TRENTE-CINQUIEME OBSERVATION
Arachnitis de la base. — Sérosité abondante dans les (l
ventricules.
Dupuis , âgé de trois ans et demi , d’une bonne constitution, régulièrement conformé , était d’une taille élevée relativement à son âge ; 1l s'était beaucoup accru en peu de tems, et il habitait Paris où il était né. Cet enfant faisait les délices de sa mère par ses nombreuses saillies. Il avait toujours joui d’une bonne santé.
Invasion. — Le 14 juillet 1817, il fut pris de vomissemens spontanés de matières verdàtres ; ces vomissemens revinrent plusieurs fois dans la journée, et persistèrent, avec la même intensité, jusqu'au 24 du même mois, en s’accompagnant d’abattement, de faiblesse, d’un assoupissement continuel mais léger, d’une fièvre forte avec des paroxysmes irréguliers, mais sans délire ni agitation. Depuis le commencement de la maladie, au rapport des parens, cet enfant a toujours été tourmenté de constipation et d’une violente douleur de tête ; par intervalle , il poussait des cris aigus et éprouvait fréquemment des mouvemens convulsifs des veux ; les facultés intellectuelles
furent toujours libres , les réponses justes. Îl avait beaucoup perdu de son embonpoint.
Le 24 janvier, il fut apporté à l'hôpital des enfans, dans l’état suivant.
Onzième jour : coucher en supination ; tronc immobile ; tête renversée en arrière ; paupières pesantes et closes; pupilles peu dilatées et immobiles; globe des yeux tournés en haut; facies altéré ; liberté des mouvemens et des facultés intellectuelles : le malade se plaint d’une forte douleur à l’occiput ; l’assoupissement est continuel mais peu intense ; Le pouls faible, irrégulier et fréquent ; la respiration rare, inégale, lente et pénible avec des envies fréquentes de bailler:; langue couverte d’un enduit jaunâtre ; constipation. — Pédiluves sinapisés ; lavemens ; limonade sulfurique; potion avec éther nitrique.—A deux heures, paroxysmes avec quelques mouvemens convulsifs ; cris aigus ; très-forte douleur de tête à laquelle le petit malade porte sans cesse la main.
Douzième jour : cris aigus pendant toute la nuit ; strabisme ; facies profondément altéré. — Limonade avec un grain d’émétique ; lavement salé; pédiluves sinapisés ; vésicatoires à la nuque et derrière les oreilles ; glace sur la tête. — A deux heures, paroxysme très-fort ; cris le reste du jour ; perte des facultés intellectuelles et de la sensibilité.
Treizième jour : rémission générale de tous les symptômes ; le pouls est très-irrégulier ; baitlemens fréquens; mauvaise humeur ; refus opiniâtre de répondre quoiqu'il entende fort bien. — Traitement, idem.
Troisième periode. — Quatorzième jour : pupilles dilatées et immobiles ; assoupissement profond ; pouls irrégulier, peut et faible, extrèmement fréquent ; yeux saillans, affectés de strabisme, demi-ouverts ; tête obéissant à son propre poids ; facultés intellectuelles libres. — Vésicatoire sur la colonne vertébrale.
Quinzième jour : même état ; affaissement des facultés intellectuelles ; cris pendant toute la nuit.
Seizième jour : face profondément altérée ; facultés intellectuelles très obtuses , mais non entièrement abolies ; assoupissement extrême ; strabisme des deux yeux qui sont continuellement agités; cris perçans et continuels ; extinction graduée de toutes les fonctions externes. Mort.
Ouverture du cadavre. — 1°.Inflammation de l’arachnoïde qui, à la base du cerveau, se trouve entre le concours des nerfs optiques et la protubérance annulaire ; elle est même couverte en quelques points d'une exsudation albumineuse qui s'étend irrégulièrement dans la scissure de sylvius.
29, Au moins huit onces de sérosité dans les ventricules qui sont extraordinairement dilatés. — Cerveau saillant ; circonvolutions aplaties.
( Observation recueillie par M. Mitivie }.
192. Ce fait, que nous avons extrait des cahiers de l'administration des hôpitaux , est un type d’arachnitis de la base; tous les caractères propres à cette région s’y trouvent on ne peut mieux développés : vomissemens au début ; cé— phalalgie, forme comateuse pendant tout le cours de la maladie ; dilatation des pupilles, strabisme, convulsions des yeux, renversement de la tête en arrière, Cris aigus et cependant conservation des facultés intellectuelles jusqu’au quinzième jour; rémission générale de ces divers symptômes, à une époque où tout semblait annoncer un coma mortel ; enfin anéantissement gradué de l'intelligence le quinzième et le seizième jour, sans qu'on ait remarqué un seul instant le moindre signe de délire.
Il est assez difficile de distinguer l’époque où commença la deuxième période, lemaladen’ayant été observé que le onzième jour. Nous pensons cependant qu’elle doit être rapportée au moment où ont paru les convulsions des yeux; quant à la troisième, nous avons cru devoir la noter le quaiorzième jour ; elle fut caractérisée par un coma plus profond et bientôt par un état d’affaissement de l’intellect.
Si l’on compare cette observation avec celles que l’on trouve à l’article convexité, on doit être fortement frappé des différences qui existent entr’elles et surtout de la longueur du coma dans cette dernière. |