QUATRE-VINGT-SEIZIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité et des ventricules.—Kiste développé à la surface du cervelet.—Phlezmasie de la membrane interne de l'aorte.
Joseph Prévost, âgé de quarante ans, d’une constitution athlétique, entra à l’Hôtel-Dieu le 17 juillet 1817. Depuis 15 jours, il éprouvait une céphalalgie frontale forte qui fut bientôt suivie de délire. Il fut saigné. À son entrée à l'hôpital, on lui tira trois palettes de sang au bras, Quelques instans après, il était dans l’état suivant:
17 juillet. Quinzième jour environ : face rouge; conjonctivês injectées ; commencement d’ophtalmie à l'œil gauche ; pupilles dans l’état naturel ;. loquacité ; agitation extrême ; délire violent ; réponses par fois justes. Il rapporte qu'il avait reçu un coup à la tempe gauche, que depuis 1} éprouvait une douleur vive à la tempe droite lorsqu'il s’agitait ou qu'il se couchait sur. le côté gauche. Les tégumens du crâne n’étaient pas douloureux; langue sèche et rugueuse, ni
: (452) rouge ni pâle, humide à ses bords; ventre dur , contracté , ne paraissant pas sensible, même à une forte pression; pouls dur, sans fréquence ; peau chaude ; cris ; agitation violente la nuit.
Le 18 juillet : augmentation du délire; réponses rarement justes; langue moins humide sur les bords, toujours sèche ; agitation extrême ; pouls un peu plus fréquent qu'hier ; les autres symptômes id.— Sérum; six sangsues derrière chaque oreille ; six à chaque tempe ; saphène de trois palettes; lavemens frais ; fomentations émollientes sur le ventre. — A quatre heures, face moins rouges conjonctives moins Injectées ; assoupissement plus profond; yeux fixes ; lorsqu’on l'excite , l'agitation devient très-forte, et le délire très-intense ; nulle réponse; la nuit, le délire fut moins turbulent, et l'agitation moindre.
Le 19 juillet : pupilles resserrées ; réponses assez justes; loquacité ; assoupissement lorsqu'on ne l’excite plus ; sensibilité générale diminuée ; mouvemens du bras gauche naturels ; ceux du droit, au contraire, très-faibles et très-difficiles ; pouls rare, assez résistant. Îl dit ne point ressentir de céphalalgie; facies plus naturel ; langue sèche. — Saphène de trois palettes ; fomentations émollientes sur le ventre ; lavemens
émolliens. — Le soir, facultés intellectuelles à peu près libres; parole embarrassée, et mal articulée; ouie un peu dure ; engourdissement dans le bras droit; du reste, point de chaleur à la peau, ni de fréquence du pouls.
Le 20 juillet : le malade ne prend point de part à ce qui l’environne; la raison est complète, mais l’ouie reste dure, et même à un degré plus marqué qu’hier; la parole est embarrassée , le tact général très-obtus ; la tête est un peu douloureuse ; le bras est dans le même état ; le pouls est dur et développé , sans fréquence ; la langue est sèche ; le ventre sans douleur; la peau de chaleur naturelle. — Dixhuit sangsues à la tempe droite et derrière l'oreille du même côté ; saignée ; lavemens frais.
Le 21 juillet: le malade demande toujours a manger; mauvaise humeur ; même état du reste. — Dix-huit sangsues comme hier ; saignée ; lavemens frais; sérum. — Le soir, paroles mal articulées ; pouls plus facile à déprimer.
Le 22 juillet : nul changement; vomissement de matières puriformes. — Sérum ; bain de jambes ; lavemens frais; bouillon. — Le soir, le malade est moins bien.
Le 23 juillet : facultés intellectuelles à peu près libres; sens dans le même état qu'hier ; nulle céphalalgie ; nul assoupissement ; mou-
vemens du bras droit dans le même état; expectoration puriforme ; à chaque inspiration, bruissement dans le côté gauche de la poitrine qui est sonore à sa partie antérieure ; cœur battant avec une violence extrême, se faisant sentir jusqu’à l’épigastre ; pouls dur et fréquent; peau très-chaude , sèche ; face peu injectée, jaunâtre; traits allongés; abdomen indolent ; langue sèche, rugueuse ; soif vive. — Six sangsues derrière les apophyses mastoïdes ; douze à l’épigastre ; saïgnée de deux palettes ; eau de gomme ; lavemens frais ; bain de jambes ; fomentations émollientes. — Mort à trois heures de l’après-midi, dans le comia le plus profond et l'insensibilité la plus complète. |
Ouverture du cadavre. — 1°. Quelques traces d’adhérences gélatiniformes des deux feuillets de l’arachnoïde de la convexité des hémisphères. — Léger cpaississement de l’arachnoïde qui tapisse les ventricules latéraux lesquels sont d’une capacité double de leur état naturel, mais ne contenant que peu de sérosité. L’arachnoïde du quatrième ventricule présente quelques petites granulations ; le septum lucidum est épaissi. — Le cerveau est sain.
2°, Entre l’arachnoïde et la pie-mère, vers la partie inférieure et postérieure du lobe gauche du cervelet, on trouve une tumeur du
volume d’un petit œuf, occupant un espace à peu près triangulaire, dont la base est tournée vers la protubérance annulaire. Aplati transversalement, le fond de cet espace est formé par le prolongement postérieur du cervelet. Ce kiste n’est pas adhérent à la substance du cervelet, laquelle est assez épaisse et d’une couleur jaune verdätre. Sur sa surface, on voit çà et Îà quelques vésicules hydatiformes de même couleur. À l’intérieur du kiste, on trouve des grumeaux d’un sang épais et décomposé , dont quelques-uns ont le volume d’une cerise ; ils sont unis entr’eux par uné matière gélauneuse.
30. A la surface postérieure du rocher gauche qui est recouvert par cette tumeur, l’on remar- quait une carie qui avait détruit une portion de cet os et du conduit audiuf interne. |
Adhérences celluleuses de la plèvre gauche.
Poumons sains, crépitans ; bronches saines. Péricarde contenant des bulles d’airet de la sérosité sanguinolente. Cœur pâle, facile à de chirer. Membrane interne de l'aorte pectorale très-rouge dans plusieurs points ; artères pul monaires saines. — Histomac mou, se déchirant très-facilement ; muqueuse marbrée avec des plaques rougeätres. — Intestins engoués de matière jaunâtre ; muqueuse saine. — Foie sans
consistance. — Bile de la vésicule brune, aqueuse.
( 456 ) — Rate pete. — OEsophage rempli de la maüère blanchätre vomie; sa muqueuse pâle et fournissant cette matière par exhalation.
(Observation communiquée parle D'.Deslandes.}
255. Voici un très-bel exemple d’arachnitis de la convexité, survenue chez un sujet déjà atteint d’une affection cérébrale. Tous les sympiômes observés depuis le commencement de juillet, se rapportent à la phlegmasie de la séreuse, qui eùt incontestablement cédé, si elle avait existé seule. En effet, les signes qui l’avaient annoncée , la céphalalgie, le délire, l’agitation, la rougeur des conjonctives, la fièvre, avaient cessé, et déjà la sérosité qui avait distendu les ventricules était résorbée, car ces cavités furent trouvées vides, bien qu’elles fussent très-spacieuses. La gène des mouvemens du bras droit et la durée de l’ouie se lent d’une manière trop essentielle à l'existence de la tumeur trouvée à la base du lobe gauche du cervelet, pour qu'on ne la regarde point comme la cause unique de ces derniers accidens, et même comme celle qui fit périr le malade.