‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 20 sur 170 · COR · texte numérisé non relu

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66. Mode de terminaison : La loi que nous nous sommes imposée de n’employer dans la composition de cette histoire générale que des observations avec ouverture du cadavre, nous exempte en partie de parler du mode de terminaison. Nous dirons cependant que l’arachnius a presque toujours une fin funeste, et qu'il est assez rare de voir ceux qui en ont offert tous les symptômes, recouvrer complétement la santé.

Chez plusieurs personnes qui ont succombé à des affections tout à fait étrangères, mais qui avaient présenté antécédemment des symptômes d’arachnitis , nous avons trouvé des traces non équivoques de cette inflammation , telles que des adhérens , des épaississemens , qui n’ont pus'établir que par une phlegmasie préalable, ce qui prouve que l’arachnitis est susceptible de guérison. Nous examinerons plus tard de quelle manière s'opère le passage à l’état chronique , état qui parait déterminer alors assez fréquemment l’aliénation mentale, comme ont eu occasion de le vérifier différens observateurs.

67. Pronostic : Ce que nous venons de dire sur le mode de terminaison, s'applique en entier au pronostic qui est toujours des plus fâcheux. L’assoupissement profond, dans l’arachnitis bornée à la convexité , annonce: ordinairement que le malade n’a pas plus de trois ou quatre jours à

( 67) vivre. Le seul pronostic favorable qu'on pourrait signaler , serait une diminution sensible et constante des accidens, et un retour graduel à la santé; c'est du moins ce que nous avons observé sur quelques malades, qui ont guéri après avoir présenté tous les symptômes de cette affection.

ARTICLE II

Anatomie pathologique.

68. Les diverses lésions organiques que l’on trouve à l'ouverture des cadavres de ceux qui ont succombé à l’arachnitis, peuvent se réduire :

1°, À une simple rougeur de l’arachnoïde. |

2°, À l’épaississement, à l’augmentauon de densité et à la perte complète de transparence de cette membrane.

3°. À une exsudation purulente , séro-purulente , séro-gélatineuse à sa surface.

4°. À la formation de fausses membranes.

5°, À un épanchement séreux dans les ventricules, entre les feuillets de l’arachnoïde ou dans le tissu cellulaire qui l’unit à la pie-mère, avec une ou plusieurs des lésions énoncées ci-dessus.

69. La rougeur de l’arachnoïde, qui caractérise son inflammation, offre quelques variétés relativement à son étendue et à son intensité. Le

plus ordinairement elle est bornée à quelques points de la convexité ou de la base du cerveau ; quelquefois elle occupe toute l'étendue d'un hé- misphère où même toute l’arachnoïde , et pénètre jusque dans l’intérieur des ventricules; mais cette dernière particularité est extrèmement rare. Cette rougeur de l’arachnoïde varie depuis une teinte légèrement rosée jusqu’au rouge le plus foncé : dans ce dernier cas, lorsque l’inflammaton n'est pas générale, la rougeur se fond toujours insensiblement avec le reste de la membrane.

Il faut bien se garder de confondre avec l’inflammation de l’arachnoïde, la simple congestion sanguine de cette membrane, et l’injection des vaisseaux de la pie-mère qu’elle tapisse. Dans la simple congestion, ou dans le cas d'injection, la teinte rouge ne paraît pas combinée avec le tissu de la séreuse : en la lavant , en la comprimant entre les doigts, en la raclant légèrement avec le scalpel, on lui rend la totalité ou seulement une partie de sa transparence ; sa densité n’est pas augmentée. Tous ces moyens sont sans effet dans la véritable inflammation. L’injection apparente de l’arachnoïde étant le plus souvent due à celle de la pie-mère, 1l faut avoir le plus grand soin de les détacher l’une de l’autre, dans les endroits où cette séparation est possible : nous les avons indiqués au chapitre de son anatomie.

ro. Souvent à la place de cette rougeur on trouve l’arachnoïde épaissie d’une manière notable, ce qui lui donne un aspect blanchâtre, laiteux ; on dirait alors que l’inflammation a désorganisé son üssu, et qu'elle a fait sur l’arachnoïde ce qu’elle opère sur la cornée transparente , à la suite de violentes ophtalmies. Lorsque cet épaississement est fort considérable , il Ôte a la membrane toute sa transparence , et augmente de beaucoup sa densité ; on peut alors exercer sur elle une traction à laquelle elle n’aurait pas résisté dans l’état sain. Ce défaut de transparence n’est pas toujours accompagné d’épaississement bien sensible; la membrane conserve quelquefois toute sa ténuité et sa souplesse, et offre qu’un aspect laiteux.

L’épaississement n’est pas ordinairement général : nous l’avons presque toujours vu distribué par plaques plus ou moins étendues. Cest au centre de ces plaques qu'il est le plus consi dérable ; il diminue insensiblement à mesure qu’on s’en éloigne; 1l n’est pas dû à la présence d’une fausse membrane ; ilse fait dans le tissu même de l’arachnoïde : il paraît dépendre d’une augmentation de nutrition et d’une altération dans son organisation. Il n’est pas rare de voir une teinte rosée, reste d’inflammation, circonscrire entièrement la portion blanchâtre.

71. La suppuration est une terminaison qui se rencontre fréquemment, et qui se présente sous différens aspects. Dans la plupart des cas, le pus est étendu à la surface de l’arachnoïde, et y forme une couche extrêmement mince, peu adhérente à son feuillet externe, et suscepuüble d’être enlevée avec facilité lorsqu'on râcle l’arachnoïde à l’aide d’un instrument. Alors on tronve la membrane rouge ou épaissie, et quelquefois légèrement villeuse.

Rarement le pus se trouve réuni en foyer considérable ; mais on le voit plutôt disséminé çà et là à la surface de la membrane ; quelquefois il est ramassé en gouttelettes. Il varie beaucoup pour sa couleur, sa nature et sa consistance ; dans d'autres cas, il fait corps avec la séreuse ellemême , et est intimement uni aux mailles qui la composent. Quelquefois on ne trouve à sa place qu’un liquide séreux, plus ou moins abondant, infiltré dans les cellules même de l’arachnoïde, ce qui représente assez bien l’œdème de la glotte. Nous avons aussi rencontré le pus répandu sur toute la surface de la membrane; mais ces cas sont extrêmement rares ; le plus ordinairement il est borné à la convexité des deux hémisphères ou d’un seul, ou même à quelques points de la base, et spécialement alors vers l’entecroisement des nerfs opüques et la protubérance annulaire.

72. Nous assimilons à la suppuration un produit particulier, que nous avons trouvé assez fréquemment à la suite des arachnitis : il consiste dans la formation d’une couche gélatineuse, absolument semblable à celle qu’on rencontre dans quelques tumeurs enkistées des ovaires.

Cette concrétion est formée par un tissu cellulaire dans les mailles duquel se trouve renfermée de la sérôsité et une espèce de gélatine tremblante. En pressant cette masse, on en exprime tout le liquide, et il reste entre les doigts une sorte de membrane très-inégale et d’une certaine consistance. C’est principalement dans les inflammauons de la convexité et de la base, surtout dans celles du voisinage du carré des nerfs optiques, que l’on observe cette infiltration particulière, qui n’est jamais très - étendue, et peut avoir jusqu’à deux et trois lignes d'épaisseur : 1l n’est pas rare d’y trouver du pus mélangé.

73. D’autres fois, l’arachnoïde est recouverte de véritables fausses membranes assez semblables à celles qu’on retrouve à la surface des autres séreuses; leur organisation nous a paru souvent assez parfaite, pour qu'il füt possible d’y reconnaître des vaisseaux sanguins tellement développés , qu'on peut même les injecter facilement avec le mercure. Nous avons observé ces fausses membranes sur la convexité du cerveau et du cervelet, plus souvent qu'à la base et

(72) dans les ventricules. Elles présentaient à leur centre jusqu'a près d’une ligue d'épaisseur, et allaient en s’amincissant vers la circonférence ; quelques-unes avaient jusqu'à trois pouces de diamètre.

74. Chez presque tous les sujets qui succombent à l’arachnitis, on rencontre un épanchement séreux qui, le plus ordinairement, ne va pas au delà d’une once, et qui, dans ce cas, ne mérite que peu d'attention. Mais souvent aussi cet épanchement est plus considérable et s'élève au delà de trois, quatre et même six onces.

Communément le liquide est contenu dans la cavité d’un seul ou des deux ventricules, et quelquefois simultanément dans le troisième et le quatrième. Souvent aussi il est disséminé sur toute la surface de l’arachnoïde qui en est en quelque sorte baignée; toute cette sérosité se ramasse à la base du crâne, lorsqu'on retire le cerveau de sa cavité; elle est presque toujours limpide, quelquefois lactescente et même floconneuse : dans quelques cas, nous l’avons trouvée légèrement rosée ou rougeûtre. Toutes les fois qu'il existe un épanchement d’une certaine abondance dans les ventricules , on peut le reconnaitre avant que ceux-ci soient ouverts ; car alors les circonvolutions cérébrales se trouvent singulièrement aplaties et effacées. L’épanchement séreux s’observe spécialement dans l’arachnitis de la base et

(73) dans celle des ventricules : aussi le remarque-ton plus souvent chez les enfans (x).

25. Nous avons déjà parlé des adhérences qu’on rencontre sur les diverses parties de l’arachnoïde, et qui indiquent, lorsqu'elles deviennent celluleuses, une ancienne inflammation ; ces adhérences dégénèrent quelquefois en véritable tissu osseux. ( Bichat. )

Nous ne dirons également qu’un mot de ces légères granulations que nous a présentées l’arachnoïde des ventricules dans quelques hydropisies de ces cavités ; nous ignorons entièrement leur nature et leur mode de développement ; nous ne pouvons en donner une meilleure idée qu’en les comparant aux granulations qu'offrent la plevre et le péritoine, après certaines inflammations chroniques. Lorsqu’elles sont sensibles, elles donnent à cette membrane un aspect poudreux : pour les observer, il faut regarder l’arachnoïde au grand jour et horisontalement.

Ces recherches sur les altérations qu’on remar-

(x) Il faut distinguer cet épanchement séreux dépendant de l’arachnitis , de celui qui s’observe chez les vieillards , et qui paraît souvent n'être qu'une hydropisie essentielle : nous profitons de cette occasion pour avertir que nous n’entendons nullement faire, dans cet ouvrage , l’histoire de l’hydropisie des vieillards , lorsqu'elle ne dépend pas de linflammation de l’arachnoïde,

que à la suite de l’arachnitis, ayant été faites dans desintentions purement pratiques, doiventnécessairement laisser beaucoup à désirersouslerapport des détails d'anatomie pathologique. Nous avons cru ne pas devoir nous y appesantir davantage , afin de ne pas perdre de vue le principal objet de ce travail, qui est de faciliter le diagnostic des maladies cérébrales. Nous ne pourrions d’ailleurs rien ajouter à ce qu'ont dit sur ce sujet quelques-uns de nos maîtres et plusieurs de nos anciens condisciples , dans des ouvrages et des dissertations qui sont entre les mains de tout le monde.

76. Le tableau que nous allons mettre sous les yeux, indiquera, mieux qu'une longue description, quelles sont les parties de l'arachnoïde le plus souvent enflammées: on y verra que , par l’ordre de fréquence, c'est l’inflammation de la convexité du cerveau qui prédomine de beaucoup sur toutes les autres; que celle de la base vient ensuite; que celle de la convexité d’un seul hémisphère ne vient qu’en troisième ligne ; qu'enfin celle de la convexité du cervelet, celle de sa base, celle de l’intérieur des ventricules latéraux, de la protubérance annulaire et de la face interne des hémisphères sont beaucoup moins ordinaires. On y verra aussi dans quelle proportion l’arachnitis coïncide avec

Co Re les épanchemens séreux et avec les affections de la pulpe.

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