‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 1 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En parcourant les rapports et les projets de loi sur rinstruction publique , rédigés par Talleyrand- Périgord en 1789, par Condorcet en 1792 , on y voit un oubli affecté ou une faible considération pour ce qui avait été fait jusqu'à eux , une confiance absolue dans Tefôcacité des mesures proposées; mais, quand on en vient à l'application, on ne peut que constater un déplorable contraste entre la grandeur des promesses et le peu d'importance des résultats obtenus. Â quoi aboutirent, en effet, les décrets de l'Assemblée constituante, de l'Assemblée législative et de la Convention? Le ministre Cbaptal nous l'apprend, et son autorité ne saurait être récusée. Chargé, dans des temps plus favorables, de présenter un projet de loi sur l'instruction pupllque, il écrivait en l'an IX : « L'éducation publique est presque nulle partout , la génération qui vient de toucher à sa vingtième année est irrévocablement sacrifiée à l'ignorance , et nos tribunaux, nos magistratures ne nous offrent que des élèves des anciennes Universités... Le système d'instruction

publique qui existe aujourd'hui est donc essentiellement mauvais... Les écoles primaires n'existent presque nulle part , de manière que la masse de la nation croît sans aucune instruction. » En présence d'une pareille déclaration, on n'est que trop fondé à accuser la présomption de ces législateurs inexpérimentés qui, promettant la lumière, n'avaient cependant répandu sur la société que ténèbres. A son tour , l'homme d'État éminent qui, en 1833 , eut à juger l'œuvre des gouvernements antérieurs, au point de vue de l'instruction publique, eût-il pu supposer que, trente ans environ après l'application de son système, il serait permis à un orateur d'avancer, sans être contredit au sein d'une grande Assemblée (1), qu'un tiers de nos jeunes soldats et la moitié de nos populations ne savent ni lire ni écrire. Une telle assertion montre combien l'instruction primaire est peu avancée dans notre pays. Peut-être auraiton encore moins sujet de s'applaudir, si l'on envisageait l'éducation publique, non pas seulement sous une de ses faces, l'étude des sciences, des lettres et des arts , mais dans son objet essentiel et parfaitement distinct, qui est la direction morale , sans laquelle tout le reste peut être frappé de stérilité et même devenir plus nuisible qu'utile. Le sentiment de tout ce qui reste à faire doit nous exciter à porter intérêt aux efforts tentés dans l'ancienne société,

(1) Séance du Corps lëgUlalif du 47 juin 1862.

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pour rinstruction et la moralisation du peuple. H serait injuste et ridicule de nous le dissimuler, nous ne sommes pas les premiers qu'ait préoccupés une aussi grave question , bien qu'à aucune autre époque on ne l'ait agitée avec un tel fracas de paroles , tant de passion , de suffisance et d'illusion. C'est le tableau des tentatives qui furent entreprises afin de lui donner une solution satisfaisante que nous nous proposons de retracer pour l'ancien diocèse de Rouen ; mais nous ne pouvons nous resserrer dans les limites de ce cadre sans avoir jeté un coup d'oeil sur l'instruction en général. En remontant aux époques éloignées , les renseignements deviennent de plus en plus rares, et, si nous nous imposions des bornes trop étroites quant aux lieux, nous risquerions de ne rassembler que de courtes notes , entre lesquelles il nous serait malaisé d'établir une liaison naturelle.

Cette étude se subdivisera en trois parties : la première, relative à l'instruction publique jusqu'à la fin du XVI* siècle, avec des chapitres spéciaux pour l'école diocésaine , dite Vécole de grammaire , le collège des Bons-Enfanls de Rouen et certains collèges étrangers, où des bourses avaient été fondées en faveur des écoliers de la Haute-Normandie et qui ont subsisté jusqu'à la Révolution ; — la seconde , relative aux collèges établis dans les principales villes, aux communautés religieuses fondées en vue de l'enseignement primaire pendant le cours des XYU* et

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XYin'' siècles. Les visites pastorales de Mgr d*Aubigné nous permettront de dresser un état assez exact des écoles existant dans les paroisses rurales de son vaste diocèse , aux premières années du règne de Louis XY. La troisième partie traitera des collèges après la suppression des Jésuites ^ des écoles spéciales de chirurgie , de botanique , de dessin et d'hydrographie, et contiendra le tableau des établissements d'instruction publique au moment de la Révolution.

Il serait à désirer que les recherches que nous avons entreprises pour un seul diocèse fussent étendues h toute la France ; elles nous révéleraient y nous n'en doutons pas , une situation supérieure à l'idée qu'on s*en fait d'ordinaire , des dévouements inconnus et qui ont voulu l'ôtre, et pour la France, qui doit nous être chère dans le passé comme dans le présent, une gloire nouvelle qu'il n'appartient h personne de répudier.

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