne grâce octroier aus supplians sur chacun lot de vin, qui sera vendu à détail en la ville 4. d. P., 2 ro;^aux sur chascun muy de sel, et de toutes les denrées, qui seront jetées hors de la dite ville 12. d. de la livre, excepté le vin et le sel. Par quoy, ce qui en sera levé, sera converti en rabat et acquit desdictes debtes. Car sé vostre grâce et miséricorde ne se emploie en ce, ou en autre aide pareille, lessuplians seront gastés (ij.

EÜSTACHE DESCHAMPS,— 1570-1410.

Adieux à la ville de Reims.

Beauté, bonté, honneur et courtoisie, Noble maintien, gent corps et noble atour. Humble parler et belle compaignie Pour festoier toutes gens de valour.

Dames plaisans, garnies de doulçour,

Qui tant faictes d’onneur à estrangiers,

De grans testes et de nobles raengiers.

Pour le départ dont je souspire et plaings. Adieu te dy, noble cité de Rains.

Sur toutes dois avoir la seigneurie ;

Et quant à moy je te donne m’amour.

Tu es du Roy et du sacre embelie ;

Et si aymes ton naturel seigneur.

Ses gens aussi : mais tu portes la flour De festoier et chanter voulentiers.

(1) Varin. — Arch. adrnin. de la ville de Reims, i. iii, p. 175.

Dames, aies les cuers frans et entiers f En merciant de cuer à jointes mains,

Adieu te dy, noble cité de Rains.

On mayne en toy très noble et bonne vie r Du royaume es le droit chief et l’onnour.

Si me fait mal de toy la départie ;

Et n’aray bien jusques à mon retour.

Devers saint Lié me suis mis en destour.

Et tant corn j’ay peu voir tes clochiers,

T’ay regardé ; et par agenoulliers.

Piteusement fu de dire contrains :

Adieu te dy, noble cité de Rains.

Adieux à la ville de Troyes.

Adieu m’amour, adieu Troye en Cliampaigne, Adieu plaisant et très douce cité !

De mon départ faut que je me complaigne ;

Adieu m’amour, adieu Troye en Champaigne !

En France n’a, n’en royaume d’Espaigne Ville, que soit de tel auttorité :

Adieu m’amour, adieu Troye en Champaigne !

La Brie.

Sur tous pays de mortier et de boc- Ne se doit nulz à Brie comparer.

Que Dieux, a fait de tous biens séparer : D’y chevauchier n’est homme, qui se loe : Et en tous temps y voy gens esgarer.

Sur tous pays de mortier et de boe Ne se doit nulz à Brie comparer.

Les Champenois.

Vculz tu la congnoissaiice avoir Dos Chauipenoys, et leur nature?

IMaines gens sont, sans dccepvuir,

Qui ayment justice et droiture :

Nulz d’eulz grant estât ne procure,

Et ne puevent souffrir dangier.

S’ils ont à boire et à raangier,

Content sont de vivre en franchise :

Et ne se scevent avancier.

Toute gent n’ont pas ceste guise.

Bien veulent faire leur devoir Envers chascune créature,

Servir, sans nullui décepvoir Tous ceuls, qui ne leur font injure.

Mais qui mal leur fait, je vous jure Qu’ilz veulent leurs torfaiz vengier, Paine mettre à eux revongier,

Soient séculier ou d’église,

Sanz la riote commencier :

Toutes gens n'ont pas ceste guise (1 ).

Lettre circulaire des Arbalétriers de Sézanne, 1415.

A tous Roys, conncstables, prévost , chevaliers , confrères et compaignons du noble et gentil jeu de l’arbaleste , auxquels ces présentes lettres seront présentées , à tous autres dudit jeu et serment , qui du contenu en icelles seront advertis et auront aucunement connoissance : — Les roys, connestables, chevaliers, confrères et compaignons du jeu de Tarbaleste de la ville de Sézanne au diocèse de Troyes, à tous et à chacun de vous tant en général comme en particulier se recommandent tant et le plus humblement que ils peuvent et vous font assavoir :

Que pour l’honneur du dit jeu d’arbaleste , qui est tant noble et si plaisant que toutes créatures se doivent réjoïr d’en oïr parler, pour avoir connoissance l’un de l’autre, faire bonne chière ensemble, maintenir et soutenir le dit jeu de mieux en mieux et icelui réveiller, qui longuement a dormi, et aussi pour le réjoïssement de la paix, que Dieu nous a donnée, auquel il plaise la faire maintenir à tousjours : ils ont espérance, au plaisir de Dieu, de donner , et

(i/ (Euvres inédites d’Eustache Deschamp, s. — Reims, l849.

donneront, s’il lui plaist, en la dite ville de Sézanne audit jeu de l’arbaleste, deux petits joyaux tels et au prix qui s’ensuit :

C’est assavoir un cerf d’argent , qui aura les cornes dorées pour le premier et meilleur jouël et une biche d’argent pour le second et menre jouël, tout de la meilleure façon que l’on pourra bonnement. Les dits joyaux au prix et valeur de 8 à 9 livres T. ou environ. . . .

Si vous supplie à tous en général et particulier les deffendeurs du dit serment de la dite ville de Sézanne, et pour les causes devant dites, non mie pour valeur desdits joyaux, qui est po de chose, attendu que ce n’est jeu de convoitise , il vous plaise à venir au dit jour esbattre et jouer au dit Sézanne (et là ferons bonne chière et lie ensemble) et sur ce rescrire par le porteur de ces présentes lettres vostre bonne volonté et sceller de l’un do vos sceaux à l’une des queues pendant à ces lettres, s’il vous plaist, et vostre volonté est de venir, combien que ce ne vous lie aucunement. Et aussi nous pardonnez ce que mieux et plus sagement ne vous rescrivons et ainsi comme le jeu le requiert. Et au plaisir de Dieu une autre fois nous ferons mieux et plus grandement ; car ce n’est icy que commencement.

Et afin que vous et chacun de vous tenez les choses dessus dittes estre véritables , nous Estienne Mignot, roy , et Pierre Sorel, connestable du jeu et serment de l’arbaleste de la dite ville de Sézanne, avons mis nos sceaux et seings manuels à ces lettres, qui furent faites et escrittes le dernier jour de mois de may l’an mil quatre cent quinze (JJ.

Rôle des deffauts sur amendes de la prévosté foraine de Laon (jugeant à Reims), 1472.

Du samedi .xii. décembre. — Premier deffault est donné au procureur du roi demandeur en cas de bannissement, à l’encontre de P. Blondel, demeurant à Sillery et J. Arnoult , demeurant à Puisiex, adjournés par J. Franquet, sergent royal, pour avoir naguaires de fait , à guet et appensé poursuy, entre la ville de Rilly et la ville de Puisiex, feu J. Lallement , en

(1) Le noble et gentil jeu de l’arbaleste. — Société des bibliopl>.ih\s de Reims. — Reims, in-15.

son vivant demeurant à Sillery , icellui avoir occis et niurtry sur les chemins et voies publiques.

Du .XIX. mars. — Veue l’informacion préparatoire faite à l’encontre de G. Lallement , demeurant à Reims, pour avoir assisté et été avec Pernet-Gabé, sergent royal , et Colesson- Goulin , archier du connestable, en l'ostel de messire Simon Audry, diacre , chanoine de Saint-Symphorien de Reins , de propos délibéré, de nuyt et hors heure, où lesdits P. Gabet et G. Goulin battirent très vilainement à sang et à playe ledit me Simon , rompirent son huys et firent de grans violences. . . . fl).

Statistique de Reims en 1482.

En l’an 1482, au mois de may , ont fit inventaire des vivres de la ville de Reims, et fut trouvé en grains ce qui ensuit.

— Froment 2510 septiers. — Sègle 5090 sepliers, 2 quartels.

— Dans les 12 paroisses de la ville on nombra 10,078 personnes , sans les misérables et pauvres personnes cherchants leur vie , qui étaient plus de 2000, et qui journellement croissoient , et sans les habitans des villages de 4 ou 6 lieues à l’environ de la ville, qui estoient en plus grand nombre que les habitants , lesquels n’avoient alors que très peu de pain et de grain. Et la ville n’en donnoit point aux villageois, par ce qu’il étoit évident qu’il n’y en avoit pas assez pour atteindre au nouveau et qu’on était obligé de chercher ailleurs f2).

Extrait des registres de l’échevinage de Reims , — 1492 (2).

Du lundi xixe de novembre m. une. imxx, xii. — Par les élus, par le conseil, veue la visitation du lieux où est besoin avoir estoez et cheynes, conclud est que devant l’uys .G. Dudin soient mis .11. estocs; à l’uys .m. Gérard près de Dieu-ly-Mire .ii. estocs etc.

(1) Archiv. législ. de la ville de Reims. —Vatin, t. i, p. 5.51.

(2) Mémoire daté du lO may 1482, signé Denys Le Doutcllÿer, greflier do la ville. — Variii : statuts, t. i, [i. 709.

Que la cheyne estant au dessus de la maison Noël, en la grande maison sainct Thyraothiue, soit ostié et mise ailleurs.

Que on mette pavais et picques ès lieux, où il y a cheynes, autant qu’il se pourront extendre.

Que M. le lieutenant procure et commette gens à la garde du chastel, ainsi que on a accoustumé, sans avoir regard au roole baillé par le receveur de Mgr de Reims, des personnes y nommées par les gens dudit seigneur pour la garde dudit chateau.

Que l’on renouvelle les clefs et gardes des serrures de chacune porte de la ville.

Soit visitée rue de Molins et Frechambault et les poternes du Jard et de Porte à Vesle.

Commandé a esté à ceulx de chapitre qu’ils aient molins à bras.

La porte Frichambault n’est point seure ; et fault mettre le pont levis à la porte du boulevard et pour la garde fault pavais et picques.

Le Mystère de la Passion à Reims, 1530.

2t Septembre. — Supplient humblement J. Chiertemps

tous bourgeois, praticiens et marchans d’icelle ville, — comme environ sont treize ans par bons advis et meure délibération des bons et notables personnaiges, manans et habitans d’icelle ville, eust été advisé et conclud de faire jouer par personnaiges le très hault mistère de la Saincte Passion de N, S. afin d’en avoir bonne et vraye commémoration à l’honneur de Dieu et au salut des âmes d’un chacun — et si toutesfois avoit esté délaissé et différé pour à cause de la grande stérilité de biens, qui survint lors, et mortalité, et guerre, et soit ainsy en la mercy bonté et clémence divine que présentement nous soyons en paix, la ville et pays purgé d’infection de peste, et soit le povre peuple en repos , et que tous bons chrestiens désirent affectueusement et appelent veoir et oïr icelui sacré mystères fiuy ne fut, sont quarente ans passés, joué en cesle ville ; tellement que la mémoire en est quasi passée : — qu’il vous plaise leur permettre faire jouer icelui mystère au lieu accoustumé, ou autre qu’il vous plaira, et

(1) Varin.— Archives législatives de la ville de Reims. 2e Partie. Statuts, lei'vol. p. <S45.

offrent le tout fournir et frayer à leurs despens , moyennant quelque petite somme de deniers, qu’ils pourront prendre des assistants, selon votre adris, ou s’il vous plaist à freis et deniers communs d’icelle ville ; ils offrent leurs corps et biens et tout leur petit povoir employer à vostre service pour le bon amour et grant affection, qu’ils ont au dit divin mystère. — Et vous ferez ung œuvre louable à l’honneur de Dieu et très charitable au bon pueple.

Conclud a esté que, la requeste cy dessus veue par le conseil, les supplions pourront jouer ou faire jouer le saint mystère de la Passion à leurs frais, et despens, périls, et fortunes : et si leur a esté octroyé par le conseil, entant que touche la ville, qu’ils puissent lever quelques deniers raisonnables sur ceulx, qui la vouldront veoir , pourveu toutesfois que les supplions feront jouer le dit mystère bien et honnestement tant à l'honneur de Dieu, de la ville, qu’à l’exemple du pueple, en manière que scandalle n’en puisse venir ne deshonneur à la ville (1).

Mémoires de Jehan Pussot. 1577-1620 (2),

Le vie jour de juin 1677, jour de la Feste-Dieu et de saint Claude, à heure de midy, fut nés nostre fils quatrième enfant; lequel fut baptisé sur les fonts en l’église Sainct-Jacques de Reims, par me Raoul Luillier l’un des chapelains, et fut nommé par mon oncle Claude Pussot et Alison Draveny sa femme, Claude.

En ce temps ce pays estoit bien paicible et exempt de gensdarmeries. Touteffois y avoit guerre à l’entour de la Roch (elle) pour le fait de la religion : et monsieur d’Alençon estoit en bonne amitié avec le roy son frère.

11 ne fut que bien peu de vin à cause des froydures, qui furent grandes ès moys de mav et juin, tellement qu’il valloit à la vendange 50 liv. T. la queue et augmentant de là en avant jusques environ les Avants pour le haulsernent des monnoyes

fl) Vil. Registre des Conclusions des Conseils de la ville <le Reims. — Archiv. d»î Reims.

(2i Manuscrit de la bibliothèque de Reims.

Reims. — 1600-1630.

Vers de René de la Chèze (1).

Ne l’esbranle jamais pour un mal , qui t’arrive.

Le ciel ne rit toujours au gré de nos désirs.

Tel a passé les flots, qui se noyé à la rive ;

.Et les maux sont souvent la fin de nos plaisirs.

La fortune promet ses faveurs au plus brave ;

Mais en vain pour la prendre il tend mille filets : C’est la fille d’un grand, qui chérit un esclave Et souvent s’abandonne aux plus simples valets.

Tel est un bel esprit et fils d’un pauvre père.

Qu’on tient fol au regard d’un riche moins savant ; Aujourd’hui la vertu n’est qu’une pauvre mère.

Qui n’a plus le moyen d’élever son enfant.

L’homme ne se peut dire heureux avant qu’il meure. Encor moins malheureux en ce siècle imparfait ;

Car pour le peu de temps, qu’il y fait sa demeure ,

Il na pas le loisir de juger ce qu’il est.

Dans nos calamités, les amis plus fidèles Nagent entre deux eaux ainsi que des poissons.

Les amis de ce temps ce sont des hirondelles ,

Qui s’approchent de nous au temps de nos moissons.

Si ton ame est au ciel par son Dieu rappelée. Chemine sans regret, quoique jeune, à la mort:

Le grain tost renfermé ne craint plus la gelée,

Ny la nef un rocher, quand elle est dans le port.

(1) Il y a longtemps que la littérature champenoise , que la prose de notre province ne sont autres que celles de la France. Nous ne chercherons donc plus à multiplier les citations : chacun peut faire sans peine le travail, qui nous restait à faire. Mais nous n’avons pu résister à la patriotriquc vanité de montrer ce que quelques enfants de la Champagne surent faire de notre langue nationale.

L’eau, qui coule et s’enfuit, en la mer se retrouve; L’oyseau, qui prend l’essor, retourne vers le poing.

Le feu, qui semble esteint, sous la cendre se couve : Mais le renom perdu ne se recouvre point.

Ce monde est un collège, où l’homme fait ses classes : La faveur et le temps en sont les deus régens.

Mais ceux, que la faveur eslève aux riches places,

Le temps souvent les range au banc des indîgens.

L’un est riche en vertus, l’autre en trésors est riche; Mais les biens de l’esprit passent les riches dons.

L’un est un champ fécond, l’autre une terre en friche ; L’un produit le bon grain et l’autre les chardons.

Le monde est une mer tousjours grosse d’orage ;

Les vents de nos désirs nous flattent sur le bord.

Et si nostre raison ne prévoit le naufrage,

Les flots de nos plaisirs nous noyent dans le port (1).

Jean de Lafontaine, né à Château-Thierry en Brie. Philémon et Baucis.

Ni l’or , ni la grandeur ne nous rendent heureux :

Ces deux Divinités n’accordent à nos vœux

Que des biens peu certains, qu’un plaisir peu tranquille ,

Des soucis dévorants c’est l’éternel asyle,

Véritable vautour , que le fils de Japet Représente enchaîné sur son triste sommet.

L’humble toit est exempt d’un tribut si funeste ;

Le Sage y vit en paix , et méprise le reste.

Content de ses douceurs , errant parmi les bois ,

11 regarde à ses pieds les favoris des Rois ;

11 lit au front de ceux, qu’un vain luxe environne.

Que la fortune vend ce qu’on croit qu’elle donne. Âpproche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour.

Rien ne trouble sa fin ; c’est le soir d’un beau jour.

(1) Les tableaux raccourcis de la vie humaine par Rénc de la Chaise. — Rheims, 1030. Ce littérateur rémois mérite mieux que l’oubli dans lequel il est tombé,

Epitaphe de l’auteur.

Jean s’«n alla comme il était venu, Mangeant son fonds avec son revenu, Croyant trésor chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien sut le dépenser: Deux parts en fit , dont il souloit passer, L’une à dormir, et l’autre à ne rien faire.

Le Chêne et le Roseau,

Le Chêne un jour dit au Roseau ;

— Vous avez bien sujet d’accuser la nature ;

Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.

Le moindre vent, qui d’aventure Fait rider la face de l’eau ,

Vous oblige à baisser la tête :

Cependant que mon front , au Caucase pareil ,

Non content d^arrêter les rayons du soleil ,

Brave l’effort de la tempête.

Tout vous est aquilon ; tout me semble zéphir. Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage,

Dont je couvre le voisinage,

Vous n’auriez pas tant à souffrir ;

Je vous défendrois de l’orage :

xMais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent.

La nature envers vous me semble bien injuste. »

— Vostre compassion , lui répondit l’arbuste ,

Part d’un bon naturel : mais quittez ce souci.

Les vents me sont moins qu’à vous redoutables;

Je plie , et ue romps pas. Vous avez jusqu’ici Contre leurs coups épouvantables Résisté sans courber le dos ;

Mais attendons la fin. — Comme il disoit ces mots. Du bout de l’horison accourt avec furie Le plus terrible des enfans,

Que le nord eût porté jusques-là dans ses flancs. L’Arbre tient bon , le Roseau plie :

Le vent redouble ses efforts ,

Et fait si bien qu’il déracine

Celui, de qui la tête au ciel était voisine,

Et dont les pieds touchoient à l’empire des morts (1^ .

Jean Racine, né à la Ferté-Milon.

Aïhalie : Chœur du 1er acte. — 1G91.

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