‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 7 sur 170 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Anatomie et Physiologie de l Arachnoïde cérébrale et spinale. |

Pour faciliter l’étude de l’arachnitis, et rendre plus intelligible la description des symptômes et des principaux accidens qui lui sont particuliers, nous avons pensé qu'il serait utile de rappeler sommairement les dispositions anatomiques les plus remarquables de l’arachnoïde, et d’y joindre quelques considérations physiologiques sur cette membrane , qui occupe un rang si important parmi celles de la même classe.

. Anatomie. — L'arachnoïde est une des

trois membranes qui enveloppent le cerveau.

Elle est mince, incolore, transparente , ne pouvant, sans se déchirer, se détacher des parties sur lesquelles elle est appliquée, continuellement humectée par une rosée lymphatique, et tellement disposée que, tout en recouvrant le cerveau à l'extérieur, elle tapisse encore les parois de ses cavités intérieures, et revêt toute la face interne de-la dure-mère.

Sur le cerveau, l’arachnoïde est très-apparente à la convexité de ce viscère ; elle revêt d’abord les deux hémisphères, l'intervalle qui les sépare et le corps calleux; en arrière elle se prolonge sur les lobes postérieurs, passe de leur face inférieure sur la face supérieure du cervelet, et se contournant sur sa circonférence, elle vient tapisser la face inférieure de ce viscère.

À la partie antérieure du cerveau, l’arachnoïde descend sur les lobes antérieurs et les enveloppe exactement ; sur les côtés elle passe du lobe antérieur sur le lobe moyen, sans pénétrer dans la scissure de sylvius, de manière à être très-apparente au-dessous de cette scissure. Dans le milieu, la membrane que nous décrivons, s'enfonce en haut, dans tout l'intervalle qui sépare les deux lobes antérieurs, et le laisse trèsprofond et très-apparent, tandis qu'en bas, elle ne s'enfonce ainsi que dans sa partie antérieure ;

(3) dans les postérieures elle passe immédiatement d’un côté à l’autre, de telle sorte que l’on est obligé de déchirer l'espèce de pont qu’elle forme, pour pénétrer jusqu’au fond de la scissure.

2, À la base du cerveau, en quittant les lobes antérieurs , elle revêt d’abord les nerfs olfactifs, les optiques , -la tige pituitaire, et, après avoir embrassé l'artère carotide interne, à laquelle elle forme, comme aux autres parties que nous venons d'examiner , une enveloppe membraneuse en.

forme de gaine, elle se porte sur la protubérance cérébrale, et de là sur les parties inférieures du cervelet, sur les prolongemens postérieurs de la protubérance cérébrale, et sur le commencement de la moëlle épinière, en accompagnant toujours le cordon qui la forme, jusqu'a l'extrémité du. canal sacré, où elle se réfléchit alors sur la duremère, en formant un cul-de-sac arrondi qui termine en bas la cavité de l’arachnoïde.

3. L’arachnoïde ne recouvre pas seulement l'extérieur du cerveau, elle pénètre encore dans son intérieur, et en tapisse les différentes cavités. Oùu doit aux anatomistes modernes la découverte de la communication de sa portion extérieure avec sa portion intérieure ; c’est à l’endroit où cette membrane se porte du mésolobe sur le cervelet, qu’on la voit s’enfoncer dans le ventricule moyen par une ouverture ovalaire découverte et

décrite par Bichat ; cette ouverture n’est que l’orifice d’un canal pratiqué dans la portion de la pie-mère, qui va former la toile choroïdienne. Prolongé sous les veines de Galien , entre la glande pinéale et les tubercules quadrijumaux, ce canal vient s’ouvrir dans le troisième ventricule , et donne passage à l’arachnoïde , ou plutôt fournit le seul point de continuité que présente Varachnoïde antérieure, avec le prolongement qui va d’abord tapisser le ventricule moyen et la face inférieure de la toile choroïdienne.

À l’aide des ouvertures de communication, l’arachnoïde passe du troisième ventricule dans les deux latéraux; elle y recouvre le pléxus choroïde, bouche les fentes découvertes par Bichat, qui existent entre le trigone cérébral, les corps frangés et les couches des nerfs optiques, et pénètre enfin par l’aqueduc de sylvius, dans le ventricule du cervelet dont elle ferme toutes les ouvertures.

Il faut observer que l’analogie seule a conduit Bichat à découvrir la présence de l’arachnoïde dans l’intérieur des ventricules, où elle est si mince dans l’état naturel , qu’elle ne peut y être aperçue par les procédés ordinaires ; mais les différentes altérations pathologiques dont l’intérieur de ces cavités est susceptible , l’épaississement, les granulations , la suppuration, les exha-

Co lations séreuses que l’on y remarque, entièrement conformes aux altérations des diverses autres régions de cette membrane, démontrent jusqu'a l'évidence l'existence de l'arachnoïde dans les ventricules, et son identité avec celle qui recouvre le reste du cerveau.

Nous venons de suivre l’arachnoïde à la su- ‘perficie et à l’intérieur du cerveau ; voyons maintenant comment elle se comporte avec la duremére. |

Elle fournit une espèce de gaïne à tous les nerfs qui partent du cerveau, et les accompagne iant qu'ils sont renfermés dans l’intérieur du crâne ; mais arrivée à la dure-mère, cette gaine les abandonne, et, en se repliant surcette membrane , elle en tapisse toute la face interne , et ne s’en détache dans aucun de ses plus petits replis ; c’est elle qui donne à cette surface l’aspect lisse et poli qui la distingue, et qu’elle n’a point à la surface externe, même dans les endroits où elle n’est pas adhérente, comme dans le canal vertébral; c’est elle, etnon la dure-mère, qui est le siége de l’exhalation de la sérosité cérébrale ; c’est elle, et non la dure-mère , qui s’enflamme dans la plupart des cas; c’est également à la suite de quelques-unes de ces inflammations, qu’elle forme des épaississemens auxquels la dure-mère reste ordinairement étrangère,

CH

Les rapports de l’arachnoïde avec la pie-mère sont les suivans.

5. L’arachnoïde recouvre toutes les anfractuosités cérébrales en traversant de l’une à l’autre, tandis que la pie-mère seule y pénètre. Ces deux membranes n’adhèrent point ensemble dans toute leur étendue ; souvent elles sont séparées par de grands intervalles, ou simplement appliquées l’une sur l’autre sans nulle communication : elles n'offrent d’adhérences intimes qu’au niveau des circonvolutions, ce qui fait que dans cet endroit on ne peut les enlever isolément. Sur la moëlle épinière , l’arachnoïde est seulement appliquée sur la membrane qui remplace la pie-mere.

6. On distingue facilement l’arachnoïde isolée de toutes parts, sur plusieurs points du cerveau et principalement entre les circonvolutions cérébrales ; vis-à-vis la scissure de sylvius , et audevant du corps calleux ; dans l'intervalle qui sépare antérieurement les deux lobes. A la base, on la voit entre les. deux lobes du cervelet; au niveau de la rainure qui sépare le cerveau du cervelet; au-dessous de la protubérance cérébrale ; entre cette protubérance et l’union des nerfs optiques , etenire les prolongemens anterieurs et les rainures quiles bordent latéralement.

L’arachnoïde passe encore, d'une manière bien visible, sur les sillons plus ou moins profonds

do

qui se rencontrent sur les parties moyennes du cervelet, sur le commencement de la moëlle épinière, sur les prolongemens postérieurs de la protubérance cérébrale : dans tous ces points, elle est entièrement libre , et par cela très-apparente : c’est là qu’il faut lexaminer pour juger si elle est véritablement enflammee , et si elle ne présente pas quelqu’altération.

7. Physiologie. — Il est facile de voir par cette description extrêmement succincte de l’arachnoïde , que cette membrane enveloppe le cerveau de toutes parts sans le contenir, et qu'elle remplit à son égard les mêmes fonctions que les autres séreuses qui enveloppent le cœur, les poumons et les viscères abdominaux, c'est-àdire, qu’elle facilite les mouvemens de l’organe qu'elle tapisse, et l’isole des parties voisines par la rosée lymphatique dont elle est continuellement humectée ; elle a la même texture que toutes les autres membranes séreuses ; comme elles encore, elle est insensible dans l’état sain ; car on peut la couper, la déchirer, la brüler , soit avec le feu, soit avec un caustique, sans exciter chez l'individu la moindre douleur ; mais lorsqu'elle est enflammée, soit par son exposiüon à l’air libre pendant un certain tems, soit par toute autre cause, le contact d’un corps, auparavant indifférent, devient alors excessive-

ment douloureux. Bichat à eu souvent occasion de faire cette remarque dans des expériences directes sur les animaux vivans : ce phénomène a également lieu dans beaucoup de plaies de tête, comme la pratique journalière le démontre dans un grand nombre de cas. C’est à ce changement dans le mode de sensibilité, qu'il faut attribuer la céphalalgie plus ou moins violente, mais toujours constante, qui établit le caractère spécial de l’arachnitis, et qui, sous ce rapport, mérite la plus grande attention de la part du praticien.

8. L’analogie qui existe entre l’arachnoïde et les autres séreuses, se remarque encore dans les lésions organiques. Sauf quelques modifications particulières aux fonctions et à la position de l’arachnoïde, elle est enflammée par les mêmes causes qui agissent sur les autres membranes séreuses ; comme chez ces dernières, des collections aqueuses y ont souvent lieu ; on y trouve fréquemment aussi des adhérences entre les surfaces naturellement contiguës ; enfin, cette analogie se remarque encore jusques dans le mode de suppuration , qui, sur l’arachnoïde comme sur la plèvre, le péritoine, etc. présente le même aspect blanchâtre, membraniforme et séroso-albumineux , etc. etc: |

Nous pensons que ces considérations rapides

sur l’anatomie ei la physiologie de l’arachnoïde , rempliront le but que nous nous sommes proposé, en facilitant l’étude de la pathologie de cette membrane , et en rappelant ses principales dispositions anatomiques, etses plus importantes propriétés physiologiques à ceux qui ne les auraient pas présentes. Il sera facile de se procurer de plus amples détails dans l’anatomie générale de Bichat, et dans l'anatomie descriptive qui a été publiée en son nom par ses continuateurs.

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