‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 12 sur 46 · EXPÉRIENCE SLR UN LAPIN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE SLR UN LAPIN

Introduction dans la veine jugulaire d'un lapin, de l'air contenu dans une bouteille de caoutchouc ; mort eu une minute; les cavités droites du cœur étaient remplies de sang écumeux ; les cavités gauches en contenaient un peu.

Sur un lapin, on ouvre la veine jugulaire droite, au-delà du point où a lieu le reflux du sang, et on y injecte brusquement, du côté du cœur, tout l'air contenu dans une bouteille de caoutchouc. Après cette injection, l'animal a crié, s'est débattu, sa respiration est devenue convulsive et il a expiré une minute après le commencement de l'expérience.

Autopsie. — Les cavités droites du cœur étaient remplies de sang écumeux et il y en avait une certaine quantité dans les cavités gauches.

EXPÉRIENCES SLR LES CHIENS

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Injection d'air du côté du cerveau par la veine jugulaire gauche ; mort une minute après ; cœur très-disleudu ; sang écumeux dans les cavités droites; un peu de sang liquide dans les cavités gauches.

Sur un griffon, un peu affaibli par une précédente expérience, on ouvre la veine jugulaire gauche à sa partie moyenne, et on injecte, du côté du cerveau, l'air contenu dans une petite seringue à hydrocèle.

On maintient l'animal dans la position verticale. Il hurle et s'agite. Au bout de une minute , il s'affaisse et meurt absolument comme si on eût insufflé de l'air du côté du cœur. Quelques-uns des assistons croyaient que l'animal était mort par le cerveau ; d'autres pensaient que l'air injecté était, revenu clans le cœur par les anastomoses veineuses.

h'aulopsie, laite de suite, est venue confirmer cette dernière opinion; en effet, le cœur était énormément distendu. Les cavités droites contenaient beaucoup de sang écumeux, tandis que les cavités gauches ne contenaient que du sang et pas une bulle d'air.

Les veines mammaires, jugulaires et faciales, les veines sous-clavières et les veines de la convexité du cerveau, contenaient çà et là des bulles d'air.

A l'origine de la veine jugulaire gauche on a trouvé deux valvules.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Injection d'air du côté du cœur par la veine jugulaire droite; ligature de la veine; guérison.

Sur un jeune boule-dogue, de moyenne taille, on pratique la laryngotomie; on fait ensuite l'incision de la veine jugulaire du côté droit ; on constate le pouls veineux, et une minute après on introduit par l'ouverture, avec précaution et peu à peu, de l'air contenu dans une seringue d'un volume moyen.La canule delà seringue a été introduite de manière à ne laisser sortir ni air ni sang.

Une ligature d'attente avait été passée préalablement, de manière à ce qu'on pût lier la veine au-dessus et au-dessous, après avoir retiré la canule.

Aux deux tiers de l'injection, l'animal s'agite fortement, sa respiration devient très-embarrassée et anxieuse. La circulation s'accélère et on entend, lorsque tout l'air est introduit, un mélange de souffle ou de glouglou dans le cœur. Une minute après, ce bruit a cessé et la respiration revient peu à peu à l'état normal. On place les ligatures, et l'animal marche très-bien pour retourner à sa niche.

Il a continué à vivre.

TROISIÈME EXPÉRIENCE

Injection d'air du côté du cerveau par la veine jugulaire droite, répétée trois fois sans résultat ; injection d'air du côté du cerveau par la carotide gauche; accidens graves ; introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la même veine; l'animal n'est pas mort, on l'a fait mourir en lui ouvrant l'aorte et la veine cave inférieure. Pas d'air dans les cavités du cœur.

Sur un gros matin, on a ouvert, à 3 heures 20 minutes, la veine jugulaire droite, vers le milieu du cou; il s'est écoulé un peu de sang, mais l'air ne s'y est point introduit.

A 3 heures 22 minutes, on a placé l'animal verticalement et on a injecté trois fois, du côté du cerveau, par l'ouverture faite a cette veine, l'air contenu dans une petite seringue, et on n'a observé aucun résultat. On a injecté ensuite, toujours du côté du cerveau , mais cette fois par l'artère carotide gauche, la même quantité d'air, et aussitôt après l'animal a eu des mouvemens convulsifs, puis une raideur tétanique des membres, qui, un instant après, sont devenus flasques.

A 3 heures 25 minutes, la veine jugulaire a été ouverte, à la partie inférieure du cou, l'animal étant verticalement sur ses deux pattes de derrière, comme précédemment. L'introduction de l'air a eu lieu avec bruit de lapement ; l'animal s'est affaissé et il y a eu des déjections alvines. A partir de ce moment, la respiration est devenue convulsive, on l'a abandonné à luimême, pensant qu'il allait mourir. Quelques minutes après, secousses convulsives des membres et du corps, puis raideur tétanique, qui a persisté jusqu'à ce qu'on l'ait fait mourir, en lui ouvrant l'aorte et la veine cave inférieure.

Aulopsie. — Il y avait de l'air dans les veines mammaires, ainsi que dans celles de la convexité du cerveau.

Le cœur était flasque ; ses cavités ne contenaient pas d'air.

72 introduction deVaib dans les veines.

11 y avait de grosses bulles d'air dans la veine cave supérieure.

QUATRIÈME EXPÉRIENCE

Injection d'air du côté du cœur par la veine jugulaire droite; compression de la poitrine ; introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la même veine ; guérison.

Sur un griffon de moyenne taille, on injecte, à 4 heures 30 minutes, par la veine jugulaire droite, tout l'air contenu dans une petite seringue (un quart de litre environ). Pendant cette introduction, l'animal reste calme. En lui pressant la poitrine, il sort quelques bulles d'air par l'ouverture de la veine.

A 4 heures 37 minutes, on coupe la veine transversalement sans faire d'injection nouvelle.

A 4 heures 47 minutes, troisième ouverture transversale de la même veine, sans injection d'air : on perçoit le bruit de lapement ; la plaie est tenue béante : on enlève de temps en temps les caillots, et peu après l'animal est pris de convulsions. Le sang qui vient du bout inférieur de la veine est plus rouge que celui qui s'échappe du bout supérieur ; l'animal a perdu une bonne palette de sang environ. On constate par momens l'entrée de l'air dans la veine et le bruit de lapement, ainsi que la sortie d'un sang écumeux.

L'ouverture de la veine est restée béante pendant tout le temps de l'expérience , et à 4 heures 47 minutes', 10 minutes après l'ouverture de la veine, l'animal, étant en bon état, est mis de côté.

Dix jours après, il a servi à une autre expérience.

RÉSUMÉ DES EXPÉRIENCES SUR L'INTRODUCTION FORCÉE ET RRUSQUE DE L'AIR DANS LES VEINES.

Comme on le voit, par les expériences précédentes, l'introduction brusque et forcée de l'air produit presque toujours instantanément la mort, sur des animaux d'espèce et de volume fort différens.

Sur dix-huit animaux soumis à ce genre d'expériences , quinze sont morts.

Les lapins après 50 secondes, 1 minute.

Les chiens après 2 minutes.

Les moutons après 1, 2 minutes.

Les chevaux après 3, 5, 6, 6 lj2, 13 et 16 minutes.

Trois ont résisté (chiens), mais après l'injection de l'air avec une seringue.

Les symptômes qu'on observe sont à peu près les mêmes; quel que soit l'animal, la mort est subite, instantanée. Il tombe comme frappé de la foudre ou par un coup de massue. C'est à peine si on a le temps d'observer ce qui se passe, entre l'instant de l'introduction forcée de l'air et la mort.

Quelquefois cependant, l'animal résiste assez longtemps (16 minutes), comme on le voit par la dernière expérience sur les chevaux; mais dans ce cas, les premières insufflations avaient été faites mollement et par un de mes aides, dont les poumons ne contiennent que 2 litres deux tiers d'air.

La différence des résultats peut tenir aussi à ce que, dans quelques cas, on n'a pas cru devoir lier la veine sur le tube qui a servi à insuffler ; il arrive souvent alors que l'air insufflé reflue entre les parois de la veine et le tube.

Dans tous les cas, le cœur est distendu par du sang écumeux,

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les vaisseaux veineux et artériels sont plus ou moins remplis d'air. Les poumons ne paraissent point altérés.

La mort arrive évidemment par l'interruption de la circulation; l'air distend les cavités droites du cœur et empêche le sang veineux d'aborder dans ses cavités.

DEUXIÈME SÉRIE

L'introduction forcée, lente et prolongée, de l'air dans la veine jugulaire, produit les mêmes phénomènes que l'introduction brusque, mais d'une manière beaucoup plus lente et qui permet enfin d'observer ce qui se passe entre l'introduction de l'air et la mort.

Dans ce genre d'expériences, les phénomènes que l'on observe se rapprochent beaucoup de ceux qui ont lieu par l'introduction spontanée de l'air.

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Insufflation forcée, mais lente, à l'aide d'un tube, dans la veine jugulaire d'un jeune lapin ; mort trois minutes après; les cavités droites étaient remplies de sang écumeux.

Sur un jeune lapin, on met un tube dans la veine jugulaire droite et on insuffle très-doucement du côté du cœur de l'air avec la bouche.

Après la première insufflation, la respiration s'est très-accélérée.

Après la deuxième , l'animal s'est agité , la respiration est devenue convulsive, et il est mort 3 minutes après le commencement de l'expérience.

A Y autopsie faite de suite, le cœur était irès-distendu et se contractait encore.

L'oreillette droite contenait du sang non mélangé d'air. Le ventricule de ce côté était rempli de sang écumeux. Il y avait quelques bulles d'air dans les cavités gauches.

EXPÉRIENCES SUR LES CHIENS

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et lente à l'aide d'un tube dans la veine jugulaire d'un jeune chien ; mort une minute après ; les cavités droites étaient pleines de sang écumeux.

Sur un petit chien très-jeune , on introduit un tube par une ouverture faite à la veine jugulaire droite, et on insuffle doucement de l'air avec la bouche. Immédiatement après l'insufflation, l'animal a crié, s'est un peu agité, a uriné, et il est mort en une minute.

Autopsie. — Le cœur était très-distendu. Les cavités droites étaient pleines de sang mousseux.

Les cavités gauches ne contenaient que du sang pur.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Insufflation forcée et lente à l'aide d'un tube dans la veine jugulaire d'un petit chien; mort trois minutes et demie après; sang écumeux dans les cavités droites du cœur ; peu de sang écumeux dans les cavités gauches.

Sur un petit chien, on met à découvert la veine jugulaire et on l'ouvre à la partie moyenne du cou. Un tube étant introduit par l'ouverture , on insuffle lentement de l'air avec la bouche. L'insufflation était à peine achevée, que l'animal a crié, s'est agité violemment et a uriné.

3 minutes après, on fait une autre insufflation semblable à la première. Immédiatement après, l'animal a crié, il a abandonné sa tête à son poids, la respiration est devenue convulsive et il est mort, une demi-minute après cette dernière insufflation.

Autopsie faite de suite. — L'oreillette droite se contractait

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avec force. Elle était, ainsi que le ventricule, très-distendue ; après l'ouverture du ventricule, qui contenait de l'air libre et du sang écumeux , les battemens de l'oreillette sont devenus plus énergiques.

Il est sorti, des cavités gauches, du sang dont une partie était rouge et l'autre écumeuse.

L'aorte contenait de l'air.

RÉFLEXIONS SUR L'INTRODUCTION FORCÉE ET LENTE DE L'AIR DANS LES VEINES.

D'après les expériences de cette série, on peut constater que les phénomènes sont les mêmes que par l'introduction forcée et brusque, seulement la mort est plus lente : elle est en rapport avec l'introduction ménagée de l'air, parce que l'harmonie des fonctions circulatoires et respiratoires n'est pas détruite brusquement.

Généralement, on dit cependant qu'il faut une grande quantité d'air, lorsqu'on le pousse doucement dans le système veineux, pour faire périr un animal, et que quelquefois même on n'y parvient pas.

Sans doute la différence des résultats que j'ai obtenus tient à la manière de faire l'expérience.

Je préfère l'insufflation avec la bouche à l'aide d'un tube de paille , de plume ou de métal, comme un chalumeau, parce qu'on est plus sûr de faire pénétrer l'air, tandis qu'il n'en est pas de même avec une seringue ordinaire , qui peut laisser échapper l'air, et faire varier les résultats, comme on l'a vu par les trois dernières expériences de la série précédente.

En comparant ces derniers résultats avec ceux de la première série, c'est-à-dire par l'introduction spontané»1 do l'air dans les veines, on voit évidemment qu'il y a une grande

analogie entre les phénomènes qui ont lieu, lorsque l'air est poussé doucement et lorsqu'il s'introduit spontanément ; les symptômes sont les mêmes , les animaux meurent à peu près dans le même espace de temps.

Il existe cependant une différence fort notable, c'est qu'après la mort déterminée par le phénomène spontané, on ne trouve généralement que les cavités droites distendues par de l'air, tandis qu'après l'introduction forcée on trouve souvent de l'air dans les cavités gauches, ainsi que dans les artères et les veines. On pourrait peut-être expliquer la différence de promptitude de la mort, endisantque, dans l'introduction forcée de l'air, les fonctions du cœur, du poumon et du cerveau sont troublées, tandis que, dans l'introduction lente ou spontanée, il n'y a que les deux premiers organes de lésés.

Les deux dernières séries d'expériences sont sans doute fort intéressantes, mais elles ne peuvent servir qu'accessoirement à éclairer la question qui nous occupe.

Revenons à la première série , c'est-à-dire à l'introduction spontanée, accidentelle de l'air ; et cherchons ce qu'il faut faire, ce qui convient le mieux pour éviter, arrêter, ou détruire ce formidable accident.

78 introduction de l'air dans les veines.

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