‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 93 sur 170 · SOIXANTE-SEPTIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SOIXANTE-SEPTIEME OBSERVATION

Arachnitis de la convexité des hémisphères.—Pleurésie avec épanchement abondant. — Légère péritonite. — Rougeole. — Gastro-entérite.

Un jeune homme, d’une constitution très-robuste , d’un tempérament sanguin prononcé, âgé de vingt-quatre ans, vint à l’Hôtel-Dieu pour se faire traiter d’une rougeole simple qui avait été précédée de tous les symptômes qui accompagnent ordinairement cette éruption.

. Le quatrième jour: face rouge et animée ; chaleur âcre et sécheresse de la peau ; douleur vive de la gorge ; difficulté très-grande d’avaler ; soif ardente ; pouls plein, fort et tendu; agitation extrème. Pendant tout ce tems, état stationnaire de l’éruption qui ne marche point d’une manière franche et finit par disparaitre.

. Le cinquième jour : augmentation de la dou-

( 538 ) leur de gorge ; le côté droit de la poitrine parat se compromettre , il devient douloureux ; toux sèche et pénible ; la percussion n'indique rien.

Le sixième jour : augmentation de tous les accidens thoraciques ; inspiration laborieuse ; douleurs abdominales vives ; dévoiement liquide.

Sepuüème jour: agitation plus considérable ; les yeux deviennent très-irritables à la lumière ; injection des conjonctives ; dilatation des pupilles ; rêvasseries ; céphalalgie ; les accidens thoraciques et abdominaux persistent.

Huitième jour: balancement de la tête à droite et à gauche ; abattement extrême ; délire; respiration moins difficile ; ventre plus tendu , plus balonné ; augmentation du dévoiement.

Neuvième jour: chaleur générale tombée ; pouls mou, faible; son plus obscur du côté droit du thorax ; léger délire la nuit : mort le lendemain matin.

Ouverture du cadavre. — Rougeur très-vive et épaississement de toute l'araächnoïde qui recouvre la face supérieure des hémisphères du cerveau et du cervelet, avec opacité de cette membrane. — Densité très-grande du cerveau, du cervelet et de la moëlle épinière qui ne présentent, du reste, aucune altération.

— Trois pintes de sérosité jaunâtre et flocon-

neuse dans la cavité droite de la poitrine. — Le poumon de ce côté, sain, réduit au volume du poing, était enveloppé d’une couenne albumineuse'de l'épaisseur d’un pouce. — Le poumon gauche, sain je offrait quelques adhérences anciennes. — Le cœur Îlasque, ramolli, jaunâtre, contenait des gaz. — La plupart des intestins étaient très-rouges à leur extérieur ; on voyait même des taches noirâtres sur les gros , et quelques onces de sérosité épanchée dans l'abdomen. — La muqueuse gastro-intestinale était pareillement enflammée ; celle de l'estomac en particulier, était boursouflée et comme emphysémateuse ; en la comprimant, on la réduisait à son volume ordinaire. — Les veines porte et mésentériques étaient distendues par des gaz.

228. Ici nous voyons une rougeole existant avec des accidens plus graves que ceux qui l’accompagnent ordinairement ; l’éruption s'arrête, et aussitôt l’angine augmente d'intensité. Les symptômes d’une pleurésie intense | exprimée par la gêne de la respiration et la douleur de côté, se dessinent bientôt et sont suivies des douleurs abdominales caractéristiques de l’entérite , puis enfin des premiers symptômes qui peuvent faire soupçonner l’arachnitis. Devons-nous reconnaître l'influence d'une métastase dans l'apparilion de ces nouveaux accidens, ou devons-

nous attribuer aux désordres intérieurs la suppression de l’affection cutanée ? Sans rien décider, cette dernière supposition nous parait la plus probable. J usqu’au septième jour rien ne peut faire entrevoir l’arachnits ;sce n’est qu'à cette époque qu’un nouvel ordre de symptômes, à la tête desquels on doit mettre la sensibilité des yeux à la lumière, vient la faire reconnaître. Quoique nous ayons parlé de cette sensibilité dans la description generale, nous la rappelons encore ici à cause de son importance et parce qu'elle peut seule , dans bien des cas, faire soupconner cette phlegmasie et démèêler la véritable nature de la maladie au milieu d’une foule de symptômes accessoires qui écartent souvent loin de la route véritable le médecin peu exercé.

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