HISTORIQUE
Dès long-temps on connut les effets funestes de ['introduction forcée de t'air dans les vaisseaux. L'expérience , qui consiste à faire pénétrer forcément ce fluide dans les veines pour faire périr un animal plus ou moins promptement, est fort ancienne, comme on peut le voir dans les ouvrages de Morgagni, Haller, Tissot, Portai, etc. Mais le phénomène de L' introduction spontanée de l'air dans une veine blessée pendant une opération chirurgicale est un faitnouveau.
L'historique de l'introduction de l'air dans les veines peut être divisé eu quatre époques ou périodes.
Les travaux de la première époque sont relatifs aux gaz développés dans le système vasculaire; ils comprennent tout ce qui a été dit depuis Hippocrate jusqu'à Redi ou Wepfer.
Ceux de la seconde ont trait aux expériences faites sur les animaux vivans en introduisant de force de l'air dans les vaisseaux. Cette période s'étend depuis Wepfer jusqu'à Bichat.
Ceux de la troisième sont relatifs à la quantité d'air néces-
2 INTRODUCTION DE t AIR DANS LES VEINES.
saire pour faire périr un animal, en le faisant pénétrer dans le système vasculaire; ils sont le résultat des expériences de Bichat et surtout de Nysten.
Enfin, les travaux de la quatrième époque, relatifs à la possibilité du phénomène sur l'homme pendant une opération chirurgicale, appartiennent exclusivement à M. Magendie.
L'introduction spontanée de l'air, par une veine ouverte, a été constatée pour la première fois en 1806, par le vétérinaire Verrier, dans un cas de saignée de la jugulaire sur un cheval.
Le même phénomène, pendant une opération chirurgicale, n'a été soupçonné ensuite que très-vaguement par les chirurgiens. Le fait, à notre avis, n'a été établi que par M. Magendie après l'accident de Beauchêne qui lui fut raconté par M. Piédagnel. 11 est donc inexact de dire pour la question qui nous occupe que les travaux de Bichat et de Nysten n'ont rien laissé à glaner ; car ces deux physiologistes ne se sont occupés de ce sujet que sous le rapport physiologique et médical seulement, tandis qu'ils ne disent pas un mot sur la possibilité de l'accident dans une opération chirurgicale. Le premier fait, bien constaté sur l'homme, est de 1818, et les expériences de Nysten datent de 1811. Tout son travail est consacré à la physiologie ; il n'en tire aucune déduction pour la chirurgie.
Sans doute les travaux de Bichat et de Nysten ont éveillé l'attention; mais on ne s'est occupé de l'introduction de l'air dans les veines comme accident possible dans les opérations chirurgicales qu' après le mémoire publié par M. Magendie, dans son journal de physiologie (1821). Le même accident étant arrivé à Dupuytren, à Delpech, à M. Boux et à plusieurs autres chirurgiens, on s'est occupé davantage de cette question importante ; des articles de journaux et de dictionnaires ont été imprimés, des thèses ont été faites sur ce sujet. Dans mes