‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 43 sur 170 · DIX-HUITIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIX-HUITIEME OBSERVATION

Arachnitis de la convexité de l'hémisphère gauche P ë par violence extérieure. — Paralysie commencante du coté droit. |

Un manœuvre âgé de vingt-deux ans, fut renversé par une auge de plâtrier, qui luitomba de la hauteur de vingt pieds sur la tête, et lui fit à la partie supérieure et postérieure gauche, une plaie d'un pouce et demi de longueur. Immédiatement après le coup, il perdit connaissance, mais il recouvra bientôt l’usage des facultés intellectuelles. Il fut pris également de vo-

missemens spontanés. Transporté le: même jour à l’Hôtel-Dieu, il fut saigné deux fois ; on le mit à l’usage de l’émétique en lavage : tout allait au mieux, lorsque le treizième jour de l’accident, il éprouva des frissons irréguliers, l’appétit qui était bon, se dissipa, et un érysipèle survint à la | face. Des boissons délayantes sont employées, ainsi qu'un nouvel émeto-catarthique ; l’érysipèle parcourt ses périodes ordinaires sans accident, et le vingt-cinquième jour, la plaie du cuir chevelu conservait un bon aspect.

Le vingt-sixième jour : perte d’appétit; langue sèche et rouge ; malaise général ; diminution de la suppuration de la plaie; gêne considérable dans les mouvemens des membres du côte droit. |

Le vingt-septième et le vingt-buitième jour : augmentation des accidens ; agitation la nuit. — Serum.

Le vingt-neuvième jour : plaintes continuelles ; réponses justes mais languissantes ; facies décomposé; mouvemens du bras droit très-difficile ; suppression complète de la suppuration de la plaie; pouls précipité ; sécheresse de la langue et de la peau. Mort le soir.

Ouverture du cadasre.—1°.Le péricrane était détaché de l’os et couvert de pus : immédiatement au-dessus, Je pariétal gauche était nécrosé dans

(17) l'étendue d’une pièce de douze sols, et seulement dans sa table externe. Cet os présentait en outre une félure de quelques pouces.

20. Vers la régioncorrespondante à la nécrose, l’arachnoïde était enflammée dans une étendue de plus de trois pouces. Le feuillet qui tapisse la dure-mère, était considérablement épaissi et adhérait au feuillet qui recouvre la pie-mère, de telle sorte qu'il en résultait une espèce de poche qui était pleine de pus. ù

— Le cerveau était sain.

156. Ce que nous avons à remarquer dans cette observation, comme pouvant éclairer le diagnostic de l’arachnitis, c’est la nature de la cause sous l'influence de laquelle nous voyons cette phlegmasie se développer ; mais ce qui doit aussi fixer notre attention et ce qui distingue ce fait de beaucoup d’autres, c’est la manière dont l'inflammation se trouve bornée, ce sont les adhérences établiés seulement à sa circonférence, d’où résulta un foyer circonscrit, et conséquem-

ment des phénomènes purement locaux.

= Nous voyonslestreize premiers jours se passer sans accident : les deux saignées et l’'émétique employés suffisent pour les prévenir ; mais l’apparition d’un érysipèle, à l’époque où le malade commençait à se livrer à son appétit et à concevoir l’idée d’une prochaine guérison, vint don-

(174) ner l’éveil sur des dangers ultérieurs. En effet, lorsqu’à la suite des contusions violentes ou des plaies de la tête, on voit survenir un érysipèle à la face, toute sécurité doit cesser ; cette phlegmasie annonce en général, ou bien l’extension d’un érysipèle phlegmoneux du cuir chevelu qui peut avoir été méconnu, spécialement lorsqu'il n'existe point de plaie extérieure, ce que nous avons plusieurs fois observé , ou bien la coïncidence d’une inflammatiou beaucoup plus fàcheuse, l'existence d’une arachnitis : les signes de cette dernière sont alors la plupart du tems confondus avec ceux de l’érysipèle qui absorbe toute l'attention de l’observateur ; et si glissant trop légèrement sur la céphalalgie, le praticien ne la combat pas jusque dans ses derniers retranchemens, une troisième période éclate spontanément , et bien que l’érysipèle puisse diminuer d'intensité , tout espoir de salut est à jamais perdu, et le malade ne tarde pas à succomber. Pour peu que la suppuration vienne à diminuer, on est porté à lui attribuer les différens accidens que l’on observe, et à les regarder comme totalement dépendans d’une métastase : mais, soit dit en passant, ces sortes de métastases sont excessivement rares, et nous ne connaissons que celle de Morgagni que nous avons citée ailleurs. Ici l’on se méprend, on confond l'effet avec la

cause. Le dessèchement de la plaie, de même que la diminution que l’on observe alors dans toutes les secrétions, n’est dû qu'au seul progrès de l'affection cérébrale, et le danger ne consiste pas, comme le pensent quelques praticiens, dans la suppression de la suppuration, mais bien dans J’arachnitis, dont elle nous représente la dernière période ; aussi remarque-t-on à cette époque les symptômes cérébraux les plus graves. Chez notre malade, par exemple, le même jour qui voit la diminution du pus dans la plaie du cuir chevelu, voit aussi un commencement de paralysie dans le bras droit, et le quatrième ou le dessèchement est complet, la mort à lieu.

Si nous ne retrouvons pas dans cette observation, la céphalalgie que nous avons indiquée comme caractère essentiel de l’arachnitis, nous sommes autorisés par le grand nombre de faits que nous possédons, à regarder son absence , comme dépendant d’un oubli de la part de lobservateur, tous les malades que nous avons examinés nous-mêmes, nous l'ayant offerte, ettoutes les observations que nous possédons, recueillies depuisles dernières années où l’on apporte beaucoup plus d'attention dans l'examen des affections cérébrales, nous l'ayant présentée dans l’arachnitis par cause externe.

Cette histoire nous servira encore de texte à

quelques autres réflexions. On a dû remarquer le premier effet de la commotion au moment de l'accident, se manifestant par une perte de connaissance de courte durée, et se répétant sympathiquement sur l'estomac, d’où, les vomissemens spontanés qui eurent lieu dans la même journée. On a dü remarquer également la liberté des facultés intellectuelles pendant tout le cours de la maladie, liberté coïncidant avec un épanchement purulent sur l'hémisphère gauche, quoique cet épanchement füt assez abondant pour produire la paralysie du bras droit : enfin, on a dû remarquer l’état pour ainsi dire latent de cette phlegmasie , spécialement sous le point de vue du trouble de l’intelligence , ce qui dépend du peu d’étendue de la portion d’arachnoïde enflammée et de la manière dont la phlegmasie se trouvait circonscrite , l’épanchement ayant fait dominer les accidens du côté de la pulpe et non du côté de la séreuse.

Nous renverrons nos lecteurs, pour ce qui a rapport aux développemens dont cette histoire est susceptible, sous le point de vue des lésions de l'intelligence, aux articles où nous traitons du siege de larachnitis et des facultes intellectuelles.

(er) DIX-NEUVIEME OBSERVATION.

ÆArachnitis de la convexité des hémisphères par vio-

lence extérieure. — Pleurésie.

Un homme de 30 ans, qui venait d’être entrainé par l’éboulement d'une pile de bois, fut apporté le même jour, sans connaissance, dans la salle de M. Dupuytren. Il portait à la partie antérieure et supérieure gauche du coronal, une plaie d’un pouce de diamètre; l’os qui correspondait à cette plaie était fracturé en plusieurs points, etune petite portion se trouvait enfoncée de plus de deux lignes, au-dessous du niveau des autres 05. On pratiqua plusieurs débridemens ; on releva les pièces enfoncées et aussitôt l’état d’engourdissement dans lequel était le malade, Cessa.

Première periode. Le soir, un peu de céphalalgie. — Saignée de deux palettes ; serum émétisé. — Nuit bonne.

Deuxième période. Deuxième jour : augmentation de la céphalalgie ; désordre dans les idées ; pouls grand, plein et dur. — Saignée de deux palettes ; serum émétisé. Le soir même état. — Nouvelle saignée.

Troisième jour :idéesincohérentes ; yeux fixes ;

(: 178») face colorée; tendance du malade à se découvrir. — Saignée de deux palettes.

Quatrième jour : impossibilité de répondre aux questions qui lui sont adressées , quoiqu'il reste encore quelques traces d'intelligence, et que les mouvemens puissent s’exécuter volontairement. Au niveau de la plaie, la dure-mère est couverte de pus et soulevée. — Saignée du pied ; sina— pismes. — Diminution momentanée de la stupeur qui ne tarde pas à augmenter.

Troisième periode. Le soir, insensibilité ab— soluce; perception entièrement abolie: coloraüon de la face ; peau chaude ; respiration pénible et fréquente ; toux. La dure-mère paraissant

plus tendue, on y fit une petite ponction qui donna issue à une cuillerée de sérosité rougeätre. — Trente sangsues aux tempes.

Cinquième jour : sensibilité moins obtuse; le malade fait des efforts pour se retourner et tend la main ; pouls dépressible. Une nouvelle ponction pratiquée dans un autre point de la duremère, donne lieu à un écoulement de sérosité purulente. — Vésicatoires auxcuisses. — Le soir, insensibilité complète ; face rouge, animée ; respiration bruyante. Mort.

Ouverture du cadavre.— 1°. Fracture du coronal dans l’endroit cité, avec deux félures se dirigeant, l’une vers le pariétal droit, l’autre

ir CPE vers la portion écailleuse du temporal du même côté. Vers cette dernière région , entre l'os etla dure-mère , existait un caïllot de la largeur d'un écu de six francs.

20, Toute la surface de l’arachnoïde qui tapisse la‘face supérieure et interne des hémisphères cérébraux était épaissie, opaque et couverte de pus, lequel prédominait particulièrement à gauche. La pie-mère en était ég *ement infiltrée.

3°.Le cerveau, dans la partie qui correspond à la dépression de l'os, était fortement ecchymosé dans sa substance grise.

— La plèvre du côté droit était couverte de fausses membranes et remplie d’un liquide séroso-purulent.

157. Sans nous arrêter sur les effets de la compression exercée par l’enfoncement d’une portion * du coronal, d’où résultait l’engourdissement qui suivit le coup, nous ferons observer que dans ce cas, comme dans le précédent, la nature de la cause annonçait la nature de l'affection cérébrale. Ici la phlegmasie marche avec une rapidité étonnante ; lasaignée du premier jour ne diminue en rien la céphalalgie , et dès le deuxième qui constitue déjà la deuxième période, les signes de l’arachnitis se manifestent par le désordre des idées contre lequel viennent échouer de nouvelles évacuations sanguines. Les lésions de la

sensibilité complètent l’ensemble des caractères de la maladie qui se termine par un coma mortel. Nous retrouvons dans cette observation, tous les symptômes que nous avons assignés à l’arachnitis de la convexité des hémisphères. La cause excessivement violente ayant développé une arachnitis très-étendue, les périodes se trouvent très-rapprochées , et l’autopsie est tout-à-fait en rapport avec la nature des accidezm comme avec leur succession.

La coïncidence de la pleurésie avec l’arachnitis, mérite quelqu'attention , et sans prétendre affirmer que la phlegmasie thoracique n’a point été dans ce cas la suite d’une contusion de la poitrine, nous n’en noterons pas moins ce fait, comme se liant étroitement à beaucoup d’autres que nous avons eu occasion d'observer, et desquels il résulte, que toutes les fois qu’une séreuse devient le siége d’une inflammation , les séreuses des autres cavités ont une grande tendance à s’enflammer.

158. Nous ne terminerons pas ce que nous avons à dire sur l’action des violences extérieures exercées sur le crâne, sans appuyer sur la tendance qui existe alors à la suppuration, et sur la manière dont celle-ci s'effectue. En effet, l’arachnitis ne se borne pas à la région qui a recu

le coup, mais la plupart du tems elle est gé-

(rot) nérale ainsi que nous venons de le voir dans l’observation précédente ; d’où résulte la contre indication du trépan, dans la seconde et dans la troisième périodes, époques où les signes d’épanchement partiel sont les plus prononcés, mais aussi où l’inflammation de l’arachnoïde ne peut en retirer aucun avantage : à plus forte raison, combien cette opération deviendra-t-elle illusoire , si le pus est étendu sur toute la séreuse, comme cela eutlieu dans le fait que nous venons de rapporter.

199. Nous remarquerons aussi que ce n'est particulièrement que dans la série des causes externes dont nous nous occupons actuellement, que l’on rencontre la phlegmasie de la duremère qui parait, comme toutes les autres membranes de l’ordre des fibreuses auquel elle apparent, avoir besoin d’une excitation aussi violente pour déterminer le trouble de ses fonctions : d’où nous conelurons, que dans les affections céphaliques aiguës, tout nous porte à élaguer l’inflammation de cette membrane, et à reporter nos craintes sur l’arachnoïde, qui partage avec les autres séreuses une funeste vitalité. -

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