‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 35 sur 170 · EE · texte numérisé non relu

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ARTICLE IV

Traitement (a):

98. Si le travail que nous venons de présenter sur l’arachnitis a accéléré son diagnostic et jeté quelque jour sur sa véritable nature, 1l doit être plus facile d’en diriger le traitement et de remplir les différentes indications qu'elle peut offrir.

Pourquoi faut-il que dans cette affection, plus fréquemment encore que dans toutes les autres, le médecin soit souvent réduit à n’être quélé spectateur des ravages rapides de Îa maladie, sans pouvoir en arrêter la marche, ou même en enrayer quelques symptômes.

Cependant, comme tous les sujets attaqués d’arachnitis ne paraissent. point irrévocablement condamnés à la mort, et qu'il semble que les moyens mis en usage peuvent et doivent réussir,

(1) Nous ne prétendons pas traiter ici de tous les moyens qui ont été proposés contre l’arachnitis; nous voulons seulement poser les bases d’un traitement rationnel. D’un autre part, nous n’entrons pas dans les modifications que nécessitent les diverses complications de la maladie qui nous occupe , les méthodes thérapeutiques qui leur sont particulières, se trouvant amplement développées dans les ouvrages qui traitent de cette branche de l’art.

SA A 0 HE) d'autant plus souvent que la maladie sera plus promptement reconnue, et combattue par des agens convenables, voyons ce que l’art prescrit dans ces circonstances, et rappelons auparavant, qu’en aucun cas, le précepte principiis obsta, n’a été d’une plus impérieuse nécessité.

Dans l'ordre à adopter pour l’exposition de ces moyens, nous commencerons par les plus efficaces, en traitant ensuite successivement chacun d’eux, suivant son importance particulière ; nous appuierons également sur l’époque et la période de la maladie, où 1l convient davantage de les employer.

09. Saignee. — La saignée est, sans contredit, le moyen le plus puissant et sur lequel il faut principalement compter dans le traitement de l’arachnitis ; elle est surtout utile, au moment de l'invasion, chez les sujets jeunes, forts et vigoureux, chez lesquels on remarque des symptômes de pléthore ou de congestion vers les extrémités supérieures ; l’action de la saignée est toujours d'autant plus marquée et plus sensible, qu'elle est faite par une plus large ouverture, qui opère en peu de tems une déplétion subite, et amène un état voisin de la syncope ; nous avons eu plusieurs fois l’occasion de vérifier l’avantage que l’on pouvait obtenir de cette

espèce de défaillance, qui a fait cesser comme

( 113) | par enchantement des céphalalgies atroces, accompagnées de divers accidens, qui tous pouvaient faire craindre l'invasion prochaine de J'arachnitis, si déjà ils n’en caractérisaient pas l'existence.

Nous ne doutons nullement des bons effets qu'on pourrait obtenir, en ouvrant deux veines différentes à la fois, pour avoir dans le même espace de tems une plus grande quantité de sang ; les faits que nous possédons, ou dont nous avons été témoins, sont en trop petit nombre, pour que nous puissions les citer à l’appui de notre opinion ; nous n'avons vu réellement que de simples essais, mais qui sont suffisans pour nous permettre d'avoir sur eux des idées fixes, surtout lorsque nous en rapprochons les succès constans et presque inespérés que nous avons obtenus avec cette méthode, dans quelques phlegmasies de la poitrine. |

Est-il une région que l’on doive choisir de préférence pour pratiquer la saignée? Les faits observés par nous mêmes n’ont point été assez variés, pour que nous puissions avoir sur ce sujet des données bien certaines, car, par un hasard singulier , la saignée du bras a été presqu’exclusivement mise en usage, chez les malades dont nous rapportons les histoires; elle a été plusieurs fois, il est vrai, couronnée de succès, mais quel-

ques faits particuliers qui nous sont propres, et qu'il nous a été possible par cela même d’observer avec plus d'attention, nous ont prouvé que la saignée du pied avait une action beaucoup plus prompte, et que son effet était plus tranché, ce qui nous engage à lui donner la préférence; nous ne sommes pas d'ailleurs les premiers qui aient fait ces remarques, sur l’efficacité plus grande de la saignée du pied dans ces sortes de circonstances ; la pratique particulière de plusieurs médecins célèbres, qui en ont été surpris tout comme nous, confirme ce que nous avançons ici; elle est encore conseillée par tous les bons observateurs qui ont écrit sur les congestions cérébrales et les autres maladies de la tête.

Peut-on recourir à la saignée de la veine jugulaire, ou des ranines, ou même à la section des artères temporales et frontales, comme on le faisait autrefois, et comme le conseillent presque tous les anciens? Quoique nous ayons vu pratiquer toutes ces saignées, excepté celle des ranines, nous ne pouvons rien dire de positif à cet égard, rien qui puisse être appuyé sur un ombre suffisant d'observations ; nous pouvons assurer que la section de l'artère frontale, ou de la temporale, n’est pas sans efficacité dans les congestions cérébrales, mais nous ignorons ab-

solument jusqu’à quel poiat on peut y compter,

et si elle a sur les autres saignées un avantage bien tranché et bien réel. Nous sommes plus avancés sur la saignée de la jagulaire, nous l’avons vu pratiquer dans plusieurs circonstances, nous l’avons même vu répéter jusqu’à deux et trois fois chez le même sujet, mais toujours infructueusement; nous ne croyons pas pour cela qu'il faille y renoncer entièrement ; mais la difficulté qu'on éprouve à la pratiquer, la compression qu'il faut exercer sur le cou pendant et après l'opération, nous donne pour elle de la répugnance.

Il est impossible d'indiquer d’une manière précise, le nombre d’évacuations sanguines générales qu'il est nécessaire de faire dans le cours d’une arachnitus, et la quantité de sang que l’on doit ürer à chaque opération ; ceci est entuèrement subordonné à la constitution et à l’âge du malade , à l’intensité de la maladie, à la force et à la direcuon de la congestion, et à mille autres circonstances qu'il est impossible d'indiquer ou de prévoir. On peut dire, en général, que les saignées ne sont utiles que dans la première période et dans le commencement de la deuxième ; c’est alors qu'il faut les répéter autant de fois qu'elles paraissent indiquées, et se garder de perdre en essais et en tatonnemens un tems précieux ; il ne faut guère compter sur elle à la

fin de la seconde période, et encore moins dans la troisième. Si cependant 1l survenait encore dans le cours de ces deux dernières, quelques symptômes de pléthore générale, comme, cela arrive quelquefois , il faudrait y avoir recours, non dans la conviction de sauver le malade, mais dans l'intention de gagner du tems et de prolonger son existence ; encore faudrait-il attendre qu’elle fût manifestement indiquée. Si cette pléthore n’était que locale, 1l faudraifrecourir de préférence aux irritans inférieurs, et s'ils ne suffisaient pas, aux saignées locales, c’est-à-dire, aux sangsues.

Quelques praticiens font usage de la saignée générale chez les jeunes enfans ; nous pensons que l’on peut très-bien débuter par elle, toutes les fois qu'ils sont forts, bien constitués, et que celle-ci est ménagée avec prudence.

100. Sangsues. — Quoique les saignées générales doivent faire la base du traitement de l’arachnitis, il faut convenir cependant, que les saignées locales, principalement celles que l’on obtient par le moyen des sangsues, offrent des ressources trop précieuses pour qu il soit permis de les négliger; c’est surtout chez les enfans, chez les sujets faibles, sans énergie, chez ceux sur lesquels on a déja employé les saignées générales, et auxquels on ne peut, sans inconvé-

nient, tirer une top grande quantité de sang, qu’elles conviennent. Le lieu de leur application est ordinairement le cou, les tempes, la nuque, et le derrière des oreilles. Le nombre qu'il faut appliquer varie beaucoup, à raison de l’âge et de la force du sujet. Chez les très-jeunes enfans, quatre à six sangsues derrière chaque oreille procurent un dégorgement suffisant; chez un sujet de dix ou douze ans, on peut en mettre jusqu'à huit ou dix de chaque côté; et chez un adulte on peut porter leur nombre jusqu'a quinze et vingt, et même au-delà, sans inconvénient. Dans Ja plupart des cas, une seule application ne suffit pas, aussi faut-il les renouveller autant de fois que les accidens persistent, surtout lorsqu'ils semblent tenir à une congestion. Nous avons observé un grand nombre de malades chez lesquels on avait appliqué de cette manière, dans l’espace de quatre jours, jusqu'a cent et cent trente sangsues.

Nous dirons des sangsues, ce que nous avons dit de la saignée générale , qu’on peut les laisser couler jusqu’à la syncope; mais de même que pour la saignée générale, on ne doit y avoir confiance que dans la première période, lorsque rien n’annonce des désordres organiques, au-dessus de toute espèce de moyen.

Les précautions qu’exige l’application de:

CAES

sangsues, nous portent à croire qu'on en retirera de bien plus grands avantages dans la pratique particulière que dans les hôpitaux, où mille circonstances se trouvent réunies pour empêcher d'apprécier leur véritable action. Que d’attention ne faut-il pas, en effet, de la part des assistans ? La quantité de sang ne varie-t-elle pas, suivant que Îles sangsues sont grosses ou petites, suivant qu’elles se remplissent complètement, ou que la plupart tombent immédiatement après avoir piqué la peau, suivant que le saignement des piqüres qui en résultent , est entretenu avec soin ou qu'il est négligé? Leur action ne varict-elle pas encore, suivant qu’elles sont appliquées sur telle partie ou sur telle autre? Quelque bien monté que soit le service d’un hôpital, jamais on ne parviendra à un résultat certain, qu'on peut tout au plus espérer chez un malade opulent qui concentre sur lui les yeux et l’attention de tous.

Au reste, 1l est extrèmement important chez les sujets un peu forts, de faire précéder ces saignées locales, d’une ou de deux saignées générales ; sans cela, elles augmentent la congestion, à moins qu'elles ne soient elles-mêmes extrèmement abondantes.

Les sangsues sont encore très-avantageuses , et remplacent très-bien les saignées générales, lors-

(119) que l’arachnitis survient à la suite de la suppression d’un flux quelconque, qu'il est important de rappeler.

Chez les adultes, lorsque l’ensemble des symptômes fait présumer que c’est l’arachnoïde de la convexité du cerveau qui est enflammée, on peut avec beaucoup d’avantage appliquer une calotte de sangsues sur le sommet de la tête. Nous avons vu cette méthode produire de merveilleux effets, dans les mains de M. Récamier pratcien si riche en moyens thérapeutiques ; nous avons pu encore apprécier son efficacité chez une femme qui, à la suite d’un coup à la tête, avait été immédiatement plongée dans un coma profond.

101. Scarifications. — Quelques médecins ont proposé de faire un grand nombre de scarifications sur la tête préalablement rasée ; nous n'avons jamais vu mettre en usage ces scarifica- Uons, mais nous pensons que la facilité avec laquelle on peut appliquer des sangsues sur cette région, peut faire négliger en leur faveur cette méthode,

102. F’entouses. — Les ventouses trop négligées dans la médecine actuelle, peuvent être d’un grand secours dans l’arachnitis, lorsqu’on les emploie conjointement aveclesautres moyens; elles sont surtout utiles chez les sujets frêles,

délicats, qu’on ne peut affaiblir par des évacuations sanguines ; et qu’on ne veut pas trop tourmenter par des irritans extérieurs ; on peut multiplier leur application d’une manière en quelque sorte illimitée; c’est aux tempes, aux parties latérales ct postérieures du cou, sur la poitrine et les épaules, qu’on les place dans ces circonstances ; à défaut de sangsues, elles peuvent, en quelque sorte, en tenir lieu, surtout lorsqu'on a soin de faire quelques mouchetures à la peau, avant leur application ; jamais, cependant, elles ne les remplacent complètement.

103. Pediluves. — Immédiatement après la saignée, et souvent même pendant l’application des sangsues, il faut employer les bains de pieds, soit simples, soit rendus plus irritans par l'addition de la moutarde, du sel, ou de l’acide hydrochlorique. |

Le bain de pieds ordinaire se donne à la température de vingt à vingt-quatre degrés; sa durée est alors d’une demi-heure à trois quarts d'heure ; il augmente le calibre des veines et des artères, et, dérivant le sang qui se porte aux extrémités supérieures, il procure un soulagement assez constant.

L'action lente et peu marquée de ce bain, fait qu'il n’est véritablement utile que dans le cas de simple congestion. Lorsque les accidens sont

(9 graves, il faut peu compter sur lui. En élevant la température, on obtient un effet dérivauf plus prompt, et surtout plus intense ; la sensibilité particulière de chaque individu, qui varie à l'infini, fait qu'il est impossibile de déterminer, même d’une manière approximative, jusqu'où doit être portée cette température. En général, il faut qu’elle soit assez haute pour rougir fortement la peau, sans faire éprouver au malade une sensation pénible ; on remplit facilement ces deux conditions en plongeant les pieds dans l’eau tiède, que l’on réchauffe ensuite graduellement, en y ajoutant peu à peu une quantité suffisante d’eau bouillante ; portée à cette température, on ne doit y laisser le malade que dix à douze minutes, et ne point élever l’eau audessus des malléoles. On complète l’action dérivative du bain de pieds par l’addition de substances âcres et irritantes, comme le sel, la farine de moutarde, ou l’acide hydrochlorique , dans la proportion de deux poignées de sel, d’une livre de moutarde, et de deux ou trois onces d’acide, sur huit pintes d’eau. On ne réunit point ordinairement ces substances, on choisit pour l'usage l’une ou l’autre. L’eau dans laquelle on a ajouté du sel, ou de l’acide hydrochlorique, peut resservir un grand nombre de fois ; il n’en est pas de même de celle dans laquelle on a joint la mou-

tarde, qui perd par l’action de la chaleur, sa propriété excitante. Comme il n'est pas toujours nécessaire d'employer huit pintes d'eau pour un simple bain de pieds, il faut avoir som lorsqu'on en diminue la quantité, de réduire dans la même proportion les substances qu’on y ajoute.

La puissance extrêmement active de ces derniers bains, fait qu'on ne peut les employer que deux ou trois fois, tout au plus, dans la journée, et n’y laisser les pieds que l’espace de huit à dix minutes. Si les bains simples sont moins actifs, ils ont au moins l'immense avantage de ne produire jamais d'excoriations et de pouvoir être répétés autant de fois qu’ils sont jugés nécessaires. On peut rendre leur action en quelque sorte permanente, en enveloppant les pieds, dans l’intervalle d’une immersion à l’autre, de linges trempés dans de l’eau très-chaude ; c’est principalement lorsqu'on tient constamment des réfri= gérans appliqués sur la tête, que cette excitation simultanée et continuelle des pieds, nous a paru avantageuse. C'est pendant le cours de la première et au commencement de la seconde période, que ces moyens trouvent particulièrement leur application.

104. Sinapismes. — Les sinapismes ont absolument le même effet que les pédiluves, avec

( 4240 cette différence cependant, qu'agissant avec beaucoup plus d'intensité, ils déterminent souvent une réaction générale qui favorise la congestion, alors même qu'on veut la diminuer.

Pour éviter cet inconvénient attaché à l'usage des sinapismes, il faut faire beaucoup d’atiention à la constitution du malade et à l’époque de la maladie où on les emploie.

En général, ce n’est pas par ces derniers dérivatifs qu'il faut débuter chez les personnes fortes, vigoureuses, sanguines, et qui présentent une réaction vive; il est indispensable chez elles, de commencer par des évacuations sanguines, proportionnées à l'intensité des accidens, et par les bains de pieds ordinaires, et recourir ensuite aux sinapismes, lorsqu'on peut raisonnablement les employer, sans rien craindre de leur action.

Les sinapismes exigent encore quelques modifications dans leur usage, chez les personnes d'une sensibilité exquise, ou qui ont une grande mobilité nerveuse; c’est chez ces personnes surtout, qu'il faut éviter la douleur trop vive qu’excite ordinairement l'application prolongée de ce genre de stimulant ; aussi devra-t-on.

les retirer aussitôt que la peau commence à rougir; on peut encore modérer l’action de ce topique, soit en unissant la moutarde à une par-

tie plus ou moins considérable d’un corps mucilagineux, soit encore en interposant entre lui et la peau un tissu léger, comme serait un linge ou une mousseline très-claire ; ces deux dernières méthodes nous paraissent mériter la préférence, parce qu’en diminuant la violence du moyen, elles lui laissent toutes ses vertus, et en permettent l’action pendant un tems pour ainsi dire illimité.

Malgré l’usage généralement reçu, nous n’approuvons pas l’application des sinapismes à la plante des pieds, parce que, déterminant sou— vent des excoriations et des phlyctènes, ils privent alors de la ressource des pédiluves , qui, agissant presque instantanément, sont toujours nécessaires; mais nous pensons qu'il faut les promener sur les jambes, au-dessus des malléoles, et sur l’un et l’autre genou.

10. Wésicatoires. — Les vésicatoires, dont l’action est absolument semblable à celle des sinapismes, et qui n'en diffèrent que par la permanence et l'intensité plus grande de leur effet, exigent dans leur emploi, les mêmes précautions que nous avons indiquées relativement à ces derniers ; Commtsiément on en met un ou deux aux cuisses, et l’on a soin de les faire suppurer ; on les applique encore aux tempes, à la nuque, et même sur tout le sommet de la tête préalablement

rasée. Nous ne pouvons pas dire jusqu'à quel point peut aller la confiance dans les vésicatoires appliqués de cette manière, car les circonstances dans lesquelles ils ont été employés devant nous, sont trop peu nombreuses et nullement concluantes; cependant, comme nous avons vu des accidens éminemment cérébraux, dissipés par une calotte de vésicatoire, nous pensons que ce moyen ne serait pas sans influence, dans l’'éminence de la maladie, et peut-être même dans une époque plus avancée, dans le cours de la période comateuse , si toutefois il existe encore quelque chance de succès. Mais comme dans ce cas on cherche à obtenir une irritation, tout à la fois vive et prompte, et que les vésicatoires ordinaires agissent avec beaucoup de peine sur le cuir chevelu, nous pensons qu’on leur substituerait avec avan:

gé la pommade Dpessasals proposée par le Nive Gondret.

106. Purgatifs. — Dans une maladie aussi grave que l’arachnitis, et qui exige des moyens aussi prompts, il n’est pas de région du corps qu'on ne doive irriter pour tâcher &’y faire converger les efforts de la vie, et empêcher ainsi qu'ils ne se concentrent sur l'organe menacé ; c’est ce qui doit engager à ne pas rejeter certaines substances qui, appliquées sur le canal intestinal, y produisent des effets analogues à ceux

( 126 ) que les irritans déterminent sur la peau; ces moyens sont particulièrement indiqués dans Île cours de la deuxième période, immédiatement après les évacuations sanguines, car plustard, ils ne seraient plus d’aucunes ressources ; tous les purgatifs peuvent être donnés pour obtenir cet effet. Mais il en est quelques-uns qui, par le peu de répugnance qu'ont pour eux les malades, ou par la facilité de les administrer, ont toujours mérité la préférence: tels sont le calomélas, le sirop de nerprun, l'huile de ricin et la plupart des sels neutres dissous dans le petit-lait, ou tout autre véhicule ; on peut encore ajouter à l’action de ces moyens, en y joignant quelques grains d'une des résines drastiques; ces substances sont d'autant plus indiquées, qu’elles servent en même iems à combattre la constipation, symptôme si constant chez les sujets aifectés d’arachnitis, et à dissiper l'influence que Fembarras du canal intestinal pourrait alors opérer sur le cerveau. S'il existait de la diarrhée ou d’autres signes de phlegmasie de la muqueuse gastro-intestinale, on doit bien penser que ces divers moyens ne pourraient point être mis en usage. Les lavemens sont une des méthodes Îles plus avantageuses pour administrer les purgaufs dans cette crrconstance ; aussi ont-ils été employés de tout tems ; le vin émétique twouble , à la dose de quelques

6 1249 gros à une ou deux onces, est en quelque sorte la formule banale pour ces sortes de cas ; on peut très-bien le remplacer par un sel neutre , ou par ane décoction de quelques gros de séné.

Quoique nous n’ayons jamais vu mettre en

usage dans l’arachnitis, l'emploi continuel de lémétique en lavage, méthode qui à si souvent réussi à Desaut dans les plaies de tête, et qu'il nous soit par conséquent impossible d’en apprécier la valeur, nous conseillons fort de lessayer : qui oserait mettre en doute l'efficacité d'un moyen regardé comme héroïque par deux hommes tels que Desaut et Bichat? Nous ferons cependant observer, qu'il ne faut pas y avoir recours chez les enfans, où il arrive fréquemment qu’une phlegmasie gastro-intestinale simule une arachnitis; par ce mode de traitement on ne ferait qu'augmenter la difficulte du diagnostic. C’est au calomélas que l’on doit donner la préférence dans ce cas, il n’irrite que très peu la muqueuse, et cependant il débarrasse souvent l’encéphale, en évacuant le canal intestinal qui dans cette maladie,” paraît toujours plongé dans un état d'inertie.

107 Application du Froid.—Il est un moyen dont on peut retirer les plus grands avantages , et qui seconde puissamment l’action de tous ceux dont nous nous sommes occupés jusqu'ici; ce

moyen est le froid. Nous ne connaissons point de cas, surtout dans la première et la deuxième période où il ne doive être employé. Appliqué constamment dans le voisinage de la partie malade, on explique son action en supposant qu’il détermine une astriction, qui, se communiquant de proche en proche, des parties les plus superficielles de la peau, jusqu'aux organes subjacens, empêche le sang d’y affluer et d’y occasionner des désordres que sa présence ne manquerait pas de déterminer. |

Quoique l’action du froid soit utile dans touies les périodes de la maladie, lorsque la congestion cérébrale se renouvelle, elle n’a cependant une action bien tranchée , et sur laquelle on puisse compter, que dans l’imminence de l’arachnitis, et dans sa première période ; son action est d'autant plus marquée, qu’on emploie simultanément les saignées et les dérivatifs qui agissent dans un sens contraire.

L'eau estordinairem ent la substance qui, si l’on peut avoir recours à celte expression, sert au froid de véhicule, soit qu'on l’emploie seule, soit qu'on l’unisse au vinaigre. On abaisse le plus qu’il est possible sa température, et à l’aide de compresses qu'on renouvelle fréquemment , on l’applique sur les tempes, le front, et le sommet de la tête.

L'action de ce moyen est presque toujours constante, et pour ainsi dire instantanée; elle est agréable à la plupart des sujets, elle leur rend la connaissance, elle les soulage, et fait disparaître momentanément l’assoupissement, en même tems qu’elle calme la céphalalgie; elle diminue encore sensiblement la rougeur et la chaleur du visage, et tous les symptômes de congestion ; c’est alors qu’on voit les malades revenir à eux-mêmes, et rendre compte de ce qu'ils éprouvent; mais si l’on discontinue l’applica tion du froid , ils retombent dans leur premier état.

Il arrive un moment où le froid, appliqué de cette manière, ne produit plus d'effet, soit que le malade s’y accoutume, soit que le mal fasse des progrès; aussi fautil substituer à l'eau simplement réfroidie, de la glace pilée que l’on applique immédiatement sur la tête, en la tenant avec un linge roulé en forme de couronne, ou mieux encore , en l’enfermant dans une vessie qu’on ne lie que d’une manière fort lâche : à fur et à mesure que la glace se fond on lui en substitue de nouvelle.

108. Cataplasmes. — On a proposé, et nous avons vu employer un cataplasme tenu habituellement sur la tête; les deux malades qui ont supporté cette application, n’en ont éprouvé ni bien

( 130 ) ni mal; ils ont succombé l’un et l’autre à la violence de leur maladie ; tout cependant doit faire croire que ce moyen n'est pas sans avoir une acuon réelle, et qu'il ne mérite pas d’être rejeté sans examen.

109. Nous venons de voir et d'exposer en détail, la série des moyens que l’on peut opposer à larachnitis, et sur lesquels il faut principalement compter ; ceux dont nous allons maintenant nous occuper , quoique d’une utilité secondaire, ne sont pas moins dignes de fixer notre attention.

À peine est-il nécessaire de rappeler que la diète la plus rigoureuse doit être sévèrement observée.

r10. Toutes les boissons doivent être prises parmi celles que l’on a indiquées sous le nom de délayantes et de rafraichissantes, telles que la limonade, ie petit-lait doux, l’eau d'orge miellée et émulsionnée, l’eau de veau, de poulet, ou autres semblables, qui toutes peuvent se modifier suivant les circonstances et Île goût des malades.

xa1. Dans l’arachnitis comme dans toutes les autres maladies de la tête, la position qu’il faut donner à cette partie, mérite une sérieuse attention ; 1l faut toujours la tenir élevée et dans un plan approchant de la verticale ; on évite, par ce

moyen, d'augmenter la congestion, ce qui arrive , lorsque le malade est dans une position horizontale, lesang ne pouvant remonter contre son propre poids. C’est à l’aide de coussins qu'on établit le plan plus ou moins incliné, sur lequel on couche le malade. Il faut avoir soin de n’employer dans la confection de ces coussins, ni la laine, ni la plume, substances qui s'échaulfent trop facilement ; il vaut mieux les remplacer par la balle d'avoine, ou mieux encore par le crin : on carde tous les jours ce dernier, on en remplit légèrement des oreillers, ce qui leur donne de la souplesse , de l’élasticité, et en même tems de la fraicheur. Nous pourrions citer quelques accidens très-graves, qui sont survenus dans le cours de certaines arachniüs, et qu’on ne peut atiribuer raisonnablement qu'a l’omission des prccautions que nous venons d'indiquer.

112. La température de la chambre dans laquelle est couché le malade, doit varier suivant la saison, suivant la température extérieure, et se- Jon bien d’autres circon$tances qu’on ne peut mi indiquer, ni prévoir. En général, il faut qu’elle soit plutôt fraiche que chaude; il est bon aussi d'en rendre l’atmosphère un peu humide, et de ne point surcharger le malade de couvertures.

113. Un jour très-faible, approchant de l’obscurité, convient surtout au début, lorsque le

sujet supporte avec peine la lumière, lorsqu'il est agité, lorsqu'il est tourmenté par la fièvre, la céphalalgie, l’insomnie. On diminue parcette précaution la plupart des accidens, et on les rend plus supportables ; elle est surtout de rigueur lorsque la sensibilité extrême des yeux est le symptôme prédominant, ou le seul qui caractérise la maladie ; on conçoit que l’éloignement du bruit, que le silence auprès du malade, et le calme le plus parfait, doivent être de rigueur.

114.Compression desCarotides.--En terminant ce qui regarde le traitement de l’arachnitis, nous ne devons pas passer sous silence, un moyen qui a été proposé par M. Blaud, de Beaucaire, et qui se trouve consigné dans le soixante-deuxième volume de la bibliothèque médicale.

Il consiste à comprimer avec force les deux carotides, pour empêcher l’abord du sang vers Porgane affecté. |

Ce moyen fort ingénieux qui fut suggéré à M. Blaud, dans un cas pressant où il ne pouvait pratiquer une saignée fortement indiquée,

mérite quelqu'attention. Voici les préceptes qu’il donne à ce sujet: On peut exercer la compression des carotides, en les rapprochant l’une de l’autre, et en les appuyant fortement contre la parue inférieure des régions latérales du la- rynx, avec le pouce et l'index chez les enfans ,

(538 } avec le premier de ces doigts et celui du milieu chez les adultes, ou bien en les comprimant d’avanten arrière avec le pouce et l'index, ou avec le pouce et Le doigt du milieu, ou bien avec ce dernier et l'index, et en prenant le point d’appui sur la colonne vertébrale. “

Le premier procédé peut être employé lorsque le malade est maigre, que les carotides sont trèsapparentes, faciles à saisir, ou que le larynx est peu proéminent ; le deuxième est applicable aux individus gras, dont les carotides sont entourées d’un üssu cellulaire très-abondant.

Un effet constant de cette compression, a éte une diminution très-grande dans la fièvre et la fréquence du pouls, ce qui a engagé M. Blaud à ne la jamais prolonger au-delà de 50 à Go secondes.

Au reste cette durée doit varier nécessairement beaucoup, suivant la constitution de l'individu et l'intensité des accidens. Chez un individu vigoureux, d’un tempéramment sanguin, ayant le pouls fort, plein, bien développé, elle peut être prolongée plus long-tems que chez un sujet d'une constitution opposée; on doit aussi l'exercer pendant un tems plus long, lorsque l’engorgement cérébral est très-considérable, que lorsqu'il est modéré. :

En général, 1l faut interrompre cette com-

(154) pression de tems à autre, et y revenir à plusieurs reprises, même lorsque le coma, la congestion faciale, et tous les autres accidens ont - disparu.

Nous partageons entiérement la manière de voir de M. Blaud, et nous croyons, comme lui, que ce moyen ne peut être avantageux que dans le début d’une inflammation cérébrale, lorsque le tissu n’a point encore éprouvé une altération notable ; nous pensons qu'il serait contr'indiqué, si l’affecuon cérébrale existait depuis quelque tems, et qu'il pourrait alors occasionner des accidens fort graves.

Quelque concluantes que soient au premier aspect, les observations citées par M. Blaud en faveur de ce procédé, nous pensons qu'il a besoin d’être étudié de nouveau, pour qu'on puisse lPapprécier à sa juste valeur, et qu’on doit le placer jusqu’à cemoment, parmiles autres moyens dont nous avons parlé, et sur lesquels il est bon d'attirer l'attention des praticiens. Voici, au reste, les observations qu'il cite à l'appui de ce mode de traitement.

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