CHAPITRE IL
Histoire de l’inflammation de l’Arachnoide cerebrale.
ARTICLE PREMIER
Description de l’Arachnitis cérébrale.
Causes. Parmi les causes de l’arachnitis , on peut en distinguer deux espèces ; les unes agissent directement sur l’encéphale ; les autres magissent sur lui que d’une manière indirecte. 9. Parmi les premières qui sont les plus nombreuses, on doit compter les percussions du crâne, l’insolation , une lésion organique du cerveau, une constitution apoplectique prédis-
(10) posant aux congestions cérébrales, un épanchement sanguin dans la pulpe; enfin, les affections morales tristes.
10. On doit mettre au rang des secondes, les métastases goutteuses , rhumatismales, etc. ; les suppressions de flux, l’hydrophobie, l’usage des boissons alcoolisées, et toutes les causes communes aux autres phlegmasies, lesquelles pourraient aussi bien produire une pleurésie , une gastrite , une péripneumonie , qu'une arachnitis.
11. Si nous examinons ces différentes causes d’après leur ordre de fréquence , nous voyons que nous devons mettre en première ligne Îles percussions du crâne , qui suffisent pour la produire, alors même qu’elles ne sont point assez violentes pour déterminer une fracture ou un grand désordre : en effet, le plus grand nombre de nos malades n’ont souvent éprouvé que de très-légères commotions. Cette cause présente une particularité remarquable, c’est qu’elle détermine plus promptement et plus fréquemment que toutes les autres la suppuration; car, si on en excepte deux cas particuliers, nous l’avons rencontrée chez tous ceux qui ont succombé à l’arachnitis occasionnée par une violence extérieure.
On reconnaitra facilement l’importance de cette cause, quand on saura que parmi toutes
(C#19 celles de l’arachnitis, elle figure dans la proporüon de plus d'un tiers.
12. Les causes les plus évidentes et les plus communes après celle-ci, sont, sans contredit, la répercussion et la métastase d’un exanthême quelconque , ou la suppression d’un exutoire , soit naturel, soit accidentel. C’est ainsi que nous avons vu l’arachnitis développée par la disparition subite d'une rougeole ou d’un érysrpèle, par la suppression d’un ancien ulcère ou du flux menstruel. Cette cause est pour la fréquence, relativement aux autres, dans le rapport d’un douzième.
13. Nous devons placer ensuite les peines, les chagrins, et toutes les affections morales tristes, qui, prises en général , se sont présentées dans Je rapport d’un septième : mais comme les malades nous ont souvent été apportés dans un état d’abattement extrême , comme nous n’avons pas toujours pu recueillir des renseignemens bien exacts d'eux-mêmes ou de la part de leurs assistans , il nous à été impossible de déterminer, dans certains cas , si la taciturnité , l’air sombre ou hébeté étaient chez ces sujets le premier effet de la maladie, ou s'ils n’en étaient que la cause occasionnelle : aussi avons-nous cru, pour cette raison , ne devoir placer cette cause qu’en troisième ligne.
14. Une disposition apoplectique, en vertu de laquelle le sang se porte avec plus d’abondance vers la tête, et fait du cerveau une espèce de centre de fluxion où la vie s'exerce avec plus d'énergie , semble également, mais dans des cas très-rares, pouvoir à elle seule déterminer l’arachnitis. Si nous plaçons cette disposition au nombre des causes , c’est que, chez trois sujets , il nous a été impossible , malgré la plus scrupuleuse atiention, d’en discerner aucune autre. Mais, nous l’avouerons , cette cause est tellement fugace, que nous la notons plutôt comme pouvant prédisposer en quelques cas à l’arachmitls , que comme réellement capable de la développer. |
15. On sera peut-être surpris de trouver en si petite proportion, parmi les causes de l’arachnitis, l’action des rayons solaires que nous n’avons rencontrée que deux fois ; mais il faut remarquer que nos observations ont été prises dans une grande ville , sur une classe d'hommes, vivant, pour la plupart, dans des ateliers , et à l’abri de l’intempérie des saisons. Nous ne doutons pas que cette cause ne soit beaucoup plus fréquente à la campagne et dans les pays méridionaux ; car on retrouve tous les symptômes que nous assignons à l’arachnitis, dans plusieurs observations de maladies développées sous cette influence , et que
(15) les auteurs ont désignées sous des noms qui sont loin de toujours leur appartenir : de nos deux malades, l’un était soldat, l’autre moissonneur.
16. Il paraît que certaines affections organiques du cerveau, et principalement les tubercules, peuvent, par leur développement, déterminer quelquefois l’inflammation de l’arachnoïde, en agissant sur cette membrane comme corps mécanique. Îl en est de même des épanchemens sanguins qui ont lieu, soit dans la substance même du cerveau, soit à l’intérieur ou à l'extérieur de l’arachnoïde, et qui paraissent alors agir spécialement par leur qualité irritante.
17. Si nous ne rapportons qu'une seule observation où l’arachr’. s se soit rencontrée chez un hydrophobe, c’est que, fidèles au plan que nous nous sommes tracé, nous n’employons que des observations recueillies jour par jour au lit du malade , en rejetant toutes celles que pourrait nous fournir notre mémoire ; mais nous ne doutons pas que cette terrible maladie n’ait des rapports intimes avec l’arachnitis , que nous avons trouvée bien manifestement sur les cadavres de trois hydrophobes morts à l’Hôtel-Dieu en 1812. Quelques -uns de nos confrères qui, à cette époque et antérieurement , ont observé et ouvert plusieurs de ces malheureux, ont reconnu sur la plupart, mais non sur tous, cette inflam-
mation qui, le plus ordinairement, était bornée à l’arachnoïde cérébrale , et qui s’étendait aussi quelquefois sur toute celle de la moëlle épinière. Ne soyons pas surpris, d’après cela, que certains médecins aient regardé l’hydrophobie comme étant assez souvent le résultat d’une arachnitis ; ce n’est pas ici le lieu de discuter la valeur de leur opinion; mais nous pensons qu’ils se sont trop empressés de généraliser.
La forme tétanique des accidens dans cette maladie , peut très-bien dépendre de l’arachnitis spinale dans certains cas; mais elle ne peut nullement caractériser l’hydrophobie qui ne s’accompagne pas toujours de lésion de l’appareil locomoteur. Un fait dont nous avons été témoins dernièrement, n’a offert au plus scrupuleux examen aucune trace de phlegmasie de l’arachnoïde, comme aucun trouble dans les foncüons des appareils sensitif et musculaire.
18. Les boissons alcoolisées ont une action directe sur le cerveau, et contribuent sans doute par-là à prédisposer à l’arachnitis, plutôt qu'a en être la cause efficiente : cependant nous avons eu occasion de remarquer, à plusieurs reprises, des rechutes produites par cette seule cause.
19. Enfin, dans bien des cas, l’arachnoïde s’enflamme spontanément, sans qu'on puisse lui reconnaître aucune cause spéciale ; elle s’en-
flamme comme les autres séreuses, parce que, partageant leur organisation et leur mode de vitalité, elle doit être influencée au même degré par les causes qui agissent sur elles : c’est ainsi que nous avons vu plusieurs fois l’arachnitis coïncider avec une péritonite ou une pleurésie. Nous nous rappelons même deux faits très-curieux, où toutes les séreuses, jusqu'a celle de la tunique vaginale , ont été enflammées simultanément et aùu même degré. Il faut cependant restreindre de beaucoup le nombre des cas où l’action d’une cause quelconque ne peut pas être appréciée.
Sils figurent en si forte proportion dans nos observations, c’est qu’un grand nombre de nos malades nous ont été apportés sans connaissance, par des gens qui le plus souvent leur étaient étrangers, et qui n'ont pu nous fournir aucun renseignement.
Ainsi donc, en récapitulant les causes capables de produire l’arachnitis cérébrale, nous trouvons les violences exercées sur la tête , les metastases , les suppressions de flux, les épanchemens sanguins ou autres, une disposition apoplectique, l’insolation , la présence de tubercules dans le cerveau ou dans son voisinage , l’hydrophobie, l’usage des boissons alcooliques, une disposition particulière dépendant, soit de la constitution maladive, soit de toute autre cause
(16) non appréciable, dans laquelle les séreuses s’affectent de préférence aux autres tissus , au point que, dans certains cas , tout l’ensemble de ce système peut s’enflammer.
20. Nous relaterons enfin les causes générales, épidémiques, miasmatiques, qui, dans certains cas, feront prendre aux maladies régnantes la forme de l’arachnitis, comme, dans d’autres, elles leur donneront celle de la pleurésie, de la gastroentérite : c'est ce que l’on voit arriver souvent dans le typhus, dans la fièvre jaune , etc.
Ici se termine ce que nous avons à dire sur l’action des causes susceptibles de provoquer l'affection qui nous occupe.
Voulant offrir, dans le cours de cet ouvrage, les divers résumés relatifs aux causes, au sexe, à l’âge, etc., nous avons adopté à cet effet la forme de tableaux, comme étant le moyen le plus convenable pour renfermer dans un cadre étroit tout ce qui aura déjà été dit sur ces différens sujets ; aussi, toutes les fois que nous trouverons occasion d’y avoir recours, nous le ferons, persuadés que cet emprunt fait aux sciences physiques en faveur de la médecine, ne pourra que tourner à son avantage, sous le point de vue de la clarté et de la précision.