CINQUANTE-SIXIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité et de la base. — Sérosité
lactescente dans les ventricules.
Courtin , âgé de dix ans, d’une mauvaise constitution , étaitaffecté d’une teigne faveuse, pour
laquelle il avait subi, à différentes époques, ur traitement varié et toujours infructueux. A l’âge de huitans, les glandes cervicales s’engorgèrent; plus tard il contracta la gale : il en fut traité ct guéri ainsi que de l’autre maladie. En décembre 1816, lateigne ayant repris une nouvelle inten- sité, il rentre à l’hôpital des Enfans.
Première période. — Le 16 décembre : céphalalgie ; état suburrale de la langue. — Un grain d’'émétique.— Vomissemens; selles bilieuses abondantes; diminution de la céphalalgie ; au bout de quelques heures, elle serenouvelleavec plus d'intensité et empêche le malade de dormir.
Deuxième période. — Le 17 : face pâle ; pommettes colorées ; céphalaigie très-violente ; tendance à l’assoupissement; occlusion des paupières; trismus ; bouche amère; langue sale ; soif ; point de douleur de ventre; peau chaude et sèche ; pouls petit, fréquent; respiration libre ; haleine
très-fétide. — Infusion d'arnica; dix sangsues aux tempes. — Diminution de la céphalaigie ;
mais augsentation de Ja faiblesse. Dans l'aprèsmidi, deux vomissemens, de matière verdâtre.
À six heures du soir, délire très-violent avec lésères convulsions ; le délire persista toute la nuit. Mort à quatre heures du matin.
Ouverture du cadavre. — 1°. L’arachnoïde était infilée d’un liquide séroso-purulent, la
moindre quantité à la base qu'au sommet du cerveau.
2°, Les ventricules contenaient environ quatre onces de sérosité lactescente. — Les organes de la poitrine étaient sains. — La muqueuse intestinale était rouge. (Dr. Mitivié. Dissertation).
20g. Ce sujet a succombé dans une seconde période, avant le développement du coma ; cepen- À dant nous trouvons une assez grande quantité de sérosité dans les ventricules, ce qui prouve que ce symptôme ne dépend pas uniquement de cette cause, comme nous l'avons déjà dit; ce fait est encore très-curieux par la coïncidence de l’arachnius de la convexité à cet âge.
SECTION Ilïtf.
Symptomes particuliers.
210. Nous avons examiné l'influence des causes relativement à la production de l’arachnitis cérébrale ; nous avons fait sentir de quelle valeur elles étaient, pour conduire le praticien à la connaissance d’un diagnostic plus assuré ; delà nous sommes passés à l'étude de cette phlegmasie , d’après les diverses régions de l’arachnoïde suscepubles d’en être attaquées, et nous avons déterminé les caractères propres à chacune d’elles ; enfin, nous avons présenté l’inflammation de
l'arachnoïde, affectant uniformément ou d'une manière plus ou moins partielle , toute l'étendue de cette membrane, et nous avons fait ressortir les différens signes qui la caractérisaient alors, d’après la prédominance de tel ou tel lieu enflammé. Maintenant il ne nous reste plus , pour compléter ce que nous avons à dire sur l’arachnitis privée de complication, et pour couler à fond en même tems, quelques points de la physiologie pathologique , qu'à jeter un coup d'œil sur plusieurs symptômes parüculiers dont nous essaierons de démontrer le degré plus ou moins grand d'importance. Nousaurions pu suivre dans cet exposé, la même marche que nous avons adoptée dans notre histoire générale , pour la description des phénomenes ; mais comme ce que nous avons à dire se rapporte spécialement à l’appareil locomoteur , nous commencerons par examiner quelques phénomènes qui se rattachent à d’autres appareils, puis nous approfondirons ceux de la locomotion qui méritent le plus grand intérêt.
a11. La Céphalalgie , résultat de l'augmentatation de la sensibilité de la séreuse céphalique, suppose l'intégrité des fonctions du cerveau ; aussi avons-nous observé que ce symptôme diiminue d'intensité, à mesure que le trouble ou la paralysie de cet organe augmente, et que
c’est dans le cours de la première période qu’elle est la plus vive , cette période étant celle où le cerveau jouit de toute la plénitude de ses foncüons. La céphalalgie appartient à toutes les régions de l’arachnoïde susceptibles de s’enflammer ; elle constitue le caractère arachnitique. L'intelligence pouvant se conserver plus longtems libre, dans l’arachnitis de la base et dans celle des ventricules, il en résulte naturellement que les malades accusent encore de la douleur de tête, à une époque très-avancée de la maladie.
212. Le délire , symptôme entièrement sympathique qui forme , comme on le sait, un des principaux moyens de distinction de l’arachnitis de la convexité , ayant été traité à fond dans différens arücles, n’exige plus aucun détail dans celui-ci ; cependant nous ajouterons une remarque à ce que nous avons déjà dit à son sujet: de même que c’est le cerveau qui délire dans l’arachnitis , de même aussi ce sont les fonctions de cet organe qui sont suspendues dans le coma ; et comme dans la phlegmasie qui nous occupe, particulièrement dans celle de la base, une quantité considérable de liquide se trouve accumulée dans les veutricules , il en résulte un état de com pression de l'organe pensant, laquelle contribue pour beaucoup à paralyser l'intelligence, au lieu de la troubler comme cela à Leu dans l’arachnitis
äe la convexité où l’exhalation est moins abondante et surtout moins localisée. L’épanchement existant dans le plus grand nombre des cas, de chaque côté, détermine un assoupissement intellectuel beaucoup plus profond que dans les apoplexies sanguines où il n’a lieu ordinairement que d’un seul ; en effet, la plupart des apoplectiques entendent et conçoivent encore très-bien, l'hémisphère du cerveau conservé intact pouvant suffire au libre exercice de la pensée.
213. Le vomissementest commun à l’arachnitis de la convexité comme à celle de la base et des ventricules ; il s’observe plus fréquemment même dans cette dernière, comme on peut s’en assurer en jetant les yeux sur les arucles qui traitent spécialement des siéges divers de l’arachnitis. Phénomène sympathique de l’encéphale sur l’estomac, on le remarque dans cette période où le cerveau conserve encore toutes ses facultés, dans le principe de la maladie.
214. La constipation, symptôme commun à toutes les affections cérébrales, s’observe également dans l’arachnitis; moins fréquente chez les enfans que chez les adultes, elle est quelquefois remplacée par le dévoiement chez les premiers, ce qui dépend alors de l'existence d’une entérite simultanée. Presque constante chez les vieillards dont le ventre est déjà très-paresseux, elle né-
cessite l’emploi des purgatifs qui ont le double avantage de dériver sur le canal intestinal une partie de l’irritation fixée sur le cerveau, et de ranimer par cette contre-simultation la vie prête à s’éteindre, l’affection cérébrale tendant fortement à l’anéanur.
215. Le pouls présente souvent de la rareté, quelquefois seulementune absence de fréquence; nous n’avons pas encore pu déterminer la cause exacte de ces différens troubles de l'appareil circulatoire. C’est notamment dans l’arachnitis qui s'accompagne d’épanchement abondant que se remarque la lenteur du pouls, ce qui se rapporte beaucoup à ce que l’on observe dans les apoplexies ; vers la fin de la maladie, la circulation s'accélère , le pouls devient irrégulier et prend souvent de la fréquence, comme on peut le voir dans plusieurs des observations citées.
(. I*. Régularité des phénomènes locomoteurs. Épanchemens partiels avec paralysie du côté opposé.
216. Les épanchemens susceptibles de produire l’hémiplégie complète ou incomplète, ou même la seule paralysie d’un bras, ont lieu sur l'un des hémisphères du cerveau. L’arachnitis parüelle de la base ne produit que très-rarement cet effet: nous en avons cité un exemple dans la vingt-troisième observation.
L'épanchement dans un seul ventricule en est
au contrdire susceptible, comme le démontre quantité de faits d’apoplexies. Gés épanchemens sont ordinairemenñt de nature purulente , serosopurulente ; d'autrefois ils sont remplacés par de fausses mémbraries. Raremént les liquides sont ramassés en foyer, mais le plus souvent ils sont répandus sur la totalité ou sur une partié d’un hémisphère. Dans le plus grand nombre des cas, c’est à une cause éxterne ayant agi directement sur de crâne, que sont dues cès sortes d’arachnitis avec épañchement partiel. Jamais les paralysies n’ont lieu par la présence de la sérosité à la surface supérieure du cerveau ; le peu de tenacité de ce liquide ne lui permettant pas de stagner sur les hémisphères, comme cela s’observe pour le pus qui est plus consistant et souvent adhérent.