SOIXANTE-NEUVIEME OBSERVATION
Arachnitis de convexité des hémusphères.—Péritonite aiguë fort intense.
Massard , maçon, âgé de seize ans, fut pris en juillet 1811, un mois après son arrivée à Paris, de nausées, de vomissemens spontanés , d’une céphalalgie violente, de lassitude générale. Ces accidens, à l'exception des vomissemens, persistèrent pendant quinze jours en augmentant graduellement ; il s’y joignit aussi un dévoiement et des douleurs dans le ventre.
Quinzième jour : la céphalalgie occipitale et frontale dévient excessive en quelques heures ; soif ardente ; délire.
Seizième jour : face animée ; langue humide , très-rouge , surtout à sa pointe ; ventre tendu ; une selle seulement; agitation ; augmentation du délire.
Dix-septième jour: agitation plus forte ; soubresauts des tendons ; face rouge ; regards inquiet; conjonctives injectées ; pupilles très-dilaiées ; sensibilité très-vive de la vue et de l’ouïe; même état du système digestif ; abdomen plus tendu et plus douloureux; constipation; poitrine sonore dans tous ses points ; respiration précipitée ; pouls excessivement fréquent ; chaleur générale vive et sèche ; perte de la mémoire;
( 345 ) délire tranquille. — Infusion de camomille ; potion avec quinquina et campbhre ; vin rouge ; lavement avec camomille et camphre; frictions sur l’abdomen avec l’alcool camphré.— Aprèslesfrictions, augmentation du délire et de tous les accidens; sécheresse extrême de la langue et des dents ; douleur vive, généralement répandue dans tous les points de l’abdomen. à
Dix-huitième jour : diminution des accidens offerts par les systèmes sensitif, circulatoire , locomoteur et respiratoire ; mais tuméfaetion considérable de l'abdomen et douleur excessive de cette partie à la moindre pression ; vomissemens ; selles claires et jaunûâtres ; délire. —Mème traitement que la veille. — Les frictions sont suivies d’une exacerbation violente pendant laquelle les facultés intellectuelles se réveillent ; dans la journée, il survient du délire et des vomissemens bilieux ; les boissons sont également rejetées.
Dix-neuvième jour: tension considérable et douleur excessive du ventre ; vomissemens ; loquacité ; agitation ; plus tard , affaissement général ; mort.
Ouverture du cadavre. Rougeur et épaississement de l’arachnoïde dans toute son étendue, mais principalement sur les lobes antérieur et postérieur. — Pareille: rougeur et pareil épais-
sissement de l’arachnoïde cérébelleuse, particulièrement sur le lobe droit. — Plusieurs plaques rouges à la face inférieure de la dure-mère. — Ces plaques rouges de l’arachnoide et de la duremère ne disparaissent pas par des lotions. — Adhérence du péricarde au cœur. — Poumon gorgé de sang noir. — Epaississement du péritoine en plusieurs points de son étendue ; un litre de pus consistant et fétide est épanché dans sa cavité ; tous les intestins ne forment qu’une masse par les adhérences qu’ils ont contractées entr’eux.
230. Nous reconnaissons ici deux ordres de symptômes développés à peu de distance l’un de l’autre ; ceux de l’arachnitis qui précédent, et ceux de la péritonite que vient caractériser la douleur du ventre. L'une et l’autre maladies restent stationnaires, leurs progrès sont lents pendant les premiers jours ; ce n’est que le quinzième à dater de l’mvasion, qu'ils font en quelque sorte explosion pour marcher ensuite avec la plus grande rapidité. Quoique l'ouverture du cadavre n'ait montré qu’une lésion de l’arachnoïde en apparence peu ancienne , nous sommes persuadés qu’elle existait dès l’invasion , qu'a elle seule était due la violente céphalalgie dont se plaignit le malade, et les vomissemens spontanés du début qui, l’un et l’autre avaient bien le caractère sympatique, et ne pouvaient
| (347) dépendre , en aucune manière, d’une affection gastrique.
Quant aux vomissémens qui survinrent les deux derniers jours qui précédèrent la mort, quoique de nature également sympathique , ils ne nous semblent pas appartenir à Varachnituis qui ne les détermine le plus ordinairement que dans sa première période , mais bien à la péritonite qui s'accompagne souvent de ce symptôme à sa terminaison, lorsque la suppuration est déjà établie, ce qui fait qu'ils sont toujours dans cette CITconstance du plus mauvais augure.
231. Nous pouvons également remarquer ic l'influence fâcheuse d’un traitement excitant, lorsque tout indiquait le choïx d’une autre méthode qu’on aurait certainement employée, si lon eût reconnu la véritable nature des accidens cérébraux qui furent pris pour des mouvemens purement. nerveux; nous voyons en effet augmenter le délire, la sécheresse s'emparer de la langue , la douleur du ventre devenir plus intense, après l'administration des taniques ; si les facultés intellectuelles parurent ici plus libres, au moment où les douleurs ahdominales s’exaspérèrent et parvinrent au plus haut degré d'intensité, ceci peut très-bien s'expliquer par Paction dérivative qu'auront eu sur l’arachnoïde, l'inflammation du péritoine et l'irritation de la
( 348 ) muqueuse intestinale déterminée parlestoniques. Au reste, comme nous l’avons déjà vu, ces sortes de retours passagers à la raison , ne sont pas rares dans le cours de l’arachnitis, et pourraient même jusqu’à certain point, être donnes comme un caractére de sa marche.