‹ Recherches sur l'histoire du langage et des patois de ChampagneChapitre 39 sur 39 · IG · texte numérisé non relu

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Puisque mou garçon étouait maur mô et qu’il est ressuscileye: il étouait perdu, et il est r’trouveye.

Il ont donc fait des bonnes bouss’tifailles. Pendant ç’temps là r pu vieux d’ ces deus affants, qu’étouoit aux champs, ai r’venu. Quand il ai étéye d’vé la maison , il ai attendu 1’ son des instrouiments, 1’ brû des s’teux, qui dansié.

Il ai appelleye queuqu-z’ un , et pis il ai d’mandé quoi ç’ n’aouoit — en ly ai répondu qu’ c’éiouoit pa ç’ que sou frère étouoit r’v’nu , qu’ sou père aouoit fait touer 1’ viot gras pas ç’ qu’il étouoit trop content de reoir son garçon biey portatif.

Ça l’ai fachi si fort qu’ n’ voulouoit pu rentrer cheuz eux. Son père ai toussuite sourtu pou ly dire ed v’ni.

Il y ai répondu : — V’ia dréja lontemps qu’ech vous serve : je n’ v’a Jamais désobéi dans riey drè qu’ vous m’avez qu’mandéye ; et pou tout’ récompense j’ n’a jamais riey yeu, pas tant seul’mâ in p’lit cabri pou m’ réjoui aveuz mes camarates. Au lieu qu’ vot autfi, qu’ai mengi tortout sou biey aveu les femmes de riey, ai tortout ce ç’ gn’é bon à la mison.

Sou père li ai répondu : — V’avez toujou éteye aveu mi , et ceç’ que j'a , c’é aussi benne à vous qu’à mi. Y fallouoit benne faire enne boustifaille et pis nous réjoui pouisque vot’ frère étouoit môr et qu’il est ressussiteye , il étouoit perdu et il é r’trouveye (1).

Phrases diverses empruntées au patois de Sommepy.

Nous autes laboureuye y faut qu’onz eu soin ed tortout. Si on z’est pou faire in voyache, y faut appelleye ell’ domestique et pi li dire: — ai tu mie la mauille ed grain dans les sacs? ai tu mis les paumes et pi les paumillons ed cotèye? ai tu appretaye ell’ chair? ai tu sougni 1’ ch’fau ? li ai tu laveye les pieds dans la glauille ?

Eh benne ! mets ta roche et tâche ed benne vâte mou fromâ et pi mou soile. Et pi ed’main , mès que tou soit er’venu , t’appretreye les bignots, l’airse, et pi la grosse chairue. Tu sais benne equ’ j’avans des rouilles à faire.

fl) Tous les éléments de ce chapitre nous sont envoyés par M. l’abbé Voisembert, curé de Sommepy,

N’oblie ini d’em rappaurteye, ce ç’ qu’ich’ t’a dréja qu’mandéye , in estrinque ou ine cllfue , in pallon ou in ech’touire , in hoiot, in requiot, ( tache qu’ n’ soit mi corblu , ) in flayot, in ramon , in platlet , in choufllot, in pelon avec le couvercieau, enne raselte , enne ragusette , enne brousse , des epâs pou melt’ lâmie, in crama; in caurnet , et queuque beuzons d’auilles.

Y m’ faut étout des chum’nons , in vaillin , des drangries , du rigolet, des prougnots, des caillots, des caurennes , du savlon.

Si gn’ai des balosses, t’â rappaurtereye étout. Tou sais benne equ’ j’aime biey, casser les caquillons , qui sont eddans , et qu'ich’ n’haï mi les pouillettes,

Quiés! v’ia qu’ ich’ pense au prome à ma fouaine : y m’a faut portant yeune. Allons! prends ta courgie et pi vas-l-à.

Allons I J’a tout plein à queude anue : eclT vas laveye mes mains dans V déjeuneye , qu’ est dans V glassoi. C’mâ ça

qu’ el paurjon n’est mi aco à la soupe ? Il est portant loi

aveu du fileye. — Appaurt’ mou mou guinquiot et mou susiot, ta cotte, tou jaoson , ta purette à côrset, ta banette , tou bounet, tou calot. — Tortout s’rai fini pou la nutie. Vas m’ qu’ri des agrapius, des pourplettes et pi enne blouque.

Quand t’ areu in pau mal à la jau! y n’ fait mi tant d’ vât! n’eus mi peuye ! marche.

Tes doïles ed faisons mal? Teu n’ t’â plaindeu mi t’ à

l’eure, quand tou joueu aveu des équergnots. Allons ! enn’

fais mi tant d’ marances.

Tou véreye nous qu’ri d’ la grouette ed viot por nous soiipeye. Et quand tou mettreyc la taie , tou n’oublierai mi V câbot pou éteinde not’ chandelle (1).

Allons, av’nez, ma Ninie. Qu’est-ce qui v’ai mis du naiia dans vot’ banban? C’eye au moins éleye 1’ Nonnon. — i\’ez bon la vot’ tutute. — Allons joujoute au daiidan : vous oirez les biots pâpâs. — Y n’ faut mi equ’ vous marchess , piss’ v’ avez du bôbô à vos pilots. — Allons, donnez vos minoltos. — Quoi ç’ vous mangez, ma chatte? c’est du ba-

(1) Celt'* l’onversatiun parait avuic lieu entre une mère- cl son enfant.

bâqiie 1 C’a vous fereye mal à vos biquas : y sont déjà assez douilles. — Regardez don la belle cacaille. Ouvrez don vos p’tits nunueyes : vous n’ pouvez pu? Et benne, av’nez faire naiuéye dans V bon dâdo (1).

Mou ouvrage est finite mi : Et ti , tou ouvrache est elle faite ?

— Elle est finite étout, benne aco in moument. Et mès que y soit passeye , ech’ tou donnera yauque. Pe-tête equ’ ça nâ s’rai mi ce ç’ qu’ tou vaureu biey. Mais passi li , â nallant p’ d’vé ç’ marchant d’ lives la, t’arai ed quoi choisir.

Entrans : abaud’ don in pau. — V’ia V maite la bas : vas r qu’ri. Mi, ech’ ress’ toutla.

— Quoiss’ tou dis? equ’ j’y vasse? mais nou moi la; j’en’ veux mi.

— Ecoute 1 tou ly dirai barma comme n’a : — Moussieu... equ’ tou m’ fais dou assotir ed toujou clamer comm’ n’a!

Ton n’ ouois don mi clair? eh benne! ech’ vas t’ lumer. Mais qu’mâ ça qu’ tu quele toujou ? Tou n’ fais qu’ gaviner.

J’ su odeye.

— Tou su c’orant ! bé, viez d’ couchi benne vite. Ai tu faim? Oh! comme tou maquilles. Laisse tou pain tout la. Quiez, v’ia tou bounet. Atfules-tu ! mais tou croule! — C’est t’i que t’ai froid? J’ vas ravorilli 1’ feuye pou qu’ bon-zé chaud. Couche-tu : enn’ tou déganle mi. — Comme tou v’ia oiffi ! J’enn’ t’a portant mi dégatilli. Allons dors vitemâ !

Verbes Être et Avoir.

J’ su. — Je suis.

Tüu su. — Tu es.

U est. — Il est.

J’ élans. — Nous sommes.

V’ élez. — Vous êtes.

Y sont. — Ils sont.

J’ s’ra. — Je serai.

Tou s'rai. — Tu seras.

Y s’rai. — Il sera.

J’ s’rans. — Nous serons.

Vous s’rcz. — Vous serez.

Y s’ront. — Ils seront.

(I) Ces propos s’adressent à un enfant en bas âge.

J’éteu. — J’étais.

T’ éteus. — Tu étais.

11 étouoit. — Il était.

J’ équiez. — Nous étions.

Y’ équiez. — Vous étiez.

Il équiez. — Us étaient.

J’a éteye. — J’ai été.

J’a. — J’ai.

T’ ai, t’é. — Tu as.

Il ai, il é. — 11 a.

J’ avans. — Nous avons.

Y’ avez. — Vous avez.

11 ont. — Ils ont.

J’aveu. — J’avais.

T’ aveu . — Tu avais.

11 aouoit. — Il avait.

J’areu. — J’aurais.

T’areus. — Tu aurais.

Il arouoit. — 11 aurait.

J'ariez. — Nous aurions.

Y’ ariez. — Vous auriez.

11 ariet. — Ils auraient.

J’ s’reu. — Je serais.

Tou s’reu. — Tu serais.

Y s’rouoit. — U serait.

J’ seriez. — Nous serions.

Vous seriez. — Vous seriez.

Y seriet. — Us seraient.

J’areu étaye. — J’aurais été.

J’ aviez. — Nous avions.

V’ aviez. — Vous aviez.

11 aviet. — Us avaient.

J’ara. — J’aurai.

T’ arai. — Tu auras.

11 arai. — U aura.

J’ arans. — Nous aurons.

V’ arez. — Vous aurez.

Il aront. — Us auront.

Qu’ j’eus. — Que j’aie.

Que t'eus. — Que tu aies.

Qu’il eut. — Qu’il ait.

Il a yeu. — U a eu.

J’avons yeu. — Nous avons eu.

GLOSSAIRE

A, an. — En.

Abrassi. — Embrasser.

Abaud’ don. — Regarde donc.

Aco. — Encore.

Allant. — Enfant.

Affuleye. — Coiffer.

Agagi. — Engager, louer.

Agniot. — Anneau.

Agrapin, — Agrafe.

Âirse. — Herse.

Anue. — Aujourd’hui.

Appeleye. — Appeler.

Appretaye. — Apprêter.

Assotir. — impatienter.

Auille. — Oie.

Auprome. — Seulement , de suite.

Aute. —

Autre.

Aveu, aveaz. — Avec.

Avoyé. — Envoyé.

Babaque. — C*est sale.

Balosse. — Prune.

Banban. — Tablier.

Banette. — Tablier.

Barmo corn’ n’a. — Bien comme ça.

Bennon. — Bien.

Beuzon. — Plume.

Biey. — Bien.

Bignot. — Binette.

Biquas. — Dents.

Blouque. — Boucle.

Brousse. — Brosse.

Cabot. — Eteiguoire.

Cacaille. — Lune.

Caillot. — Noix.

Calot. -- Serre -tôle.

Caraarate. — Camarade.

Caquillons. — Noyaux.

Caurenne. — Noisette.

Chair. — Char, voiture.

Chairue. — Charrue.

Char. — Chair, viande.

Cheu, cheuz. — Chez.

Ch’faii. — Cheval.

Choufflot. — Soufflet.

Chum’non. — Chenet.

Clamer. — Crier.

Clifue. — Seringue.

C’mâ. — Comment.

Conter. — Contre.

Corblu. — Courbé.

Coteye. — Côté.

Cotte. ■— Robe.

Coubenne. — Combien.

Courgie. — Fouet.

Couri, il ai. — 11 a couru Couverciot. — Couvercle.

Crama. — Crémaillère.

Croler. — Trembler.

Dado. — Lit, coucher.

Dandan. — Eglise.

De. — Te.

Déganter. — Tirer de cachette .

Dégaliller. — Châtouiller.

Doiles. — Doigts de pied .

Douille. — Sensible.

Douvreuye, je. — Je devrais.

Drangries. — Dragées.

Drè. — Dès.

Dréjà. — Déjà.

D’vé. — Vers.

Ech, eche. — Je.

Ech’touire. — Pelle.

Ed. ~ De.

Eir. — Le.

Emusse. — Emue.

Enne. — Une.

Epas. — Marche.

Eque. — Que.

Equergnots. — Hannetons.

Ervié, il. — Il revient.

Estringue. — Seringue.

Eteinde. — Eteindre.

Eus. — Leur.

Fileye. — Fil.

Flayot. — Fléau.

Fouaine. — Fourche en fer.

Fourmâ. — Froment.

Gâches. — Gages.

Gaviner. — Pleurer.

Glassoi. — Evier.

Glauille. — Mare d’eau.

Grouette. — foie.

Guinquiot. — Etui.

In, ein. — Un.

Jau. — Joue.

Joueus, tu. — Tu jouais, Joujoute, aller. — Aller promener.

Lâmie. — Devant la porte.

Laveye, — Laver.

Leuz. — Leur.

Long. — Loing.

Lu. — Lui.

Lumer. — Eclairer .

Luye. — Lui.

Pou. — Pour.

Mangi. — Mangé.

Pouillette. — Amande.

Mangeans. — Mangeons.

Peuisque. — Puisque.

Marance. — Manière.

Première. — Première.

MaurGIler. — Mâcher.

Prougnots. — Pruneaux.

Mauille. — Tas.

Pu, pus. — Plus.

Mèsque. — Pourvu que, dès

Purette. — Vêtement simple.

que.

Queler. — Pleurer.

Mi. — Moi. — Ne, pas.

Queude. — Coudre.

Mie, as tu. — As-tu mis.

Queuque. — Quelques.

.Minettes. — Petites mains.

Quiés. — Tiens.

Mori. — Mourir.

Qu’manci. — Commencé.

Mou. — Mon.

Qu’ri. — Appeler.

Maineye. — Aller.

Raboureuye. — Laboureur.

Nana. — Pain.

Ragusette. — Pierre à repasser.

Nonnon. — Monsieur.

Ramasseye. — Ramasser.

Nouraoi. — Non pas.

Ramon. — Balai.

Nunueyes. — Yeux.

Rasette. — Tasse de bois.

Nutie. — Nuit.

Rauille. — Sillon.

Oder. — Fatiguer.

Ravoriller. — Remuer le feu.

Oiffi. — Essoufflé.

Recrant. — Fatigué.

Ouois, tu. — Tu vois.

Regallans-nous. — Régaloms-

Ouvrache. — Ouvrage.

nous.

Pâ. — Par.

Réquiot. — Rateau.

Pâ dret. — Du côté, vers.

Riey. — Rien.

Paîlon. — Pelle.

Rigolet. — Réglisse.,

Pâpâs. — ■ Images.

Roche. — Sarrau.

Partaiche. — Partage.

Sav’lon. — Savon.

Passi ti. — Comme tu dis.

Saurtu. — Sorti.

Pau. — Peu.

Sentu. — Senti.

Paumes. — Épis.

Seulmâ. — Seulement.

Paumillons. — Petits épis.

Si gn’ai. — S’il y a.

Paurjon. — Poireau.

Soile. — Seigle.

Paurplette.— Porte d’agrafe.

Sou. — Son.

Péchi. — Péché.

Souite. — Suite.

Pelon. — Poêlon.

Soupeye. — Souper.

Petete. — Peut-être.

Souyé. — Soulier.

Peuye. — Peur.

Steux. — Ceux-là.

Pilot. — Pied.

Susiot. — Ciseau.

Pis. — Puis.

Taie. — Table.

Plaindeu, je m’. — Je me plai-

Ti. — Toi.

gnais.

Tortout. — Tout.

Por. — Pour.

Tou. — Ton.

Portatif. — Portant.

Toujou. — Toujours.

Portant. — Pourtant,

Toula. — Ici, là.

Tutute. — Mouchoir.

Vaillin. — Pelle k feu. Vasse, quej’. — Que j’aille.

Vat. — Vaut.

Vâte. — Vendre.

Vaureu, lu. — Tu voudrais.

Vereye, tu. — Tu iras.

V’ui, — Venir,

Volu. — Voulu.

Voyache. — Voyage.

Yauque. — Quelque chose.

Yeun, yeune. — Un, une.

Résumé des remarques de Grosletj sur le langage encore usité à Troyes dans le XVIH^ siècle.

A. — De. Le champ à Pierre.

Abre. — Arbre.

Adres. — Ardres.

Ain, aine. — Un, une.

An. — On.

Bénin, pain. — Pain béni.

Berbis. — Brebis.

Berlan. — Brelan.

Bregier. — Berger.

Chemi. — Chemin.

Coutuzière. — Couturière. La lettre R au milieu des mois se prononçait comme le Z. Ecuzie. — Ecurie.

Ein. — Un.

En. — On.

Ergarder. — Regarder.

Fourvoyer. — Fourvoyer.

Fremer. — Fermer.

Fusin. — Fusil.

Guille. — Quille.

Mairosse. — La femme du maire.

Maîtresse. — Maîtresse Mati. — Matin.

Modre. — Mordre.

Neyer. — Noyer.

Odre. — Ordre.

Pauvresse. — Pauvresse.

Pedre. — Perdre.

Persin. — Persil,

Persoir. — Pressoir.

Perter. — Prêter.

Pleyer. — Ploier.

Preutir. — Pétrir.

Que. — Tant que , tellement que. — Pourvu que, dès que.

Raidosse. — Rudesse.

Récuzer. — Récurer.

Reraanger. — On se sert souvent en Champagne de la répétition des mots : ainsi on dit j’ai mangé et reraangeras-tu. — J’ai bu et reboirastu. — Dans le poème de Growestein, écrit en patois de Possesse, on trouve: je — l’as prouvei ; prouve! je l’as.

Remin, saint. — Saint Remi.

Reviennent, ils. — Tous les verbes recevaient la désinence en ont à la 5e personne du pluriel.

Ruion. — Petite rue. La syllabe on mise à la fin des mots était un signe de diminutif.

Suillon. — Petit seau.

Vion. — Petite voie.

Notes sur la prononciation conservée dans les communes de Gourgançon , Semoine et Salon , situées dans le canton de SézannCy arrondissement d’Epernay {Marne).

Mèze. Mère.

Pèze. — Père.

Pant. — Pont.

Agnan. — Oignon.

Fendre. — Fondre.

Fondre. — Fendre.

Dia. — Diable, Taie. — Table.

Élazer. — Écraser.

Couto. — Couteau.

J’ons. — J’ai, nous avons.

J’avions. — Nous avions.

J’alliains. — J’allais.

Je veniains. — Je venais.

Frèze. — Frère.

An. — On.

Fis du I*r Volume.

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