TRENTE-DEUXIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexüé de l'hémisphère droit du: cerveau. — Épanchement seroso - purulent entre
l’'arachnoide et la pie-mère.
Première période. — Le 25 mars 1814, on
conduisit à l’hôpital Saint-Louis un jeune conscrit breton qui depuis la veille éprouvait une céphalalgie si violente, qu'il ne pouvait se tenir debout ou se livrer au moindre mouvement, sans que la douleur ne fût exaspéree à un point insupportable. Ce jeune homme était venu du fond de la Bretagne, à marche forcée, et depuis son arrivée à la caserne, il était triste, silencieux, eten proie aun violent chagrin. On ne put obtenir aucunrenseignement sur les circonstances qui avaient précédé.
Deuxième période.— Le vingt-six : céphalalgie très-vive, fixée à la partie latérale droite et antérieure de la tête ; propos vagues et incohérens ; agitation des membres ; face rouge, animée; yeux saillans, injectés; regard fixe; lèvres sèches ; langue aride, blanchâtre ; chaleur de la peau ; pouls roide, accéléré; respiration libre mais haute et rare. — Limonade végétale; pédiluves irritans ; seize sangsucs aux tempes.— Nuit agitée ; loquacite.
Le vingt-sept: délire ; chants toute la journée malgré une saignée abondante. — Application de glace sur la tête; Pédiluves sinapisés. — Délire toute la nuit.
Le Vingt-huit : face animée et comme tuméfiée ; yeux hagards ; larmes abondantes et involontaires ; carphologie ; mouvemens continuels
(224 ) de la machoire inférieure, assez semblables à ceux qui résultent de la mastication; constipation opimitre ; peau chaude et aride ; pouls vibrant et tendu ; respiration profonde, rare, entrecoupée. — Saignée de la jugulaire ; sinapismes aux pieds et aux cuisses.
Troisième periode. — Le soir, affaissement.
marqué ; sorte d'assoupissement; quelques gémissemens sourds et inarticulés; pâleur de la face ; yeux ternes, pulvérulens ; pouls faible et facile à déprimer ; respiration gênée.
Le vingt-neuf : coma profond ; pouls intermittent, à peine sensible ; respiration stertoreuse ; extrémités froides et livides. Mort après plusieurs heures d’agonie.-
Ouverture du cadavre.— 1°.[nflammation trèsprononcée de l’arachnoïde, à la partie latérale droite et à celle correspondante au lobe antérieur du cerveau.
2°, Epanchement séroso-purulent assez considérable , entre larachnoïde et la pie-mère, pénétrant assez avant dans les circonvolutions cérébrales.
3°.Peu de liquide dans les ventricules. — Cerveau, cervelet, moëlle allongée dans l’état le plus parfait d’intégrité. — Les autres organes, sains.
(Dr. Biett. Dissertation ).
(es ) TRENTE-TROISIÈME OBSERVATION.
ÆArachnitis de la convexité des hémisphères du cerveau.— Forme passive.
Ün manœuvre , âgé de vingt-deux ans, d’un tempérament lymphatique, est pris sans cause connue , de fièvre , d’envies de vomir, de douleurs abdominales et de dévoiement : une application de sangsues à l’anus, n’apporte qu’un soulagement momentané.
Entré à l'Hôtel-Dieu, huit jours après l’invasion des premiers accidens, il présentait les sÿmpiômes suivans:
Deuxième période. — Etourdissemens; céphalalgie gravative; dureté dé l’ouïe ; facies triste et abattu ; langue sèche et rouge ; soif ; abdomen douloureux à la pression ; pouls presque naturel : chaleur modérée.
Jusqu'au onzième jour, ces symptômes restirent les mêmes ; on appliqua des sangsues à la base du crâne, on fit une saignée du pied , une autre au bras : le sang fourni par cette dernière était riche et couënneux.
Le douzième jour : affaissement général; décubitus sur le dos ; lenteur extrême dans les ré ponses. — Vésicatoires aux jambes.
Jusqu'au dix-septième jour, même état des symptômes cérébraux; la muqueuse intestinale
( 226 devient à plusieurs reprises le siége d’une irritaüon, pour laquelle on a recours aux sangsues sur le ventre et même à une saignée générale ; tous Les soirs, les symptômes éprouvent une exacerbation très-sensible ; toutes les nuits, il y a du délire. — La surdité surtout fait des progrès.
Du dix-sept au vingt-unième jour : affaissement graduel ; prostration complète des forces; pouls faible, sans fréquence. Un vésicatoire employé paraît occasionner une rétention d'urine, ce qui oblige de sonder le malade ; une douleur s'étant développée dans la région iliaque droite, nécessite l'application de quinze sangsues.
Le vingt-deuxième jour : stupeur générale ; prostration extrême; somnolence continuelle ; faiblesse du pouls : on met le malade dans un bain, on lui administre une affusion tempérée, qu’il supporte assez bien: le soir, mort. Le pouls resta d’une lenteur extrême, pendant toutle cours de cette maladie.
Ouverture du cadavre. Opacité de l’arachnoïde qui recouvre la convexité des hémisphères cérébraux : ces deux feuillets adhèrent ensemble en plusieurs points, principalement vers le corps calleux, — Adhérence ancienne des plèvres. — Cœur petit. — Estomac sain. — Six invaginations sur le trajet de l'intestin grêle, dont plusieurs sont très-considérables. — La muqueuse de cette
portion de l'intestin est rouge en quelques points, dans d’autres elle est violette. — Les ganglions mésentériques sont engorgés. — La bile estabondante. — Tous les autres viscères sont dans l’état naturel.
( Observation communiquée par M. Récamier,
recueillie par M. Martin-Solon. )
185. Le délire est loin d’être toujours caractérisé par des actes de violence , par des vociféraüons ; quelquefois, il est calme, tranquille, ilne consiste qu’en une loquacité non habituelle au malade, où dans un ton brusque et bref dansles réponses. Le sujet dont nous venons de décrire l’histoire , n’en présenta que quelques traces qui même ne parurent pas frapper fortement l’observateur. Nous trouvons une explication de la forme passive que prit cette arachnitis, dans la consutution lymphatique du malade, et dans son manque de réaction ; aussi se rapproche-t-elle beaucoup de l'inflammation de la base, tant pour la marche que pour l’ensemble des symptômes qu'elle présenta. L'état presque permanent de souffrance du ventre, n'a pas été sans contribuer aussi à jeter le sujet danscet état d'inertie, comme. on en verra des exemples à l’article des complications non cérébrales qui ont une grande influence sur la forme de l’arachnitis. Ccpendant les caractères de la convexité peuvent encore se
(220 distinguer ; le délire, l’étourdissement des premiers jours lui apparuennent. Malgré cela, nous conviendrons que la progression insensible de l’affaissement et l’aspect adynamique de la maladie, durent jeter beaucoup d’obscurité sur sa nature.