L’ÊPITRE DE MONSIEUR SAINT ESTIENNE
Telle qu’elle fut chantée à Reims jusqu’à la fin du XVn^ siècle.
Vous entendez à ce sermon,
Et clercs et lays tous environ ;
Conter vous veux la passion De saint Etienne le Baron ,
Comment et par quel méprison
Le lapidèrent les félons
Pour Jésus*Christ et pour son nom :
Le sçaurez bien en la leçon.
lectio Actuum Apostolorum.
Cette leçon, que cy vous list , Saint Luc s’appelle, qui la list, L’un des apostres Jésus-Christ :
Le saint Esprit si lui apprist.
In diebus illis.
Ce fut en un jour de pitié,
En temps de grâce et de bonté ,
Que Dieu par sa grant charité Receut mort pour chrétienté ,
En iceux jours bien eurez Les apôtres de Dieu aimez ,
Ont Saint Etienne ordonné Pour prêcher foy et vérité.
Slephanus plenus gratiâ et fortitudine faciebat prodigia et signa magna in populo.
Saint Etienne, dont je vous chante ,
Plein de grâce et de vertu grande Faisait au peuple raescréant Miracles grands en Dieu preschant Et chrestienté annonçant.
Surrexerunt autem quidam de synagogâ , quœ appellabalur Libertinorum et Cyreneojum, et Alexandrinorum, et eorum, qui erant à Ciliciâ et Asiây disputantes cum Stephano.
Les Pharisiens l’ont renoncé ,
Qui de la loy sont plus prisez ;
Vers le martyr sont adrescez,
A luy disputent touts irés.
Et non poterant resistere sapientiæ et spirifui , qui loquebntur.
Saint Estienne rien ne doutoit ;
Le fils de Dieu le confortoit.
Le Saint Esprit à lui parloit ,
Qui ce, qu’il dit, lui enseignoit.
Au grand sens , qu’il luy inspiroit ,
Nul d’eux résister n’y pouvoit.
Âudientes autem hæc, dissecabantur cordibus suis et stridebant dentibus in eum.
Quant ce ouyt la pute gent ,
Du deuil ont nioui le cuer dolent.
Tant leur supporte mautalent ,
Qu’ensemble grinçoient les j dents,
C.um autem esset Stephanus plenus Spiritu sancto, intendem in cœlumy vidit gloriam Dei et Jesum stantem à dextrh virtutis Dei et ait :
Or entendez du saint martyr !
Quand il fut plein du saint Esprit ,
Regarde en haut et voit partir Le ciel sur lui à s’ouvrir ,
La gloire de Dieu à venir ;
Dont de parler ne peut tenir.
Ecce video cœlos apertos et Filiurn hominis stantem a dexlris virtutis Dei !
La gloire voy notre Seigneur Et de Jésus Christ mon sauveur ,
A la dextre mon créateur.
Or ay grande joie sans douleur ;
Car je vois ce que j’adeur,
Qui est loyer de mon labeur.
Exclamantes autem voce magna, continuerunt aures suas et impetum fecerunt unanimiter in eum.
Quand du fils de Dieu ouyrent parler Tout commencèrent à forcener ,
Les oreilles à étoupper :
Plus ne le peuvent escouter.
Assaut lui font pour le tuer.
Et les attend comme franc chevalier :
Bien peut soulfrir et endurer,
Qui voit Dieu, qui le veut sauver.
Et ejicicientes eum extra civitalern , lapidabant.
Dehors les murs de la cité Ont le martyr trait et jeté.
L’a l’ont les félons lapidé,
Qui ofteques n’en eurent pitié.
Et testes deposuerunt vestimenta sua secus pedes adolescentis, qui voeabatur Saülus.
Pour mieux faire délivrement,
Ont dépouillé leur vêtement Au pied du varlet, qui les attent :
G’étoit Saül, qui tant de tourment Fit puis à Chrétienne gent.
Dieu le rappela doucement ;
Puis fut il sauf tout voirement.
Et lapidabant Stephanum invocantem et dicentem :
A donc lui font moult grand assaut,
Le lapident. Ne lui en chaut ;
Tend ses mains et ses yeux en haut,
Prie à Dieu, qui aux siens ne faut.
Domine Jesu, suscipe spiritum meum.
Sire Jésus, que je désir,
Qui m’as ce tourment fait souffrir,
Dès ores reçois mon esprit,
Que je veuille à toy parvenir.
Posilis aulem genibus, clamavit voce magna, dicens :
Or le saint de grande amitié Ses ennemis fait semblant lié ;
Plie les genoux par pitié Et pour eux tous a Dieu prié.
Domine Jesu Christe, ne statuas illis hoc peccaturn ;
Sire Jésus, en tes mains sont La justice et ceux, qui meffont.
Pardonne leur, Père très bon ;
Car ils ne sçavent ce qu’ils font.
Et rùm hoc dixisset , obdorrnivit in Domino :
Quand il eust ol dit tout son plaisir,
Fait semblant qu’il veuille dormir.
Clôt ses yeux et rend son esprit.
Dieu le reçoit à lui servir.
Or prions tous le Saint Martyr Qu’il nous doint si bien survenir Que nous puissions tous bien mourir Et au règne Dieu parvenir (1).
Amen.