Lepsius, Denkmàler III
3 Breasted, Ancient Becords of Egypt, II, ISi.
campagne victorieuse entreprise pour élargir les frontières de l'Egypte par sa bravoure". Or à cette époque, pendant des années, il y avait eu une discorde parmi lès peuples qui combattaient les uns les autres, lorsqu'enfin il arriva que ceux qui étaient dans la ville de Sharohen et les peuples depuis Irosa jusqu'aux limites de la terre se révoltèrent contre sa Majesté. L'an 23, le 3 Pakhon, le jour de l'anniversaire du couronnement sa Majesté arriva à la ville de Gaza qui était en la possession du roi. Le 5 Pakhon il quitta celte ville pour battre le vil ennemi et élargir les frontières de l'Egypte selon l'ordre de son père Amon-ré. Le 16 Pakhon il entra dans la ville d'Ihem et convoqua ses valeureux officiers à un conseil de guerre. Il dit: "Le vil , chef est venu et est entré dans Megiddo, il y est en ce moment après avoir réuni autour de lui les princes de tous
les. pays situés entre les eaux de FEgypte et Naharina, ceux de Khar et de Khadu avec leurs chevaux et leurs soldats" . . . Ile chef des ennemis) dit: "Je suis prêt à battre contre le Pharaon à Megiddo!" Dites moi . . . Ils (les conseillers) dirent devant sa Majesté: "Comment? irons nous par ce chemin avec le passage étroit, où l'on dit que l'ennemi s'est rangé pour défendre l'approche contre une multitude? Voici les chevaux et les hommes, ne sont-ils pas également forcés à aller un par un? est-ce que notre avantgarde doit être impliquée dans le combat, tandis que notre arrière-garde, se trouve loin de là à Aaluna sans pouvoir prendre part à la lutte à cause de la longue distance? Il y a un chemin (qui nous mène à) Ta-anaka et un autre aboutissant au chemin qui passe au nord de Zeftha et par lequel nous arriverons au nord de Megiddo. Eh bien,
que notre seigneur victorieux aille par la route que son coeur préfère, mais qu'il ne nous laisse pas aller par un chemin difficile!" Le Pharaon répondit: "Par ma vie, par l'amour que Ré a pour moi, par la faveur de mon père Amon, par ma jeunesse riche en vie et bonheur, ma Majesié ira par le chemin d'Aaluna, et que celui d'entre vous qui le veut aille par les chemins que vous avez indiqués, et que celui d'entre vous qui le veut aille en suivant ma Majesté, que l'on ne dise pas parmi ces vils ennemis que Ré déteste: Si sa Majesté passe par un autre chemin, c'est à cause de peur pour nous".
Les conseillers dirent devant sa Majesté: "Que ton père Amon, seigneur de Thèbes, te protège! nous suivrons ta Majesté en tout lieu oîi tu passeras ainsi qu'il convient au serviteur de suivre son maître".
Le Pharaon donna avis à l'armée de se mettre en route marchant en une seule file, cheval à cheval, soldat à soldat, et il se mit lui-même à la tête de son armée. L'an 23, le 19 Pakhon il dressa son camp à la ville d'Aaluna, puis il continua sa marche vers le nord sous la sauvegarde de son père Amon-ré et avec Harmakhis comme guide. Les ennemis s'avancèrent en nombreux bataillons, l'aile du sud à Ta-anaka, l'aile du nord sur le terrain sud de Megiddo . . . L'arrière-garde de l'armée victorieuse de sa Majesté fut à Aaluna, tandis que l'avant-garde, remplissant le défilé de la vallée, s'efforça d'en déboucher; alors les conseillers dirent à sa Majesté : "Sa Majesté vient avec son armée victorieuse remplissant le défilé de la vallée, que notre seigneur vaillant veuille nous écouter et sauver pour
nous l'arrière-garde et ses troupes, de sorte que l'arrièregarde nous rejoigne et combatte avec nous les Barbares, et que notre coeur n'ait aucune inquiétude pour le salut de notre armée". Sa Majesté resta au dehors du défilé pour défendre l'arrière-garde de son armée victorieuse qui s'approchait et arrivait par cette route. Lorsque le soleil eut tourné (c'est-à-dire : culminé à midi), le Pharaon alla vers le sud de Megiddo sur le bord du ruisseau de Kina. A la septième heure du cours du soleil le Pharaon dressa son camp et donna l'ordre à toute l'armée : soyez prêts, préparez vos instruments de guerre, car demain matin nous avancerons pour combattre ce vil ennemi. Sa Majesté se reposa dans sa tente, les officiers réglèrent les positions des troupes, les rondes firent bonne garde et crièrent: Courage, courage! Vigilance, vigilance! Surveillance en vie dans le camp du Pharaon! On vint dire à sa Majesté: le pays est calme, tant au sud qu'au nord également.
L'an 23, le 22 Pakhon, dès l'aube, on donna l'ordre à toute l'armée de marcher en avant, sa Majesté avança sur son char d'électrum, muni de tous les instruments de guerre, semblable à Horus et à Mont de Thèbes, tandis que sou père Amon donna force à ses bras. L'aile sud de l'armée du Pharaon fut sur le bord du ruisseau de Kina, l'aile nord au nord-ouest de Megiddo, et le Pharaon au centre sous la sauvegarde d'Amon qui donnait protection à ses membres et force à ses bras. A la tête de ses troupes sa Majesté fut un puissant guerrier parmi les ennemis qui voyant la bravoure de sa Majesté fuirent en culbutant vers Megiddo et saisis de panique quittèrent là leurs chevaux
•et leurs chars d'or et d'argent; hissés à l'aide de leurs vêtements ils furent tirés par-dessus les murailles dans <îette ville qui. était fermée pour empêcher les Egyptiens ■d'entrer. Ah, . si les soldats de sa Majesté ne s'étaient pas adonnés au pillage, ils auraient pris Megiddo instantanément. Maintenant le vil prince de Kadesh et le vil prince <ie Megiddo, hissés en hâte, entrèrent dans la ville ayant peur de sa Majesté et de son diadème de serpent. Voici, leurs chevaux et leurs chars d'or et d'argent furent recueillis; ■ramassés furent les ennemis morts qui étaient couchés, accumulés comme des poissons sur le sol, et l'armée victorieuse de sa Majesté compta le butin après avoir pillé la tente ennemie.
Toute l'armée fut en joie adorant le dieu Amon de la victoire qu'il avait donnée à son fils et acclamant sa Majesté pour sa bravoure. Ils présentèrent le butin qu'ils avaient apporté, c'est-à-dire les mains coupées, les captifs vivants, les chevaux, les chars d'or et d'argent. Le Pharaon témoigne cependant. son: mécontentement de ce qu'ils n'avaient pas pris la ville de Megiddo que Ré avait donnée dans leurs mains, car les rois des montagnes et des pays bas y étaient tous réunis, de sorte que la prise de Megiddo ■aurait été la prise de mille villes. Un siège régulier est inévitable, il est mis en exécution vite et avec énergie, et le succès ne tarde pas longtemps à se réaliser. Tout ce que sa Majesté avait fait envers Megiddo, ce vil ennemi et ses vils guerriers, fut noté au jour le jour, écrit sur des peaux parcheminées dans le temple d'Amon. Voici ! les iprinces du pays vinrent avec leurs tributs, prosternés devant
le génie de sa Majesté, priant pour le souffle de leursnarines de peur du vaillant glaive et du grand esprit de sa Majesté, ils apportèrent leurs tributs en argent, en or, en lapis-Iazuli, en malachite, en vases, en vin. Sa Majesté éleva les princes de nouveau à leur rang".
Enfin vient le registre du butin: 340 captifs vivants, 83 mains coupées, 2041 chevaux, 191 poulains, 6 étalons^ 1 char incrusté d'or, 1 siège de char en or, appartenant à ce prince, i beau char incrusté d'or, appartenant au princ& de . . . . , 892 chars de sa vile armée, somme totale: 924, 1 belle armure de guerre appartenant à ce prince, 1 belle armure de guerre, appartenant au prince de Megiddo, 200 armures de guerre, appartenant à cette vile armée, 502 arcs, 7 perches ornées d'argent, pour dresser la tente de cet ennemi. Voici! l'armée prit 297 (chevaux), 1929 en grosbétail, 2000 en menu bétail, 20500 chèvres blanches. La liste du butin qui fut pris ci-après par le Pharaon dans le palais de cet ennemi, dans le pays de . . . amu, dans Anaugas, dans Herenkel, comme aussi dans les villes qui s'étaient rendues de bon gré, bref de toutes les choses qui
furent apportées devant sa Majesté: 474 38 Ami,.
87 enfants de cet ennemi et dignitaires attachés à sa personne, 5 Meroïna avec leurs Ami, 1796 esclaves, hommes et femmes, avec leurs enfants, 103 citadins paisibles qui avaient déserté "à cause de la famine chez cet ennemi, somme totale: 2503; de plus des coupes d'or et des pierres précieuses, de divers vases, un grand vase travaillé en Syrie, des gobelets, des coupes, des calices, de différentsvases à boire, de grandes chaudières, des glaives . . . montant en valeur à 1784 Deben, de l'or trouvé dans les-
mains des artistes, en forme d'anneaux, avec de l'argent en nombreux anneaux, 966 Deben 1 Kat, une statue tra-
vaiirée en argent, la tête en or ..... , 6 sièges
•d'ivoire, d'ébène, de caroubier, ornés d'or, appartenant à cet ennemi, leurs 6 escabeaux, 6 grandes tables d'offrande iaites d'ivoire et de caroubier, 1 bâton de caroubier orné d'or et de toutes les pierres précieuses en guise d'un sceptre, appartenant à cet ennemi, travaillé d'or entier, une statue de cet ennemi en ébène ornée d'or dont la tête .... des vaisseaux en bronze, des habits nombreux de cet ennemi. Voici! la terre cultivable fut divisée en champs que les inspecteurs royaux calculaient relativement à la récolte. Inventaire du blé qui avait été apporté à sa Majesté des «liamps de Megiddo: froment 208 000 Dena à quatre Hekt, outre ce qui avait été coupé par les soldats de sa Majesté selon le besoin".
Voilà la première campagne dont le fait capital était la prise de Megiddo et l'écrasement de la coalition des princes syriens. Le récit en est assez détaillé et nous donne des renseignements importants non seulement sur la guerre et la manière de . la faire, mais aussi sur l'état général de la civilisation et spécialement, en indiquant la route militaire tous les jours, sur la géographie et topographie de la Syrie dans ces temps reculés. Le commencement était heureux. Dès la première année le Pharaon conquit toute la Syrie méridionale jusqu'au voisinage du lac de Génésareth. La réputation dé ses victoires s' envola sur les ailes de la gloire aux pays les plus éloignés: l'Assyrie et la Babylone envoyaient au Pharaon des présents que l'orgueil égyptien cataloguait dans les Annales parmi les tributs des
peuples vaincus: "Liste des tributs de l'Assyrie et de Ru- Ihennu, l'an 24 ^ : Les tributs du roi de l'Assyrie : vrai lapis-lazuli un grand bloc du poids de 20 Deben 9 Kat,*vrai lapis-lazuli, deux blocs, somme trois, du poids de 30 Deben^ somme 50 Deben 9 Kat, bon lapis-lazuli de Babylone, 3 Hertet, vases de l'Assyrie .... très nombreux. Le& tributs des rois de Ruthennu: la fille royale parée d'or, de lapis-lazuli etc."
Pendant les quatre premières campagnes Thotmès III s'occupa de consolider sa puissance dans les pays conquis de la Syrie méridionale, mais l'an 29 de son règne, lors de la cinquième campagne, il pénétra dans la Syrie septentrionale où, entre autre, il battit les brigades du roi de Tunip, puis il se tourna vers l'ouest jusqu'à la Méditerranée, s'empara de navires, longea la côté phénicienne et prit la ville d'Arvad. L'année suivante il visita les mêmes parages, saccagea la sainte Kadesh, assise sur la rive gauche de l'Oronte, alla à la côte phénicienne, aux villes de Simyra et d'Arvad. L'annaliste égyptien a ici ajouté cette note importante: "Les fils et les frères des rois de Ruthennu sont emmenés pour rester en Egypte sous le pouvoir du Pharaon, jusqu'à ce que, à la mort de l'un de ces rois, le Pharaon daigne renvoyer son héritier pour prendre sa place."
Enfin l'an 33, pendant la huitième campagne lé Pharaon toucha les bornes de ses conquêtes en Asie; il prit la ville de Garchemish, traversa l'Euphrate, érigea sa stèle à côté de celle de Thotmès I, marcha en avant dans la
1 Lepsius, JiQnk'tn^QT, III, 32, 1. 32 porte l'an 40, mais c'est une faute évidente, car la ligne 36 donne correctement l'an 24.
Mésopotamie, vint à la ville de Nii qui lui apporta un présent et posa enfin sa stèle de frontière à l'endroit où il avait reculé la limite de son empire. Ici il profita de l'occasion pour faire une grande chasse et tua cent vingt éléphants dont ce pays alors abondait. Pendant la marche de retour Thotmès III reçut les tributs de Kheta la grande, des Hethites probablement qui selon la Bible habitaient la Palestine avant l'arrivée des Hébreux. Les neuf dernières campagnes depuis l'an 34 jusqu'à l'an 42, ont été faites pour châtier les rebelles et consolider l'empire égyptien en Syrie, Phénicie, et sur l'île d'Asi-Cypre etc.
La biographie de l'officier Amenemheb, découverte par Ebers et plusieurs fois publiée, donne un abrégé de l'histoire des campagnes de Thotmès III qui est très utile, parce qu'il complète en certains points les Annales \ Vers la fin de sa biographie Amenemheb ajoute, que Thotmès III mourut l'an 54 de son règne, le 30 Phamenot. Comme Thotmès III fêtait l'anniversaire de son couronnement le 4 Pakhon, il avait donc régné presque 54 ans d'après
1 La traduction de M. Breasted, Historical Documents, II, 230 ss., est sans doute la meilleure pour le moment; je me permettrai de faire une seule remarque. 11 traduit la ligne 2 ainsi: He (Thotmès III) desired that I sliould he the companion ofhisfeet;
je préférerais mettre """^^X. *~— -^ en rapport avec les mots précé-
dants et traduire avec Chabas {Mélanges égyptologiques, II, 282: "J'ai suivi mon maître sur ses pas, dans la région du nord et du midi, comme il le voulut". Il est parfois utile de recourir à nos maîtres, les fondateurs de notre science; — cependant, ici la différence n'est pas bien grande, quant au sens du moins.
Mais pourquoi traduire s~^ ^ — dans les lignes 8, 12 et 20
par: I fought hand to hand, mais dans la ligne 32 par: I made this capture? Chabas traduit partout: "Je fis des prises".
Amenemheb \ à moins que le chiffre de l'an nnuu "^ floive
pas être lu p,rJp| , ce qui n'est pas impossible, mais que je ne crois pas: il est toujours dangereux de corriger les textes, car c'est un moyen facile de prouver tout, et celui qui prouve tout ne prouve rien.
La stèle poétique de Thotmès III '^ peut également servir comme supplément aux Annales tout au moins si l'on se garde des exagérations que la forme poétique comporte. Le dieu Amon-ré parle à Thotmès III répétant la même formule: "Je suis venu, je te donne d'écraser" 1. Les princes de Zahi. 2. Ceux qui sont en Asie, les Ruthennu. 3. La terre d'Orient, probablement l'Arabie et le pays de Pun. 4. La terre d'Occident, la Phénicie et la Cypre. 5. Ceux qui sont dans leurs marches et les pays de Mitanni. 6. Ceux qui sont sur les îles au milieu de la Très- Vei-te (la Méditerranée). 7. La Libye et les îles des Uthentiu. 8. Les terres extrêmes et le cercle du grand Océan.
9. Ceux qui sont dans la terre antérieure (les voisins de l'Egypte) que tu as domptés et les habitants du désert.