‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 11 sur 46 · VEINES · texte numérisé non relu

VEINES

§ I. — INTRODUCTION FORCÉE ET BRUSQUE PAR INSUFFLATION. EXPÉRIENCES SUR LES LAPINS.

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Introduction d'air par insufflation avec la bouche dans la veine jugulaire d'un lapin; mort cinquante secondes après; les cavités droites du coeur élaient remplies de sang écumeux ; les cavités gauches en contenaient un peu.

Sur un lapin , on introduit dans la veine jugulaire, ouverte

au-delà du point où a lieu le reflux du sang, un tube à l'aide duquel une personne insuffle avec sa bouche du côté du cœur. Immédiatement après l'insufflation, l'animal a paru mort ; mais au bout de quelques secondes, il s'est ranimé un peu, respirant convulsivement. Enfin, il est mort 50 secondes environ après le commencement de l'expérience.

autopsie. — Les cavités droites du cœur étaient remplies de sang écumeux. Il y en avait un peu dans les cavités gauches.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Introduction d'air par insufflation forcéeet brusque, avec un tube, dans la veine jugulaire d'un lapin ; mort une minute après ; cavités droites du cœur remplies de sang écumeux.

Sur un jeune lapin, on met à découvert, à 10 heures 52 minutes, la veine jugulaire gauche, et après l'avoir ouverte, on y introduit l'extrémité d'un chalumeau par lequel on fait l'insufflation du côté du cœur avec la bouche.

Immédiatement après, l'animal a crié, a fait des crottes, sa respiration s'est accélérée, et 1 minute après, la mort a eu lieu.

A Y autopsie faite de suite , le cœur se contractait encore avec force ; les cavités droites très distendues étaient -pleines de sang écumeux ; les cavités gauches contenaient une petite quantité de sang non mélangé d'air.

EXPÉRIENCES SUR LES CHIENS

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et brusque dans la veine jugulaire d'un chien; mort deux minutes après; les cavités droites étaient remplies de sang écumeux.

Sur un chien de taille moyenne, on pratique une ouverture, à la veine jugulaire droite, et on y introduit un tube à l'aide

duquel un homme insuffle brusquement de l'air avec la bouche. A peine l'insufflation était-elle terminée, que l'animal a crié, s'est agité, a uriné. Sa respiration est devenue haletante et il est mort 2 minutes après.

Autopsie. — Le cœur était très distendu.

Les cavités droites étaient remplies de sang mousseux. Il n'y en avait pas dans les cavités gauches.

EXPÉRIENCES SUR LES MOUTONS

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et brusque, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'un mouton ; mort une minute après ; les cavités droites du cœur étaient remplies de sang ëeumeux.

Sur un mouton bien portant, on met à découvert la veine jugulaire droite, et on en fait d'abord la ligature, afin d'empêcher le sang de revenir du bout supérieur.

On fait ensuite, au-dessous de la ligature, une ouverture à cette veine, par laquelle on introduit un tube au moyen duquel un homme insuffle de l'air avec la bouche. Après la première insufflation, l'animal s'est agité, et à peine la deuxième était-elle terminée, qu'il a uriné et est mort, 1 minute après le commencement de l'insufflation.

A Y autopsie, on trouve les cavités droites distendues, surtout l'oreillette de ce côté. Elles contiennent du sang mousseux en grande quantité.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et brusque, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'un mouton affaibli; mort immédiatement après; les cavités droites étaient remplies de sang écumeux ; les cavités gauches en contenaient un peu.

Sur un mouton, qui porte à la cuisse un ulcère, suite de morsure de chien, et dans lequel on aperçoit des vers, on met

à découvert la veine jugulaire droite, et on introduit par une ouverture qu'on vient de faire à cette veine, un tube par lequel un homme insuffle avec la bouche. A la fin de la première insufflation, la respiration s'accélère et l'animal urine. La deuxième était à peine achevée, que la mort a eu lieu.

Autopsie. — On trouve de l'écume dans le péricarde.

Il y a dans les cavités droites du sang écumeux. Il y en a un peu dans l'oreillette gauche, mais pas dans le ventricule.

EXPÉRIENCES SUR LES CHEVAUX

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et brusque, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'un cheval poussif; mort trois minutes après ; cavités droites du cœur remplies de sang écumeux; les cavités gauches en contenaient un peu.

Sur un cheval poussif, on ouvre la veine jugulaire gauche au milieu du cou, et on y introduit un tube avec lequel un homme vigoureux insuffle de l'air avec la bouche.

Au bout de la première insufflation, l'animal n'a pas paru souffrir ; mais à peine la deuxième était-elle commencée, qu'il est tombé et s'est débattu; il a uriné, sa respiration s'est suspendue, puis elle a reparu convulsive pour cesser entièrement, 3 minutes après l'insufflation.

Autopsie. — Il sort de la veine jugulaire et des veines de la poitrine, une grande quantité de sang écumeux.

Epanchement considérable de liquide dans la cavité pleurale du côté gauche.

L'oreillette droite contient du sang liquide et du sang mousseux.

Le ventricule droit contient du sang autour duquel on voit une grande quantité de mousse d'une couleur plus vive que celle du sang.

L'oreillette gauche ne contient pas de sang écumeux. Le ventricule gauche en contient une certaine quantité.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et brusque, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'un mulet; mort cinq minutes après; les cavités droites du cœur ainsi que les cavités gauches étaient remplies de sang écumeux.

Sur un mulet, on introduit, dans l'une des veines jugulaires, un tube par lequel un homme insuffle brusquement de l'air du côté du cœur. A 5 heures 55 minutes, première insufflation, suivie immédiatement d'une seconde, à la fin de laquelle l'animal tombe. Il se relève, chancelle et retombe ayant la respiration très-accélérée ; il se débat et se raidit.

A 5 heures 59 minutes, il pousse des gémissemens et sa respiration devient convulsive.

A 6 heures, il meurt, 5 minutes après la première insufflation.

Autopsie. — Les poumons étaient affaissés et ne présentaient aucune trace d'emphysème. — Distension très forte des cavités droites du cœur, qui étaient remplies d'une grande quantité de sang écumeux.

Les cavités gauches contenaient aussi beaucoup de sang spumeux.

Il y avait des bulles d'air dans les veines de la convexité du cerveau , entre l'arachnoïde et la pie-mère, ainsi que dans les veines du corps calleux.

TROISIÈME EXPÉRIENCE

Introduction d'air par insufflation, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'une jument ; mort six minutes après ; les cavités droites et gauches du cœur contenaient beaucoup de sang écumeux.

Sur une jument, on introduit, par une ouverture pratiquée à la veine jugulaire, un tube au moyen duquel un homme

insuffle de l'air du côté du cœur avec sa bouche; deux insufflations sont faites coup sur coup, et à la fin de la seconde, l'animal tombe comme frappé d'un coup de massue; il fait entendre un hennissement et meurt, 6 minutes après le commencement de l'insufflation.

Autopsie. — Bulles d'air dans les veines coronaires.

Sang pur et sang écumeux dans les cavités droites du cœur.

Sang écumeux, d'un beau rouge, dans le ventricule gauche, ainsi que dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire.

Bulles d'air nombreuses, dans les veines de la convexité du cerveau, et infiltration d'air dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien.

QUATRIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation brusque et forcée, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'une jument; mort six minutes après; sang écumeux dans les cavités droites; sang écumeux dans les cavités gauches.

Sur une jument boiteuse, peu amaigrie, on fait à la veine jugulaire gauche, vers le milieu du cou, une ouverture par laquelle on introduit un tube à l'aide duquel un homme insuffle de l'air avec la bouche.

Après la première insufflation, la respiration n'a pas changé, seulement on a cru s'apercevoir que les yeux de l'animal étaient devenus ternes.

A peine la deuxième insufflation était-elle terminée, que l'animal est tombé comme une masse, puis il s'est relevé et est retombé de nouveau ; sa respiration s'est accélérée ; il a étendu convulsivement ses membres ; un peu plus tard la respiration est devenue convuîsive, et la mort a été confirmée, C minutes après le commencement de l'insufflation.

Depuis que l'animal est tombé, il est sorti du sang écumeux

en assez grande quantité par l'ouverture de la jugulaire.

Autopsie faite immédiatement après. — En coupant les tissus qui recouvrent la poitrine, on voit du sang écumeux sortir des veines divisées, tandis qu'il ne sort des artères que du sang pur sans bulles d'air. Le cœur est tellement distendu, qu'il s'échappe avec force aussitôt qu'on ouvre le péricarde. Les cavités droites, surtout le ventricule, contiennent une grande quantité de sang écumeux, au-dessous duquel il y a du sang liquide. Il existe également du sang écumeux en assez grande quantité dans les cavités gauches. Les vaisseaux du poumon en contenaient aussi.

Aucune trace d'emphysème dans les poumons.

CINQUIÈME EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à une veine du poilj'ail à un pouce de sa jonction avec la veine jugulaire; insufflation par cette dernière veine; mort cinq ou six minutes après la dernière expérience. Les quatre cavités du cœur étaient remplies de sang écumeux.

Sur un cheval, on ouvre une veine du poitrail, à un pouce environ avant son entrée dans la veine jugulaire. Aussitôt l'air s'introduit en produisant un léger bruit que tous les assistans n'entendent pas. Cependant, comme le phénomène a été constaté par la majorité des personnes présentes, on croit ne pas devoir attendre que la quantité d'air soit assez grande pour faire mourir l'animal, ce qui aurait été sans doute trop long, et on insuffle alors avec la bouche, à l'aide d'un tube, de l'air du côté du cœur, dans la veine jugulaire. Après la deuxième insufflation, l'animal est tombé comme une masse, il s'est débattu pendant quelques minutes; enfin il est mort 5 ou 6 minutes après la première insufflation.

autopsie. — Les cavités droites , ainsi que les cavités gauches, étaient pleines de sang écumeux. La quantité con-

GO INTRODUCTION DE i/AIR DANS LES VEINES-

tenue dans les premières était tellement grande, qu'elle eu avait produit la distension.

SIXIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et brusque, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'un cheval ; mort six minutes et demie après; les cavités droites étaient remplies de sang écumeux ; les cavités gauches ne renfermaient pas d'air ; l'aorte était remplie de sang écumeux.

Sur un vieux cheval, on ouvre la veine jugulaire gauche, à la partie moyenne du cou. Au moment où l'on y met un tube pour pratiquer l'insufflation, l'introduction spontanée de l'air a lieu. Aussitôt un homme insuffle avec sa bouche. Après la deuxième insufflation, l'animal est tombé et s'est débattu violemment; la respiration est «devenue très-fréquente, il a cherché vainement à se relever, il a poussé des gémissemens, s'est étendu convulsivement, et il est mort 6 minutes et demie après le commencement de l'insufflation.

Autopsie. — La partie inférieure du poumon droit était hépatisée. Il était revenu sur lui-même ainsi que le poumon gauche.

Tout le système veineux, même la veine porte et les veines qni s'y rendent, contenait une grande quantité de bulles d'air. A l'incision du foie, il en est sorti beaucoup.

L'artère coronaire contenait du sang écumeux ainsi que l'aorte.

Le cœur était énormément distendu. Les cavités droites contenaient beaucoup d'écume, qui était dans le ventricule à la surface d'un gros caillot.

Les cavités gauches contenaient du sang et très-peu d'air.

SEPTIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation forcée cl brusque dans la veine jugulaire d'un cheval ; mort treize minutes après. Les cavités droites contenaient beaucoup de sang écumeux.

Sur un vieux cheval on ouvre, à 7 heures 13 minutes, la veine jugulaire gauche, à la partie supérieure du cou , et on y introduit un tube, au moyen duquel un homme insuffle avec force.

A la un de la troisième insufflation , 2 minutes après la première , l'animal est tombé. Sa respiration s'est considérablement accélérée, il s'est plaint, sa langue est sortie hors île la bouche.

A 7 heures 18 minutes, l'animal est dans le même état. On fait une autre insufflation , qui détermine d'abord un grand changement dans la respiration; puis, 3 minutes après, il s'étend convulsivement. A 7 heures 22 minutes , il urine ; à 7 heures 26 minutes il meurt, 13 minutes après le commencement de l'expérience.

Autopsie. — Il y avait de l'air dans les veines thoraciques ainsi que dans la veine azygos.

L'oreillette droite contenait de l'écume.

Le ventricule droit offrait un caillot, à la circonférence duquel existait beaucoup de mousse.

Le ventricule gauche renfermait un caillot décoloré, privé d'air, ainsi que l'oreillette.

HUITIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation brusque et forcée, à l'aide d'un tube, par la veine jugulaire ; mort seize minutes après; les cavités droites seules étaient remplies de sang écumeux.

Sur un cheval entier, vigoureux, on essaie à plusieurs reprises d'insuffler de l'air du côté du cerveau par l'artère ca-

68 INTRODUCTION DE i/AIR DANS LES VEINES.

rotide; mais toujours la colonne de sang arrêtait cette insufflation; aussi l'animal a-t-ilparu n'en ressentir aucun effet.

A 5 heures 14 minutes, on ouvre la veine jugulaire droite, dans laquelle un de mes aides insuffle, à l'aide d'un tube, de l'air du côté du cœur. La deuxième insufflation n'était pas terminée, lorsque l'animal est tombé et s'est débattu.

A 5 heures 19 minutes, il cherche à se relever, lève la tête , se remet sur ses quatre pieds, mais tremble, chancelle et retombe. La respiration va toujours en s' accélérant.

A 5 heures 22 minutes, troisième insufflation par un homme à large poitrine, suivie bientôt d'une quatrième, sans autre résultat, qu'un peu de changement dans la respiration.

A 5 heures 26 minutes, cinquième insufflation, puis une sixième , à la fin de laquelle la respiration devient convulsive ; l'animal se raidit.

A 5 heures 30 minutes il meurt, 16 minutes après le commencement de l'insufflation.

Par les deux premières insufflations, faites par un de mes aides, il a été introduit à peu près :

Parla première, qui a été complète, 2 1. f )

^ , , . , , , , . } 4 litres.

Parladeuxieme,quinapas ete achev. 1 } )

Par les quatre dernières, faites par un homme à large poitrine, il a été introduit environ 15 litres.

Total de l'air insufflé, 19 litres.

Autopsie. — Grande quantité de bulles d'air dans les veines du thorax.

Beaucoup de sang écumeux dans les cavités droites du cœur.

Pas d'air dans les cavités gauches.

Quelques bulles d'air dans les veines du cervelet.

INTRODUCTION FORCÉli. 69

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