QUARANTE-TROISIEME OBSERVATION
Arachnitis de la base. —Sérosité dans les ventricules,
Une fille de 21 ans, d’une constitution délitaie, d’un tempérament nerveux et sanguin, n’était pointréglée depuis deux mois seulement ; sa santé était très-chancelante depuis un rhumatisme des membres qui avait duré dix mois. Vers les premiers jours de septembre 1816, elle fut prise de vertiges et de défaillance après avoir tourné en rond. Son malaise ayant augmenté, elle entra à l’'Hôtel-Dieu le 15 septembre. On ne portait guère d'attention à cette malade qui du
! { 260 ) | reste ne présentait rien de particulier, lorsqué vers la fin du mois, elle se plaignit de douleur à la pointe du sternum et dans le dos, ainsi que de la sensation d’une boule qui remontait de Pabdomen au gosier où elle produisait une sorte de strangulation. |
Le 30 septembre : ces accidens s’accompagnent de vomissemens, avec constriction vers le diaphragme, strabisme interne de l'œil gauche et légère déviation de la bouche à droite. — Sangsues à la vulve et sur la poitrine ; tr'aitement rod eue
Le 1° octobre : augmentation de la dyspnée ; le soir : sensation de la boule hystérique.
Le 2 : plusieurs défaillances dans la journée. — ÂAssa-fœuda en pilules ; julep avec laudanum. — À midi, frisson pendant trois heures ; puis chaleur; défaillances.
Le 3 : état plus calme. — Julep antispasmodique avec laudanum; demi-once de quinquina en deux prises. — Point de frissons dans la jour-
née, mais chaleur ; point de défaillance ; cépha-
lalgie ; pouls sans fréquence.
Le 4 : Erupuon miliaire générale ; céphalalgie ; point de fréquence du pouls. — Quinquina, demi-once ; potion id. — A dix heures, accès en chaud seulement, qui dure jusqu’au soir ; vomissemens bilieux ; dévoiement.
Le 5 : rémission. — Traitement id. — Le soir, exacerbation légère ; vomissement dans la nuit.
Le 6 : douleurs des lombes et des membres plus vives que les jours précédens. — Traitement id. — Le soir, exacerbation plus forte.
Le 7: pouls rare, irrégulier; douleurs des membres et des lombes diminuées. — Infusion de camomille; quinquina demi-once; julep avec laudanum.
Le 8 : strabisme de l'œil gauche plus marqué ; vomissemens. — Décoction dé quinquina ; camphre en pilules ; vésicatoire à la nuque ; sinapismes aux pieds. — Le soir, exacerbation.
Le 9 : céphalalgie ; toujours douleurs des lombes et des cuisses. — Traitement id.; décocüon de valériane avec rabel ; sinapismes aux mollets.
Le 10 : la bouche se dessèche , la malade s’affaisse, le pouls prend un peu de fréquence. — Décocüuon de valériane ; décoction d’arnica rabel : pilules de camphre ; julep avec extrait de quinquina.
Le 11 : mieux. — Traitement &d. — La nuit, un peu de délire, au dire de ses voisines.
Le 12 : facultés intellectuelles libres ; ventre douloureux; langue sèche ; point de fréquence au pouls. — Orge, émusion; sinapismes. — Le soir, exacerbation ; délire.
Le 15 : facultés intellectuelles Hbres ; langue humide ; ventre moins douloureux. — Traitement id.
Du 14 au 18 : même état à peu près ; affaissement général et intellectuel ; le pouls prend vn peu de fréquence. Le soir, exacerbation. — Traitement id.
Le 18 : langueur générale; ventre peu sensible ; constipation ; point de fréquence du pouls. — Décoction de quinquina ; décoction d’arnica ; julep avec extrait de quinquina, liqueur d’'Hoffmann.— Le soir, exacerbation plus forte.
Le 19 : face colorée ; roideur du cou ; nausées ; ventre sensible ; pouls fréquent. — Orge ; musc en pilules. — Le soir, exacerbation faible.
Le 20 : rougeur de la face ; abdomen douloureux ; fréquence du pouls. — Traitement id.
Le 21 : facultés intellectuelles presqu’oblitérées; langue sèche; ventre très - douloureux. Mort le lendemain.
Ouverture du cadavre. — 1°. La portion d’arachnoïde qui recouvre la base du cerveau, pré-. sente au pourtour de la protubérance annulaire, une exsudation albumineuse et purulente plus considérable à droite qu’à gauche. Les prolongemens antérieurs et postérieurs de la protubérance, et l'origine de la moëlle allongée, of-
frent aussi des traces d’opacité et d’épaississe-
ment très-marquées. L’arachnoïde des parties
supérieure ct latérales est parfaitement saine. 2°, Les ventricules latéraux contiennent chacun deux onces de sérosité limpide.
3°. Les plexus choroïdes, pâles dans leur tiers antérieur, sont d’un rouge pourpre dans Île reste de leur étendue.— Le cerveau, le cervelet la protubérance annulaire sont dans l’état naturel.—Granulations de la plèvre droite vers les premières côtes.—Fougeur et granulations du grand épiploon et du mésentère. — Même état de la séreuse des intestins grêles. — iMuqueuse saine.— Les autres viscères sains.
196. Malgré les difficultés que cette observaüon présente sous le point de vuc du diagnostic, on peut encore démêler à travers les différentes complications , l’arachnitis de la base. En effet, l’état de la langueur, la céphalalgie, le strabisme, l’affaissement intellectuel qui eut lieu dans le dernier séptenaire, le renversement du col, tous ces symptômes se rattachent à la phlegmasie de cette région. Peut-être faut-il aussi lui rapporter les vomissemens , mais la co-existence de la péritonite , peut aussi y avoir pris quelque part ; l'observation sutxante , dans laquelle à existe un leger ramollissement de la voûte à
trois piliers, nous donnera un nouvel exemple
( 264 ) de la forme que revet cette arachnitis chez les adultes. On y verra, comme dans celle-ci, que le passage d’une pue a l’autre est à peine sensible. Mais ce qui nous y fait attacher beaucoup de prix, c’est qu'elle a été observée avec le plus grand soin par l’un de nous, eta une épôque où les données que nous avions sur les maladies de l’encéphale, nous permettaient d’être beaucoup plus attentif sur les différens symptômes et sur les particularitésque pouvait offrir la maladie.