‹ Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Égypte [microform]Chapitre 16 sur 31 · Hiéroglyphique " V' ^ ifce/if, cynocéphale · texte numérisé non relu

Hiéroglyphique " V' ^ ifce/if, cynocéphale

Sanscrit feapi, singe.

Hébreu ?]1p gôf, singe.

Grec y.rjjvoç, singe.

Latin cepus, singe.

Allemand Affe, singe.

Cette concordance ne saurait être expliquée d'une manière raisonnable que par la supposition que les noms sont mis en circulation contemporainement avec les marchandises dont ils étaient les représentants. On est donc autor risé à présumer que les peuples qui employaient les mêmes dénominations avaient été en contact immédiat, du moins

Ernian, Àgt/pfische Grammatik, p. 41.

en rapport commercial les uns avec les autres. Le pays situé au détroit de Bab-el-Mandeb, surtout sur la côte arabique, était la localité où les Egyptiens, les Sémites et les Indiens pouvaient le plus facilement se rencontrer. Le centre du commerce universel aurait été là; là les marchandises auraient reçu leurs noms internationaux. H y a de bonnes raisons pour croire que les Phéniciens qui dans l'antiquité étaient le peuple principal du commerce jouaient ce même rôle particulier comme intermédiaires dans le commerce de la mer rouge dont le pays de Pun était le centre et l'entrepôt. Après la transmigration dans leur nouvelle patrie, la Phénicie sur la côte syrienne, alors qu'ils dirigeaient le commerce sur la Méditerranée, ils apportaient simultanément les marchandises et leurs noms au monde grec et européen en général.

A cet endroit il est suffisant d'avoir constaté l'identité des noms de marchandises, et il n'importe pas de savoir le temps ou le pays de leur origine. Cependant, la question est de quelque intérêt pour l'histoire du commerce, et je ne veux pas la passer sans en dire un mot. Quant au noni de l'ivoire l'illustre indiologue Chr. Lassen a dit^: "Es wâre auffallend, wenn zwei so âhnliche Wôrter wie ibha und ébu fiir dasselbe Thier in zwei so verschiedenen Sprachen wie dem Sanskrit und dem Aegyptischén unabhângig von einander entstanden seyn sollten", et il termine la discussion par la conclusion que le nom avait son origine dans le Sanscrit. Pour moi, ce n'est guère possible, car le nom de l'éléphant ah ou eh, p. ex. dans le nom de

Christian Lassen, Indisclie Alterthumshunde, I, 323 s.

la ville d'Eléphantine, était en usage parmi les Egyptiens déjà dans l'ancien empire, c'est-à-dire dans le troisième millénaire a. J. C, ainsi avant l'immigration des Indiens dans les Indes, ou en d'autres mots avant le temps qu'ils aient pu prendre part dans le commerce dont il est question ici. Le cas est tout à fait le même relativement au mot kefu, cynocéphale, en Sanscrit hapi. Les Egyptiens employaient le mot Kefu, au masculin comme nom d'homme, et Keft, au féminin comme nom de femme déjà environ 2350 a. J. C.i et environ 2160 a. J. G. 2; il n'y a aucun doute possible, car le nom est souvent déterminé par la figure distincte d'un singe ^. Il est donc fortement probable qu'au moins les noms pour l'ivoire et. le singe kef ont une origine égyptienne, à .moins que l'on ne préfère statueiqu'ils appartenaient déjà originellement à la langue des Aborigènes indiens et plus tard furent empruntés par le Sanscrit. Hélas, le plus petit des problèmes soulève quelquefois une foule de doutes et nous laisse dans une incertitude inquiétante!

Je viens de dh*e que les Phéniciens probablement étaient les intermédiaires du commerce sur la mer rouge. Or, Hérodote raconte I, 1 et plus tard VII, 89, que les Phéniciens anciennement sont venus de la Mer érythrée dans la Méditerranée et qu'ils se sont établis sur la côte syrienne ou ci-après phénicienne d'où ils continuaient leur commerce de "marchandises égyptiennes et assyriennes".

^ Lieblein, Dictionnaire de noms hiéroglyphiques, no. 1427.

2 Sur une stèle datée de l'an I d'Amenemha III, cf. Lieblein, Dict. no. 1491.

3 Lieblein, Dicfionnaire de noms, nos. 193, 344, 1552.

D'après d'autres endroits 11,8; II, 158 et IV, 42, surtout les deux derniers, il ressort avec évidence que le père de l'histoire par la mer érythrée voulait dire la mer rouge. Il est vrai pourtant que la critique moderne, je pense surtout à Movers dans son grand ouvrage Bie Phônisier, a nié la vérité de cette détermination, mais aujourd'hui le temps est passé, où l'arrogant critique osait impunément accuser le vénérable historien grec de badinage et de mensonges.

Pour ma part je crois qu'Hérodote a entièrement raison à cet endroit comme généralement ailleurs. J'ai essayé de le . démontrer dans un mémoire que j'ai publié depuis longtemps \ et auquel je me permets de renvoyer le lecteur ; ici, je veux seulement faire observer que des savants distingués comme Dillmann - et Lepsius ^ ont formellement énoncé la même opinion, bien que leur point de vue comme leurs motifs fussent différents, de sorte qu'un novateur, tant acharné qu'il soit, n'aurait que des raisons futiles à leur opposer. Lepsius termine la discussion par ces mots: "Sie waren die Phônizier jener ersten Zeiten; und mehr noch. sie waren die Vorvâter selbst der uns bekannten Phônizier, welche den ererbten Beruf spâter nur fortsetzten. Ich gehe aber noch weiter und zvveifle nicht, dass der Name der ^oiviy.eç selbst von dem der Pun hergenommen ist^ mit dem er in seiner lateinischen Form Poeni, Punici fasl noch identisch ist" *.

1 Lieblein, Handel und Schiffàhrt auf dem rothen Meere in alien Zeiten, p. 77 ss.

2 Die Genesis erklart von A. Dillmann, Leipzig 1882, p. 170. ^ Einleitung sur Nuhischen Grammatik, p. XCV.

4 Lepsius, Einleitung sur Nubischen Grammatik, p. XCIX.

Me joignant à l'opinion de Lepsiiis je serais de plus enclin à faire encore un pas en avant et à regarder nos Piinli-Poeni-Phéniciens comme identiques avec les Pani dont les chants indiens parlent comme d'un peuple de commerce étranger \

Je crois donc, le problème bien considéré de tous côtés, que les Phéniciens à l'origine habitaient le pays de Pun, situé principalement sur la côte de l'heureuse Arabie au détroit de Bab-el-Mandeb, d'où comme instigateurs et intermédiaires ils dirigeaient le plus ancien commerce universel; en se répandant peu à peu vers le nord ils fixaient définitivement leur domicile sur la côte syrienne et transféraient à la Méditerranée la scène centrale du commerce universel.

La situation de Pun à l'entrée de la mer rouge était tellement favorable pour les relations commerciales entre les peuples civilisés de l'ancien monde que l'on peut dire que le pays de Pun par la nature était destiné à être le centre du commerce, l'entrepôt principal des marchandises indiennes, africaines, égyptiennes, arabiques etc. L'Afrique envoyait de l'or, de l'électrum, de l'ivoire'-^, de l'ébène, des peaux de bêtes sauvages, des oeufs et des plumes d'autruches au marché central pour être expédier plus loin selon le besoin ^. Les Indes envoyaient probablement des

1 Lefmann, GeschicMe des alten Indiens, p. 150 s., cfr. Lieblein, Handel und Schiffahrt, p. 86 s.

2 Lassen dans Indische Alterthumskunde l, 311 fait observer que les Indiens, bien qu'ils possédassent et souvent exportassent de l'ivoire, quelquefois aussi en importaient de grandes quantités.

3 La plus grande partie de ces produits venait en Egypte directement par terre.

épices, comme du poivre ^ de la cinnamome, du pavot, de la nacre, le singe Kefu % Les Egyptiens apportaient leurs produits d'art et d'industrie: des parures, comme colliers et anneaux; des armes comme haches et poignards. Les Arabes transportaient probablement le Stibium de l'Asie mineure au marché central sans parler des esclaves et des marchandises qu'ils étaient à même de faire passer par leurs caravanes à travers les déserts.

Aden, aussi appelé Eudaimon, ou un autre port voisin de l'heureuse Arabie était l'entrepôt le plus convenable pour un tel commerce dont nous avons parlé ci-dessus. A cet endroit les vaisseaux indiens échangeaient facilement leurs cargaisons avec celles qui arrivaient sur les bateaux de la mer rouge. Il n'est guère improbable que les Phéniciens ne fussent les guides intermédiaires de cette navigation à double direction. < En tout cas, quoiqu'il en soit, la navigation sur la mer rouge fut le premier pas dans un mouvement qui se terminait par la navigation autour de l'Afrique. Le détroit de Bab-el-Mandeb une fois franchi les navires naviguaient peu à peu en avant le long de la côte africaine; au temps de Salomon ils allaient à Ophir, sous le Pharaon Néko II ils doublaient le cap de Bonne- Esperance et rentraient par le cap de Gibraltar dans .la Méditerranée. Sous les Ptolémées et les empereurs Romains un vif commerce se continuait dans les ports africains

1 Je ne sais, si le mot égyptien LJ U pep peut être rapproché du

ooo

mot sanscrit Pippali, piper, poivre.

- Lassen, Indisclie Alterthumskunde I, p. 315 nous apprend que les Indiens apprivoisaient les singes pour les avoir comme animaux d'agrément, à la manière des Egyptiens.

et dès expéditions fréquentes avaient lieu dans l'Afrique intérieure pour faire la chasse aux éléphants et aux bêtes fauves. Pour quelqu'un qui ne regarde les choses que superficiellement il paraît qu'à tout prendre rien d'essentiel n'avait changé et que le commerce était le même qu'autrefois, cependant le port d'Aden n'était plus l'entrepôt des marchandises indiennes, car les navires allaient directement, sans faire escale, de la mer rouge aux Indes. Ce petit changement amena d'autres changements qui furent assez importants, de sorte que de l'état du commerce sous les Romains on ne peut rien conclure directement quant au commerce sous le règne de Hatshepset. Faute de n'avoir pas fait cette distinction j'ai autrefois un peu erré quant à la localisation du pays de Pun. Aujourd'hui j'ai des motifs pour croire que Pun à l'époque de la XVIIP dynastie n'était pas situé sur les deux côtés du détroit de Bab el- Mandeb, mais seulement dans l'Arabie heureuse. Les arguments que Mariette 1 donne pour l'opinion contraire m'ont d'abord égaré, mais j'ai bientôt vu qu'ils ne tiennent pas contre la critique. Les voici:

P. La girafe est un ruminant africain, c'est bien vrai; cependant le texte du Temple de Deir el-Bahari ne dit nullement qu'elle soit venue de Pun, mais de l'Afrique et ne prouve donc rien quant à la situation de Pun en Afrique.

3^. Les huttes à coupole élevées sur des pieux ne prouvent, rien relativement à l'état de la civilisation des Punti pas plus que ne le font les huttes à pieux de l'Indo-

1 Beir-el-Bahari, pp. 29-31.

Chine d'aujourd'hui qui comme maisons des pêcheurs sont contemporaines avec les palais somptueux des rois indigènes et les magnifiques ruines d'Angkor i.

2° et 4P. Le Dangabor et la Stéatopygié des Nègres que l'on a allégués comme preuves doivent être mis hors de débat dans cette question. Les Punti n'étaient pas des Nègres, nous le savons positivement, malgré leurs coutumes négroïdes, et comme ces coutumes n'ont pas la force de prouver la nationalité des Punti, elles ne donnent non plus aucune preuve quant à la situation de leur pays. Tout ce que nous en pouvons conclure, c'est que quelques coutumes, étant en usages parmi les Punti, ont survécu jusqu'à nos jours chez quelques peuples négroïdes de l'Afrique.

Thotmès IIL A la mort de son père, ïhotmès IIl était un tout petit enfant. Il fut nommé roi par sa tante Hatshepset qui cependant tint les reines de l'état, d'abord au nom de Thotmès III, mais bientôt — 2 ou 3 ans plus tard — pour son propre compte en mettant le pupille de côté en qualité d'élève parmi les prêtres du grand temple d'Amon. Mais l'usurpation ne dura que 12 ou 13 ans, car nous avons vu plus haul ^ que Hatshepset, après un règne de 15 ans, fut forcée à prendre le pupille comme co régent. C'est sans doute cet événement auquel fait allusion une inscription bien connue du temple d'Amon à Karnak ^. Elle est fragmentaire et difficile à traduire; il y en a cependant quelques parties dont on peut saisir le sens. Voici

^ Voyez plus haut, p. 215 note 1.

2 Page 166.

3 Breasted, A new Ghapter in the lifé of ThoUnes, III, Leipzig 1900. Cfr. Breasted, Hisforicol Documents II, 55 s.

quelques phrases: Thotmès III dit: "Je suis son fils à qui il a ordonné d'être sur son trône, quand j'étais encore au berceau (nid), celui qui m'a procréé, dans la justesse de son coeur . . . sans aucun mensonge. Lors de l'enfance de ma Majesté je suis, pendant ma jeunesse, relégué au temple sans être encore introduit dans la classe des prêtres".

Ces mots s'accordent avec ce que j'ai dit plus haut. Thotmès III, destiné à suivre son père sur le trône, était à la mort de celui-ci encore dans son berceau. A cause des lacunes nous ne savons pas, si l'inscription a mentionné son avènement, mais elle dit d'une façon nette qu'il fut envoyé jeune au temple d'Amon pour devenir prêtre. Là il acquit la sympathie et le haut patronage du puissant clergé, et la suite du texte nous apprend que la conspiration tramée après coup réussit. Une grande cérémonie religieuse fut fêtée dans le temple d'Amon. Le Pharaon ^ brûle l'encens et dépose l'offrande habituelle à l'honneur du dieu. Pendant la procession dans l'hypostyle "le dieu me cherche et m'ayant trouvé il s'arrête; je me prosterne devant lui, il me présente au Pharaon et me place sur le siège du roi

^ Le texte porte W , sa Majesté le roi, au masculin. M. Breasted

voit ici Tliotmès I qui cependant n'est pas nommé {A new Chapter, p. 14) et était mort depuis longtemps déjà. Pour moi ce n'est que de Hatshepset dont il peut être question; on peut faire l'objection qu'elle est qualifiée Jion-f au masculin, mais c'est un fait bien connu qu'elle aimait à se présenter sur les monuments comme homme, et à cet endroit il y avait une raison tout spéciale de le faire, car dans une fête religieuse comme celle-ci où elle ne pouvait guère prendre part en qualité de femme, la reine n'était que le représentant du pouvoir royal, et n'était par conséquent que le Pharaon.

à son grand étonnemenl". Après quoi il monta au ciel où il fut investi des insignes de la ro5''aulé; à la fin ses cinq noms royaux furent formellement fixés. L'intrigue a donc complètement réussi.

Notre inscription porte la date : l'an XV, le 27 Pakhon; le couronnement dont elle parle a donc eu lieu vers cette date à peu près, et j'y vois une confirmation de ce que j'ai dit p.. 166: "Thotmès III commença son règne dans la 16® année, alors qu'Hatshepset le prit formellement comme co-régent". Hatshepset n'abdiqua pas le règne, elle reconnut seulement Thotmès III comme co-régent et par la même occasion lui fit épouser sa fille Hatshepset II, mais continua quand même de régner jusqu'à sa mort; car il est certain, que Thotmès III ne régna seul et avec une pleine autorité royale qu'en l'an 22, quand il commença ses guerres en Syrie.

Peu de monuments intacts, appartenant à l'époque de ce règne commun sont conservés jusqu'à notre temps. Pour le moment je n'en peux nommer qu'un seul. Je veux parler d'une stèle de Wadi Maghara ^ où l'on n'a pas eu l'occasion ou l'intérêt de changer les noms l'oyaux. Au-dessus on lit très distinctement la date: L'an XVL du règne commun de Hatshepset, roi du sud, et Thotmès III, roi du nord. Ici il n'y a aucun doute possible: ils comptent tous deux leurs années de règne depuis la mort de Thotmès II, et l'an 16 s'accorde parfaitement avec l'inscription du couronnement dont je viens de parler. A la même époque appartenait un haut fonctionnaire appelé Thoti ; les inscrip-

Lepsius, Denkihàler III, 28, 2.

lions de sa stèle ^ et de son tombeau ^ ne sont pas intactes, mais ce qui reste indique clairement le règne commun de Hatshepset et de Thotmès III.

Thotmès III faisait de longues guerres en Syrie, on compte dix-sept campagnes depuis l'an 22 jusqu'à l'an 42 dé son règne. Nous ne savons pas, si la paix a régné pendant les 21 premières années après la mort de Thotmès II; cependant les Syriens ont dû reconnaître la suprématie de l'Egypte, car Hatshepset se vante de ce que les Asiatiques étaient dans sa main ^.

Sur les parois du grand temple de Karnak se trouve une longue série des inscriptions qui généralement sont appelées "Les Annales de Thotmès III". Elles nous donnent en partie des rapports assez complets sur les guerres que ce roi valeureux a faites en Syrie pendant tant d'années consécutives et elles témoignent favorablement de l'état

développé du génie historique des Egyptiens; malheureusement elles ne sont pas bien conservées, et les grandes lacunes nous empêchent d'en donner une traduction suivie, bien que le. sens général soit parfaitement clair.

Les Annales débutent par les titres de Thotmès III et formulent le contenu principal: "Sa Majesté le roi a ordonné d'exécuter dans le temple de dieu un récit des victoires qu'il a remportées de ses campagnes et du butin qu'il a gagné pour l'offrir à son père le dieu Ré". Puis vient le récit lui-même: "L'an 22, le 25 Pharmuthi, le Pharaon se trouve dans la ville de Zal pendant sa première

^ Becueil de Travaux, 22, p. 115.

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