‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 168 sur 170 · CENT-TRENTE-NEUVIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CENT-TRENTE-NEUVIEME OBSERVATION

Tétanos simulant une phlegmasie rachidienne , avec épanchement séreux.

Pion , âgé de vingt-un ans, né à Argenteuil près Paris , d’un tempérament sanguin et athlétique, avait joui d'une bonne santé jusqu'a l’âge de dix ans , époque à laquelle il fut affecté d’une fièvre qui dura neuf mois. Lors de son entrée à l'hôpital, il habitait Paris depuis trois mois ; pendant les deux premiers, son occupation fut de battre du blé, travail fatiguant, pendant lequel il éprouvait de fréquentes transitions du chaud au froid ; depuis quinze jours il travaillait chez un jardinier, passait même souvent les nuits exposé au froid ; fréquemment aussi, se trouvant fatigué, ilsecou- chait sur le gazon humide.

Huit jours à-peu-près avant son entrée à l’hôpital, Pion fut pris de vives douleurs au dos, et en même tems les muscles postérieurs du tronc se contractant spasmodiquement, produisirent un opisthotonos assez marqué. Enfin , lorsqu'il fut reçu à l’'Hôtel-Dieu, le 3 mai 1817, il y avait dix jours qu'il avait le trismus.

Le 4 mai, neuvième jour : coucher en supination ; renversement de la tête en arrière, impossibilité de la fléchir et d’écarter les màchoires de plus d’une ligne ; douleur vive entre

( 6oo }) les épaules ; le plus souvent l'abdomen était tendu par la contraction des muséles qui entrent dans la composition de ses paroïs, quelquefois cependant il était relâché ; face rouge etanimée ; pouls plein, vif; chaleur de la peau àpeu-près naturelle ; respiration libre ; du reste, les autres fonctions s’exécutent comme dans l’état de santé. — Saignée de deux palettes ; tisane d'orge. — La saignée produit un soulagement momentané ; le soir, exacerbation de la douleur qui est insupportable. — Julep calmant ; potion antispamodique avec deux grains d’opium.—Pendant la nuit sommeil calme et de longue durée.

Dixième jour: augmentation des douleurs; Pion pouvait se lever en saisissant la corde de son lit, mais son tronc était aussi inflexible que s’il n’eût été composé que d’une seule pièce ; la soif était ardente , les yeux brillans , le pouls irès-fréquent ; du reste, même état.

Onzième jour : continuation des mêmes symptômes ; constipation. — Deux grains d'opium le matin, autant le soir. — Sommeil assez tranquille pendant la nuit.

Douxième jour : douleur extrêmement vive le long dela colonne vertébrale, la région lombaire exceptée ; le trone couché en supination était immobile, inflexible ; muscles fortement et continuellement contractés ; la main en sentait toutes

( 6or }) les inégalités; mâchoires immédiatement appliquées l’une contre l’autre, mais pouvant s’écarter de deux lignes à-peu-près; la main poussée contre les masseters les trouvait à demi-contractés ; les membres, quoique mobiles, étaient cependant assez roides, surtout ceux du côté droit ; des douleurs très-vives s’y faisaient sentir, surtout à droite et dans les inférieurs ; elles occupaient aussi les masseters et les temporaux; la face était très rouge, couverte de sueur ; les yeux brillans, non injectés, la peau chaude, le pouls très-développé, extrêmement dur, sans fréquence, mais irrégulier; soif très-vive; déglutition difficile ; langue chargée, humide ; ventre tendu, indolent ; constipation ; poitrine immobile ; respiration abdominale, fréquente, irrégulière. Le moindre bruit , la moindre agitation autour du malade, l'application de la main à la surface du corps, les questions qu’on lui adresse, l'effort même qu’il fait pour y répondre, suffisent pour exaspérer tous les symptômes ; alors la roideur générale augmente, le thorax se soulève, le tronc reste arqué et presse fortement l’occiput sur l’oreiller ; la face déjà très-rouge, rougit encore davantage ; les paupières s'ouvrent largement ; les yeux restent immobiles avec une expression menaçante ; les ailes du nez se dilatent; tous les traits de la face sont fortement tirés en dehors;

les mächoires se serrent avec une force extrême ; les lèvres sont fortement appliquées l’une contre l’autre, et leurs angles s’abaissent ; la respiration est très-accélérée et le pouls augmente beaucoup de fréquence. Ces accès durent une ou deux secondes, et se répètent fréquemment ; du reste, les facultés intellectuelles sont libres; il n’existe ni céphalalgie ni altération des pupilles ; le malade veut boire et manger ; la difficulté d’ouvrir les mâchoires rend l’articulation des sons très-difficile ; la constipation continue. — Lavement laxatif. — La veille on avait mis un vésicatoire à la nuque.

Douzième jour : douleurs rachidiennes moins vives; les mâchoires peuvent s’écarter un peu plus; exacerbations moins fréquentes, encore moins la nuit que le jour; sueur abondante ; nuit bonne ; sommeil paisible. — Valériane ; potion avec laudanum un gros et émétique deux grains ; une saignée le soir.

Treizième jour : les douleurs du col et du dos sont moins vives ; le col est moins roide ; le malade peut tourner sa tête à droite et à gauche ; trismus moindre; exacerbations moins fréquentes ; jambes moins roides ; face moins rouge, noncouverte de sueur ; pouls dur et fréquent. — Même prescription.

Quatorzième jour : sueur abondante pendant

( 605 ) la nuit; du reste, même état. — Traitement id. ; le soir une saignée.

Quinzième jour : augmentation du tétanos ; sueur abondante et froide ; traits altérés ; face amaigrie; enduit noirâtre de la langue ; pouls fréquent ; deux selles. — Prescription. id. — Délire la nuit.

Seizième jour : pouls très-fréquent ; respirauon difficile ; délire tranquille ; plusieurs selles. Mort à cinq heures du soir avec toute sa connaissance.

Ouverture du cadavre. — Roideur générale irès - marquée. — Circonvolutions cérébrales aplaties latéralement; vaisseaux de la pie-mère tès-peu injectés ; arachnoïde saine non épaissie ; substance cérébrale d'une fermeté médiocre :

deux gros environ de sérosité dans les ventricules ; quatre onces à-peu-près à la base du crâne, pro-

venant en partie du canal rachidien. — Prolongement rachidien et ses enveloppes dans l’état naturel. — Poumons et cœur sains. — Injection

des vaisseaux sous péritoneaux et adhérences anciennes de plusieurs intestins entr’eux. — Rou: geur légère de la muqueuse de l’estomac vers le cordia.

( Communiquée par le D'. Deslandes. ) 280. Cette observation , dans laquelle nous ne trouvons pas de symptômes cérébraux comme

dans la précédente, mais qui nous présente d’une manière bien plus tranchée ceux d’un tétanos, mérite une sérieuse attention, tant sous le rapport des symptômes généraux qui l’ont accompagnée, que sous celui des résultats de l’autopsie.

La contraction et la douleur du dos s’accompagnent de rougeur de la face, de fièvre, d’agitation, de soif, et de tout l'appareil des symptômes qui caractérisent une phlegmasie ; les saignées et les antiphlogistiques opèrent un bon effet; et cependant l’ouverture du cadavre démontre l'intégrité parfaite du prolongement rachidien et de ses membranes.

Nous trouvons ici de la sérosité épanchée en quantité notable, ce que ne nous à point offert le fait précédent ; pouvons nous expliquer sa présence en supposant, comme nous l'avons déjà fait, un travail intérieur analogue à une phlegmasie? Nous ne sommes point assez avancés pour décider cette question, qui, du reste, ne doit point nous occuper ici. Sans décider si ce tétanos a été une maladie purement nerveuse, ou s'il est dû à une irritation de la séreuse spinale , nous citons cette observation comme curieuse et comme ayant plusieurs points de contact avec l’arachnitis rachidienne.

( 605 ) CENT-QUARANTIEME OBSERVATION.

Æffection rhumatismale offrant quelque ressemblance avec l'arachnitis spinale.

Benoit, âgé de soixante-quatre ans, cordonnier, ayant été long-tems militaire, quitta le service avec une santé très-détériorée, pour une affection rhumatismale intense et un tremblement habituel qu'il y avait contracté.

En novembre 1816, il est pris tout-à-coup d’éblouissemens, d’étourdissemens; il veut manger, mais il vomit ce qu'il a pris ; bientôt après, frissons ; céphalalgie vive ; douleur au côté droit du thorax ; difficulté de respirer ; toux; crachats sanguins. On veut lui faire une saignée, il s’y oppose ; on applique un vésicatoire au bras.

Ces symptômes persistent pendant trois jours, et alors il s’y joint une roideur du col qui fait en même tems éprouver beaucoup de douleurs et de üntemens d'oreilles ; les symptômes de la phlegmasie du poumon diminuent en peu de jours, mais ne disparaissent pas entièrement ; la douleur et la roideur du col persistent au même degré ainsi que les tintemens d'oreilles ; bientôt la sensibilité des yeux s’exalte au point que le malade ne peut plus supporter la lumière. Ces symptômes duraient depuis deux mois, lorsqu'il perdit

( 606 ) tout-à-coup l’usage du bras droit qui lui fit éprouver en même tems de violentes douleurs; trois semaines après ce dernier accident, il entra à PHôtel-Dieu ; ce fut alors que nous l’examinâmes.

Céphalalgie très-vive, occupant le pourtour du crâne ; col roide; tête un peu renversée en arrière ; douleur irès-vive le long de toutes les vertèbres cervicales, qui augmente par le mouvement; roideur du bras droit qui est presque entièrement paralysé, et exécute à peine quelques légers mouvemens ; la peau de ce bras a perdu toute sa sensibilité, mais on ne peut le remuer sans occasionner les plus vives douleurs ; Ja sensibilité générale sans être perdue est trèsobtuse ; contraction des muscles des cuisses et de ceux de la partie antérieure de l’abdomen;tremblement continuel des membres inféricurs et du bras gauche qui ont conservé leur mobilité ; tintemens d'oreilles ; lumière difficile à supporter ; percussion de a poitrine douloureuse, le côté gauche est moins sonore que le droit ; pouls roide et serré ; intégrité des facultés intellectuelles. — Huit sangsues sur le côté, et quarante-deux à la nuque et le long de l’épine ; bain à vingt-six degrés ; peut lait ; le soir, sinapismes aux pieds.

Le lendemain, céphalalgie moins forte; col moins roide , moins douloureux ; mobilité plus

( Go7 ) grande dans les bras et les doigts; tintemens d'oreilles moins forts. — Douze sangsues à l’anus ; pédiluves sinapisés; lavement laxatif ; eau de veau.

Le surlendemain : liberté des mouvemens du col et du bras qui cessent d’être douloureux ; le pouls conserve de la roideur. — Douze sangsues à l’occiput.

En peu de jours , les grands accidens disparurent, mais des douleurs très-vives persistèrent encore quelque terms.

281. L'aspect particulier de cette affection rhumatismale, qui lui donne à une certaine époque, quelques points de ressemblance avec uneinflammation de l’arachnoïde spinale et même de l'arachnoïde cérébrale, nous a toujours paru curieuse et intéressante, c’est sous ce rapportque nous la publions maintenant, et parce qu’elle pourra servir un jour, à compléter le tableau des affections qui peuvent simuler l’arachnitis rachidienne.

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