‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 34 sur 170 · QUINZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUINZIÈME OBSERVATION

Arachnitis suppurée de la convexité des hémisphères cérébraux et cérébelleux. — Epanchement floconneux , abondant , dans les ventricules. — Point de coma sensible.

Un tailleur, d’un tempérament bilieux, âgé de 36 ans, ayant la goutte fixée sur les articulations du pied gauche, avait fait le voyage de Bordeaux à Paris. 15 jours aprèsson arrivée, la douleur du pied aggravée par la marche, diminue et devient très-supportable. Aussitôt, 1l se développe une céphalalgie vive avec élancemens, occupant toutes les régions de la tête. Il garde le repos et se met à la diète pendant quelques jours. La céphalalgie diminue sans cependant céder complétement.

Le douzième jour, la douleur de tête se réveille.

Le quatorzième jour, face consternée, pâle , céphalalgie générale, difficulté à rendre çompte

(104) de son état; pouls naturel. — Saignée, sinapismes aux pieds.

Le quinzième jour, délire léger, augmentaton de la céphalalgie, eris plaintifs, agitation, décubitus sur son séant ; il évite autant que possible de mouvoir la tête.

Le seizième jour, même état, élancemens au vertex, arrachant des cris au malade. — Sangsues aux tempes, julep avec sirop diacode.—Nuit tranquille, sommeil léger.

Le dix-septième jour, céphalalgie obtuse avec paroxismes de douleurs. Le soir, cris, anxiétés, délire.

Le dix-huitième jour, agitations, mouvemens automatiques de tout le corps, mais non de Îa tête, délire. Mort dans la journée.

Ouverture du cadavre. — L’arachnoïde cérébrale de toute la partie supérieure des hémisphères, était épaissie d’une demi-ligne, opaque, avec infiltration d'une matière puriforme dans le üssu cellulaire sous arachnoïdien.

Même état de l’arachnoïde de la face supé— rieure du cervelet.

Epanchement de quatre cuillerées de sérosité verdâtre , trouble, avec quelques légers flocons albumineux, dans les ventricules latéraux.

Cerveau généralement ramolli.

Vous les autres viscères sains.

91. Céphalalgie. — Elle accompagne toutes les lésions de l’arachnoïde, soit qu'il n’y ait qu’une simple inflammation, soit qu'il existe un épanchement séreux ou purulent. Elle paraït n'être pas toujours la même, soit pour la nature de la douleur, soit pour son intensité. Le siége même de cette douleur, lorsqu'elle n’est pas gé— nérale , n'indique pas toujours le lieu et l’étendue de la lésion, comme on le verra par les nombreux exemples que nous donnerons dans le cours de cet ouvrage.

92. Délire. — Ce symptôme parait se lier avec l’arachnitis non suppurée de la convexité des hémisphères du cerveau ou du cervelet. Il paraît appartenir davantage aux sujets jeunes, et à ceux chez lesquels la réaction est le plus fortement prononcée. Îl ne se rencontre presque jamais avec l’inflammation de la base. Les recherches les plus scrupuleuses n’ont pu nous démontrer de rapport entre telle ou telle région de l’arachnoïde de la convexité enflammée, et tel caractère particulier de délire. (On peut voir, pour ce qui a rapport à ce symptôme, les nombreuses observations qui ont pour ütre, Arachnitis de la convexité, et l’article spécial où nous traitons de l’inflammation de cette région. )

93. Hémiplegie. — Chez huit sujets qui nous ont présenté une hémiplégie ou un commence-

cement de paralysie d’un côté du corps, nous avons constamment trouvé un épanchement sur la convexité de l'hémisphère opposé, soit que cet épanchement füt borné à ce seul hémisphére, soit qu’il fût seulement plus abondant de ce côté. C’est surtout dans l’arachnitis par cause externe , par violence exercée sur le crâne, que nous avons remarqué ce phénomène , qui paraît dépendre de la plus grande quantité de pus épanché dans ces sortes d’arachnitis souvent bornées à un seul côté de la tête.

Cependant nous le dirons, quoique nous ayons trouvé l’explication de tous nos hémiplégiques, nous n'avons point été aussi heureux dans nos épanchemens partiels où nous n’avons pas toujours rencontré l’hémiplégie ou la paralysie, du côté opposé à ces épanchemens, venir fixer par cette contre-épreuve la théorie des épanchechemens ; d’où il résulte que l’hémiplégie suppose un épanchement du côté opposé ; mais qu'un épanchement partiel n’est pas nécessairement suivi de l'hémiplégie.

94. Convulsions, contractures, rigidité. Ces différens symptômes sont loin de reconnaître une cause unique et invariable. Ainsi la rigidité et la contracture qui ont lieu en général du côté opposé aux convulsions, n’existent pas toujours du côté opposé à la portion de l’arachnoïde où siége

l’inflammation ou l’épanchement. Il en est de même des convulsions, qui étant le pendant des déviations, et existant du même côté qu’elles, devraient correspondre à celui où la cause irritante est la plus prononcée. Mais ces effets sont loin de toujours être constans, ainsi qu’on l’observe dans les inflammations et les suppurations partielles , qui ne sont pas toujours suivies de convulsions ou de contractures partielles ; d’où il est facile de se convaincre que, dans l’état actuel, on ne peut tirer aucune conséquence rigoureuse et certaine, de l’existence de ces symptômes, relativement aux diverses altérations organiques , quoique cependant, ils puissent dans certains cas, se trouver en rapport avec les lésions indiquées. Dans la plupart des circonstances l’arachnoïde est enflammée dans toute son étendue, et l’hydropisie des ventricules est quelquefois seulement plus marquée d’un côté que de l'autre. En général, la flaccidité succède aux contractures comme aux convulsions : quant à ces dernières, qui peuvent s'accompagner de rigidité, elles existent du côté opposé aux paralysies, lorsque celles-ci coïncident avec elles.

95. Fomissement. — Il paraît être le résultat des sympathies qui unissent l’estomac à l’encéphale; il s’observe assez fréquemment comme nous l’avons dit; mais 1l nous a été impossible de

pouvoir le rallier à linflammation de quelque région particulière de l’arachnoïde. En effet, nous l’avons vu coïncider avec la phlegmasie de la convexité , comme avec celles des ventricules et de la base auxquelles il paraît davantage appartenir. Nous l’avons également observé avec et sans épanchement séreux dans les ventricules, dans l’arachnitis suppurée comme dans celle qui ne l'était pas. Il semble dépendre surtout de l’irritation de l’arachnoïde, et se rencontre le plus généralement dans la première période où l’exaltation de la sensibilité est plus développée.

96. Il est facile de voir par le peu d’enchaïnement, par le peu de correspondance qui existe entre les symptômes de l’arachnitis etles diverses lésions organiques qui l’accompagnent, qu'il sera toujours très-difficile de reconnaître pendant la vie, tout l’ensemble des désordres dont l’arachnoïde peut être le siége. Il paraït que la seule inflammation de cette membrane détermine un trouble plus ou moins notable, dans toutes les fonctions du cerveau, avec lequel elle se trouve unie par les connexions les plus intimes et par des rapports sympathiques que nous sommes bien loin de connaître à fond. C’est à ces rapports qu'il faut attribuer ce trouble et ce désordre de l’ensemble du système sensitif, qui font

de l’arachnitis une maladie si remarquable; et, quoiqu’au milieu de cette obscurité , nous croyons avoir pu distinguer les caractères de l’arachnitis de la convexité de ceux qui sont propres à l’arachnitis de la base, et nous être rendu raison de l'irrégularité apparente de la marche de cette maladie, nous pensons que de nouvelles recherches sont encore nécessaires pourrendre compte de certaines variétés, pour ex-. pliquer l’inconstance et la singularité de certains phénomènes ; en un mot, pour lever entièrement le voile dont cette maladie peut encore rester couverte.

97. Nous terminerons ici ce que nous avons à dire sur la physiologie pathologique, en présentant un tableau qui fera embrasser d’un coupd'œil les rapports qui existent (1) entre les épanchemens, lesinflammations partielles, etlesconvulsions, déviations, contractures, rigidités et paralysies. De cette manière, nous mettrons cha-

(1) Nous n’entendons pas dire par là que tel ou tel phénomène se lie nécessairement à telle espèce de lésion ; loin de nous de vouloir rien avancer d’aussi hypothétique, et de vouloir donner pour loi des caractères fugaces et aussi peu certains ; nous ne cherchons qu’à placer quelques jalons pour favoriser les recherches à ce sujet, en donnant pour base ce que la théorie des apoplexies a démontré en partie.

cun à même de déterminer sur le champ, d’après l’état de convulsions, de déviation, de contracture, de rigidité ou de paralysie d’une région quelconque, le lieu où doit exister l’épanchement ou l’inflammation. Nous éviterons par là des recherches très-fatigantes, pour ceux qui n'ont pas l’habitude de ce genre de travail.

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