QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité des hémisphères. — Abcès enkisté à l'extérieur du cervelet.
Jeannette Pinot, âgée de seize ans, d’un tem-
pérament lymphatique, peu développée pour son âge, n’ayant point ses règles depuis quatre mois, fit une chute sur le fade vers la fin de novembre 1816. Quoique tombée d’un premier étage, elle ne perdit pas connaissance ; mais une douleur lancinante très-forte ne tarda pas à se faire sentir dans toute la circonférence de la tête. — Vingt sangsues furent appliquées autour des tempes et des oreilles; on pratiqua une saignée du pied ; on prescrivit des sinapismes et des pédiluves sinapisés; un large vésicatoire fut placé sur la tête ; ce vésicatoire fit disparaître les douleurs. Alors on le supprima, en ayant soin d'en appliquer un autre à la nuque. — Pendant un mois, la malade n’é— prouva rien; mais les vésicatoires étant secs, Jeannette commença à se plaindre de douleurs très-vives et lancinantes dans la région postérieure du cou, là où était le vésicatoire; elle éprouve de fréquens mouvemens convulsifs qui durent environ un quart d'heure, et commencent par les muscles du cou; dans ces accès, elle est agitée de tout le corps, et la tête se renverse en arrière. Dès le principe ils ne paraissaient qu'une seule fois par jour, mais ils augmentèrent successivement de fréquence, au point qu’ils étaient extrêmes, lorsque la malade se fit recevoir à l’Hôtel-Dicu.
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Le 12 janvier 1817, jour de son entrée, et le quinzième environ depuis l'invasion de la douleur du cou, elle eut encore plusieurs accès. Voici quels étaient leurs principaux caractères : douleurs très-intenses, lancinantes dans la réson cervicale du rachis, augmentant par le mouvement ; de tems en tems, renversement de la tête en arrière, avec roideur du cou; pupilles très-dilatées et très-contractées; yeux fréquemment fixes et immobiles ; facultés intellectuelles libres ; face pâle et triste ; pouls très-variable, lent ou fréquent, presqu'imperceptible et assez développé ; frissons fréquens et irréguliers ; langue nette et peu humide ; tont cet état varie dans un espace très-court. — Seize sangsues à la nuque et derrière les oreilles; eau de veau ; sinapismes aux jambes; pédiluves répétés. — Dans la journée, cris continuels ; plaintes; mouvemens convulsifs, violens et fréquens ; tantôt ses réponses sont justes; d'autres fois, elle se fâche etrépond avec aigreur : elle est prise d’un vomissement spontané de matières vertes et filantes. (C'est le premier depuis le début de la maladie.)
Le 13 janvier: la douleur du cou est un peu moins vive; les vomissemens ne sont pas revenus ; les autres symptômes sont les mêmes qu'hier; les accès reparaissent à plusieurs re-
prises ; les cris continuent, ainsi que la mauvaise humeur de la malade. Elle meurt le soir a dix heures, sans avoir présenté d’assoupissement, sans qu'aucun autre symptôme ait fait présumer une fin aussi prompte, et après avoir dit qu’elle se trouvait bien.
Ouverture du cadavre. — Embonpointmoyen; corps bien conformé.
1°. L’arachnoïde qui recouvre la parüe postérieure des hémisphères cérébraux était injeciée et présentait des plaques rouges que ni les ablutions, ni le frottement ne pouvaient dissiper; adhérente au feuillet de la dure-mère , par une couche très-mince d’une matière aibumineuse, elle se trouvait également unie intimement à la pie-mère, de sorte qu'on ne pouvait la détacher que par petits fragmens.
La portion d’arachnoïde qui recouvre le cervelet était aussi très-injectée ; elle avait également contracté des adhérences au, moyen d’une couche légère d'un fluide albumineux, avec la pie-mère et avec l’arachnoïde qui tapisse la face inférieure de la tente du cervelet. L’arachnoïde de la face inférieure du cerveau et de la protubérance annulaire était saine , quoiqu'injéciée. |
20, Vers l’entrée du canal vertébral, elle présentait une adhérence organisée.
3°. Les ventricules latéraux étaient distendus par une sérosité limpide , de trois onces dans chaque ; du reste, l’arachnoïde qui les tapisse était saine, lisse, sans opacité ni épaississement. Les circonvolutions cérébrales étaient aplates. Le cerveau était parfaitement sain.
4°. Le cervelet vers la face supérieure , présentait dans son lobe gauche, un kiste que l’on put facilement détacher de la substance cérébelleuse ; il se trouvait formé de deux feuillets, l’extérieur plus mince, l’intérieur plus épais. Ce Kiste qui avait la forme et le volume d’un œuf de poule, était rempli d’un pus verdâtre, sans saveur et presque sans odeur.
La substance du cervelet environnante parut saine. La surface interne du kiste avait l’aspect muqueux qu’offrent les tissus accidentels qui se trouvent autour des anciens foyers de pus.
5°. La dure-mère qui recouvre les fosses occipitales et le commencement du canal rachidien, était très-rouge à sa face externe et un peu moins à l’interne. Le reste de la dure-mère était blanc et sain. Les muscles de la parue postérieure du cou ainsi que l’aruculation, étaient dans l’état naturel.
( Observation communiquée par MM. Récamier et Deslandes.
Nous allons terminer ce qui a rapport aux
complications du cerveau proprement dites, par quelques faits de squirrhes et de tubercules coïncidant avec l’arachnitis.